L'Ethanol, planche de salut, ou fausse bonne idée ?
9 Octobre 2026
La voiture électrique est incontournable pour plusieurs raisons : Elle permet d'échapper à la dictature du pétrole, son rendement énergétique est très supérieur à celui d'un modèle thermique, et elle est dépouvue d'émissions de CO2 et de Gaz toxiques.
De plus, pour les territoires pourvus en électricité décarbonée fabriquée sur place ( Electro-nucléaire, solaire, éolien, hydroélectrique, thermoélectrique à biocombustible, géothermoélectrique ) l'indépendance énergétique est assurée et le coût de l'énergie est sous contrôle.
Son intérêt n'est donc pas remis en question.
Mais, peut-on raisonnablement envisager de remplacer la totalité du parc mondial de voitures thermiques ( VP + VUL ), soit plus d'un Milliard de véhicules, par des modèles électriques à batteries ?
A première vue, la réponse est oui.
Mais, en grattant un peu on trouve des raisons d'être méfiants et de devoir y regarder de plus près ; on trouve alors au moins deux problèmes, aujourd'hui non résolus et il s'en faut de beaucoup :
1- Il faut disposer d'un réseau mondial de distribution d'énergie électrique qui soit à la fois suffisament puissant pour assurer la recharge du Milliard de véhicules concernés, et suffisament maillé pour porter cette électricité PARTOUT et pas seulement dans les zones densément peuplées.
2- Il faut produire cette électricité par des moyens décarbonés ; cela va de soi, mais va encore mieux en le disant....
Ces deux impératifs conduisent à réviser la conclusion car aucune de ces deux conditions n'est réalisée aujourd'hui, il s'en faut de beaucoup.
Le choix exclusif de la propulsion électrique n'a de sens que dans un contexte de généralisation de l'électricité décarbonée, qui ne représente encore que 30% de la production mondiale d'énergie électrique.
On peut donc raisonnablement prévoir une partition du parc automobile entre versions électriques et versions « classiques » à moteur thermique.
Ce qui induit fatalement une version hybride...
Voilà donc l'orientation du marché de la voiture électrique pour au moins les vingt prochaines années.
( C'est d'ailleurs la partition que l'on constate déjà sur les ventes actuelles...).
Cette partition du marché posera ( et pose déjà ) un problème de stratégie industrielle pour les constructeurs qui devront faire des choix en fonction des marchés visés, dont les besoins peuvent être très différents selon les conditions économiques, la zone géographique, le PIB, les ressources minières, l'existence, ou pas, d'un réseau routier digne de ce nom, d'un réseau de distribution d'électricité décarbonée et suffisamment puissant, et/ou d'un accès à un carburant décarboné...
Les constructeurs historiques de voitures, dont le savoir-faire s'est établi sur la construction de véhicules à moteurs thermiques, devront faire des choix stratégiques risqués, pour servir un marché par définition très évolutif, tant au plan de la technologie qu'au plan des choix des clients, qui dépendront de l'évolution des marchés des carburants et des politiques d'incitation des différents pays.
Pour le constructeur généraliste, et qui souhaite le rester, une chose est sure : il faudra composer avec des versions hybrides pour une partie significative de la production, et donc s'accommoder des carburants décarbonés ou à carbone recyclable.
Ces choix sont d'autant plus compliqués que le status des carburants de remplacement du pétrole est encore assez vague.
La politique de carburants de remplacement du pétrole ne dépend pas seulement des besoins du marché automobile ; les autres applications, les plus importantes en matière de besoins énergétiques pour les transports, sont les transports aériens, les transports lourds maritimes et routiers, pour lesquels l'électricité ne convient pas à cause du poids des batteries et des difficultés de ravitaillement évidemment.
Les solutions qui seront développées pour ces secteurs importants pourront éventuellement converger avec les besoins de l'automobile.
Il est impossible de préjuger aujourd'hui de l'évolution de ces travaux, et donc de porter un jugement sur l'avenir de ces carburants dans les prochaines décennies.
( Une chose est le cumul des plans de développement de ceci et de cela, une autre chose est la réalisation concrète d'un objectif...).
Une grande souplesse d'adaptation des outils industriels devra être la qualité principale pour subsister sur ces marchés.
Une chose est sure : les carburants de substitution du pétrole auront un rôle important à jouer dans l'avenir.
Aujourd'hui il existe des biocarburants pour les moteurs thermiques à essence ou diesel, et qui peuvent se substituer aux carburants pétroliers.
E-85, B 100, etc, sont utilisés mais sont des carburants de première génération, d'origine agricole, et dont l'existence peut être contrariée par les réglementions sur la protection des cultures vivrières.
Leur utilisation à grande échelle peut donc rencontrer des obstacles.
Quant aux générations II et III des biocarburants, elle est encore dans les bureaux d'étude.
Les espoirs portent sur les carburants de synthèse, mais qui ne seront disponibles à un coût « grand public » éventuellement que dans deux ou trois décennies.
