Les pièges de la transition énergétique.
20 Mars 2026
Remplacer une énergie par une autre, quoi de plus simple ?..... sur le papier.
L' énergie d'origine fossile ( Charbon, Pétrole, Gaz ) a ceci de particulier qu'elle peut être obtenue en forant des trous dans le sol ( pour faire simple...).
Ces produits peuvent être transportés et/ou distribués par des procédés utilisant des moyens classiques ( Routes, chemin de fer, voies maritimes, voire même à dos d'âne... ).
Ils peuvent être utilisés directement ( Charbon, Gaz ) ou après raffinage .
Impossible de faire plus simple et meilleur marché...
( Les prix « apparents » sont souvent surchargés de taxes …)
La découverte de l'électricité, il y a environ un siècle et demi, a permis de développer de nouvelles applications et/ou de remplacer certaines applications tirant leur énergie des fossiles, et surtout d'en développer de nouvelles plus spécifiques ( Eclairage, chemin de fer, machines-outils, électroménager, climatisation, téléphone, communications, robotique, Radio, informatique, etc ).
Cette électricité, qui représente aujourd'hui environ le tiers de la consommation énergétique finale dans les pays développés, est produite dans le monde majoritairement à partir des fossiles ; une faible part est produite par des procédés décarbonés, essentiellement l'hydroélectrique, et plus récemment l'électronucléaire, et une part de solaire, d'éolien, et de biomasse.
( Le cas de la France est particulier et ne doit pas être extrapolé à l'ensemble des pays de la Planète ).
Pourquoi l'électricité n'a-t-elle pas été généralisée à toutes les applications ?
Pour plusieurs raisons :
- On n'obtient pas de l'électricité en faisant des trous dans le sol. Elle doit être fabriquée par des procédés coûteux.
- L'électricité ne se transporte pas ; elle doit être distribuée par des réseaux également coûteux.
- L'électricité ne se stocke pas ( sauf en petites quantités ); elle ne convient donc pas pour les moyens de transport qui ne disposent pas d'un réseau de distribution, ni pour des zones non « raccordées ».
- Certaines applications ne peuvent pas être converties à l'électricité sans de profondes et coûteuses modifications.
- Tant que les fossiles demeuraient disponibles et moins onéreux que l'électricité, et que le CO2 ne gênait personne, il n'y avait donc aucune raison de les remplacer dans les applications qui fonctionnaient très bien avec le charbon, le pétrole, ou le gaz.
Pour toutes ces raisons l'électricité n'à été utilisée, jusqu'à une date récente, que pour les applications qui ne pouvaient s'en passer.
( Quelques exceptions , comme les chemins de fer, qui utilisent des itinéraires fixes déjà équipés de rails métalliques, et l'électroménager , où l'électricité apporte les possiblités de programmation et de commande à distance ).
Mais l'épuisement inéluctable des sources fossiles, et la nécessité incontournable d'arrêter les émissions de CO2 fossile, nous imposent maintenant de renoncer à ces fossiles et de les remplacer pas autre chose.
Cet autre chose ne peut être que des sources d'énergie décarbonée ou à carbone recyclable, dont chacun connaît la liste.
Pour ce remplacement, la première idée qui vient à l'esprit est de remplacer la production actuelle d'électricité carbonée par de l'électricité dé-carbonée, en boostant la production des moyens décarbonés déjà exploités :
Hydroélectrique, Eolien, Solaire photovoltaïque, centrales solaires thermiques, centrales géothermiques, centrales électronucléaires, centrales à biomasse, centrales à Hydrogène décarboné ( Bourakebougou) etc ...
Ensuite seulement il sera temps d'électrifier les applications qui fonctionnent aujourd'hui avec des fossiles : Transports, procédés industriels, pétrochimie, etc.
Mais le remplacement du pétrole, du charbon, ou du gaz, par de l'électricité dans un grand nombre de ces applications, est conditionné par de profondes modifications et/ou des investissements élevés.
Cette phase de décarbonation de l'énergie ne se fera pas sans de lourds investissements et surtout une longue phase de recherche et d'expérimentations.
En ce domaine la précipitation est mauvaise conseillère.
( La tentative d'électrifier les voitures en est un bon exemple...).
Par exemple le remplacement des systèmes traditionnels de chauffage des bâtiments par des pompes à chaleur n'a de sens que si ces bâtiments offrent des performances thermiques élevées et sont conçus pour avoir des échangeurs à basse température.
