Améliorer la robustesse des crayons de combustible nucléaire, les nouvelles perspectives.
3 Septembre 2021
Les accidents de Tchernobyl et Fukushima ont démontré la faiblesse de certains aspects de la stratégie de sûreté adoptée, depuis les années 70, pour les installations électronucléaires civiles.
Tant en ce qui concerne les protections actives que passives, de grosses lacunes ont été constatées qui ont rendu évidente la nécessité de revoir l'ensemble du problème de la sûreté.
Parallèlement à ce sursaut technologique, un fort sentiment anti-nucléaire s'est développé dans le cadre du mouvement écologique qui suggère de tuer le malade plutôt que chercher à le guérir ; cette méthode à la hussarde, baptisée principe de précaution, a le mérite de mettre fin définitivement à tout problème, mais aussi l'inconvénient de bloquer toute évolution au prétexte que chaque médaille a son revers.
Entre ceux qui tirent de Fukushima une leçon pour améliorer une technologie dont ils croient en l'avenir, et ceux qui tirent la leçon inverse qui les encourage à renoncer à une technologie de mort, il résulte un affrontement manichéen qui conduit à une guerre de tranchées peu propice au progrès d'un côté comme de l'autre.
Du côté de l'atome, l'incertitude quant à la pérennité de cette technologie paralyse depuis vingt ans les initiatives qui pourraient être positives ; il a fallu Fukushima pour réveiller un peu les consciences et se remettre à la planche à dessin mais, sans un plan d'attaque crédible ; on fait du neuf avec du vieux (L'EPR n'est qu'un réacteur classique du palier N4 un peu sur gonflé avec beaucoup de béton autour).
Du côté de l'électricité écologique, l'opposition survient de là où elle n'était pas attendue : des écologistes eux-mêmes, qui rejettent en vrac les éoliennes maritimes et terrestres et les grands barrages hydroélectriques, pour des raisons bien compréhensibles.
Quant à la frange marginale qui suggère de régler le problème en revenant au bon vieux temps où l'on s'éclairait à la bougie, elle peine à recruter des adeptes accoutumés au progrès qui doit tout à l'électricité, y compris les bicyclettes qu'on aurait pourtant pu croire à l'abri de « l' enfer » du confort moderne !
Pour tenter de mettre fin à ces hostilités dépourvues de sens et sans issue, le GIEC vient de rappeler que l'électronucléaire est une technologie non émettrice de CO2, lequel est aujourd'hui désigné ennemi public numéro un par les écologistes eux-mêmes, soucieux de lutter contre le réchauffement climatique causé par ce même CO2 !
On ne peut pas être plus clair dans la volonté de calmer les esprits et d'éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain. Car enfin, l'électronucléaire est bien, au moins jusqu'au milieu de ce siècle, la seule technologie capable de fournir une production de base, dans l'hypothèse de l'abandon des fossiles.
(Hypothèse de moins en moins crédible si l'on en croit la courbe de croissance de leur consommation mondiale).
L'idée de faire coexister le nucléaire et les énergies nouvelles au moins jusqu'à ce que ces dernières aient apporté la preuve qu'elles sont capables de marcher seules, fait son chemin et justifie les nouveaux développements dans la technologie de l'atome.
Les nouveaux développements en question étant l'amélioration de la sûreté en intégrant les leçons tirées des accidents de Tchernobyl et Fukushima, tout en travaillant au maintien d'une rentabilité économique supportable.
Parmi les points faibles désormais particulièrement mis en lumière grâce à la représentation de Taïshan (merci CNN) se trouve la vulnérabilité du combustible utilisé dans les réacteurs à eau légère pressurisée ( REP ), dont la robustesse doit être nettement renforcée surtout dans la perspective de l'augmentation de la puissance des installations futures, l'augmentation des taux de combustion et de la puissance linéique, et l'allongement des périodes entre arrêts pour changement de combustible.
