La transition énergétique enfin sur les rails ?
11 Octobre 2025
La transition énergétique est une nécessité justifiée par au moins deux raisons impérieuses :
- Tenter d'éviter la catastrophe climatique due à l'accumulation dans l'Atmosphère du CO2 émis par la combustion des fossiles.
- Remplacer ces sources d'énergie fossiles, dont l'épuisement prochain mettra fin à la civilisation des machines.
Des solutions de remplacement existent et sont déjà exploitées, mais leur contribution est encore très minoritaire.
Cette transition, dont la nécessité est reconnue internationalement depuis plusieurs décennies, piétine et les fossiles sont toujours très largement dominants dans le mix énergétique mondial.
Cette lenteur dans la transition énergétique peut être attribuée à plusieurs causes :
La première cause est la formidable inertie du monde des machines qui permettent à la civilisation actuelle d'exister, et qui est maintenue en vie par les fossiles. Ce monde technologique est en général indifférent aux menaces climatiques et n'a aucune raison de se remettre en question tant que les fossiles sont disponibles. Et ils le sont encore pour quelques décennies...
( De nombreuses centrales thermiques fournissent encore une part importante de l'électricité ).
La deuxième cause est que le charbon, le pétrole, et le Gaz naturel, peuvent être utilisés directement ( ou presque ) pour actionner des machines ou produire de la chaleur, alors que les sources d'énergie décarbonée ne sont exploitables qu'après avoit été transformées dans des machines :
Eoliennes, panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques, centrales hydroélectriques, centrales thermiques, centrale nucléaires, etc, qui nécessitent des investissements colossaux, et qui ne fournissent que de l'électricité !.
Et, en plus, cette électricité ne peut être utilisée qu'à la condition de modifier toutes les machines qui fonctionnent actuellement avec des fossiles.
Ce formidable chambardement coûtera des milliers de milliards, que personne n'est prêt à investir sans de profondes motivations. Les incitations ne sont pas suivies d'effets, les taxes carbone sont répercutées sur les clients qui sont captifs, les engagements des états se heurtent aux impératifs des marchés, et les choses restent en l'état...
La troisième cause réside dans la technicité de cette transition, et dans l'obligation d'atteindre une rentabilité commerciale pour concurrencer les fossiles.
L'électricité produite avec un parc solaire ne doit pas être plus onéreuse que celle qui sort d'une centrale thermique ; la rentabilité financière d'un parc éolien doit justifier les investissement consentis.
( Et sans glisser sous le tapis le coût des installations de compensation de l'intermittence ).
La quatrième cause résulte de la nécessité de disposer d'un réseau de distribution électrique très puissant pour distribuer l'énergie électrique là où on en a besoin, et l'on sait que cette condition n'est pas réalisée partout.
La cinquième cause concerne la difficulté technologique rencontrée dans l'adoption de l'électricité en remplacement des fossiles. L'exemple de l'électrification des transports est typique des problèmes systématiques rencontrés ; seuls certains véhicules légers peuvent être électrifiés, les autres devront utiliser un autre carburant pendant encore longtemps.
D'autres applications ne s'accommoderont pas bien de l'électricité, les avions bien sûr, mais aussi les transports maritimes, et certaines procédures industrielles.
La sixième cause, et non la moindre, est l'impossibilité de stocker de grandes quantités d'énergie électrique sous des formes transportables, ce qui interdit de constituer facilement des stocks de sécurité.
( Les barrages hydroélectriques inclus dans le parc de production ne peuvent pas servir aussi au stockage de longue durée...).
Par contre le combustible nucléaire peut se stocker très bien, à condition de disposer de réserves suffisantes, et d'en assurer la disposition. Ce procédé est à l'étude et doit être inclus dans le PPE3, mais sa mise en œuvre exige des compétences et des règles de sûreté qui ne supportent pas l'amateurisme.
La septième cause de la réticence à passer à l'électricité décarbonée est le changement de technologie.
Le remplacement d'une centrale électrique à Gaz ou a charbon par une centrale nucléaire, représente un énorme saut technologique, et réclame des compétences particulières pour la conduite des réacteurs et le respect des règles de sureté.
Une huitième cause, et non des moindres, est le coût de l'électrification d'un monde construit autour des fossiles. Ce coût global ne doit pas compromettre les résultats financiers des entreprises, quelles qu'elles soient.
L'abandon des fossiles, qui sont de la matière concrète, au profit de l'électricité, qui reste à produire, comporte donc des aspects susceptibles de susciter une certaine méfiance, et de ralentir le mouvement de transition.
Ceci peut suffire à expliquer le manque d'enthousiasme des industriels qui redoutent d'abandonner la proie pour l'ombre... Encore une minute Monsieur le bourreau...
L'énergie décarbonée dont nous aurons besoin pourra se présenter sous trois formes :
- D'une part de l'électricité, fournie par l'éolien, le solaire, le nucléaire, l'hydroélectrique et quelques centrales à biogaz.
