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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 11:08


Sortir du nucléaire …

30 Juillet 2018

Le parc électronucléaire français appartient à EDF, qui est depuis 1946 une entreprise publique, au sens de l'INSEE:
"Entreprise détenue majoritairement pas l'Etat ou appartenant à des groupes dont la tête est détenue majoritairement pas l'Etat".
L'Etat français possède 84 % des actions du Groupe EDF, il détient donc l'autorité pour orienter la stratégie, en particulier les choix industriels.

En d'autres temps, l'Etat avait décidé de doter la France d'un parc électronucléaire doublé d'un parc d'installations hydroélectriques, l'ensemble devant procurer au Pays une indépendance énergétique, au moins pour l'électricité.
Ce qui fut réalisé, et a permis d'accompagner la croissance de l'après guerre.

Ces moyens de production sont toujours opérationnels et donnent toute satisfaction au plan de la continuité et de la qualité du service.

Ils permettent également de présenter un bilan positif au plan des émissions de gaz à effet de serre.
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Mais, les inconvénients incontestables de la technologie nucléaire ont donné naissance à un mouvement d'opinion en faveur de son abandon au profit de méthodes nouvelles de production d'électricité, à la fois neutres en émissions de GES et sans risques pour l'environnement et la santé publique, à cours ou à long terme.

La force de persuasion de ce mouvement protestataire s'est vue considérablement renforcée par les catastrophes de Tchernobyl en 1986, et Fukushima en 2011.
Ces évènements ont suscité une prise de conscience du risque nucléaire, au sein même des équipes chargées de sa gestion.
D'importants travaux ont alors été entrepris pour tenter de juguler les risques qui, jusqu'à ces catastrophes, étaient purement et simplement niés.
L'efficacité de ces travaux n'a pas convaincu les opposants, qui y voient plutôt un cautère sur une jambe de bois.


Les récents avatars du chantier de l'EPR, prototype* de la nouvelle génération devant remplacer les actuels REP, ne font que renforcer la conviction des opposants dans leur volonté d'en finir avec ces chaudrons de sorcières qui constituent un risque majeur que les populations n'acceptent plus d'assumer.
*Prototype qui aura surtout servi à définir la version de série (EPR NG) appelée à prendre la relève des "vieux" REP, sauf décision contraire d'en haut.

D'autre part, compte tenu des progrès considérables réalisés dans les domaines de l'éolien et du solaire, et de la progression de l'industrialisation de ces technologies propres dans plusieurs pays européens et en France, les opposants au nucléaire estiment, non sans raison, qu'il est temps d'entreprendre un programme de sortie de l'atome civil.

Il apparaît dorénavant non seulement au public, mais aussi à une partie des énergéticiens responsables, que le maintien de cette technologie équivaut à l'acceptation d'un risque de catastrophe majeure dont la probabilité se rapproche dangereusement de la certitude.
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Ce réquisitoire contre le nucléaire ne suffit manifestement pas pour obtenir de EDF, c'est-à-dire de l'Etat, une décision ferme de retrait de cette technologie.
Il faut rappeler que cette entreprise s'est construite sur la monoculture du nucléaire, qui lui permet de contrôler la quasi-totalité du secteur de l'énergie électrique, avec ses filiales RTE pour le transport de l'énergie et ENEDIS pour la distribution BT.
Grâce à cette linéarité, EDF demeure le fournisseur largement majoritaire du marché, ce qui n'est pas pour déplaire à l'actionnaire principal qui est l'Etat.

Brûler ses vaisseaux au moment où le marché s'ouvre à la concurrence, reviendrait à prendre un très gros risque de perdre ce leadership, voire même de disparaître en tant qu'entreprise de statut international.
D'autant plus que, dans le même temps, l'Europe exige l'ouverture à la concurrence de l'exploitation du parc hydroélectrique, second fleuron de EDF.

Même si l'on n'est pas d'accord, on comprend la réticence du loup à se laisser manger par l'agneau.
Autant demander à Airbus de renoncer à l'aviation et de fabriquer des tracteurs…

Les nucléocrates ne perdront pas cette bataille sans combattre énergiquement.
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Même s'il comprend et partage les inquiétudes des anti-nucléaires, l'Etat sait qu'en perdant EDF il perdrait le contrôle du secteur de l'énergie électrique, ce qui constituerait une rupture majeure au sein du pacte régalien, dont la quatrième obligation est:
"Définir la souveraineté économique et financière"
Du moins en régime d'économie libérale, et dans une société technologique dont tous les rouages fonctionnent à l'électricité.

Alors, l'Etat temporise et cherche à gagner du temps en espérant quelque miracle qui lui évitera d'affronter la tourmente d'une révolution énergétique l'obligeant à jeter aux orties non seulement le nucléaire, mais aussi le pétrole, le charbon, et le gaz naturel, émetteurs de GES.
Une course à l'abîme dont personne ne peut garantir l'issue.
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C'est pourquoi la volonté de l'Etat de sortir du nucléaire n'a jamais été  exprimée qu'à travers des déclarations absconses.
L'annonce de réduire la part de cette technologie à 50% du mix électrique pour 2030 ne constitue en aucun cas la promesse d'un futur retrait total, ni au cours de ce siècle, ni même après.

Quant à ce que seront ces 50%, encore faudrait-il connaître l'importance de la consommation en 2030... Et là-dessus les prévisions divergent, en fonction des hypothèses des uns et des autres.

La poursuite de la construction de l'EPR de Flamanville suffit à lever les doutes quant aux intentions de l'Etat de maintenir une production nucléaire, voire même de l'augmenter.

En effet, l'engagement de plafonner la puissance nucléaire installée à sa valeur actuelle de 63,2 GW signifie implicitement la possibilité de produire 500 TWh avec un parc nucléaire "rajeuni" grâce à la nouvelle génération EPR NG.

( 63,2 GW x 8 760 heures x Fc/0,9 = 500 TWh ).
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Les réticences de l'Etat à renier en bloc le nucléaire, pour se précipiter dans l'éolien et le solaire sont fondées sur une certain nombre de constats:

- Aujourd'hui la puissance installée éolienne+ solaire PV atteint 22 GW, soit 38% de la puissance moyenne du réseau (qui est de 57 GW pour une énergie finale de 500 TWh).
Sur ces 500 TWh, le couple éolien+ solaire PV fournit 30 TWh soit 6% seulement, ce qui correspond à un facteur de charge de 0,15,  qui  justifie les plus grandes inquiétudes quand à la possibilité de remplacer le nucléaire par un système aussi peu performant.
Et ce ne sont pas les atermoiements autour de l'éolien offshore (véritable messie des énergies renouvelables) qui amélioreront la situation…
Dans ce contexte, on peut comprendre que la réduction de la puissance nucléaire ne soit pas la première urgence…

- Il n'en demeure pas moins que le parc nucléaire actuel est vieillissant, le facteur de charge moyen n'est plus ce qu'il était (Il est encore 0,85 tout de même), et la production annuelle est plus proche de 440 TWh que des 500 TWh de sa jeunesse.
Les 30 TWh d'éolien et de solaire PV sont donc les bienvenus pour satisfaire la demande avec l'appoint de l'Hydraulique.
Mais cet apport d'énergie intermittente a eu aussi pour effet d'augmenter le besoin de compensation des fluctuations de puissance.
Plus que jamais le réseau a du faire appel au parc de centrales thermiques exploitées par EDF.
(Le parc hydraulique existant ne peut pas être sollicité puisqu'il est déjà utilisé pour compenser les fluctuations de la demande de puissance sur le réseau).
En l'absence d'installations de stockage de masse de l'électricité, la compensation des fluctuations des énergies intermittentes ne pourra être obtenue que par des centrales thermiques.
L'urgence est donc de construire ces installations de stockage de masse d'électricité, et non pas de multiplier la production intermittente.
Faute de quoi il faudra multiplier le nombre de centrales thermiques.


- Toute initiative d'envergure visant à modifier significativement les orientations technologiques d'une entreprise a un coût très élevé.
EDF peine déjà à rentabiliser l'outil existant, et doit supporter une dette de 37 Milliards. Il a été procédé en 2017 à une augmentation de capital de 4 Milliards, dont 3 apportés par l'Etat ( nos impôts) qui conserve plus de 84% des actions.
On peut penser que l'essentiel de ces ressources ira où vous savez.  

- Cela dit, EDF (et donc l'Etat) n'ignore pas que le nucléaire ne pourra pas tout faire, et que dans l'avenir une part très importante de l'électricité sera produite à partir de sources renouvelables décarbonées ou à carbone recyclable.
Le maintien du leadership de  l'entreprise exige donc une diversification de ses technologies de production, ne serait-ce que pour éviter que les concurrents ne s'engouffrent dans la brèche pour lui tailler des croupières.
Dans ce but, EDF a créé la société "EDF Energies nouvelles", filiale à 100%, avec l'objectif de développer un savoir faire multi technologies et de prendre des parts du marché international de la production d'électricité.
Aucun secteur n'est négligé, éolien, solaire, hydraulique, et également stockage puisque ce secteur devient un passage obligé dont l'existence conditionne celle de la production intermittente.

Compte tenu de toutes ce qui précède, EDF n'envisage pas une réduction significative de la part du nucléaire dans le mix électrique avant le milieu de ce siècle, ce qui est cohérent avec l'annonce d'une réduction à 50% pour 2030.
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Mais EDF n'est plus le seul fournisseur d'électricité en France depuis l'ouverture à la concurrence.
Parmi les deux douzaines de fournisseurs alternatifs, quelques-uns réussiront à acquérir des positions leur permettant de devenir non plus seulement fournisseurs, mais aussi producteurs d'électricité, voire même de Gaz, puisque la concurrence s'exercera sur les trois secteurs si l'on y inclut les combustibles renouvelables.

La croissance de la production d'électricité renouvelable ne dépend donc plus seulement de EDF, qui devra composer avec l'offre concurrente pour positionner son électricité nucléaire sur un marché qui en aura de moins en moins besoin.
Il n'est pas impossible que le nucléaire de EDF soit poussé à la retraite sous la pression des offres vertes de concurrents plus dynamiques qui bénéficieront de la faveur des opposants à l'atome civil.

A eux de faire leurs preuves, avec des coûts de production compétitifs, sans trop compter sur des subventions…

Dans ce qui ressemblera à une guerre commerciale, il faudra compter également avec les consommateurs, qui participeront à la fête grâce au développement de l'auto production, qui peut à terme représenter une part significative de la consommation d'énergie finale.

La physionomie du marché de l'électricité est appelée à changer drastiquement dans les prochaines décennies, avec un nucléaire susceptible de s'éteindre de lui-même faute de clients, un peu comme les dinosaures en leur temps.
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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 18:20


4 Juillet 2018

Depuis dix ans les multiples rapports sur la transition énergétique vantent l'excellent potentiel de nos côtes atlantiques et méditerranéennes, présentées comme propices au déploiement de nombreux parcs éoliens offshore.
Nous serions, selon ces rapports, un pays privilégié pour l'exploitation de cette technologie.

Or, à ce jour, il n'existe encore absolument aucune éolienne marine en exploitation sur le littoral de la France métropolitaine.

Cet extraordinaire paradoxe n'est pas dû à une quelconque difficulté technologique, puisque nos voisins européens disposent déjà de nombreux parcs éoliens offshore en production depuis plusieurs années, fournissant une quantité d'énergie très significative, parfois majoritaire, et surtout de moins en moins chère.
Mais alors pourquoi notre pays, organisateur de la COP 21, échoue-t-il à planter sur son littoral "privilégié" ces machines tant vantées dans les congrès ?
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Le nucléaire bien sûr.
Grace à cette technologie, la France peut présenter un bilan CO2 flatteur, si l'on n'est pas trop regardant sur l'énergie "grise" (voire "noire").  Nous produisons déjà 95% de notre électricité par des procédés conformes à la nouvelle doxa:

80% d'électronucléaire ( 400 TWh sur 500).
10% d'hydroélectrique.
5% éolien et photovoltaïque.

Dans ces conditions on ne voit pas très bien ce qu'on pourrait faire de mieux, sachant que la relève des vieux réacteurs nucléaires est prévue, le premier de la nouvelle série française devant entrer en fonction en 2019.
(L'un d'eux est déjà entré en exploitation, mais c'est en Chine…).
Les objectifs de la transition énergétique sont donc déjà réalisés pour l'électricité.
Et l'électronucléaire n'a jamais été condamné par le GIEC, qui s'est borné à souligner son caractère décarboné, tout en en rappelant cependant les risques extrêmes que cette technologie fait courir à l'Humanité présente et future.
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Mais cette situation, satisfaisante à la rigueur du strict point de vue des émissions de CO2, si l'on oublie les phases d'extraction du minerai d'Uranium et de la  fabrication du combustible, le traitement des déchets, et le démantèlement, ne l'est plus du tout face au mouvement d'opinion qui condamne cette technologie, et dont l'influence grandissante est en mesure de contrebalancer le pouvoir du lobby nucléaire, surtout depuis la catastrophe de Fukushima et la découverte d'un certain nombre de négligences et de failles de sureté dans le parc actuel français et dans le prototype de la série de remplacement.
(Et pas dans les détails, puisqu'il s'agit des principaux organes, la cuve et les générateurs de vapeur).
    
Pour tenter de calmer le jeu, l'Etat a choisi d'adopter une position de principe en faveur d'une réduction progressive de la production d'électricité nucléaire, position dont l'expression est hélas suffisamment ambigüe pour laisser aux énergéticiens de l'atome beaucoup de grain à moudre.
Rappelons-en les éléments principaux:
- La puissance installée du parc électronucléaire ne dépassera pas sa valeur actuelle de 63,2 GW.
- La part de l'électricité nucléaire dans le mix électrique français sera réduite à 50% à l'horizon 2030.
(Au dernières nouvelles du PPE, il s'agirait plutôt de 56% en 2035...).

