Le futur marché de l'automobile : vers une coexistence du tout électrique et du thermique ?
12 Août 2026
La volonté d'électrifier les voitures existe depuis la mise au point des moteurs électriques et des accumulateurs permettant le stockage du précieux fluide.
Les premières voitures furent électriques, avant d'être détrônées* par le pétrole, qui a régné sans partage durant tout le vingtième siècle et une bonne partie du vingt-et-unième.
*( Les faibles capacités de stockage énergétique des batteries d'alors ne permettaient qu'un usage local. Le pétrole fut rapidement plébiscité et connu le succès que l'on sait ).
Durant ce règne séculaire, à la fois les voitures, le réseau routier, les usagers, les professionnels de l'entretien-réparation, le secteur économique lui-même, l'habitat, et bien sûr les usagers, ont peaufiné un environnement adapté sur mesures à la voiture à pétrole.
Toute nouvelle tentative d'électrification des voitures ne peut connaître le succès que si la ou les solutions proposées sont compatibles avec le « biotope » dans lequel évolue les voitures actuelles.
Tout changement majeur apporté à cet environnement est susceptible d'en perturber les rouages et d'avoir des répercussions sur la redistribution des cartes sur le marché incluant l'approvisionnement des nouveaux matériaux, du nouveau carburant électrique, le recyclage, les modes de gestion, les circuits d'entretien-réparation, etc.
Depuis quelques décennies, l'Humanité ( Une partie de l'Humanité ) a pris conscience du danger du réchauffement climatique causé par les émissions de CO2 liées à la combustion des fossiles ( Pétrole, Gaz naturel, Charbon ).
Les Etats ( Certains Etats ) se sont engagés à réduire ces émissions, mais la mise en œuvre de ces bonnes résolutions se heurte à la réalité du terrain : la très grande majorité de l'énergie consommée pour faire fonctionner l'économie de la Planète est d'origine fossile, celle-là même qu'il faudrait éliminer.
Autant demander a un chirurgien de remplacer le sang et les organes d'un malade sans l'endormir et sans interrompre son activité.
La nouvelle croisade consiste ainsi à rempacer les fossiles par une ou des sources d'énergie dépouvues des inconvénients accompagnant l'usage de ces fossiles :
- Détèrioration du climat de la Planète liée aux émissions de CO2 fossile.
- Epuisement inéluctable de ces sources ; les nouvelles méthodes d'extraction ne font que retarder l'échéance de quelques décennies.
Deux raisons donc qui nous imposent un changement drastique de notre politique énergétique.
Mais par quoi remplacer le pétrole, le gaz « naturel », et le charbon ?
La question ne se pose même pas puisque les sources de substitution sont pour l'essentiel connues et utilisées depuis la nuit des temps :
L'éolien, le solaire, l'hydraulique, la force animale, ont toujours procuré l'énergie des sociétés humaines, avec des perfectionnements technologiques selon les époques.
Il nous « suffit » aujourd'hui d'en perfectionner l'exploitation pour en tirer la substantifique moelle :
Panneaux solaires, Eoliennes, barrages hydauliques, géothermie, etc.
A ces vieilles sources inépuisables, nous pouvons depuis peu ( moins d'un siècle ) ajouter l'exloitation de l'énergie interne du globe terrestre sous la forme de désintégation de certains composants pour obtenir de la chaleur et de l'électricité.
Auxquels on peut ajouter de grandes espérances concernant l'exploitation de l'Hydrogène naturel sous réserve de confirmation.
Les sources d'énergie de remplacement des fossiles sont donc connues et déjà exploitées à petite échelle.
Il « suffit » donc de développer cet outil industriel à hauteur des besoins afin de remplacer les fossiles.
Ce qui représente évidemment un effort industriel considérablement supérieur à la méthode actuelle qui consiste à se procurer l'énergie en forant des trous dans le sol.
( Drill, baby, drill...)
Il est plus facile de signer des chèques pour se procurer charbon, gaz ou pétrole, quasiment prêts à l'emploi, plutôt que créer de toutes pièces des structures hypersophistiquées pour extraire de l'énergie du vent, du Soleil, ou de l'atome d'Uranium.
L'énergie délivrée par les sources renouvelables au sens strict du terme se présente sous diverses formes :
Exclusivement de l'électricité, pour les panneaux solaires photovoltaïques, les éoliennes, les centrales hydroélectriques.
De la chaleur, pour les panneaux solaires thermiques, la géothermie.
A la fois de la chaleur et de l'électricité, pour les centrales électronucléaires.
( Bien que l'exploitation de la chaleur produite par un réacteur nucléaire ne soit que très rarement exploitée, pour des raisons évidentes...)
Ces sources sont renouvelables et décarbonées.
La plupart des installations modernes pour l'exploitation de ces sources naturelles d'énergie renouvelable fournissent l'énergie sous la forme d'électricité.