- D'autre part des biocombustibles liquides, solides ou gazeux, avec lesquels on pourra faire ce que l'on fait aujourd'hui avec les combustibles fossiles*.
- Enfin, des carburants de synthèse, mais qui ne sont pas encore disponibles aujourd'hui.
* ( A ceci près que les quantités accessibles seront inférieures, de plusieurs ordres de grandeur, aux quantités de pétrole et de Gaz naturel fossiles consommés aujourd'hui....).
Avant de se lancer dans un programme d'investissements dans la construction d'installations de production d'électricité, de chaleur, ou de biocombustibles, chaque pays doit identifier ses besoins, les capacités d'énergie renouvelable déjà existantes, et l'évolution des besoins énergétiques à court, moyen, et long terme.
Ensuite, il faut identifier les types de sources d'énergie qui conviennent au territoire considéré.
( Régime des vents, ensoleillement, zones propices à l'édification de barrages, connexion avec les pays voisins, ressources en bois, zones côtières et plateau continental, espace agricole et forestier, ressources en biométhane, ressources en eau, potentiel pour l'agroénergie, etc ).
Selon les données géographiques, les choix seront différents, le but étant d'obtenir une certaine complémentarité entre le Solaire, l'éolien, l'hydroélectrique, la biomasse énergie, la Géothermie, et le nucléaire éventuellement, au moins au niveau régional tenant compte des échanges transfrontaliers.
Parallèlement à la préparation des projets concernant la production ( Généralement de l'électricité ), il faut évidemment créer, ou renforcer, le réseau de distribution de cette énergie nouvelle, et les points de distribution dont la puissance devra être augmentée significativement pour accueillir les applications électriques nouvelles ( Par exemple créer un réseau de rechargement des batteries pour les voitures électriques ).
Lorsque le projet concerne de l'éolien et ou du Solaire photovoltaïque, il doit être accompagné des moyens ( quels qu'ils soient ) de compensation de l'intermittence de la production ). Ces moyens de relève peuvent être du stockage électrochimique, des STEP ou une ou plusieurs centrales thermiques à biogaz, voire même un groupe électrogène dans le cas de petites installations.
Ces moyens « hardware » de relève d'une production intermittente doivent être complétés par un programme de gestion intelligente du réseau, avec gestion programmée des délestages.
Remplacer une électricité carbonée par une électricité décarbonée est une chose relativement simple.
Mais remplacer une consommation d'énergie fossile par de l'électricité est une autre paire de manches.
On peut théoriquement remplacer le pétrole et le gaz fossiles par du biocarburant et du biogaz.
Cela se fait, mais en général à petite échelle car les biocombustibles doivent d'abord être fabriqués, ou achetés à l'extérieur, ce qui n'est pas dans la politique d'indépendance énergétique, et de plus ils sont considérés comme nuisibles par rapport aux cultures vivrières et à la préservation du couvert forestier.
On préfère en général remplacer les combustibles fossiles par de l'électricité décarbonée.
Mais cela impose de modifier toutes les applications consommatrices d'énergies fossiles pour les adapter à l'électricité.
Ce qui est une entreprise de grande ampleur, et d'un coût exorbitant.
Il faudrait en effet convertir à l'électricité toutes les applications initialement prévues pour fonctionner avec des fossiles :
Véhicules particuliers et utilitaires légers.
Installations de chauffage au fuel ou au charbon.
Production de chaleur basse, moyenne, et haute température dans l'industrie.
Processus industriels : aciéries, métallurgie, sidérurgie, cimenteries, etc..
Engins de chantiers et agricoles divers.
Transports lourds routiers, maritimes, aériens .
Le mix énergétique basculera sur l'électricité, au détriment des fossiles .
Cette mutation, ne pourra s'accomplir que sur la durée de plusieurs décennies .
Ces principes généraux seront adaptés à chaque région, voire même à chaque pays, en fonction des besoins particuliers, des ressources énergétiques propres, de la densité de population, des prévisions économiques locales, du plan de développement, et des besoins industriels.
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Où en est la France ?
En temps que membre de la communauté européenne, la France, tout en conservant l'initiative de sa politique énergétique, doit tenir compte des directives européennes, ce qui conduit à la recherche permanente d'un équilibre pas toujours très clair, et préjudiciable à la conduite d'une politique énergétique stable dans le temps.
La politique énergétique de la France est supposée tenir compte des choix de Bruxelles concernant les engagements sur la réduction des émissions de CO2.
La consigne de Bruxelles est le fameux « Fit for 55 », qui « impose » de réduire le taux de CO2 d'ici en 2 030 à 55% de sa valeur en 1 990.
Pour avoir une chance de respecter cet ukase, il faut « booster » la part des renouvelables dès maintenant.
Les deux grandes familles productrices d'électricité décarbonée sont le solaire et l'éolien d'une part, et le nucléaire d'autre part.
Pour construire un parc éolien et/ou solaire, il faut deux ou trois ans.
Il faut au moins dix ans pour un parc nucléaire.
L'ukase de Bruxelles ne pourra donc être respecté qu'avec du solaire et/ou de l'éolien.