La première proposition signifie en fait, après exégèse, que la puissance du parc pourra être maintenue à sa valeur actuelle, le temps qu'il faudra.
La deuxième proposition n'engage à rien tant qu'on ne connaît pas la valeur de la consommation électrique à l'époque évoquée.
(Les prévisions d'évolution de la consommation varient entre - 2% et + 2% par an selon les experts, ce qui fait quand même +/- 22% en dix ans !).
 
Quant au terme "à l'horizon" , il est une version édulcorée de "à la saint glin glin" comme chacun sait.

Cette ambigüité, qui n'est ambigüe que pour les naïfs, n'est pas de nature à susciter un mouvement de foule des investisseurs vers les technologies nouvelles productrices d'électricité renouvelable.

En effet, qui irait fabriquer de l'électricité verte dans un pays où le marché est phagocyté par l'atome, avec un KWh coûtant bradé à 4,3 centimes* ?
Sauf à pouvoir bénéficier d'un "merit order" de course assorti d'un contrat d'obligation d'achat à un prix unitaire de casino; mais il s'agit alors d'un effet d'aubaine, qui ne peut être pérennisé.
* Tarif ARENH

On constate d'ailleurs effectivement que, depuis ces annonces sibyllines, aucun réacteur n'a encore été mis à l'arrêt, et la décision a même été annoncée de n'arrêter un réacteur que lorsque les installations de remplacement seront entrées en exploitation.
Ce qui au demeurant est assez logique puisque la consommation intérieure d'énergie électrique ne marque aucun signe de modération depuis dix ans.
Dans ces conditions, réduire la production nucléaire sans avoir une solution de remplacement disponible reviendrait à mettre délibérément la France en panne.
Pas bon pour l'image d'un parti en marche…Ni pour le respect de l'obligation de service public.

La seule installation de remplacement quasiment prête pour entrer en production est le prototype EPR de Flamanville, qui est censé être opérationnel en 2019, ce qui permettra de mettre à la retraite deux vieux réacteurs de la première génération.
De parc éolien offshore, point.

Il y a bien une petite production d'électricité verte (Eolien terrestre et photovoltaïque), encouragée à grands coups de subventions et placée en tête du merit order (voir plus haut) mais, en dix ans de croissance, sa participation au mix électrique ne dépasse pas 5% de la production, avec les aléas de l'intermittence (Voir éco2mix).

Cette modeste contribution à la transition énergétique est outrageusement mise en valeur par les média en l'associant à l'hydraulique historique, ce qui permet évidemment d'afficher non pas 5%, mais un 15% beaucoup plus flatteur, si l'on oublie de rappeler que cet hydraulique ne doit rien à une quelconque prise de conscience écologique puisqu'il existe depuis un demi siècle.
(Il s'agissait alors d'indépendance énergétique, prônée par un certain Général, l'hydroélectrique devant compléter le nucléaire par sa capacité de stockage d'énergie, ce que le nucléaire ne sait pas faire évidemment).
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Pour alimenter les débats et montrer à l'opinion que, malgré le forcing évident sur le nucléaire sur lequel de nombreux milliards sont généreusement déversés, les énergies renouvelables ne sont pas délaissées pour autant, l'Etat a lancé en 2012 des appels d'offres pour six parcs éoliens offshore sur la côte atlantique.
Des offres ont été faites, des contrats ont été signés, les études lancées, et comme d'habitude les dossiers se sont enlisés dans le marais des études d'impact, dans les n+1 bureaux de ceci et de cela, dans les  procédures avec les autres usagers du littoral convoité, en sorte que, six ans plus tard, aucune éolienne n'est encore opérationnelle, et il s'en faut de beaucoup comme nous l'allons voir.

Ce délai sans cesse reporté n'est peut-être pas pour déplaire aux énergéticiens historiques, peu pressés de devoir composer avec une technologie capricieuse, de rendement imprévisible, et  comportant de nombreux plâtres à essuyer, et dont surtout ils n'ont pas besoin puisque le nucléaire fait le travail.
La tactique de l'arme au pied paraissait donc satisfaire tout le monde.
Certains mauvais esprits vont même jusqu'à soupçonner le lobby nucléaire de manœuvres souterraines afin de ralentir les dossiers de l'éolien offshore.
Nous n'en croyons pas un mot, faut-il le préciser.
_________________

Pendant que les dossiers français stagnaient dans les placards de l'Administration, l'industrialisation de l'éolien offshore devenait une réalité.
Mais pas chez nous…

Pour les réponses aux appels d'offres européens récents, le niveau de CAPEX a atteint aujourd'hui la zone des deux euro par Watt installé.
Nous parlons de l'Europe du Nord évidemment.

Ces dix ans ont permis à de grandes compagnies de conquérir des positions industrielles et commerciales, et de développer un savoir faire qu'il nous sera très difficile de concurrencer, surtout en regardant passer le train…
______________
 
Mais il faut vivre avec son temps, et même si l'éolien offshore n'est pas le bienvenu au pays du nucléaire, la France doit au moins donner des gages de sa volonté de faire une place aux nouvelles énergies, le tout nucléaire étant de plus en plus remis en question.
Et comment crédibiliser l'annonce de réduire la part du nucléaire à 50% si l'on ne fait aucun effort sérieux de développement des renouvelables ?
Lancer des appels d'offres pour l'éolien offshore, c'est bien; mais si rien ne se passe au bout de six ans, on frise l'imposture.
Le moment est venu où l'on ne peut plus indéfiniment retarder, à coup de procédures discutables, le démarrage effectif des programmes des appels d'offres éoliens offshore  de 2012.

Comme a dit le Président de Neopolia:
"Nous pensons qu'il faut se mettre en mouvement et lancer ces projets éoliens".
Ce serait effectivement la moindre des choses dans un pays gouverné par un parti "En marche"…
____________

Mais, depuis 2012, la technologie offshore posé est arrivée à maturité chez nos concurrents, qui n'ont pas eu nos états d'âmes, et les évaluations de coûts réalisées pour les appels d'offres français de l'époque ne correspondent plus aux standards actuels.

 C'est ainsi que le vaste projet des six parcs éoliens offshore de la côte atlantique s'est vu sévèrement taclé par le nouveau pouvoir, dont les chiens de garde ont opportunément (?) détecté des "anomalies" dans l'analyse financière des réponses aux appels d'offres, tant au niveau du montant des investissements, qu'au niveau des coûts d'exploitation.

La menace d'annulation des projets, et la fermeté des interlocuteurs représentant l'Etat, a permis d'aboutir très rapidement à une réduction du montant de la facture:
- 40% sur le montant de la subvention publique (25 Milliards au lieu de 45).
- 30% sur le tarif de l'obligation d'achat (150 euro le MWh au lieu de 180 à 230).

Le planning annoncé permet d'envisager un achèvement des six projets pour 2026 au plus tôt, si toutefois le programme n'est pas considérablement modifié.

[ En effet, il ne serait pas cohérent de démarrer avec sept ou huit ans de retard un tel programme bâti sur la technologie de 2012.
Les parcs offshore récents sont construits avec des turbines de 6 à 8 MW, et les nouveaux projets devront utiliser les nouvelles machines de 10 à 12 MW, voire davantage, pour avoir une chance d'être concurrentiels à l'époque de la mise en exploitation.
Ce saut technologique exige une refonte des études sur tous les plans:
Puissance des turbines, nombre de machines, espacement entre machines, procédés d'ancrage au fond, distance à la côte, raccordements électriques, accès maintenance, recherche de nouveaux sites, nouvelles études d'impact, nouvelles négociations, etc.
Le chiffrage du projet remis à niveau ne pourra être connu qu'après achèvement de ces études, ce qui  peut prendre plusieurs années supplémentaires.
Il se peut même qu'il apparaisse nécessaire de recourir à la technologie flottante pour réduire les nuisances des énormes machines de 12 ou 15 MW dont la hauteur s'approche de celle de la tout Eiffel (Haliade-X).
Il s'agirait alors d'une approche complètement différente].
__________________

L'ensemble du programme atlantique porte sur six parcs pour une puissance installée totale de 3000 MW.
(Six parcs de 500 MW chacun).
Le facteur de charge de l'éolien offshore posé est compris entre 29% et 48% selon WindEurope, en fonction du régime des vents locaux.

Sur la base d'un facteur de charge de 40% (Les vents de notre littoral ne sont pas ceux de la mer du Nord), l'énergie que l'on peut espérer recueillir de ces 3000 MW sera donc:
E = (Puissance installée) x (Nombre d'heures par an) x (Facteur de charge) =
3 x 10 [exp 9] GW x  8 760 h  x  0,4   #  11 TWh.

Ce qui représentera 2,2% de notre consommation finale actuelle d'énergie électrique .
Il faudrait donc 14 programmes comme celui-ci pour porter la production éolienne offshore à 30% du mix électrique (A sa valeur actuelle).
Mais il faut bien commencer un jour.
En avons-nous seulement l'intention ?
Et à quel prix ?
___________________

Pour mieux vendre ce programme, et aussi grâce à l'exubérance journalistique aidée par une certaine confusion (volontaire ?) entre les KW et les KWh, la presse populaire a présenté cet ensemble éolien comme équivalent à deux réacteurs EPR, ce qui est extrêmement impressionnant, un vrai jackpot énergétique.

Sauf que c'est faux.

Un seul réacteur nucléaire d'une puissance installée de 1650 MW (genre EPR) peut fournir annuellement une énergie de 13 TWh, soit 20% de plus que nos six parcs éoliens réunis.

La comparaison "journalistique" est donc grossièrement fausse.

Qui veut tromper qui, et dans quel but ?
____________________

Même ramené à 150 euro le MWh, le tarif d'achat de cet éolien de luxe reste 2,8 fois le coût de production de l'électricité nucléaire, confirmé à 54 euro/MWh par la Cour des Comptes, incluant le coût des travaux post-Fukushima pour renforcer la sécurité.

Le surcoût de près de 100 euro/MWh, est donc une subvention de l'Etat, dont une partie sera supportée par la CSPE, le reste sera chargé sur les divers autres impôts, l'ensemble étant réglé in fine par vous et moi.
Le contrat ayant une durée de vingt ans, ce surcoût nous coûtera près de 22 Milliards, s'il était entériné par le Président, pour la durée prévue au départ.
_________________

Ici il nous faut ouvrir une parenthèse:

On peut quand même se demander pourquoi il nous faudra payer si cher cette électricité que les autres pays européens fabriquent pour un coût beaucoup plus bas ( et certains sans subvention) et avec la même technologie.

A cela les experts répondent que les sites français de la côte atlantique sont beaucoup moins favorisés que les sites retenus en Europe du Nord, où le REX montre des facteurs de charges de 45 à 50%, alors que chez nous il faudrait se contenter de 30 à 40%.
D'autre part, en Europe du Nord les fonds dépassent rarement vingt cinq mètres, et sont d'une nature qui permet des implantations moins coûteuses qu'en côte atlantique où les fonds sont supérieurs.
Ces explications convaincront difficilement les citoyens inquiets de voir grimper la petite note de la transition énergétique.
Et qu'en pense la Cour des Comptes ?

On peut être inquiets sur l'avenir de ces projets qui démarrent avec des handicaps impossibles à surmonter et qui pénaliseront lourdement la production pendant toute la durée d'exploitation.
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Profitons-en au passage pour détruire un autre mythe, celui du coût exorbitant d'un réacteur nucléaire.

Nous avons vu que, dans le meilleur des cas, les six parcs éoliens ne produiront que 85% de l'énergie produite par un seul réacteur EPR.

Pour autant que nos informations reflètent la réalité, le programme des six parcs éolien offshore de la côte atlantique est approuvé sur la base d'un CAPEX unitaire de 4 euro/W, ce qui correspond donc à un investissement de 12 (Douze) Milliards d'euro, pour une production annuelle estimée de 11 TWh.

(Rappelons que les nouveaux parcs offshore du Nord Europe sont "négociés" autour d'un CAPEX à 3 euro/W, avec même des propositions à 2,5 euro/W, anticipant sur les baisses de coût de la technologie).

Là où l'EPR de Flamanville, qui est un prototype, aura coûté 11 Milliards,  notre éolien offshore atlantique nous coûtera 12 Milliards, pour une production inférieure.
Sans commentaire…

De plus, un réacteur a une durée de vie de 60 ans, alors qu'un parc éolien offshore doit être reconstruit au bout de 25 ans, selon les standards admis.

Pour continuer la comparaison, il faut rappeler que l'éolien est une énergie intermittente qui doit être adossée à des installations de production de base, dont le coût vient évidemment s'ajouter aux coûts de construction des éoliennes.

Enfin, les fluctuations de la production éolienne doivent être maîtrisées par des installations de stockage de masse de l'électricité dont le coût viendra s'ajouter à un total exorbitant.

Aujourd'hui ces dépenses "cachées" ne sont pas encore engagées, eu égard au faible niveau de la production renouvelable. Les installations de compensation de l'intermittence ne sont pas encore en construction, ni les installations de stockage de l'électricité, ni les parcs éoliens offshore eux-mêmes (du moins en France).

Mais demain, lorsque les renouvelables fonctionneront à plein régime, il faudra bien financer tout çà.
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Il ne s'agit surtout pas ici de défendre la technologie nucléaire, dont les nuisances à long terme (et éventuellement à court terme) ne sont pas niées, mais d'expliquer pourquoi cette technologie a encore de nombreux adeptes, dès lors que les coûts d'exploitation prennent le pas sur les considérations écologiques.
Car enfin, il faut bien trouver des investisseurs pour réaliser les projets, et leurs choix se portent "généralement" vers les projets rentables.

Le particulier ne se comporte pas différemment lorsqu'il doit investir pour isoler son logement:
Combien çà va me coûter et quel est le retour sur investissement ?

Donc oui, il faut développer l'éolien offshore si l'on veut fabriquer nous-mêmes notre électricité verte, mais il ne faut pas tromper les citoyens en leur cachant la vérité des coûts, et donc de la participation qui leur sera demandée.


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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 17:50

Vers un Linky sans CPL ?