Une chose est d'installer des panneaux solaires et des éoliennes ; une autre chose est de construire des barrages et/ou un parc de centrales nucléaires, qui exigent des investissements colossaux, et qui n'ont de sens que s'il existe un réseau de distribution à hauteur des puissances transportées.
La tentation est alors grande de se tourner vers les biocarburants ou les carburants de synthèse.
Mais aujourd'hui la visibilité sur ce secteur en développement est encore très insuffisante.
Les investissements dans l'une ou l'autre technologie sont dont très risqués.
De plus, la voiture tout électrique actuelle porte en elle une « tare » liée à l'obsoléscence inévitable de sa batterie, qui a conduit les constructeurs à proposer une garantie de huit ans sur ce composant, limitée à 160 000 km, et assortie du respect d'un certains nombre de consignes d'utilisation très contraignantes.
Connaissant le coût du remplacement de ce « composant », cela revient à pénaliser lourdement le marché de l'occasion.
( qui irait acheter une voiture électrique d'occasion de plus de huit ans d'âge, sachant que la batterie est sortie de la garantie, et que son remplacement est ruineux ? )
Or, le marché automobile est à 70% un marché de l'occasion.
Bien sûr la technologie des batteries va évoluer, et les prix vont baisser, mais quand ?
Les prix sont encore dissuasifs :
Entre une voiture électrique à batterie dotée d'une autonomie « réelle » de 700 km et une voiture à pétrole de même autonomie, il y a une différence de prix de 1 à 3, dans le meilleur des cas.
Ce surcoût du modèle électrique ne gêne pas beaucoup la tranche aisée des acheteurs, mais plombe le marché de l'occasion, déjà fortement impacté par le doute sur l'état d'usure de la batterie.
Tout cela milite en faveur des modèles hybrides, mais la disponibilité des biocarburants de seconde génération, et troisième plus tard, est encore une inconnue.
Un produit comme le E85 convient aujourd'hui, mais quid des quantités disponibles, et bien sûr quid de l'évolution des taxes sur ce carburant ?
Et quelles seront les retombées des travaux sur les carburants de synthèse actuellement développés pour l'aviation ?
Tous ces problèmes, dont la solution conditionne le futur sans pétrole, devront être résolus
sous peine de voir le marché de l'automobile s'enliser dans une jungle technologique qui ne profitera qu'aux opportunistes capables de réagir rapidement grâce à des structures légères et adaptatives.
La multitude de modèles proposés en électrique ou semi-électrique donne l'impression d'un coup de pied dans une fourmilière, et la foule de propositions rend tout choix raisonné impossible.
D'un prix d'appel relativement attractif, on arrive à quasiment doubler la mise si l'on supprime les primes de ceci et de cela auxquelles très peu de clients ont vraiment droit, si l'on ajoute les accessoires en fait indispensables, la version de batterie qui convient réellement à cette voiture, le dispositif de recharge de batterie convenant à la charge rapide, le supplément d'assurance pour la garantie de la batterie, le chauffage de l'habitacle en réalité indispensable, les pneus grand diamètre garants d'une consommation réduite, et bien sûr le moteur plus puissant indispensable pour remuer la voiture de plus de deux tonnes...
Ce surcoût est généralement camouflé sous un programme de leasing avec des mensualités acceptables, mais avec un premier loyer massif, et une durée de contrat ridicule avec des conditions de reprises très imprécises, et surtout un kilométrage de grand'père, non réaliste pour les gros rouleurs ( exemple 50 000 km sur quatre ans, le retraité moyen en fait davantage...).
Dans cette ambiance de souk de Marrakech, et en attendant une éclaircie, Monsieur prudent se tourne vers une solution de repli susceptible de lui permettre d'attendre encore un peu tout en respectant les deux commandements essentiels :
- Contribuer à la baisse des émissions de CO2 fossile.
- Echapper au sauve-qui-peut déclanché par la crise pétrolière.
Il s'agit bien sûr de remplacer le supercarburant par du E85, et de monter un adapateur idoine qui se chargera d'ajuster l'injection et l'avance à l'allumage.
( L'adaptation peut être réalisée pour quelques centaines d'euros sur une voiture à essence relativement récente, mais il est préférable d'acheter une vehicule neuf « flex fuel » afin de conserver la garantie constructeur ).
De plus ce carburant E 85 est moins cher car dispensé de la taxe ( mais cela peut changer ).
Cette solution donne un répit de quelques années, le temps d'y voir plus clair dans le labyrinthe de la voiture à batterie partagée entre le petit machin à 30 kWh pour faire les courses en ville, et le monstre à 200 kWh ,de plus de deux tonnes et demi, et 50 000 euros, pour tenter d'égaler les performances d'une thermique à 20 000 euros...
Il faudra s'y faire, le marché de l'automobile entre dans une ère d'incertitude, l'achat d'une automobile ne sera plus un placement de père de famille, et il faudra y réfléchir à deux fois lors d'un achat pour éviter de se retrouver, quelques années plus tard, avec un morceau de fer invendable.