( Les épisodes d'arrêts pour renouvellement du combustible pénalisent le facteur de charge d'un réacteur REP d'au moins 10% et parfois beaucoup plus).
Dans les articles précédents nous avons évoqués succinctement la dure existence des crayons de combustibles, dont le taux d'inétanchéité est encore trop élevé, et surtout leur vulnérabilité lors d'accidents comme l'éjection d'une grappe de contrôle (EGC) et/ou d'un APRP, Accident par Perte de Réfrigérant Primaire. Vulnérabilité qui peut être l'événement initiateur d'un accident important.
( Les fuites au réacteur EPR 1 de Taïshan ne sont que l'un des aspects d'un problème récurrent qui révèle la persistance de ce qu'il faut bien appeler une faille de conception puisque ce genre d'incident est ici constaté sur un réacteur neuf de structure classique et dans les conditions nominales d'exploitation, en dehors de toute surcharge ou contrainte accidentelle.
Rappelons que, selon les informations disponibles, L'EPR de Taïshan 1 a bouclé sa première campagne de Décembre 2018 à Juin 2020 ( 16 mois ) sans problème connu. Après arrêt pour changement partiel ( normal ) du combustible, première visite de contrôle, remontage du cœur et du couvercle, la deuxième campagne a commencé en Octobre 2020 pour se terminer prématurément en Juillet 2021 comme on sait.
Cette fuite a été classée événement d'exploitation relativement banal (hélas), et n'est pas classée sur l'échelle INES, qui ne concerne que les incidents ou accidents pouvant mettre en jeu la sûreté.
( c'est peut-être une des raisons de la persistance du défaut, constaté depuis des décennies, pourquoi en effet se préoccuper très sérieusement d'une affaire aussi « banale » ….).
Les réacteurs à eau légère pressurisée utilisent presque exclusivement des gaines (crayons) de combustible et des structures de cœur fabriquées dans un alliage de Zirconium.
( Un choix qui remonte aux calendes grecques puisqu'il fut fait à l'occasion de la construction du premier sous-marin atomique US . Les raisons de ce choix n'ont pas leur place dans ce modeste papier).
Ce matériau a montré ses limites dans sa capacité à résister à des conditions de fonctionnement accidentelles telles que rappelées ci-dessus, et qui ne permettront probablement pas d'aller vers des taux de combustion et des puissances linéiques plus élevées, telles que prévues dans les prochaines générations de réacteurs.
Les générations successives de gainages de combustible basées sur le Zirconium : Zy-1, Zy-2, Zy-4, Zirlo, Zirlo Optimisé de Westinghouse, M5 de Framatome ( Qui équipe les EPR chinois), n'ont toujours pas permis d'obtenir les résultats souhaités pour monter en performances en conservant le niveau de sûreté exigé.
( Dans les alliages à base de Zirconium, celui-ci représente le plat de résistance ( >95% ) , des additifs divers sont chargés de « donner du gôut » au plat final.
On n'a jamais trouvé le bon assaisonnement...)
Il faut donc trouver autre chose.
Cet autre chose est l'objectif du programme EATF ( Enhanced Accident Tolerant Fuel ) qui mobilise les acteurs mondiaux de ce secteur sur la recherche de la meilleure façon d'utiliser le combustible nucléaire pour obtenir la sûreté maximale tout en préservant la compétitivité économique.
( Puisque l'électricité est désormais soumise aux lois du marché, du moins dans les limites du réseau de distribution, lui-même dépendant des liaisons de transport du précieux fluide).
Voici un exemple de démarche de recherches actuelles :
https://www.nrc.gov/docs/ML1931/ML19317D098.pdf
« Analyse et performances requises pour les combustibles nucléaires utilisés à des taux de combustion supérieurs à 62 GWj/tU »(traduction)
PNNL, Richland.
Nov 2019, approved by US-DOE ( Department Of Energy ).
Ce sujet n'est donc pas près d'être épuisé...Sauf si les anti-nucléaires obtiennent satisfaction.
Affaire à suivre.