Cette électricité « propre » viendra remplacer l'électricité produite actuellement en majorité à partir de fossiles.
Ensuite, lorsque la production d'électricité décarbonée deviendra suffisante, il sera possible de remplacer les fossiles dans les applications aujourd'hui non électriques.
Procéder dans un ordre différent serait l'assurance de créer une demande artificielle d'électricité, qui ne pourrait être satisfaite que par des centrales thermiques, alors que l'objectif final est précisément de supprimer ces centrales....
La transition énergétique vers l'électricité demande donc préalablement des investissements colossaux, à la fois pour fabriquer cette électricité décarbonée, et pour reconstruire toutes les « machines » qui fonctionnent aujourd'hui avec des fossiles.
D'autres sources d'énergie renouvelable existent, mais elles ne sont pas décarbonées au sens strict du terme puisqu'il s'agit des combustibles solides, liquides, et gazeux, produits à partir de la masse végétale, donc à partir du rayonnement solaire et du Gaz carbonique présent dans l'atmosphère.
Ils sont donc neutres vis à vis des émissions de CO2 atmosphérique, et de ce point de vue respectent les objectifs de la transition énergétique.
Ils peuvent donc se substituer aux combustibles fossiles, mais avec certaines réserves concernant leur emprise possible sur les terres agricoles.
Ils constituent aujourd'hui un secteur « gris » mais n'en demeurent pas moins une opportunité pour l'avenir car l'électricité ne pourra pas résoudre tous les problèmes.
Parmi les « machines » qui utilisent les fossiles comme source d'énergie, les transports représentent une part très importante, et surtout très « visible ».
( Les machines fixes ( machines-outils, fours divers, laminoirs, presses, etc ) ont depuis longtemps été converties à l'électricité...).
Le vieux rêve de l'électrification des transports s'est concrétisé depuis longtemps pour les applications en circuit fermé pouvant recevoir de l'extérieur le précieux fluide ( rails, trolleys ) ou stations de rechargement sur circuits définis.
Le problème se pose pour les transports sur circuits ouverts pour lesquels le véhicule doit emporter une quantité d'énergie lui garantissant une autonomie suffisante .
Mais qu'est-ce qu'une autonomie suffisante ?
Pour les voitures thermiques, l'autonomie courante est autour de 700 km, et le plein du réservoir peut être effectué en quelques minutes à peu près n'importe où.
Le client attend d'un modèle électrique à peu près les mêmes performances.
On sait ce qu'il en est avec les modèles électriques actuels, qui sont pourtant le résultat de plus de 10 ans de mise au point.
Les batteries actuelles ont certes atteint un niveau de performances intéressant, mais le niveau d'autonomie souhaité pour les voitures ne peut être atteint qu'au prix d'un poids déraisonnable. De plus le poids de ces énormes batteries pénalise les performances du véhicule et leur charge rapide nécessite des chargeurs d'une puissance hors des normes.
Il est donc hors de question de « populariser » des voitures de deux tonnes au prétexte qu'une autonomie de 700 km est indispensable.
( Sans parler du coût bien entendu...).
Par ailleurs, chercher à perduader les usagers qu'une autonomie de 200 km est suffisante, sachant de plus que cette autonomie déjà faible est de surcroit variable selon les conditions d'utilisation, cela relève de l'obstination, qui n'est jamais bonne conseillère.
Dans la technologie actuelle, la voiture électrique peut raisonnablement emporter une batterie de 50 kWh, largement suffisante pour les besoins courants ( le kilométrage annuel moyen est de 12 000 km) ; mais l'autonomie sera réduite, très loin des 700 km auquels l'usager est habitué avec une thermique.
Pour les déplacements sur longues distances, il faudra s'arrêter tous les 200 km pour refaire le plein.
Ou prendre le train...
Cette perspective n'est pas enthousiasmante, ce qui explique en partie le peu d'empressement des clients à changer pour l'électrique pur.
Le marché de la voiture électrique est ainsi freiné par le handicap de la batterie, dont les performances sont encore très éloignées des valeurs recherchées pour offrir les mêmes performances que les modèles à moteur thermique.
Un compromis est donc nécessaire, qui conduit à deux types de véhicules pour couvrir tous les besoins, alors qu'en thermique un seul type suffit.
Ce « contre-temps » est susceptible de freiner le marché du tout-électrique, d'autant plus que les perspectives de solution de ce problème de batterie ne laissent pas prévoir une amélioration du problème dans un délai réaliste.
( c'est le moins que l'on puisse dire...).
Devant cette situation pour le moins confuse, et impliquant un marché mondial de plus de un milliard de véhicules pour se limiter aux véhicules légers, il est légitime de chercher une solution de rechange, d'autant plus que le même problème se posera lorsqu'il s'agira de motoriser proprement les véhicules de catégories supérieures : Transports routiers de marchandises, transports maritimes, transports aériens, qui auront le même problème, mais à grande échelle...