Ce qui augmentera considérablement la vulnérabilité des réseaux à cause de l'intermittence de ces sources.
( « Et voilà pourquoi votre fille est muette... » aurait-on dit en d'autres temps ).
La politique de la France est évidement exactement opposée, puisqu'elle est basée sur le nucléaire, sans pour autant négliger l'éolien et le solaire, mais en gardant leur potentiel d'intervention en dessous du niveau critique au-dessus duquel il peut arriver ce que nous avons vu en Espagne.
RTE tire évidemment le signal d'alarme en insistant sur l'importance du nucléaire :
Une fois écarté les fossiles ( ce qui est le but de la transition ) le Nucléaire sera la seule possibilité de constituer des stocks stratégiques d'énergie. Ces stocks seront constitués du combustible en cours de fabrication et des stocks de matériau de base.
L'éolien et le solaire sont évidemment incapables d'assurer cette fonction. Et les barrages ne peuvent assurer qu'une réserve de courte durée.
Il a donc un point de friction qui devra être résolu.
( Un de plus, qui viendra s'ajouter à la contestation de l'ukase de 2035 sur l'interdiction des voitures thermiques...)
On voit qu'il reste encore des points très importants à éclaircir dans la stratégie européenne de sortie des fossiles.
Par ailleurs confier systématiquement à des réacteurs nucléaires le soin de compenser les soubresauts du solaire et/ou de l'éolien est contre-nature et cause d'usure prématurée préjudiciable à la durée de vie du matériel.
On peut alors être amenés à développer un parc de centrales thermiques à gaz ( Biogaz évidemment ) dont le rôle essentiel serait d'appuyer les centrales hydroélectriques et les STEP pour la compensation de l'intermittence des renouvelables.
Mais tout cela va coûter cher et pénalisera les coûts de revient...
( Le coût réel de l'énergie du vent et du soleil doit inclure le coût des installations de compensation de leur intermittence ).
On voit ainsi que la politique énergétique de Bruxelles n'est pas forcément en accord avec les orientations souhaitées par les états, du moins ceux qui sont nucléarisés.
126 réacteurs nucléaires ( dont 56 en France) sont opérationnels dans 13 pays de l'UE.
(Dans les pays disposant d'un parc électronucléaire suffisant pour fournir l'électricité nécessaire, l'utilité de parcs éoliens et/ou solaires est discutable, sauf à démontrer que le coût de l'électricité solaire ou éolienne, incluant la compensation de l'intermittence, est réellement moins élevé ).
L'électricité produite par la France est déjà décarbonée ( Nucléaire et renouvelables ). Il n'y a donc pas le feu au lac.
Par contre, l'électrification d'applications qui utilisent aujourd'hui des fossiles, conduira évidemment à augmenter la demande d'électricité.
Les deux applications « à la mode » sont aujourd'hui la voiture électrique et la climatisation par pompes à chaleur, qui peuvent à terme nécessiter 300 TWh d'énergie électrique.
Cette énergie n'existe pas aujourd'hui .
Il faudra donc la fabriquer.
Avec du nucléaire, il faudra 25 réacteurs de 1 600 MW ( genre EPR ).
Si l'on croit en la transition énergétique, il faut lancer tout de suite cette série de réacteurs.
Mais si les achats de voitures électriques et de pompes à chaleur ne sont pas au rendez-vous, alors l'argent aura été gaspillé.
Donc il faut y aller, mais sur la pointe des pieds...
En fait, 14 réacteurs ont été programmés, en deux fournées, dont une partie servira à remplacer quelques vieux chaudrons, et le reste sera destinés à fournir les kWh demandés par les voitures électriques et les pompes à chaleur dont le marché sera en croissance, du moins on l'espère.
En contrepartie, l'électrification des voitures, la généralisation des pompes à chaleur, et les résultats de la campagne d'isolation des bâtiments, réduiront fortement la demande d'énergie fossile, qui pourrait tomber de 1000 TWh aujourd'hui, à 500 TWh, voire moins, dans deux ou trois décennies.
500 TWh, c'est encore beaucoup, beaucoup trop si l'objectif est d'éliminer les fossiles.
Cette énergie fossile « résideuelle », est utilisée par différents secteurs :
Les transports lourds routiers, maritimes, aériens.
Les engins de chantiers.
L'agriculture et la pêche.
La construction.
Les travaux publics.
L'industrie lourde : cimenteries, aciéries, métallurgie.
La Pétrochimie.
Les Matières plastiques.
L'Agroalimentaire.
L'Aéronautique.
Etc...
Une partie de ces secteurs devra, à terme, s'orienter vers l'électricité, ou vers les biocarburants ou les carburants synthétiques.
Pour ce qui concerne le mouvement de transition énergétique, on peut donc dire que le train est sur les rails, mais l'itinéraire reste douteux, il n'y pas de chef de train, il manque encore certains wagons, l'itinéraire est encore incertain, et le prix des billets risque de faire grincer quelques dents...