23 Juin 2018

Le Linky est mal aimé.
Les raisons en sont multiples et largement exposées dans les médias, inutile d’y revenir ici.
Mais les nécessités de la transition énergétique exigent la mise en œuvre du réseau intelligent, ce qui n’est pas contesté, sauf par les citoyens de mauvaise foi, ou plus exactement ceux qui ne sont pas suffisamment informés des aléas de la transition énergétique.

(A ne pas confondre avec les personnes atteintes du syndrome IEI-CEM, Intolérance Environnementale Idiopathique aux Champs Electro Magnétiques, dont le cas relève de la médecine environnementale, qui traite de l’ensemble des cas d’intolérance aux ondes EM de quelque origine qu’elles soient, lignes à haute tension, transformateurs EDF, antennes relais téléphonie cellulaire, WiFi, CPL domotique, four à micro-ondes, cuisinières à induction, téléphones portables, …. Et compteurs Linky).

Selon le "canard", généralement bien informé, le taux de refus du Linky atteindrait environ 4% toutes causes confondues.
Selon ENEDIS, la grande majorité des opposants renoncent à leur opposition après avoir reçu les explications sur les raisons de la démarche de remplacement des compteurs.
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Rappelons, pour ceux qui l’ignoreraient encore, que le concept de réseau intelligent n’est pas une fantaisie d’ingénieurs de bureaux d’études en mal de nouveaux projets, mais simplement un concept incontournable, une clé pour la maîtrise de la gestion de la production des énergies renouvelables intermittentes du futur (2030-2040).

Il s’agit d’une démarche implantée au niveau européen, à laquelle ont adhéré la très grande majorité des pays de l’Union, sauf quelques pays, plus pour des raisons politiques que techniques, qui tardent à prendre leur décision.

La Directive Européenne du 3 Septembre 2009 impose aux Etats membres un taux d’installation de compteurs communicants de  80% avant 2020, et de 100% avant 2022.
Comme toute directive, celle-ci peut être adaptée à chaque pays, mais l’objectif à long terme reste celui de la directive.

En France on a choisi de généraliser d’emblée le compteur communicant; cela permet des économies d’échelle et donc une modération des coûts.
Les 32 millions de consommateurs particuliers ont une part prépondérante dans les fluctuations de la puissance soutirée, et l'objectif de réseau intelligent est précisément de maîtriser ces fluctuations. Il est donc important qu'ils soient eux aussi équipés de compteurs communicants, et pas seulement les gros consommateurs.
L’Allemagne, qui n’a pas les mêmes facilités y compris sur la législation concernant la propriété des compteurs, et le nombre des fournisseurs d’électricité, a choisi d’équiper seulement les consommateurs les plus importants.
C'est un choix que n'ont pas suivi la Suède, l’Italie et l’Espagne, qui  sont déjà équipés à près de 100%.

La France est au taux de 25% environ, avec une prévision à 100% pour 2021 grâce à un rythme de 30 000 poses par jour ouvrable.
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Pour installer ce réseau moderne de distribution, le compteur communicant doit disposer de cinq fonctions nouvelles essentielles:
- Compter l’énergie dans les deux sens, car l’abonné a vocation à devenir à la fois consommateur et producteur. Certains le sont déjà.
- Communiquer en temps réel avec le gestionnaire du réseau, afin de réduire le temps de réaction des manœuvre du réglage système, auxquelles les abonnés seront associés dans le futur.
- Mesurer, également en temps réel, la puissance instantanée consommée par l’installation, donnée essentielle à la gestion du lissage des pointes de puissance appelées sur le réseau.
- Mémoriser les valeurs des paramètres mesurés afin de présenter des relevés détaillés permettant d'établir des plans de gestion.
- Disposer d’un interrupteur général télécommandable, afin de pouvoir mettre en œuvre le programme d’effacement qui est un des éléments de la gestion du réseau.

Les compteurs CBE (Compteur Bleu Electronique) et bien sûr les vieux compteurs électromécaniques, ne possèdent aucune de ces cinq fonctions.
L’implantation de ces fonctions nouvelles exige donc le remplacement des compteurs existants par un modèle adapté aux besoins nouveaux.

Le Linky a été développé dans ce but. La fonction d’information client (TIC) du CBE est bien sûr conservée, avec des capacités étendues.
Pour des raisons d’encombrement et d’optimisation des coûts, la fonction AGCP (Appareil Général de Coupure et de Protection) exigée par les normes de sécurité a été laissée à l’extérieur et conserve son rôle.

Refuser le Linky au prétexte qu'il représente une dépense inutile, équivaut donc d'une part à nier la nécessité de la transition énergétique et du déploiement des sources d'électricité verte, et d'autre part à vouloir se substituer au responsable de la charge de l'obligation du service public de l'électricité, pour décider à sa place de ce qui est nécessaire à l'accomplissement de sa tâche.
Dossier difficile à défendre.
Par contre il est légitime d'exiger la prise en compte de nuisances avérées et de demander la mise en œuvre de mesures de mitigation.
____________

Les nouvelles fonctions implémentées dans le compteur communicant sont à l'origine du refus constaté par les installateurs:

- La mesure précise de la puissance instantanée, et la possibilité  pour ENEDIS  de télécommander l'interrupteur général en cas de dépassement répété, ou pour tout autre raison, introduisent une limitation de puissance  beaucoup plus sévère que l'ancien disjoncteur dont on sait qu'il était très laxiste et tolérait des dépassements permanents pouvant atteindre jusqu'à 20%.
De nombreux abonnés pouvaient ainsi impunément soutirer une puissance notablement supérieure à la puissance souscrite avec leur abonnement.
En cas de disjonction il suffisait de réenclencher le Baco.

Le nouveau compteur met fin à cette tolérance*.
L'abonné concerné doit alors soit prendre un abonnement supérieur et donc plus onéreux, soit gérer sa consommation de manière à étaler dans le temps l'allumage de ses appareils gros consommateurs.
Et ceci n'est que l'une des contraintes que l'usager devra accepter pour avoir de l'électricité verte.
 
*Il faut rappeler que le problème principal du réseau électrique français est le très grand taux de fluctuation de la puissance appelée globalement. Une des nécessités de la transition est le lissage de la puissance demandée.
D'où la nécessité de "surveiller" la puissance chez chaque abonné.

- Avec l'ancien compteur il était possible de "réarmer" manuellement le disjoncteur après coupure, sans limitation du nombre de coupures.
Le nouveau compteur rend la coupure définitive après trois ou quatre dépassements consécutifs; il faut alors contacter ENEDIS pour « régler » le problème.
Encore une tolérance qui disparaît, mais c'est pour la bonne cause.

- La mesure en temps réel de la puissance instantanée, son enregistrement, et la transmission de ces données au fournisseur d'énergie, constituent de fait un enregistrement du mode d'utilisation de l'énergie par l'abonné, et peut donner des informations générales sur les activités des occupants.
(Ce sera le cas également pour l'eau et le Gaz )
Bien que la destination, les conditions de stockage, et l'utilisation de ces données soient très encadrées par la CNIL, certains abonnés refusent de se voir ainsi "observés" .
Ces abonnés refusent également (du moins si leur démarche est rationnelle) l'abonnement et l'usage du téléphone cellulaire et de tout système de communication en rapport avec la fonction GPS, y compris dans les véhicules, l'internet des objets bien évidemment, voire même l'usage de la carte bleue ou du carnet de chèques, qui permettent le traçage des individus.
D'autres abonnés s'inquiètent de la dissémination de ces données résultant de l'ouverture du réseau à la concurrence.
A quelles données ces concurrents auront-ils accès, et pour quels usages ?

- La communication par courants porteurs (CPL) entre le compteur et le gestionnaire de réseau se traduit par l'existence d'un signal de quelques volts dans la bande de fréquences A ( 3 à 145 Khz) qui pénètre à l'intérieur du réseau domestique puisqu'il n'existe aucun filtrage.
Certains usagers font état de perturbations liées à la présence de ces signaux.
Ces plaintes se rapportent soit à des troubles physiologiques pour des personnes EHS, soit à des troubles de fonctionnement de différents appareils domestiques, ou d'un éventuel réseau CPL interne.
Il faut remarquer ici que, les compteurs Linky , CBE, ou électromécaniques, étant dépourvus de filtrage des signaux HF, n'arrêtent pas les signaux CPL présents sur le réseau et provenant du voisinage.
Des perturbations constatées chez un abonné peuvent être causées par les signaux parasites provenant de ses voisins directs.

Note:
Jusqu'à preuve du contraire l'abonné conserve la possibilité de filtrer les signaux "parasites" à l'entrée de son installation, et de placer le compteur , le disjoncteur EDF, et le filtre, dans une armoire équipée d'un blindage réuni à la terre selon les règles de l'art.

Ces principaux "griefs" risquent de donner du fil à retordre aux services de communication de EDF, et surtout à ENEDIS qui se trouve en première ligne.
Aujourd'hui 4% de refus qui seront autant de litiges à porter devant les tribunaux s'ils sont confirmés, et combien demain si des responsables de collectivités territoriales entrent en dissidence ?
_____________________

La sécurité du réseau électrique demeure le premier objectif du cahier des charges de l’obligation du service public de l’électricité, supporté aujourd'hui essentiellement par EDF.
Cette sécurité est obtenue par une gestion en temps réel de l’adaptation de l’offre à la demande, ce qui est réalisé grâce à un réseau de télécommunication propre à EDF, autonome et basé essentiellement sur un réseau privé en fibre optique.
Ce réseau (privé rappelons-le) permet à EDF( Plus exactement RTE) de conserver un contrôle total et permanent de la gestion de la production et de la distribution de l’électricité.
Dans le réseau intelligent, les abonnés participeront non seulement en consommateurs, mais aussi en producteurs, et en fournisseurs de capacités de stockage et/ou d’effacement. Ils seront donc des éléments du réseau et en tant que tels devront être en communication avec le gestionnaire de réseau.

Aujourd’hui, c’est l’offre qui s’adapte à la demande; demain les usagers devront également adapter leur demande à l’offre et ainsi participer à la gestion des énergies intermittentes.
Cette contrainte n'ira pas sans grincements de dents de la part de nombreux usagers pour qui la libre disposition du "courant" est perçue comme un droit acquis inaliénable.

Chaque abonné sera donc un élément de la stabilité du réseau électrique.
La liaison entre le distributeur et l’abonné doit donc être assurée avec la même exigence de fiabilité que l’ensemble des installations EDF.
____________

EDF a considéré, depuis plus d’une décennie déjà, que cette fiabilité ne pouvait être garantie que par un réseau privé en fibre optique, ce qui a été réalisé jusqu’aux tronçons BT.
(Les liaisons HT sont toutes réalisées conjointement avec de la fibre optique pour assurer la communication).

RTE a donc développé une expertise dans le domaine des communications par fibre optique, et mené à bien le déploiement d’un tel réseau propriétaire couvrant tout le territoire ( 24 000 km de fibre optique RTE déjà posées).

La structure du réseau de distribution et sa couverture privilégiée a permis également d’ouvrir ce réseau à une clientèle extérieure grâce aux excédents de débit dégagés par la fibre optique.
La filiale ARTERIA de RTE est en charge du développement et de la gestion de ces applications hors distribution d’énergie, qui englobent la mise à disposition des points hauts pour l’installation d’antennes relais.
Près du tiers des 24 000 Km de fibre RTE sont déjà loués par des collectivités territoriales et des entreprises de communication.

Pour le moment la fibre optique RTE, constituant le réseau propriétaire de EDF, ne dessert pas les liaisons BT .

Les liaisons BT relatives à la transmission des données du réseau intelligent de et vers l’abonné, doivent évidemment bénéficier de la même garantie de fiabilité que l’ensemble du réseau, le même principe a donc prévalu, qui consiste à établir une liaison propriétaire, seule façon de garantir la fiabilité sans les aléas d’un réseau public dont les impératifs de sécurité sont « différents », pour rester correct.

Les CPL ont été choisis d’une part pour éviter d’avoir à re-câbler tout le réseau BT en compatible fibre optique, ce qui aurait coûté une véritable fortune et des délais inacceptables, et d’autre part parce que le très faible débit numérique nécessaire au Linky ne justifie pas de recourir à une technologie aussi performante que la fibre.
Les débits numériques des données du Linky sont mille fois inférieurs aux débits permis par la fibre optique…
Mais tout cela peut évoluer dans l'avenir…

__________________

Par ailleurs, le déploiement du réseau public de la fibre optique, différent du réseau propriétaire RTE rappelons-le, est prévu de son côté pour  desservir également l’ensemble du territoire pour les transmissions de données pour les applications Téléphonie, Internet, Audiovisuel, Informatique, Domotique, ou tout autre service.
L’abonné qui sera équipé d’un gestionnaire d’énergie pourra (devra) donc échanger des données d’une part avec le compteur Linky par l’interface TIC de celui-ci, et d’autre part avec le réseau public fibre optique en cours d’installation.
On peut donc imaginer que tout ou partie des data ENEDIS, qui transitent aujourd’hui par CPL, soient routées par la fibre du réseau public.
Ce qui permettrait évidemment d’enrichir le contenu des data échangées grâce à un débit disponible très élevé, et pourquoi pas de se passer des CPL dans le futur ?
________________

Hélas, avant d’en arriver là, si toutefois cela a un sens, il faudra surmonter certains obstacles dont le moindre n’est pas le risque de fausse manipulation ou de fraude.
Pour réduire ce risque, voire même l’écarter complètement, le branchement électrique et le compteur ne sont pas accessibles par l’usager, dont l’installation se branche après la sortie de l’AGCP. Les branchement d’entrée ENEDIS, les fusibles de sécurité, le compteur, et l’AGCP, sont sous capots plombés. L’ouverture du capot du compteur déclenche une alarme transmise au distributeur par CPL.
Le système de réception et de transmission des signaux CPL est à l’intérieur du compteur; de même que les systèmes de mesure des paramètres, le traitement des données, leur stockage, et leur cryptage, qui ne sont pas accessibles sans violer les plombages.
La fraude ou une fausse manipulation du client sont ainsi rendues très difficiles, sinon quasi impossibles.

