8 Mars 2019
Parmi des calamités qui nous menacent, certaines sont plus médiatiques que d'autres.
La plupart sont créées par nous-mêmes comme la misère, la pauvreté, le tabac, l'alcool, les drogues, la chimie alimentaire, les produits phytosanitaires, la pollution, la destruction des ressources naturelles et de l'environnement, les guerres, et tous les risques et addictions liés à la technologie et à ses usages.
Face à cette entreprise universelle d'autodestruction systématique, les risques naturels sont plutôt réduits, voire même quasiment inexistants, la machine planétaire nous ayant été livrée avec les réglages adéquats et les ressources nécessaires et suffisantes pour une occupation « en bons pères de familles ».
En dehors de la rencontre malencontreuse avec un corps céleste, la plupart des menaces dites naturelles ont pour origine notre conduite auto-destructrice :
Mauvaise gestion de l'environnement, épuisement des ressources, bétonnage des sols, déforestation, agriculture intensive, surpêche, etc. Certains ajouteraient l'absence de gestion démographique.
A ces atteintes plus ou moins réversibles, et pour faire bonne mesure, c'est le climat lui-même qui devient l'objet de nos manipulations inconséquentes, entraînant non pas des catastrophes naturelles, la nature n'y est pour rien, mais un risque anthropique de dérèglement définitif de notre espace habitable.
Faute de pouvoir, ou de vouloir, mettre un terme à ce qui commence à ressembler à une apocalypse, et comme dans la fable des animaux malades de la peste, l'Humanité se cherche des ennemis « naturels » à accabler, sur qui déverser son trop-plein de responsabilités.
Le dernier en date est le Radon.
Le Radon est un gaz radioactif qui provient de la décomposition radioactive de l'Uranium présent dans la croûte terrestre avec des concentrations très diverses.
On estime la quantité d'Uranium terrestre à plusieurs milliers de milliards de tonnes ; il est plus abondant que l'Or ou l'Argent.
Comme tous les éléments radioactifs, l'Uranium est un ancêtre qui donne naissance à toute une chaîne de descendants eux-mêmes radioactifs, jusqu'à un dernier rejeton dont la stabilité met fin à la famille.
En l'occurrence il s'agit du Plomb 206, celui de nos salles de bains, détrôné aujourd'hui par le PVC.
( Quant à savoir s'il est préférable pour l'Uranium de finir dans la cuve d'un réacteur nucléaire, ou bien sous forme de tuyau de plomb derrière un lavabo, le lecteur décidera lui-même).
Normalement cette histoire de famille de déroule à l'intérieur de la croûte terrestre, sans déranger personne.
Sauf pour le Radon qui, allez savoir pourquoi, est gazeux dans les conditions normales. Une partie de ce gaz va donc s'insinuer dans les fissures de la roche et grâce à la porosité naturelle, il va en sortir. Il peut également être entraîné par la circulation des eaux d'infiltration et s'échapper dans l'atmosphère par évaporation.
Cet élément a une durée de vie courte, sa période (½ vie) est de 3,8 jours. Mais son état gazeux provisoire lui permet de se diffuser largement dans l'Atmosphère et donc d'arriver à l'intérieur de nos poumons.
Dans la suite de son existence, le Radon (gazeux) donne à son tour naissance à une suite de rejetons radioactifs, tous solides cette fois ; jusqu'au plomb 206 qui marque la fin de la famille.
L'arbre généalogique est le suivant :
Radon 222-----Polonium 218------Plomb 214-----Bismuth 214-----Polonium 214------Plomb 210-----Bismuth 210------Polonium 210-----Plomb 206.
au cours de ces transmutations successives, il y a émissions de particules porteuses d'énergie, dont des particules alpha particulièrement virulentes pour les tissus vivants.
Quatre particules alpha sont émises au cours du processus qui conduit du Radon 222 au Plomb 206.
Tout ce remue-ménage se déroule à l'intérieur de nos alvéoles pulmonaires lorsque le Radon a été inhalé. Et la nocivité de cette suite d'éléments se poursuit longtemps, notamment à cause du Plomb 210 dont la demi vie est de 22,3 années.