Il faut donc non seulement remplacer la chaudière, mais aussi le système de distribution de la chaleur, et surtout isoler thermiquement le bâtiment, ce qui représente un investissement considérable, souvent dissuasif.
Le problème dans ce cas n'est pas la pompe à chaleur, dont la technologie est connue depuis longtemps, mais les bâtiments eux-mêmes qu'il faudra modifier profondément, voire même reconstruire...
Un autre exemple est celui de l'électrification des voitures.
Son intérêt est pourtant triple :
Rendement énergétique doublé ou triplé.
Suppression des émissions polluantes.
Suppression des émissions de CO2 fossile.
On se demande alors pourquoi ce changement n'a pas été réalisé plus tôt.
Des tentatives passées, qui ont échoué, ont montré les principaux problèmes, que l'on rencontre encore aujourd'hui, et auxquels on peut ajouter les problèmes nouveaux de dépendance des approvisionnent en métaux spéciaux et la nécessité de continuer à fabriquer des voitures à pétrole pour les régions dépourvues de réseau de distribution d'électricité suffisamment denses et puissants pour recharger les batteries.
Les mêmes problèmes se rencontrent pour l'électrification des transports lourds routiers, maritimes, ou aériens, pour lesquels l'électricité n'est pas forcément la meilleure solution .
( On pense aux biocarburants et aux carburants de synthèse ).
Quel que soit le secteur concerné, et comme dans tout changement technologique majeur, une phase d'expérimentation est indispensable afin d'acquérir un REX ( Retour d'EXpérience ) sans lequel des déboires sont certains, quelle que soit l'application .
Plusieurs obstacles, prévisibles et confirmés par le REX, contrarient les tentatives de mutations initiées ici et là :
Le passage à l'électrique nécessite des investissement importants qui se retrouvent mécaniquement reportés sur le coût de l'opération et donc sur le coût final, qu'il s'agisse d'un produit ou d'un service.
(Les exemples de la voiture électrique et des pompes à chaleur le démontrent amplement).
Si, dans le même temps, la solution ancienne continue d'être disponible, et pour un prix très inférieur, le produit nouveau ne sera pas choisi.C'est le cas de la voiture :
Le basculement sur l'électrique ne peut être obtenu que sous une contrainte portant sur une réglementation, ou sur une amélioration significative du service rendu, ou sur une pénurie de l'énergie fossile à remplacer.
( Genre crise pétrolière...).
De plus, quelle que soit l'application considérée, un basculement sur l'électrique ne peut être concevable que s'il existe un réseau de distribution d'électricité suffisamment puissant et suffisamment maillé pour fournir l'énergie nécessaire.
Ce n'est pas le cas partout.
Un produit de grande diffusion comme la voiture s'appuie historiquement sur un marché mondial.
Un constructeur de voitures thermiques, dont le modèle de diffusion est le marché mondial, devra adapter sa production au changement de technologie du pétrole vers l'électricité, et ceci pendant la période de basculement qui peut durer plusieurs décennie, voire même davantage si une partie du marché demeure en thermique pour des raisons de difficulté d'électrification du réseau de distribution.
Un autre modèle industriel peut se développer, basé sur la séparation des technologies tant pour les fabrications que pour les réseaux d'entretien et de réparations.
Vers quel concept s'orienter ?
( L'exemple des voitures hybrides donne une idée de l'indécision de l'industriel qui, comme l'âne de Buridan, ne peut pas décider dans quel seau il doit boire...)
Aujourd'hui la transition énergétique consiste surtout à remplacer l'électricité produite avec des fossiles par de l'électricité décarbonée, et à accompagner la croissance du marché de ce secteur.
Le piège à éviter est d'avoir une croissance de la demande supérieure à la capacité de croissance de la production d'électricité décarbonée.
( C'est malheureusement le cas parfois...voir le problème des « data centers » ).
C'est pourquoi il faut éviter de « charger la mule » en voulant électrifier prématurément des applications qui fonctionnent aujourd'hui avec des fossiles.
( partir à la chasse sans avoir les bonnes cartouches n'a jamais rempli la gibecière...).
Où en sommes nous ?
Concrètement, les applications utilisant encore des fossiles ne sont pas vraiment impactées par la transition énergétique, sinon par des expérimentations et/ou des préséries, pour déterminer quel(s) type(s) de source(s) d'énergie décabonée sera la mieux adaptée.
( les difficultés rencontrées par l'électrification des voitures est un exemple de cette recherche de la solution technologique adaptée aux impératifs du marché ).