L’utilisation d’un réseau extérieur pour acheminer les données de comptage et de gestion des abonnements, à la place des CPL,  ouvrirait une porte sur des possibilités de fraude, ou de dysfonctionnement, par le réseau extérieur qui, de par son statut  de réseau public, doit rester accessible à l’usager.

Il est donc probable que la communication du Linky par CPL a encore de beaux jours devant elle, sans pour autant écarter la possibilité d’un échange de données par le réseau public fibre optique, mais pour des applications non sensibles.
____________

Ce qui n’empêche pas RTE de mettre son réseau propriétaire fibre optique et son savoir faire à disposition du marché, cette activité étant gérée par ARTERIA qui est une filiale RTE.
L’existence de ce réseau RTE permet effectivement de réaliser des économies globales d’infrastructures en utilisant les capacités de débit numérique disponibles, moyennant un "petit" péage versé à RTE.

            ______________________

 

 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 10:49

Le stockage de l’électricité, l’invité surprise de la transition.

7 Juin 2018

Sur le papier, ou au comptoir d’un bistrot, le remplacement du nucléaire et des fossiles par des renouvelables est chose aisée. Quelques frappes sur une calculette à trois euros suffisent à trouver le nombre d’éoliennes et la surface des panneaux solaires aptes à délivrer les 500 TWh nécessaires pour satisfaire la demande électrique.

Quant au matériel nécessaire, il est proposé par plusieurs industriels pour différentes puissances, et pour des coûts paraît-il de plus en plus bas.

Y a plus qu’à.

Cette simplicité « évidente » au comptoir rend d’autant plus incompréhensible l’inaction apparente des pouvoirs publics qui, par ailleurs, proclament la nécessité urgente de mettre en œuvre la transition énergétique.

C’est que le raccourci du profane néglige de tenir compte de la profondeur des arcanes dont il faut déjouer les nombreux pièges pour trouver le chemin de la vérité.

Essayons d’y voir un peu plus clair.

_________________

Aujourd’hui notre consommation d’électricité correspond à une puissance totale moyenne de 57 GW soutirée sur le réseau.

( Soit en moyenne 247 Millions d’ampères, pour une quantité annuelle d’énergie de 500 TWh).

Cette énergie formidable est fournie par un parc de diverses installations dont la puissance installée cumulée est de 130 GW environ.

Pourquoi faut-il donc 130 GW de puissance installée, alors que le besoin de puissance moyenne est de 57 GW « seulement »?

Cette apparente inefficacité énergétique, certains diront gabegie, doit recevoir une explication avant d’aller plus loin.

Car enfin, lorsqu’il s’agira de construire les installations de production d’électricité verte, quelle puissance installée faudra-t-il retenir,

57 GW, 130 GW, davantage?

________________

En France, comme dans beaucoup de pays développés, la fourniture d’électricité est un service public. L’abonné à ce service est assuré d’être connecté 24h sur 24, sans limitation de durée, pour une puissance maximum fixée par le contrat souscrit, entre 6 et 36 KW pour les abonnés BT.

Il n’existe aucun système de limitation de la puissance globale soutirée sur le réseau par l’ensemble des abonnés.

Si la puissance demandée dépasse les possibilités de l’outil de production, le réseau disjoncte (Blackout).

C’est au producteur sous contrat d’obligation de service public, en concertation avec le gestionnaire de réseau, d’adapter sa production à la demande (il s’agit ici essentiellement de EDF, RTE, et ENEDIS, pour faire simple).

A charge pour eux de prévoir cette demande et de construire les installations de production capables d’y répondre.

(Rassurez-vous, l’Etat s’engage en contre partie à financer les surcoûts liés aux dépenses imposées par ce contrat d’obligation).

_______________

Dans la pratique, les puissances soutirées par les abonnés fluctuent évidemment en fonction de leurs habitudes de consommation et du nombre d’appareils en service.

Le cumul de la puissance soutirée par le pays à un moment donné fluctue ainsi entre 35 GW et 95 GW environ, avec des variations selon les conditions météo et les saisons.

Une partie de ces fluctuations est due à l’usage du chauffage électrique, spécialité française. Une autre partie relève d’une certaine uniformisation des habitudes de vie.

Un certain mois de Février, la puissance crête a ainsi atteint 102 GW !

Avec un tel système, assez laxiste reconnaissons-le, on comprend qu’il soit nécessaire de disposer d’une importante réserve de puissance pour faire face à l’obligation de service public.

_________________

C’est ainsi que le parc actuel de production électrique paraît surdimensionné, alors qu’il est tout juste suffisant pour fournir environ 95 GW pendant les pics de consommation:

- Le parc nucléaire peut fournir 57 GW au pic hivernal, car on s’arrange pour avoir le maximum de réacteurs disponibles à ce moment, afin d’obtenir un facteur de charge de 90%.

- Le parc thermique à flamme peut fournir 20 GW, pour 24 GW installés.

Ce qui nous fait 77 GW max en puissance de base.

(y compris les 3 GW fournis par des centrales thermiques à biomasse, car il y en a quelques-unes).

(Rappelons que les installations « de base » peuvent délivrer leur puissance sans limitation dans le temps).

Ensuite il y a les installations de semi-base ou intermittentes:

- L’hydraulique des centrales éclusées, qui vient en appoint dans la limite des réserves d’eau. Elle peut fournir 10 à 15 GW, mais pendant un temps limité à quelques heures.

( Les barrages se remplissent à un rythme annuel, alors que les pics de consommation, c’est tous les jours en hiver ).

- L’hydraulique de pompage (STEP) fournit quelques GW pendant une courte période. Il s’agit d’un stock et non d’une production.

- L’hydraulique au fil de l’eau peut aider un peu, dans la mesure où sa production n’est pas consommée sur place.

- L’éolien est le bienvenu, si toutefois il y a du vent au moment où on en a besoin…On ne peut pas vraiment compter sur lui, le risque serait trop grand.

- Quant au solaire il faut l’oublier car, en Février à 19h, ….

C’est ainsi qu’en grattant les fonds de tiroirs on arrive à fournir 95 GW, mais seulement durant quelques heures.

Si la demande est supérieure à 95 GW, il faut faire appel aux importations, dans les limites des capacités cumulées de transport des liaisons transfrontalières, soit environ 8 GW, et bien sûr si cette énergie est disponible chez nos voisins.

___________________

Donc, malgré un outil de production en apparence surdimensionné à 130 GW installés pour une demande moyenne de 57 GW, le réseau peine à tenir le rythme des fluctuations de la demande de puissance des consommateurs.

On imagine sans peine la situation si l’on remplaçait, sans précautions particulières, la production de base par une production intermittente !!

 

 

____________

On peut faire ici plusieurs remarques importantes:

- D’une part, la production hydraulique existante et la réserve des STEP sont aujourd’hui indispensables pour faire face aux pics de la demande.

Certains comptaient sur elles pour compenser l’intermittence des renouvelables, leur espoir sera déçu.

- D’autre part, les pics de demande hivernale se produisent en fin de soirée, au moment où la production solaire est nulle. Le déficit de puissance sera donc considérable au moment précis où on aura le plus besoin d’énergie.

Il apparaît ici de façon évidente que les énergies renouvelables ne pourront remplacer le nucléaire et le thermique à flamme que si l’on peut disposer d’énormes réserves de stockage d’électricité.

« énormes » signifie ici considérablement plus importantes que ce qui existe actuellement en hydraulique.

- Ensuite, notre réseau est très vulnérable, la puissance installée ne comporte aucune marge de sécurité.

Il suffirait, un soir de Février, que chacun des 35 millions d’abonnés allume un petit radiateur d’appoint supplémentaire de 1 KW pour provoquer un blackout car le réseau ne supporterait pas l’appel de puissance de 35 GW.

Heureusement, ce comportement est statistiquement très improbable, quoique…

- Enfin, rien de sérieux ne pourra être entrepris sans une remise en ordre de la gestion du réseau et des usages de l’électricité, le but étant de réduire considérablement l’amplitude des fluctuations de la puissance appelée.

__________________

Aujourd’hui les systèmes de stockage industriellement disponibles sont l’hydraulique et les batteries.

L’hydraulique, c’est bien, mais le temps n’est plus où l’on pouvait impunément noyer des villages et des vallées entières pour édifier des grands barrages.

Ni même des petits, les évènements de Sivens sont encore dans tout les esprits, la leçon a été comprise.

Il reste donc à tirer parti des installations existantes par des améliorations et des transformations. Certaines centrales pourront être aménagées en STEP grâce à des turbines réversibles, et à condition de pouvoir construire un réservoir inférieur sans provoquer des révolutions…

Quant aux STEP maritimes, on ne voit pas très bien quel littoral français accepterait de telles installations…

Donc très peu d’espoir de multiplier les capacités de stockage hydraulique existantes par un facteur significatif.

Notons que, devant cette impasse, certains envisagent d’aller chercher à l’étranger des moyens de stockage hydraulique, par exemple en Suisse, ou surtout en Norvège. Des liaisons par câbles sous-marins sont en construction pour ce type d’échanges.

Ajoutons que l’on pourrait tout aussi bien importer directement notre électricité comme nous le faisons pour le pétrole et le gaz. Mais ce n’est pas exactement le but de la transition énergétique…

(Et de plus, cette démarche ne nous dispenserait pas, bien au contraire, de constituer des stocks…).

Il semble donc que le stockage hydraulique trouvera vite ses limites, et qu’il sera nécessaire de recourir à des procédés complémentaires.

________________

Que peut-on attendre des batteries ?

Le développement des véhicules électriques et hybrides entraîne l’émergence d’un secteur industriel très important, qui aura des retombées ailleurs que dans la branche automobile.

Dès lors que l’on considère sérieusement la possibilité de remplacement des moteurs thermiques par des moteurs électriques, et il semble que cela soit le cas, c’est plusieurs dizaines de millions de batteries qui seront fabriquées chaque année pour les VE.

(A moins que la pile à combustible et le biogaz viennent balayer tout çà, va savoir…).

Ces énormes quantités induiront des baisses de coût drastiques de cette technologie, et il deviendra alors possible d’étendre l’emploi des batteries à des applications domestiques qui pourraient être généralisées.

Il pourrait s’agir par exemple d’un système de production et de stockage dispersés, et favorable à l’autoconsommation.

Trente millions d’installations d’abonnés équipées de batteries de 50 KWh représenteraient une possibilité de stockage de 1,5 TWh, soit 24h de la consommation moyenne journalière du pays.

Où encore une puissance de 60 GW pendant 24 heures.

Il y a donc un intérêt réel à développer cette application,

Ces batteries seraient évidemment associées à des moyens de production locaux tels que panneaux solaires ou petit éolien, en individuel ou en collectif.

Pour explorer cette voie, EDF a lancé un programme coopératif de 8 Milliards d’euros d’ici 2035 portant sur une augmentation de 10 GW des capacités de stockage, dont 40% pour des petites unités visant également l’autoconsommation.

Quelques solutions « clé en main » sont déjà proposées sur le marché par EDF, ENGIE, TESLA, et bien d’autres qui ont compris qu’il y avait des places à prendre.

Le développement de l’autoconsommation présenterait un autre avantage:

Aujourd’hui l’obligation de service public de l’électricité porte sur la totalité de la consommation des abonnés, ce qui est énorme et très lourd industriellement.

Si demain, ou après-demain, l’abonné peut être équipé d’une batterie « domestique » conséquente et d’une installation solaire individuelle, ou éolienne collective, pour lui fournir une bonne partie de ses besoins électriques, l’obligation de service public pourrait changer de nature.

Les fluctuations de consommation de l’abonné seraient « lissées » par la batterie tampon, et l’énergie à fournir par le réseau se limiterait à faire l’appoint de l’énergie produite localement.

Cela permettrait de réduire les fluctuations de la demande de puissance, et ainsi de pouvoir satisfaire les besoins de recharge des batteries de VE.

(Rappelons que dix millions de VE simultanément branchés en charge lente 3 KW créent un appel de puissance de 30 GW , que l’on ne saurait pas satisfaire aujourd’hui ).

___________

Si la généralisation des batteries domestiques couplées à une production locale permettront de résoudre en grande partie le problème des fluctuations des appels de puissance sur le réseau, elle ne permettra pas de résoudre l’autre problème, celui de l’intermittence des renouvelables qui constitueront l’essentiel de l’outil de production national.

Dans le futur mix électrique de la décennie 2050, on trouvera de l’éolien, du solaire, de l’hydraulique, et du thermique à biogaz ou biomasse.

Dans cette équipe, seul le thermique sera capable de produire en l’absence de vent et/ou d’ensoleillement, car il disposera de stocks de combustible.

Plusieurs semaines de météo défavorable placeront alors le pays en fâcheuse posture, avec des répercussions économiques importantes, et peut-être pire.

Bien sûr il sera possible de recourir aux importations d’électricité, à condition que nos voisins ne soient pas dans la même situation.

Nous serions alors contraints d’adopter un scénario de crise, car la puissance disponible serait réduite des deux tiers au moins.

Tous les scénarios intermédiaires sont possibles, et devront être prévus pour une mise en œuvre contrôlée.

Pour éviter cette épée de Damoclès peu propice à la bonne marche de l’économie, il est donc indispensable de mettre en œuvre des moyens de contrer ce risque.

Le seul moyen identifié aujourd’hui est la mise en place d’une filière Hydrogène.

____________________

Sur le principe, la filière Hydrogène peut résoudre le problème du stockage de masse:

La production excédentaire d’électricité est transformée en Hydrogène par électrolyse de l’eau.

Ce Gaz est stocké dans des réservoirs adéquats.

(On pense aux vastes réservoirs utilisés aujourd’hui pour le gaz naturel)

Il est ensuite retransformé en électricité par une pile PEMFC ( Proton Exchange Membrane Fuel Cell), qui est réinjectée dans le réseau à la demande.