(Une particule alpha est composée de deux protons et deux neutrons ; sa vitesse d'éjection lui confère une grande énergie cinétique qui en fait un projectile destructeur pour les fragiles structures des cellules vivantes, notamment les chromosomes).
Les émissions de Radon existent depuis la nuit des temps, elles sont un processus naturel immuable ; elles n'ont pas empêché la vie d'éclore et de se développer harmonieusement, alors pourquoi s'y attaquer aujourd'hui ?
Le flux de Radon qui s'échappe naturellement dans l'Atmosphère est très faible, et ce gaz se dilue très rapidement et de plus sa faible durée de vie ne lui permet pas d'atteindre une concentration significative, il ne constitue donc pas un risque naturel au sens propre.
Le problème réside dans sa concentration ponctuelle dans les fonds constitués par les travaux d'aménagements humains : puits de mines, caves, captations de sources thermales, défauts d'aération de locaux souterrains, fondations non étanches, utilisation de matériaux générateurs de Radon, etc...
Le radon est ainsi devenu un risque par sa concentration liée aux aménagements inappropriés qui génèrent du confinement favorable à son accumulation car ce gaz qui est six fois plus lourd que l'air.
Encore un exemple de phénomène naturel inoffensif transformé en problème de santé publique par les agissement inconséquents de l'Homme.
Le Radon est classé comme cancérogène certain (Groupe I) par le CIRC depuis 1987.
Depuis il a fait l'objet d'une prise de conscience en tant que problème de santé publique à l'échelle internationale ; de nombreuses études lui ont été consacrées, des campagnes de mesures ont permis de déterminer les zones à risques, et de proposer des seuils à ne pas dépasser selon les durées d'exposition.
Le tableau suivant donne l'état des connaissances actuelle sur la nocivité du Radon. Ces données sont susceptibles d'évoluer en fonction des résultats rapportés par les études épidémiologiques en cours.
3 000 décès par an attribuables au Radon, c'est le « score » des accidents de la route, qui justifie donc une attention particulière.
A ce score déjà élevé, il faudrait ajouter les décès dus au cumul tabacs+Radon, très difficiles à départager.
S'agissant d'un phénomène naturel, généralisé à l'ensemble de la croûte terrestre avec des variations d'intensité selon la nature des roches, il n'est pas question d'envisager son éradication.
Comme dirait feu ma Grand mère, il faut faire avec.
Mais par contre, il n'est pas interdit de chercher à s'en protéger par des mesures appropriées.
Pour cela il a fallu d'abord développer des méthodes de mesures et une instrumentation adéquate afin de caractériser le phénomène en tout lieu et à tout moment.
Ensuite il a été possible de dresser des cartes délimitant les zones en fonction de l'intensité du phénomène naturel.
Dans le même temps des études épidémiologiques ont été menées, afin de déterminer des ordres de grandeur des effets sur l'organisme en fonction de la durée et de l'intensité des expositions au phénomènes.
Parallèlement à ces études géologiques et physiologiques, d'autres travaux ont permis de définir des procédures sur les précautions à prendre lors de l'édification des bâtiments afin de minimiser l'intensité de l'exposition.
Enfin, à partir de ces résultats, une réglementation a été mise en place afin de limiter dans la mesure du possible les effets nocifs de ce phénomène sur la population.
Le dépistage du risque Radon repose sur la dosimétrie de la radioactivité alpha dans l'atmosphère de la zone suspectée.
Le Radon, et quelques autres substances comme le Potassium 40, ou le Carbone 14 normalement présents dans notre corps, contribue à créer un fond de radioactivité, bien naturelle celle-là, inévitable sauf à aller habiter sur la Lune, et encore.
Ce fond de radioactivité possède une intensité, mesurée en Becquerel/m3, très variable selon les zones géographiques puisqu'il dépend de la composition de la croûte terrestre.
( 1 Becquerel correspond à 1 désintégration par seconde).