L'électricité n'est pas forcément la panacée …
Ces applications,qui consomment les deux-tiers de l'énergie finale mondiale, utilisent aujourd'hui majoritairement des fossiles, et leur conversion n'est pas évidente car elles doivent faire l'objet d'études d'adaptation et de validation.
Les principaux secteurs concernés sont :
- Les transports ( Routiers, aériens, maritimes ).
- La production de chaleur à basse, moyenne, et haute température.
- Les processus industriels.
- Aciérie, siderurgie, métallurgie.
- La chimie.
- Les plastiques.
- L'agroalimentaire.
- La construction.
- L'agriculture et la pêche.
Etc...
Certains de ces secteurs sont déjà partiellement convertis aux énergies décarbonées, mais pas nécessairement à l'électricité :
Une partie des transports utilise des carburants comportant une part significative de biocarburants, et des carburants synthétiques sont en développement notamment pour l'aviation.
Une partie de la production de chaleur utilise la géothermie, la biomasse, la cogénération, le solaire thermique.
Une autre partie des transports utilise de l'Hydrogène associéeà une pile à combustible.
Une part de la production automobile utilise une solution hybride avec une part significative de biocarburants.
Le tintamarre autour des énergies renouvelables peut laisser penser que la transition énergétique est en passe de détrôner les fossiles et que l'affaire est dans le sac.
La réalité est plus nuancée :
D'après les données AIE, les renouvelables représentaient 19% de la consommation mondiale d'énergie primaire en 2 000 ( Incluant le nucléaire ).
Toujours selon la même source, elles représentent 23% en 2022.
Certes, pendant cette période la production de ces renouvelables a augmenté de 60% , mais ce gain est compensé par une croissance de 67% des fossiles.
Sur plus de deux décennies, les renouvelables n'ont même pas réussi à compenser la croissance des fossiles.
Ce « résultat » n'est pas satisfaisant ; on peut l'attribuer à plusieurs causes :
- Les fossiles continuent d'être disponibles sans véritables restrictions autres qu'une vague taxe carbone qui est financée par l'utilisateur final sans affecter les profits des fournisseurs.
- Le développement des combustibles à carbone recyclable est freiné, car les versions disponibles 1 et 2 sont nuisibles aux cultures vivrières, et les versions 3 ne sont pas encore disponibles à un coût acceptable.
- Les carburants de synthèse sont encore au stade des pré-développements.
- La croissance de la demande d'énergie électrique, due à l'arrivée de nouvelles applications électriques ( Data centers, IA, voiture électrique...), et au développement économique, excède les capacités de production d'électricité décarbonée et conduit parfois à de nouvelles installations de production d'électricité fonctionnant avec des fossiles !!! .
- L'errance des politiques énergétiques est préjudiciable à l'établissement de programmes permanents et consistants de développements des renouvelables.
Tel pays décide de renoncer au nucléaire, tel autre au contraire relance cette technologie, les politiques énergétiques changent au gré des changements de gouvernements, les chikayas retardent les programmes, et la politique énergétique est finalement décidée par la rue, les gazettes, et les rendez-vous électoraux.
- Les COP, qui auraient dû apporter un support à la politique énergétique mondiale, sont dépourvues de pouvoir autre que celui de faire des recommandations et de proposer des objectifs où l'on confond la carte et le territoire.
- Les écologistes, partagés entre leur volonté légitime de préserver la nature d'une part, et de lutter contre les émissions de CO2 d'autre part, se voient contraints d'accepter l'invasion des parcs éoliens et solaires qui nuisent au milieu naturel, et les centrales nucléaires qui furent longtemps le contre exemple de la démarche naturelle, ce qui génère une certaine schizophrénie de groupe préjudiciable à un choix dépassionné.
- Les événements géopolitiques actuels, « probablement » en grande partie générés par la crise énergétique, ne sont pas de nature à contribuer à l'harmonie entre les puissances, qui serait bien nécessaire à l'établissement d'une Politique mondiale de l'Energie.
- La transition énergétique ne peut réussir que si elle s'inscrit dans une démarche commune des pays développés autour d'une stratégie concertée, alors qu'aujourd'hui ces mêmes pays sont surtout préoccupés de savoir comment ils vont pouvoir gérer la crise énergétique à leur profit pour améliorer leur « part de marché » ...
Ces cailloux dans la chaussure de la transition énergétique ( et bien d'autres probablement ) laissent penser que nous ne sommes pas sortis de l'auberge...
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