L’hydrogène peut également être injecté dans le réseau de distribution du gaz naturel, en mélange jusqu’à 20% voire plus.

Tout cela marche très bien sur le papier, et même sur le terrain car il existe de nombreux démonstrateurs, et quelques petites installations industrielles d’intérêt local.

Sans oublier bien sûr l’utilisation directe de l’Hydrogène dans l’automobile avec une « petite » pile PEMFC, qui restitue l’électricité directement dans la voiture.

_________________

Il semble donc aujourd’hui que les trois procédés de stockage ont leur intérêt et sont complémentaires:

- L’hydraulique de barrage bien sûr, avec ou sans turbines réversibles.

(L’hydraulique au fil de l’eau ou les hydroliennes participent à la production, mais non au stockage).

- Les batteries, soit en mode stockage dispersé chez l’abonné en couple avec des panneaux PV avec auto consommation, soit en mode de stockage local jouxtant un parc solaire ou éolien exploité en petite collectivité.

- La filière Hydrogène, capable de stocker des grosse quantités, mais avec un rendement et un coût qui restent à évaluer.

_________________

La maîtrise des technologies éolienne et solaire ne suffira donc pas à elles seules à réussir la transition énergétique.

Elles devront être accompagnées de plusieurs autres programmes dont la mise en œuvre ne sera pas moins difficile et coûteuse.

Le stockage de l’électricité sera un passage obligé que l’on aurait tort de considérer comme accessoire.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 18:46

Electricité et obligation de service public.

3 juin 2018

L’idée de la nécessité d’une sortie progressive de l’électronucléaire fait son chemin dans les esprits et il se pourrait bien finalement que nous ayons à nous préoccuper sérieusement* de chercher quelques substituts à l’atome pour continuer à disposer des 500 TWh annuels d'électricité dont nous ne saurions nous passer sans consentir de gros sacrifices, auxquels nous ne sommes pas préparés.

Car depuis dix ans, et malgré les exhortations des pouvoirs publics et des écologistes, notre consommation d'électricité demeure constante.

*"Sérieusement" signifie ici qu'il est plus que temps de fixer clairement notre politique électronucléaire, car aujourd'hui on ne sait toujours pas quelle sera la couleur du chat qui sortira du chapeau de Sir Emmanuel.

Si toutefois c'est bien le chef de l'Etat qui décide de la politique énergétique de la France, et non EDF comme certaines mauvaises langues le prétendent, non sans quelques arguments.

A ce sujet, les propos de M. Xavier Ursat, tenus au cours du débat télévisé du 29 Mai, nous éclairent sur la stratégie de la grande maison EDF.

M. Ursat est Directeur exécutif Groupe « Direction Ingénierie et Projets Nouveau Nucléaire » de EDF, ce qui confère une certaine crédibilité à ses déclarations, y compris lorsqu’il parle de renouvelables car il a travaillé de nombreuses années dans l’hydraulique, dont il connaît les arcanes.

Nouveau Nucléaire signifie « Génération EPR » évidemment, destinée à remplacer les réacteurs vieillissants; car chez EDF la mort du nucléaire n’est pas du tout envisagée, bien au contraire.

L’objectif stratégique de EDF, exposé par M.Ursat, est confirmé par les Gouvernements successifs, ce qui est la moindre des choses pour une société dans laquelle l’Etat français est actionnaire à 83%.

C’est un objectif simple: il s’agit d’arriver à un mix électrique composé de 50% de nucléaire et 50% de renouvelables.

Avec la volonté réaffirmée de faire cohabiter les deux moyens de production, le remplacement total du nucléaire par des renouvelables étant considéré comme un objectif « irréaliste » chez EDF.

______________

EDF a été créée pour accomplir une mission: assurer la garantie du service public de l’électricité; c’est-à-dire nous fournir du courant 24 heures sur 24, en quantités suffisantes pour accompagner le développement économique du pays après la guerre.

Pour cela EDF a reçu mandat de l’Etat français pour définir, construire, mettre en œuvre et exploiter les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission, car il s’agit bien d’une mission d’intérêt National.

En contrepartie l’Etat actionnaire s’engage à financer les surcoûts générés par le respect de l’obligation de service public.

(Ce qui est dans l’ordre des choses).

Contester le bien fondé de la stratégie de EDF revient donc à remettre en cause les dispositions de la Loi.

Voir en particulier:

http://www.observatoire-environnement.org/La-notion-de-service-public-de-l.html

Dans ce contexte, c'est effectivement EDF qui est chargé de dire ce qui est faisable ou pas pour l'accomplissement de ses obligations de service public.

(Et cela n'a pas trop mal fonctionné jusqu'à présent, reconnaissons-le).

_______________

Mais l'obligation d'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence, décidé par Bruxelles, est susceptible de créer un contexte différent.

En effet, si un concurrent fait une offre attractive et se déclare prêt à accepter un contrat d'obligation de service public, il faudra qu'il remplisse plusieurs conditions essentielles:

- Fournir de l'électricité décarbonée, c.à.d éolienne, solaire, hydraulique, thermique à biomasse ou biogaz, ou géothermique.

- Apporter la preuve qu'il dispose des capacités de production revendiquées, puissance installée et facteur de charge.

- Apporter la preuve qu'il dispose des moyens de stockage pour compenser l'intermittence de l'éolien et du solaire.

- Et bien entendu, respecter toutes les autres dispositions de la Loi sur l'obligation de service public.

(Gageons que les amateurs ne se presseront pas au portillon).

La charge de l'obligation de service public serait alors répartie entre plusieurs concurrents, avec une dilution des responsabilités, et une gestion compliquée, mais pas impossible .

Dans ce nouveau contexte, qui pourrait bien remplacer l'ancien, EDF ne serait en charge que de l'obligation de service public concernant sa part de la production.

Jusqu'à présent EDF n'a jamais failli à sa mission.

Qu'en sera-t-il lorsqu'il faudra rechercher entre trois ou quatre compagnies concurrentes, le responsable d'un "black-out" de plusieurs jours ?

__________________

La réalisation de la stratégie actuelle de EDF repose sur un remplacement progressif d’une partie de la production nucléaire par une production renouvelable, selon un système de péréquation.

( Il s’agit bien d’une partie, et non pas du tout).

La fermeture d’une INB (Installation Nucléaire de Base) ne serait actée qu’après constat de la disponibilité d’une production renouvelable nouvelle équivalente, incluant les moyens de la mitigation de l’intermittence, le cas échéant.

(Ne jamais oublier ces moyens de mitigations).

Rappelons qu’aujourd’hui les énergies renouvelables participent déjà pour 20% à la production d’électricité française (10% d’hydraulique et 10% d’éolien, de solaire, et de biomasse).

Si toutefois, sous la pression des circonstances, un retrait partiel du nucléaire était décidé en désaccord avec la stratégie de EDF, les conditions du contrat de garantie du service public de l’électricité devraient être renégociées.

EDF ne serait alors tenue de garantir le service public de l’électricité que pour la part correspondant à la production des INB arrêtées.

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Monsieur « Nouveau Nucléaire » a longuement insisté sur la volonté de EDF de diversifier les moyens de production, et de ne pas confier la totalité de la production aux seuls renouvelables intermittentes.

Pour EDF, le maintien de moyens de production de base à laquelle les énergies intermittentes pourront s’adosser, constitue un choix qui sera très difficilement négociable, sauf à devoir dénoncer le contrat relatif à l’obligation de service public de l’électricité.

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La transition énergétique ne sera peut-être pas un long fleuve tranquille…

Je vais penser à mettre quelques panneaux PV sur mon toit…

 

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 15:23

Hydroélectricité, vers la vente des bijoux de famille ?

17 Mai 2018

La survie d'un pays développé est conditionnée par ses capacités à disposer des quantités d'énergie nécessaires à ses activités.

La très grande majorité de ces activités reposent sur des technologies spécifiques qui, toutes, intègrent une part incontournable d'électricité.

Privées d'électricité, ces activités ne peuvent être maintenues, même si cette électricité n'est pas leur principale source d'énergie.

C'est pourquoi la permanence de ce vecteur énergétique revêt une importance capitale, qui est d'ores et déjà perçue comme stratégique.

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En son temps l'Etat français, déjà conscient de notre vulnérabilité à une crise mondiale de l'énergie, s'est doté d'un outil de production d'électricité à l'abri des crises pétrolières et gazière.

Cet outil, basé sur l'électronucléaire et l'hydroélectrique, a permis d'accompagner le développement de l'économie en préservant l'intégrité de la production électrique contre les crises pétrolières et gazières successives.

A l’époque seul le nucléaire et l’hydraulique pouvaient remplacer les fossiles, dont nous étions dépourvus. Il n’était alors pas encore question d’éolien, de solaire ou de biocarburants.

Ceci explique cela; il faut avoir vécu les crises pétrolières de 1973 et 1979 pour comprendre l’importance d’une certaine indépendance énergétique.

Le nucléaire et l'hydraulique fournissent encore aujourd’hui près de 85% de notre électricité.

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Par ailleurs, et pour les mêmes raisons de sécurité des approvisionnements à l'échelle de l'ensemble des pays développés, l'AIE (Agence Internationale de l'Energie) établissait le principe de l'obligation pour les Etats membres de maintenir des réserves énergétiques de sécurité, afin de faire face aux crises passagères des marchés de l'énergie.

Ces réserves stratégiques, définies par l'AIE, portent sur les combustibles fossiles. Chaque pays adhérent et dépourvu de ressources énergétiques propres, ou dont les ressources propres sont insuffisantes pour couvrir ses besoins, est ainsi tenu de constituer un stock dont le montant représente environ trois mois de consommation intérieure.

La France possède ainsi des stocks de produits pétroliers et de Gaz naturel, équivalents à environ trois mois de consommation intérieure.

Quant au stock d'énergie primaire nécessaire à la production électronucléaire (Sans rapport avec le stock selon l'AIE) , il est de son côté constitué par le combustible nucléaire chargé dans les cuves (renouvelés tous les dix-huit mois environ), par les produits finis (barres de combustible) en attente de chargement, par les barres de combustible en cours de fabrication (depuis la centrifugation jusqu'au montage des crayons), et par le produit de base approvisionné en début de chaîne de fabrication (Yellow cake).

Ce qui représente une réserve considérable, très largement supérieure à une année de consommation électrique du pays.

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La transition énergétique va bouleverser les choses.

La perspective de devoir renoncer en même temps aux énergies fossiles, quelles qu'en soient les raisons, et à l'électronucléaire par-dessus le marché pour des raisons écologiques, remet en question tout ce bel équilibre.

En effet, sans combustibles fossiles les réserves de l'AIE disparaissent, et sans nucléaire, adieu le stock d'électricité constitué par le combustible en cours et en fabrication.

Le pays se retrouverait alors dépourvu de réserves énergétiques, une main devant, une main derrière.

Pas tout à fait quand même puisqu'il nous resterait l'hydroélectricité, qui fournit actuellement environ 12% de la production nationale.

Mais avec seulement 12% des besoins satisfaits, on ne va évidemment pas très loin.

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Heureusement nous aurons alors de l'électricité fournie par les éoliennes, les panneaux solaires, et éventuellement quelques hydroliennes et quelques centrales à Biogaz, qui seront mis en service au prorata de la baisse de la production traditionnelle mise au rancart; c'est du moins le principe de la transition.

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La montée en puissance des énergies solaire et éolienne a porté à la connaissance du public un problème qui n'était jusqu'à présent reconnu que par les initiés; problème crée par l'intermittence de ces sources.

Nos lecteurs, qui sont des initiés, en connaissent bien les tenants et les aboutissants, inutile d'y revenir.

Le remède à cette intermittence est le stockage de masse de l'énergie électrique.

Et c'est là que les capacités hydroélectriques vont se révéler comme la clé de la régulation du système électrique.

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Le stockage de masse de l'énergie électrique existe depuis la nuit des temps à l'état naturel dans l'Atmosphère par temps orageux, sous forme de charges électrostatiques, malheureusement indomptables dans l'état actuel de notre technologie.

Le procédé électrostatique est cependant utilisé dans les condensateurs, largement répandus dans les dispositifs électroniques, plus pour le filtrage des hautes fréquences que pour leur faculté de stocker de l'énergie.

Mais la technologie évolue et aujourd'hui on commence à pouvoir stocker des quantités substantielles d'énergie dans des condensateurs.

On utilise de tels dispositifs par exemple (super condensateurs) dans certaines voitures électriques pour fournir de fortes impulsions de puissance, ce qui permet d'utiliser une technologie de batterie principale plutôt favorable à une capacité spécifique importante.

Mais on ne peut pas (encore) parler de stockage de masse.

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Le condensateur manipule des charges électriques élémentaires, sans transformation chimique ni procédé intermédiaire, d’où son intérêt pour son temps de réponse très court.

Toutes les autres méthodes de stockage sont basées sur des phénomènes réversibles plus ou moins compliqués (le stockage irréversible, par exemple les "piles", est ici sans intérêt).

On connait ainsi le stockage électrochimique avec les différents types d'accumulateurs, le stockage gazeux basé sur l'électrolyse de l'eau associée à une pile à Hydrogène pour la restitution de l'électricité, le stockage thermodynamique associé à une turbine à vapeur, le stockage inertiel avec un volant massif, le stockage gravitaire qui utilise l'énergie potentielle d'un liquide, ou d'un solide.

Parmi toutes ces méthodes, la plus simple, la plus efficace, et celle qui permet de stocker des quantités considérables d'énergie électrique, c'est le stockage gravitaire de l'eau couplé à des turbines éventuellement réversibles (STEP).

C'est également le plus ancien procédé de production d'électricité par les centrales hydroélectriques au fil de l'eau, éclusées, ou de lac.

C’est aussi le moins cher et le moins polluant.