Pour savoir si une mesure effectuée localement révèle un risque Radon particulier, il faut déjà connaître la valeur de la radioactivité naturelle du lieu, après avoir éliminé toutes les autres causes de radioactivité, ce qui est un réel problème dans certaines zones polluées par des déchets industriels, par exemple certains crassiers industriels recyclés, ou des dépôts de Phosphogypse...).
D'autre part, en un lieu déterminé, l'intensité du rayonnement varie en fonction de la saison, du jour de l'année, de l'heure, de l'emplacement des dosimètres, de la proximité de certains matériaux de construction, de produits susceptibles eux-mêmes de rayonner, du renouvellement ou non de l'air du local mesuré, etc.
On aura compris que cette mesure est très délicate, longue, très dépendante des conditions, avec une équation personnelle importante.
(L'équation personnelle traduit l'influence de l'opérateur sur le résultat de l'expérience).
Trois types de mesures sont généralement nécessaires :
- Une mesure ponctuelle, qui permet d'obtenir rapidement une valeur, sachant qu'elle n'est pas représentative de la valeur moyenne sur la durée, la seule valable.
- Une mesure continue, qui représente la réalité des évolutions mêmes rapides, mais qui nécessite un matériel sophistiqué d'enregistrement.
- Une mesure intégrée, avec enregistrement de valeurs ponctuelles sur une grande durée, plusieurs mois.
Les premières préconisations de contrôle Radon concernaient les établissements recevant du public pour des séjours de relativement longues durées, et/ou du personnels plus ou moins permanent :
Exploitations minières souterraines, établissements de thermalisme, mais aussi certains établissements publics ou d'enseignement, des établissements pénitentiaires, etc.
Comme pour tout types d'exposition aux rayonnement ionisants, les seuils de rayonnement acceptables dépendent de la durée d'exposition, durée cumulée évidemment.
Le paramètre important étant le Sievert, qui donne l'impact du cumul de doses sur l'organisme.
Dans les établissements où certains membres du personnel sont susceptibles d'être exposés à des radiations relativement intenses, le port permanent d'un dosimètre est obligatoire (centrales nucléaires par exemple).
Dans les habitations, les effets éventuels d'une surexposition au Radon ne se révèlent qu'au bout de plusieurs dizaines d'années, car l'intensité est très faible. Il n'est donc pas possible d'utiliser les mêmes méthodes de contrôle.
Le décret 2018-434 et annexes, du 4 Juin 2018, établit la nouvelle réglementation sur la protection sanitaire contre les rayonnements ionisants.
Pour faire simple ce décret précise les zones à potentiel Radon significatif, à l'intérieur desquelles des mesures devront être effectuées dans certains établissements recevant du public, et des mesures de mitigation appliquées lorsque les seuils fixés seront dépassés.
Le nouveau seuil de référence est abaissé de 400 à 300 Bq/m3 d'exposition annuelle. Par ailleurs, une information devra être fournie aux acquéreurs ou aux locataires d'un bien situé en zone sensible.
Si le diagnostic du Radon devenait obligatoire lors d'une cession immobilière, ou d'une location, au même titre que le Plomb, l'Amiante, les termites, les mérules, les conséquences pourraient être financièrement lourdes car des travaux importants deviendraient nécessaires dans les régions naturellement défavorisées comme la Bretagne, le Massif Central, les Vosges.
Pour le Plomb, l'Amiante, les mérules, les termites, il n'y a pas de seuil, c'est l'éradication totale qui est exigée.
Pour le Radon, l'éradication est évidemment impossible puisque le phénomène consiste en un flux naturel permanent d'intensité variable selon les régions.
(Avec une composante provenant de la radioactivité éventuelle des matériaux de construction, ce qui est une autre histoire).
Il n'est pas imaginable de déplacer une maison, ou de la reconstruire selon des préconisations à définir, ou de la détruire purement et simplement.
Par ailleurs le taux de Radon à l'intérieur d'une maison donnée varie selon le type d'occupation, la ventilation native ( VMC simple flux ou double flux, pas de ventilation du tout, ventilation par les portes et fenêtres aménagées, etc.).
Du grain à moudre pour les diagnostiqueurs et les négociateurs immobiliers qui peuvent trouver là un nouveau paramètre de modulation du prix du m2.