L'électricité n'est pas le seul recours lorsqu'il s'agit de réduire nos émissions de CO2 fossile.
( Bien sûr les économies d'énergie par la contrainte sur les besoins est une démarche qui a un sens mais, notre civilisation étant basée sur toujours plus de machines, et l'objectif étant d'atteindre dix milliards d'Humains à la fin du siècle, il ne faut pas trop rêver à un monde de parcimonie énergétique...)
Depuis quelques décennies, une grande activité de recherche se déploie autour des carburants de substitution des fossiles, car les limites de l'électricité sont connues depuis longtemps pour ce qui concerne les applications mobiles.
Qu'ils soient de synthèse, à carbone recyclable, ou naturels ( Hydrogène... ), ces produits seront indispensables pour de nombreuses applications.
Bien sûr, on peut toujours persister dans la recherche du saint graal de la batterie dans une technologie encore inconnue, remplissant toutes les cases, y compris le poids et le coût, mais l'attentisme en ce domaine peut se transformer en impasse industrielle, qui ouvrira une opportunité pour des concurrents moins regardants sur l'éthique du changement climatique, le mieux restant l'ennemi du bien, le juge de paix étant le marché.
La volonté d'imposer le passage brutal du thermique au tout électrique pour les voitures rencontre suffisamment de réticence de la part des futurs acheteurs potentiels, pour justifier de la part des décideurs une reconsidération des plans de développement, tout en demeurant dans le cadre des objectifs de la transition énergétique.
Le succès des modèles hybrides est un indicateur que l'on aurait tort de galvauder. Actuellement les ventes de voitures neuves sur le marché européen se répartissent ainsi :
Voitures thermiques pures : 40% ( essence et diesel )
Voitures hybrides : 40%
Voitures électriques pures : 20%
Ceci dans une ambiance de chute générale du marché de l'automobile neuve liée à plusieurs facteurs :
- Suites du Covid 19.
- Hausse du coût moyen des véhicules neufs : + 20% depuis 2019.
- Incertitude quand à l'orientation technologique future, et donc à la dépréciation possible des modèles actuels.
- Incertitude quand à l'évolution des réglementations européennes sur ce marché.
( Notamment fiasco du coup de tonnerre sur l'ukase de 2035...).
- Attente de la batterie miracle toujours annoncée pour demain matin...
- Absence de normalisation des batteries, qui fait peser un doute sur leur remplacement possible après quelques années.
Etc...
Face à une telle confusion, pour ne par dire une foire, le client traditionnel est totalement dans la brume la plus épaisse.
Et c'est là que se fait entendre une petite voix qui nous rappelle que, dans la liste des substituts possibles aux sources d'énergie fossile, il y a la bioénergie.
Certes, les biocarburants et les carburants de synthèse n'ont pas l'auréole de l'électrité, notamment pour le rendement énergétique des moteurs thermiques, et surtout en raison de leur disponibilité parcimonieuse liée à leur caractère de produit encore en étude.
( Celui qui veut tuer son chien n'a qu'à dire qu'il est malade...) .
On admet cependant que le transport aérien ne pourra pas se passer d'un carburant à haut pouvoir énergétique, le programme SAF a pour objectif d'industrialiser un tel produit dans des délais assez courts.
Pour les voitures, il est rationnel de penser que, plutôt que de traîner une batterie de 600 kg capable d'assurer (peut-être) une autonomie de 700 km, il serait plus rationnel de recourir à un carburant à très haut pouvoir énergétique qui pourra être issu de ces études pour l 'aviation, ou à un biocarburant de seconde génération.
L'obstination à vouloir imposer le tout électrique dans tous les modèles de voitures risque que coûter très cher si « certains » concurrents ne partagent pas ce choix.
Par ailleurs, on voit mal les transports routiers lourds, et les transports maritimes, emporter des batteries colossales se substituant à la charge utile, et contraintes à ne rouler que sur des parcours équiper de moyens de rechargement...
Pour toutes ces raisons, il semble inévitable de devoir accepter l'idée d'une coexistence pacifique entre l'électricité et les carburants chimiques.
La recherche d'une, ou de plusieurs solutions pour remplacer les fossiles n'est pas « seulement » technologique.
Elle se double d'une guerre économique pour la maîtrise du nouveau marché de l'énergie et la maîtrise des technologies adaptées à ces nouvelles énergies.
Ces enjeux, qui conditionnent la redistribution des cartes pour la « gouvernance du Monde » du prochain siècle, dépassent l'objectif de réduction des émissions de CO2.
C'est de la redistribution des cartes pour la gestion de la Planète qu'il s'agit, ce qui dépasse quelque peu le problème de savoir quelle énergie choisir pour faire rouler nos autos...