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Etant le seul procédé de stockage de masse de l'énergie électrique, doté de plus d'un excellent rendement et d'une très faible constante de temps (mobilisable en quelques minutes), l'hydroélectrique devient la clé de la transition énergétique.

L'indépendance énergétique d'un pays sera "de facto" conditionnée par la possession et/ou le contrôle de réserves hydroélectriques importantes lorsque l'éolien et le solaire auront atteint un niveau de production majoritaire dans le mix électrique tel qu'il est envisagé pour le futur.

Celui qui aura la main sur l'interrupteur de l'électricité des barrages et/ou des STEP contrôlera de fait l'activité économique d'un pays.

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L'hydraulique est d'une part un outil de production, grâce aux réserves d'eau des barrages approvisionnés naturellement, et à l'énergie cinétique des courants des cours d'eau qui alimentent les centrales "au fil de l'eau" et les installations marémotrices ou hydroliennes.

Elle est d'autre part un outil de stockage de masse grâce aux STEP (Stations de Transfert d'Energie par Pompage) qui peuvent être des STEP pures ou des STEP mixtes lorsque des centrales de lacs sont équipées de turbines réversibles.

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Aujourd'hui le parc hydroélectrique français est constitué à 90% d'un ensemble d'environ 400 centrales d'une puissance supérieure à 4,5 MW appartenant à l'Etat et exploitées sous le régime de la concession; à cela s'ajoutent un grand nombre de mini et micro centrales.

La puissance totale hydroélectrique installée est de 25 GW, et la production annuelle moyenne d'environ 50 TWh , fluctuant en fonction des conditions de pluviométrie.

Le facteur de charge moyen de 23% dépend de l'apport annuel en eau, lui-même fonction des conditions de pluviométrie.

Pour que l'hydroélectrique puisse remplir son rôle de stockage tampon, il faudra évidemment beaucoup plus de puissance installée et de capacités de production.

Dans ce but il existe un programme qui comporte deux volets:

D'une part la remise à niveau et la modernisation des installations existantes, dont certaines seront transformées en STEP.

D'autre part la construction d'installations nouvelles pour porter la puissance installée à une valeur compatible avec les besoins du réseau.

Les besoins du réseau en stockage dépendront de la part des renouvelables intermittentes, de l'évolution de la consommation d'énergie finale, du succès de la mise en œuvre du réseau intelligent, et de la croissance des besoins nouveaux tels que la voiture électrique.

On comprendra aisément que cette transition énergétique devra faire l'objet d'une mise en scène rigoureuse pour éviter qu'elle ne se transforme en chaos ingérable.

Pour qu'un grand orchestre joue autre chose qu'une bouillie pour les chats, il lui faut un chef, et un seul.

De même la transition énergétique ne pourra s'accomplir harmonieusement que si elle est ordonnancée par une autorité unique capable de réaliser l'intégration d'une multitude d'acteurs dont les intérêts spécifiques locaux ou régionaux, voire financiers, ne sont pas forcément ceux de la communauté nationale.

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Il faut ici rappelé que la production d'électricité reste largement une affaire nationale, malgré les possibilités d'échanges avec les pays voisins.

En effet aujourd'hui la puissance électrique appelée sur le réseau national atteint près de 100 GW en période de pic de consommation, alors que la capacité des échanges internationaux n'est « que » d'environ 10 GW en cumulant toutes les liaisons THT avec nos voisins européens.

L’essentiel de notre électricité doit donc être fabriquée chez nous, les échanges transfrontaliers n’intervenant qu’à la marge.

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En France la garantie du service public de l'électricité s'est construite autour d'une politique publique de développement de l'électronucléaire et de l'hydroélectrique afin de s'affranchir de la dépendance aux énergies fossiles pour l'essentiel de nos besoins électriques. La gestion du parc a été confiée à une seule entité également chargée du transport de l'énergie électrique, de sa distribution, et de l'étude et la réalisation des installations de production.

Il a été jugé à l'époque que cette centralisation était le seul moyen d'éviter la dilution des responsabilités, les conflits d'intérêts, et de garantir la continuité du service public grâce à une culture d'entreprise homogène et un langage technique commun.

Ce système a donné toutes satisfactions pendant la période de croissance de l'économie et des besoins en électricité qui ont toujours pu être satisfaits, tout en permettant d'offrir au consommateur un tarif parmi les plus faibles d'Europe.

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Ce secteur, devenu naturellement chasse gardée de EDF, est longtemps demeuré à l'abri du libéralisme sauvage. Son caractère hautement stratégique reconnu alors, lui a valu de tenir à l'écart les tentatives capitalistiques plus soucieuses de servir les intérêts des actionnaires plutôt que d'endosser les responsabilités de l'obligation de service public.

(L'Etat demeure encore actionnaire principal à 83% de EDF SA).

Et puis, la pression de la main invisible du marché (aidée d'un lobbying frénétique) a fini par convaincre le Parlement Européen et la Commission que même ces secteurs vitaux devaient être ouverts à la concurrence "pure et parfaite", seule capable de nous conduire à l'avenir radieux du capitalisme triomphant.

En clair, les pays de la communauté ont été priés d'ouvrir, après beaucoup d’autres domaines, le secteur de l'électricité à la concurrence, d'abord au niveau de la fourniture, puis au niveau de la production tout au moins à des niveaux "raisonnables".

La France a vécu plusieurs décennies avec un seul fournisseur en situation de monopole, EDF.

Depuis l'ouverture à la concurrence, plus de vingt fournisseurs essaient de se faire une place sur le marché, avec les méthodes commerciales que l'on imagine sans peine, et comme résultat de plonger les clients dans la plus extrême confusion.

Nous avons évité quand même le chaos grâce au maintien d’une seule entité responsable de la distribution de l’électricité pour l’ensemble des fournisseurs, et surtout grâce à la pérennité du tarif public qui a constitué une référence pour le marché.

Mais les exigences de Bruxelles s’étendent également à la gestion des outils de production hydroélectriques. Les Etats membres sont mis en demeure d’ouvrir à la concurrence le renouvellement des concessions au fur et à mesure de leur échéance.

Nous avons vu que l’Hydraulique devient la clé de la transition énergétique, et à ce titre il y a aura beaucoup de blé à se faire pour ceux qui contrôleront ce secteur.

En France, la majorité des grosses installations (plus de 4,5 MW) sont exploitées par EDF sous le régime de concession.

Ce système, très ancien, a été mis en place en 1919 pour une durée de 70 ans renouvelable tout les 30 ans.

Le premier renouvellement, autour de 1989, n’a rien changé à la distribution des cartes, les concessions ont été simplement reconduites.

Mais le prochain renouvellement, à partir de 2019, va coïncider avec la mise en demeure de la CE d’ouvrir également ce secteur à la concurrence.

Si ce hold-up se réalise, une partie de l’outil hydroélectrique risque de tomber entre des mains dont les intérêts ne coïncideront pas forcément avec les intérêts du consommateur français.

La balle est dans le camp de M.Hulot, qui trouve là une belle occasion de défendre les intérêts français, comme l’ont fait ses homologues des pays voisins…

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 14:59

Linky et le réseau intelligent, çà vient, çà vient.

6 Mai 2018

Depuis au moins trois générations l'électricité irrigue le territoire au point qu'elle est assimilée à l'air que nous respirons, et que nous ne saurions nous en passer, pas plus que le plongeur ne pourrait se passer de l'air de ses bouteilles.
Le citoyen considère comme un acquis inaliénable le "droit à l'électricité", et pas n'importe quelle électricité.
Disponible vingt-quatre heures sur vingt quatre sous forme d'une tension sinusoïdale quasiment pure ( les harmoniques sont sévèrement chassés) avec une amplitude précise à +/- 10%, et une fréquence maintenue à 50 Hz avec une grande précision. L'usager peut soutirer n'importe quelle puissance, il lui suffit de souscrire l'abonnement adéquat; et ceci à n'importe quel moment selon son bon plaisir.
Mieux même, lorsque le fournisseur pressent un accroissement de la demande, suite à des prévisions météo défavorables par exemple, au lieu de mettre en garde le consommateur et l'exhorter à l'économie, il augmente ses capacités de production pour satisfaire cette demande, au besoin en faisant appel à des centrales thermiques.

La question de savoir si ce luxe énergétique pourrait ne pas durer ne se pose même pas, pas plus que ne se pose la question de savoir s'il y aura toujours de l'Oxygène dans l'Atmosphère, ou si le Soleil se lèvera demain.
Peu de citoyens sont intéressés de savoir par qui et comment sont produits et distribués ces KWh, la plupart se contentent de brancher leurs appareils et de pester contre le montant des factures.
Ils ne veulent surtout pas entendre parler des problèmes tels que les obligations de capacités, le réglage système, le suivi de charge des centrales, l'effacement sélectif, la gestion des pics de puissance, la gestion de l'intermittence des renouvelables, le stockage de l'énergie, la gestion de la charge des batteries, la constante de temps des sources d'énergie, le comptage bidirectionnel, le facteur de charge, les pertes en lignes, etc.
Et surtout ils rejettent l'idée que quelqu'un pourrait venir mettre son nez dans la manière dont ils utilisent "leur" électricité.

Dans ce contexte, parler de réseau intelligent revient à peu près à prêcher dans le désert.
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Dans cette ambiance de colonie de vacances, l'arrivée du compteur Linky a été perçue par beaucoup comme un trouble à l'ordre public, un gadget empêcheur de consommer en rond, une tentative d'intrusion insupportable.
Au mieux il s'agissait d'une nouvelle fantaisie de EDF qui, après le  compteur bleu, voulait s'offrir un nouveau jouet coûteux mais sans intérêt pour l'usager.
Au pire c'était Big Brother qui s'immisçait dans les foyers pour espionner les faits et gestes des français, voire même la source d'un nouveau problème de santé publique, lié à l'émission d'ondes présumées maléfiques.
Les plus modérés suspectaient des intentions financières derrière la manipulation des données, "on" allait encore les ponctionner au-delà du tolérable.
Ce climat de suspicion, qui va jusqu'à mobiliser des collectivités territoriales entières dans une ambiance de chasse aux sorcières, doit beaucoup à une communication maladroite de EDF et surtout de ENEDIS, qui ont cru pouvoir justifier la démarche par des arguments simplistes et non convaincants qui n'ont eu pour résultat que d'aggraver la situation, plutôt que d'expliquer clairement quel est le but de cette opération.
Car les français sont capables de comprendre ce qu'est la transition énergétique et en quoi ils sont concernés.
Encore faut-il le leur expliquer.
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Malgré cette conjoncture peu favorable, il est remarquable de constater que la population dans son ensemble ( 98,4% selon ENEDIS) adhère à ce qui est admis comme un nécessaire aménagement du réseau de distribution en vue de la mise en œuvre de la transition énergétique.
Cette adhésion témoigne de la confiance dans une institution qui n'a jamais mis la France en panne depuis sa création en 1946, du moins pour des raisons internes d'incompétence technique ou de mauvaise gestion.

Les 1,6% de protestataires ne constituent pas une cohorte susceptible d'entraîner un abandon du programme de transition énergétique, car c'est bien de cela qu'il  s'agit.
Cependant, parmi les raisons invoquées pour le refus du nouveau compteur, certaines reposent sur des arguments à considérer pour l'amélioration des conditions techniques de la mise en place du nouveau service:
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Les personnes EHS (Electro Hyper Sensibles) présentant le syndrome avéré d'intolérance idiopathique aux ondes électromagnétiques ( quelles qu'en soient la nature et l'origine, car le compteur Linky n'est pas le seul accusé, il y a aussi les lignes à haute tension, les transformateurs, le réseau téléphonique cellulaire, les CPL en général et pas seulement ceux de ENEDIS ) peuvent s'adresser à des services spécialisés pour que leur cas soit pris en compte comme n'importe quel autre réaction allergique.
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Par ailleurs, les craintes exprimées quant à l'usage qui pourrait être fait des données récoltées par le nouveau compteur sont entendues, et la CNIL sait désormais qu'elle devra apporter davantage d'assurance et de garanties, en particulier sur la nature des données recueillies, leur conservation, l'usage qui en sera fait, et par qui, leur destruction, et le droit à l'oubli. Il ne sera pas tolérable que ces données puissent être utilisées à des fins de harcèlement publicitaire ou de démarchage commercial ciblé.
(Le récent scandale du trafic de données personnelles confirme la nécessité de prendre ce problème très au sérieux.
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Les plus modérés des opposants évoquent les perturbations causées à leurs propres applications par les signaux CPL du Linky qui pénètrent dans la sphère privée du logement puisque rien n'est prévu pour les arrêter.
L'élimination de ces signaux par filtrage peut techniquement être mise en œuvre, mais sous conditions de ne pas perturber le fonctionnement du Linky, d'utiliser des matériels conformes à la NF C 15 100, notamment en ce qui concerne les spécifications en courant, tension max, température de fonctionnement, rayonnement électromagnétique, chute de tension maximale au courant max de 100A, et bien entendu courbes d'impédances en fonction de la fréquence pour les charges normalisées.
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Le réseau de distribution électrique, le compteur, l'installation de l'abonné, appartiennent au domaine de l'électrotechnique, alors que les systèmes de transmission de données, appartiennent au domaine des communications.
Chaque domaine possède sa propre culture, ses propres problèmes, ses propres normes, ses propres applications, ses propres supports physiques.

Les communications par CPL constituent une "exception culturelle", une tentative de faire cohabiter les deux domaines sur le même support physique, le réseau de distribution d'électricité.
Or ce réseau n'a jamais été conçu pour être utilisé comme un réseau de communication. De par sa conception même, définie dans la norme NF C 15 100, il cumule tous les défauts qu'on cherche normalement à éviter dans un "vrai" réseau de communication filaire:
- Il n'est pas exclusivement dédié à la transmission de signaux faibles, il doit cohabiter avec les applications de puissance qui sont-elles-mêmes génératrices de perturbations électromagnétiques conduites et rayonnées.
- Il est ouvert sur l'extérieur de la zone privative, donc exposé à des signaux perturbateurs dont la nature, l'origine, et l'importance, ne sont pas sous contrôle.
- Il est par nature indéfini dans sa configuration, qui peut évoluer au gré des modifications apportées par l'usager.
- Il ne comporte aucun blindage, ce qui le laisse vulnérable à toutes les influences extérieures, et en fait une véritable antenne dont le rayonnement est hors contrôle.
- Son impédance n'est pas définie, ce qui en fait le siège de résonnances parasites fluctuantes au gré des reconfigurations "sauvages" au demeurant normales du point de vue électrotechnique.
- Ses caractéristiques d'impédance et d'affaiblissement sont indéfinies et continuellement variables dans l'espace et dans le temps.  
- De part sa vocation de base, ce pseudo-réseau comporte de nombreux dispositifs série ou parallèles dont les caractéristiques n'ont jamais été définies dans le contexte d'une cohabitation avec une transmission de données signaux faibles ( Interrupteurs, disjoncteurs, boîtiers de raccordement, prises, etc). Ses caractéristiques d'affaiblissement sont très dépendantes de la nature de ces dispositifs, de leur nombre, et des câbles utilisés.
- Il est raccordé par définition à une multitude d'appareils consommateurs d'énergie électrique, dont le fonctionnement génère des perturbations électromagnétiques conduites et rayonnées, dont le niveau et la nature sont censées respecter des normes, lesquelles n'ont pas été établies en tenant compte d'une éventuelle cohabitation avec des applications CPL.
- Il peut être modifié à tout moment par l'utilisateur lui-même, soit en branchant ou débranchant des appareils, soit en ajoutant ou en supprimant des éléments du câblage, et ceci sans tenir compte des changements introduits dans les caractéristiques du réseau, et concernant soit l'affaiblissement des signaux de données, soit la courbe impédance-fréquence, soit le niveau des perturbations rayonnées ou conduites, soit le tout à la fois.

Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer épisodiquement des dysfonctionnements dans ce type de pseudo réseau, lors de la mise en service d'une nouvelle application.
La recherche de là ou des causes de ces perturbations sera difficile et nécessitera souvent l'intervention d'un expert.

Les problèmes techniques éventuellement créés par les signaux CPL doivent recevoir des solutions techniques.
Ceci concerne tous les CPL, et pas seulement ceux de ENEDIS.
Par exemple les perturbations rayonnées brouillant les communications radio ont été résolues par le filtrage numérique de certaines bandes de fréquences, système inclus dans la norme CPL (Notching).
Le rayonnement du réseau domestique lui-même pourra (devra)  recevoir des solutions par un aménagement de la NF C 15 100, à base de filtrage, de réseaux séparatifs, de blindages.
Tout cela sera progressivement défini, introduit dans les normes, et mis en œuvre dans les installations, y compris domestiques.

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Parmi les interrogations récurrentes des protestataires, et des autres, il y a la perspective d'augmentation du prix de l'électricité.
Hélas il ne s'agit déjà plus d'une perspective, mais bien d'une réalité. Il suffit de consulter les factures à la ligne CSPE pour constater que la transition énergétique a déjà un coût.
Ce surcoût (CSPE) n'a d'ailleurs rien à voir avec le Linky; il correspond au financement du mécanisme d'obligation d'achat mis en place par l'Etat pour soutenir le développement des énergies renouvelables, et remplacé récemment par le complément de rémunération.

[Le coût de l'opération Linky, environ 5 Milliards, est intégré aux coûts de construction et d'amélioration du réseau, au même titre que les autres coûts d'exploitation et de maintenance de ENEDIS.
Ces coûts représentent une faible partie de la différence entre le prix d'achat de l'électricité ( 43 euro le MWh dans le dispositif ARENH) et le prix facturé au client, en moyenne 80 euro HT le MWh en abonnement domestique, incluant les coûts d'exploitation.
Sur 10 ans, le coût du Linky représente donc une charge répartie de 1,06 Euro par MWh, soit 0,1 centime HT par kWh.
Pas de quoi nous mettre sur la paille ].

La CSPE est appelée à voir son taux augmenter à proportion des investissements qui seront réalisés dans le développement des renouvelables (Une part d'augmentation répercutée sur les tarifs, et une part sur la CSPE).
Les énergies éolienne et solaire ne représentent encore que 8% de la production électrique en France; leur part étant  appelée à monter au-delà de 50%, le reste étant fourni par l'Hydraulique et le thermique à Bio gaz qui  ne seront pas gratuits non plus, il faut s'attendre à devoir mettre la main à la poche, et avoir une grande poche…
Eh oui, la transition énergétique nous coûtera très cher…

Aujourd'hui les français paient leur électricité deux fois moins cher que leurs voisins allemands, ceci pour des raisons historiques liées à la production nucléaire mais pas seulement (Voir tarif réglementé et répartition des coûts entre résidentiel et professionnel). Si le nucléaire disparaît (et c'est le souhait d'une majorité) ces raisons historiques disparaissent également.
Le prix de l'électricité devra alors s'aligner sur les prix du marché, et de plus il nous faudra payer pour la construction des installations de remplacement du  nucléaire, au moins deux bonnes raisons d'avoir des sueurs au portefeuille.
En clair, ou bien on fabrique nous-mêmes notre électricité à un coût contrôlé, ou bien on l'achète on ne sait où à un coût non maîtrisé.
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Ce fameux compteur Linky se sert à rien aujourd'hui.
Non, ceci n'est pas une provocation, il est là pour des besoins futurs.
Bien sûr il apporte déjà quelques possibilités, mais rien à voir avec l'usage pour lequel il est prévu le moment venu.
Son utilité réelle n'apparaîtra qu'à l'horizon 2020-2025, où il sera indispensable pour mettre en œuvre les fonctionnalités du réseau intelligent, qui exigent des compteurs communicants.
Mais alors, pourquoi ne pas attendre 2025 et bénéficier d'une technologie plus moderne ?
Tout simplement parce que pour remplacer trente cinq millions de compteurs il faut au moins dix ans, à condition de tenir la cadence de trois millions et demi de compteurs par an, ce qui n'est pas une sinécure.
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Le réseau intelligent ( Smart Grid ) est le passage obligé pour continuer à disposer  de l'énergie électrique avec les facilités d'aujourd'hui, tout en accomplissant la triple révolution de l'abandon de l'électronucléaire, des énergies fossiles, et l'intégration des énergies renouvelables intermittentes.
Pour cela il nous faudra accepter de changer profondément notre rapport à l'énergie.
Aujourd'hui notre attitude est celle d'enfants gâtés à qui les énergéticiens fournissent l'électricité à guichet ouvert, sans limitation de nos appétits et pour un coût encore raisonnable. Le principe est que à chaque KWh demandé (exigé) correspond un KWh produit, c'est la production qui s'adapte à la demande. Le nucléaire et les fossiles autorisent cette libéralité.
Mais demain, 80% de notre électricité sera produite à partir de sources intermittentes.
(En gros, 50% d'éolien et de solaire, et 30% d'hydraulique, le reste en thermique à biogaz).
Il nous faudra impérativement modifier notre approche et abandonner le concept d'énergie disponible à guichet ouvert, car la demande devra s'adapter à l'offre.
Ce revirement exigera beaucoup d'effort de la part des consommateurs, d'abord dans les esprits, peu disposés spontanément à accepter des contraintes dans un domaine qu'ils s'étaient peu à peu approprié; ensuite dans les comportements, qui devront s'adapter aux exigences de la gestion des consommations en fonction des possibilités du réseau.
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Dans cette perspective, le remplacement des anciens compteurs par des compteurs communicants n'est même pas un sujet de discussion. Cette opération est tout simplement une obligation technique indispensable à la gestion future du réseau.
Comme toute nouvelle application celle-ci pose des problèmes; ils devront être résolus avec les moyens appropriés*, mais en aucun cas ces difficultés ne pourront servir de prétexte à une annulation de l'opération, sauf à renoncer à la transition énergétique, ce qui serait la porte ouverte à l'installation d'une situation chaotique qui n'est souhaitée par personne.
* En particulier, si les CPL posent des problèmes insurmontables, on pourra toujours les remplacer par une transmission radio, après tout la 5G est faite un peu pour çà, pour une fois elle servira à quelque chose d'utile…
A moins que la cohorte des opposants aux ondes nous ramène au cas précédent…
Mais cette révolte est bien peu probable car elle entraînerait aussi la mise au rancart du smart phone, invraisemblable sacrilège…
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Le réseau intelligent ne sortira pas tout seul du chapeau de quelque magicien.
Il est nécessaire d'en établir les plans, de définir son contenu applicatif, et de réaliser des démonstrateurs pour valider, ou pas, les solutions proposées.
Ce travail est entrepris depuis plusieurs années, au plan international, avec la coopération de tous les acteurs du secteur de l'énergie électrique, qu'il s'agisse de la production d'électricité, du transport de l'énergie, de sa distribution, de la fabrication des matériels et de leurs interfaces avec le réseau, et des aspects normatifs.
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Il existe en France 108 démonstrateurs Smart Grid dont les objectifs sont de valider les applications qui devront être mises en œuvre.
(On trouvera ici des éléments sur les travaux les plus importants:
https://www.thinksmartgrids.fr/actualites/principaux-demonstrateurs-smart-grids-francais/)

L'une des plus importantes est le lissage de la puissance appelée sur le réseau. On parle alors de MDE (Maîtrise de la Demande d'Electricité).
Aujourd'hui la puissance moyenne appelée est de 57 GW.
(le fait que 57 GW soit également la puissance fournie habituellement par le parc nucléaire n'est pas tout à fait un hasard…Ce qui fait dire à certains que le nucléaire fournit en réalité 100% de notre électricité, ce qui n'est pas tout à fait faux; cherchez l'erreur).
Compte tenu des fortes fluctuations de la demande autour de cette valeur moyenne, il est nécessaire d'entretenir un parc de production d'une puissance installée de 130 GW, ce qui est évidemment parfaitement idiot du point de vue de l'efficacité énergétique et de la dépense.
Ce parc permet aujourd'hui, grâce à un facteur de charge global de 70%, de répondre aux pics de demande, qui peuvent atteindre 100 GW.
(Et qui les dépassera allègrement si rien n'est fait pour porter remède à cette gabegie, lorsque les batteries de nos futurs VE tenteront de se brancher le soir précisément au moment de la plus forte demande).
Demain, le facteur de charge sera encore plus faible ( 30% pour l'éolien, encore moins pour le solaire), et si rien n'est fait pour corriger cet effondrement du rendement de l'appareil de production, il faudra une puissance installée supérieure à 250 GW, ce qui est évidemment hors de question.
Il est donc impératif de supprimer ces pics d'appels de puissance, que les renouvelables intermittentes seront bien incapables de satisfaire, et qui n'aurait d'ailleurs aucun sens au plan économique.
D'autant plus que les applications de recharge de batteries des VE vont accroître le problème par des appels de puissance encore plus extravagants, sans compter les pompes à chaleur appelées elles aussi à se développer.
Il est donc indispensable d'apporter un peu de cohérence dans les appels de puissance des consommateurs. Cela s'appelle de la gestion de consommation, en temps réel et en cohérence avec les possibilités du réseau, ce qui ne peut être réalisé qu'avec des compteurs communicants.

On comprend mieux le rôle de gendarme du Linky dans sa chasse aux dépassements de puissance, même si le consommateur en fait quelquefois les frais. Les lunettes du gendarme traquant les excès de vitesse sur la route sont ici remplacées par le disjoncteur du Linky, beaucoup moins tolérant que l'ancien disjoncteur, qui est malgré tout conservé pour sa fonction sectionnement, qui n'est pas prise en charge par le Linky.
(Cette fonction reste une obligation imposée par la norme NF C 15 100).

En très gros, cela signifie allumer les machines à laver et le cumulus et mettre sa batterie en charge quand il y a du courant disponible, et en différer l'allumage dans le cas contraire.
C'est simplissime, mais encore faut-il être informé du timing le plus efficace.
Le compteur communicant permet de faire cela en concertation avec le client pour éviter d'avoir à recourir à des effacements "sauvages"
(Que devront subir les "refuzniks" opposés au Linky, mais c'est leur choix).

La deuxième application par ordre d'importance est la gestion de l'intermittence des renouvelables.
En effet, une chose est de corriger les fluctuations excessives de la demande de puissance, une autre chose sera de s'accommoder de la production intermittente de l'éolien et du solaire.
S'il est possible "d'éduquer" le consommateur pour l'amener à un comportement plus rationnel dans la gestion de son énergie, il est par contre impossible de modifier les apports énergétiques du vent et du Soleil, en particulier la nuit pour ce dernier.
Côté RTE le problème sera d'acheminer l'électricité des lieux où elle est produite à un moment donné, vers les lieux où elle est demandée à ce même moment. De centralisée, la production deviendra décentralisée, chaque point de production présentant sa propre intermittence. Les réseaux moyenne et haute tension devront être adaptés à cette situation nouvelle, de même que les procédures de gestion informatisée.
Cette réorganisation ne pourra fonctionner qu'en s'appuyant sur un système de stockage d'énergie lui-même constitué de l'agrégation d'une multitude d'installations incluant les grands barrages hydroélectriques partiellement transformés en STEP,  jusqu'aux installations domestiques associées à des panneaux solaires, en passant par les installations de moyenne capacité associées aux parcs éoliens et solaires, voire même à la filière Hydrogène.

La troisième application par ordre d'importance est la gestion de la multitude de "petits" producteurs qui seront amenés soit à fournir du courant au réseau, soit à en recevoir, soit à fonctionner en auto consommation. La commutation d'un mode à l'autre pouvant (devant) se faire en un temps très court, souvent inférieur à la minute.
De plus ces petits producteurs seront encouragés à installer des batteries de capacité plus importante qu'actuellement, ces batteries étant alors intégrées dans le système de "stockage dispersé" qui sera géré par ENEDIS dans un but de régulation du réseau.
(On sait que le stockage de masse de l'électricité est un problème majeur de l'intégration des énergies renouvelables intermittentes).
Cette application ne pourra être mise en œuvre qu'avec un compteur communicant bidirectionnel, ce qui est le cas du Linky.
(Ce nouveau compteur sait compter l'énergie dans les deux sens).

La quatrième application du réseau intelligent sera la gestion de la recharge des batteries de VE.
Le branchement simultané de plusieurs centaines de milliers de batteries, voire plusieurs millions, directement sur le réseau et de manière incontrôlée, provoquera un appel de puissance auquel le réseau pourra ne pas être capable de répondre.
Cette application devra donc être gérée en temps partagé par le gestionnaire et/ou le fournisseur d'énergie, de la même façon que les autres gros consommateurs des points de branchement. Un stockage tampon local pourra être nécessaire afin d'emmagasiner en heures creuses l'énergie nécessaire à la recharge d'une batterie de VE. Stockage éventuellement alimenté par des panneaux solaires.

La cinquième application sera la gestion des capacités d'effacement, un peu dans l'esprit du système EJP (Effacement Heures de Pointe) mais plus sophistiqué, notamment dans le choix des zones effaçables et dans le timing négocié avec le client.

Pour la mise en œuvre de ces applications, et d'autres à venir, l'installation de l'abonné devra interfacer avec le port TIC (Télé Information Client) du compteur Linky à travers un gestionnaire local d'énergie programmable par le client en concertation avec le fournisseur d'électricité et selon le contrat négocié.
L'installation de l'abonné sera réalisée physiquement en plusieurs zones distinctes (Ce qui est déjà le cas dans les installations récentes correctement effectuées). Chacune de ces zones  sera gérée par le gestionnaire local d'énergie, en dialogue avec le fournisseur à travers le port TIC du Linky.
On pourra ainsi avoir 6 ou 7 zones:
- Zone 1 du chauffage.
- Zone 2 du chauffage.
-Zone 3 du chauffage.
- Cumulus.
- Recharge de batterie.
- Appareils de cuisson.
- Lave-vaisselle et lave-linge.
A l'occasion d'un cycle d'effacement programmé, chaque zone pourra être sélectionnée par le distributeur selon le contrat souscrit entre l'abonné et son fournisseur.
Pour cela le compteur Linky dispose d'un contact réel (comme le CBE) et de sept contacts virtuels constitués par sept ordres différents envoyés par le port TIC et exploités par le gestionnaire local d'énergie situé chez l'abonné.
Tout ceci est évidemment à préciser après moult expérimentations, ce qui est l'objectif des démonstrateurs actuellement en cours.
_______________

On peut remarquer que les informations émises par le nouveau compteur ne seront pas transmises au client par CPL.
Les concepteurs du Linky ont préféré utiliser un réseau filaire, seul système permettant de garantir une transmission fiable dans un environnement aussi pollué que le réseau domestique.
Un emplacement est prévu pour placer un transmetteur radio pour les applications nécessitant ce médium.
Mais surtout pas de CPL, car le réseau domestique ne permet pas d'assurer des performances sous contrôle, fiables et reproductibles, et la multitudes d'applications prévues, dans des gammes de fréquences improbables et avec des matériels encore plus improbables, ne peut que conduire à des conflits permanents peu propices à l'obtention d'un service de qualité.
Mais ENEDIS conserve les CPL pour son propre usage car son propre réseau BT est sous son contrôle entre l'usager et le transformateur de secteur.

Par contre, le gestionnaire local d'énergie de l'abonné pourra très bien gérer l'installation domestique par CPL, à charge pour lui de veiller à la bonne qualité des transmissions.
Mais en général on lui conseillera plutôt d'utiliser un réseau câblé (RJ45) et de laisser les CPL aux applications cosmétiques.
Tout au moins dans un premier temps.
__________________

Le réseau intelligent est évidemment un concept qui est généralisé en Europe, et dans tout pays accordant une part importante aux énergies renouvelables.
Il est indissociable du mouvement de transition énergétique et ne pourra produire ses résultats qu'avec l'adhésion des usagers.
Sans cette adhésion, la transition énergétique serait au mieux retardée et au pire reportée à une date indéterminée, avec comme principale conséquence en France la poursuite du programme électronucléaire et la relance de la production thermique.
_____________________

 

 

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 18:02

Eolien offshore, avis de gros temps sur les projets Manche Atlantique.

26 Avril 2018

Dans l’article du 23 courant nous avons souligné la modestie de la part des énergies solaire et éolienne dans le mix électrique français, 8% après quasiment une décennie de croissance laborieuse soutenue pourtant par des contrats d’obligation d’achat plutôt avantageux.

___________

Pour bénéficier des meilleures conditions du vent maritime, le Gouvernement décida en 2011 de lancer des appels d’offres pour la construction de six parcs éoliens offshore en Atlantique et en Manche, pour un total de 3000 MW de puissance installée, et une production annuelle attendue de 8 TWh environ ( équivalent à 60% de l’énergie fournie par un seul réacteur EPR ).

Sept années plus tard, aucun des six projets offshore n’a encore abouti et le réseau français ne reçoit toujours aucun KWh offshore.

(En fait on en est encore aux négociations et surtout au règlement des multiples contentieux comme on les aime en France).

__________________

Le financement de ces projets repose sur le mécanisme de l’obligation d’achat, le prix du MWh et la durée du contrat sont fixés à la signature.

(Le coût de ce financement sera bien sûr répercuté sur la CSPE réglée par le consommateur final, vous et moi, regardez en bas de la facture).

Les évaluations financières avaient été réalisées sur la base des coûts pratiqués à l’époque en Europe.

Entre temps, les coûts de construction et d’exploitation ont évolué, mais également bien sûr les prix de marché du MWh.

(Quand en France on remplissait des dossiers, nos voisins européens construisaient des parcs éoliens offshore et banalisaient cette technologie devenue maintenant « classique »; et les prix ont baissé comme dans toute nouvelle application après une phase d’apprentissage).

______________

L’actuel Gouvernement a estimé que, compte tenu du retard considérable de ces projets, il était légitime de revoir l’aspect financier des contrats, du moins ceux dont la signature n’est pas définitive.

L’exécutif a donc déposé au Sénat, le 8 Mars 2018, un amendement au projet de loi pour un « Etat au service d’une société de confiance » visant à établir le principe d’une révision des conditions financières de ces projets.

(http://www.senat.fr/amendements/2017-2018/330/Amdt_53.html)

En voici l’essentiel:

« Dans certains cas, notamment lorsque le progrès technique permet d’envisager des baisses de coût substantielles, l’Etat pourrait souhaiter renégocier les conditions de l’offre retenue à l’issue de la procédure de mise en concurrence afin de l’améliorer, et en particulier de diminuer le montant du tarif retenu…

… cette possibilité de renégocier les conditions de l’offre s’applique également aux appels d’offres déjà attribués pour lesquels le contrat d’obligation d’achat ou de complément de rémunération n’a pas encore été signé…

…En 2011 et 2013, l’Etat a lancé deux procédures de mise en concurrence pour désigner des candidats pour construire et exploiter six installations d’éoliennes en mer. A ce jour, aucun contrat d’obligation d’achat n’a été signé et aucune de ces installations n’est construite. Le tarif accordé à ces installations est très élevé et ne correspond plus aux prix actuels de l’éolien en mer, entrainant des rémunérations excessives pour les candidats retenus…

…Si la renégociation des contrats n’était pas possible, une des options pourrait être de mettre fin à ces projets et de relancer une nouvelle procédure dans les meilleurs délais afin de pleinement profiter des améliorations technologiques… »

Fin de citation.

Le Sénat a rejeté fermement cet amendement, mais c’est toujours l’Assemblée qui décide en dernier ressort, ce qui laisse bien peu d’espoir d’un retrait .

On peut penser aussi que cette proposition d’amendement constitue en fait une menace pour inciter les parties prenantes à accepter une renégociation « à l’amiable » , mais le résultat final ne peut être qu’un retard supplémentaire dans les projets, voire même leur redéfinition et au pire leur annulation.

Oui, il est bien question de possibilité d’annulation…

Les industriels devront à minima revoir leurs propositions et donc reprendre leurs études de coûts et probablement modifier le contenu technique.

On parle au mieux d’un retard de plusieurs années, le record de l’EPR de Flamanville serait battu !

A l’époque, le tarif de l’obligation d’achat avait été fixé autour de 220 euro/MWh, ce qui représente aujourd’hui un « bonus » de 140 euro/MWh par rapport aux cours du marché ( 80 euro, prix d’achat constaté en Europe).

Ce qui conduit à une « prime » de 1,1 Milliards d’euro chaque année pour la production de 8 TWh des six parcs, soit plus de 16 Milliards sur les 15 ans du contrat.

C’est-à-dire 1,6 fois le coût d’un réacteur EPR type Flamanville, dont la production sera 1,6 fois celle des six parcs éoliens réunis !

(Quand on pense qu’à la même époque le coût de l’EPR a été conspué comme une dépense somptuaire et scandaleuse….Il y en a qui ne manquent pas d’air…).

Il ne serait donc pas absurde de se poser des questions sur les raisons d’un tel surcoût, alors que la technologie envisagée (éoliennes offshore posées) est déjà largement utilisée ailleurs, où elle donne des coûts de production apparemment nettement inférieurs.

_________________

D’autre part, la configuration des fonds marins en bordure du littoral français ne permet pas de construire un parc éolien posé loin des côtes car la profondeur y serait trop importante pour cette technologie.

Ces six parcs seront donc bien visibles depuis la terre, ce qui ne manque pas de susciter une opposition violente des associations de défense de l’environnement, eu égard à l’attrait touristique et au peuplement important des sites choisis.

Par ailleurs, la technologie posée est considérée comme obsolète par rapport à la technologie flottante qui permet d’établir les parcs loin des côtes, donc au visuel moins gênant, ce qui permet d’avoir des machines plus puissantes sur des surfaces plus étendues, et surtout une meilleure productivité.

Enfin, ce projet de 3000 MW ne comporte aucun volet de stockage d’énergie pour compenser l’intermittence de l’éolien. Or on voit en Allemagne que cette lacune entraîne une désorganisation des marchés; il est parfois nécessaire d’arrêter la production éolienne pour éviter de devoir accepter des prix de vente négatifs !

(En clair, quand il y a trop d’électricité et qu’on ne sait pas quoi en faire, il faut arrêter de produire…).

Développer les énergies renouvelables sans prévoir les capacités de stockage indispensables à leur gestion, constitue une grave erreur industrielle dont les conséquences commencent seulement à être mesurées aujourd’hui.

Il existe donc des raisons valables de reconsidérer ces projets de Manche Atlantique à la lumière du retour d’expérience acquis sur les installations existantes en d’autres régions d’Europe.

Oui, les renouvelables sont l’avenir, mais pas n’importe comment.

L’intégration d’une production intermittente éolienne et solaire dans un réseau non préparé à la recevoir ne peut se faire « à la hussarde » sans risquer de rencontrer des gros problèmes de régulation.

Tout ceci ne va pas dans le sens d’un déploiement rapide de l’éolien offshore en France.

Le PPE est une chose, les réalités du terrain en sont une autre.

Ces péripéties expliquent la relative sérénité de EDF quant à la pérennité de son programme nucléaire…

Ce n’est pas demain la veille que l’on pourra arrêter les réacteurs sans conséquences désastreuses sur la distribution de l’électricité.

Mais peut-être les consommateurs français sont-ils prêts a accepter des sacrifices et à renoncer à un certain niveau de confort.

Genre limitation de la puissance souscrite à 6 KVA, délestages sélectifs avec préavis, ou sans préavis, tarification progressive, gestion programmée par le distributeur, quota annuel d’énergie électrique selon l’occupation des logements, etc…

En matière l’électricité nous avons peut-être mangé notre pain blanc.

____________________

Il est acquis que l’éolien et le solaire constitueront tôt ou tard une part importante de nos sources d’électricité, avec l’hydraulique et les centrales à Bio gaz.

En France, à cause du nucléaire, ce sera un peu plus tard qu’ailleurs, mais le mouvement est inéluctable et tout le monde le sait, y compris TOTAL qui vient d’acheter DIRECT ENERGIE.

C’est pourquoi EDF est actif dans ce domaine depuis longtemps à travers sa filiale EDF EN.

EDF Energy Renewables exploite 25 parcs éoliens sur le territoire britannique, et vient de terminer l’installation du parc offshore expérimental de Blyth qui comporte cinq turbines de 8,3 MW de MHI Vestas. Ce parc utilise le nouveau système de fondations gravitaires en béton, plus facile à poser et moins cher que les procédés traditionnels.

Pour la France, il faudra attendre la décantation des embrouillaminis administratifs et les décisions suite aux multiples recours contre les projets, à revoir après 2020...

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 11:20

EPR, les chiens aboient, la caravane passe…

23 Avril 2018

La bronca anti nucléaire, dont les médias se font la caisse de résonnance, ne trouble pas l’ambiance feutrée des bureaux de la Grande Maison EDF.

Il faut dire que là haut on ne se paie pas de discours, on a les pieds sur terre, du moins on le pense.

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En tant que fournisseur historique, EDF connaît parfaitement les appétits des français en matière d’énergie électrique, 500 TWh annuellement environ, que les exhortations gouvernementales et écologistes ont été impuissantes à modérer puisque ce besoin demeure inchangé depuis la crise de 2008, dix ans tout de même.

(Sans que l’on puisse vraiment savoir si cette stabilité est due à la morosité économique de la décennie passée, ou à une conduite vertueuse des consommateurs).

_______________

Malgré la prépondérance du nucléaire, la production d’électricité dite « verte » se développe à son rythme, qui n’est pas celui des médias, loin s’en faut.

Depuis plus de dix ans, les efforts déployés pour le développement d’une production éolienne et solaire ont permis de fournir environ 40 TWh en 2017, soit 8% des besoins en électricité.

(La production hydroélectrique, la plus ancienne historiquement, est demeurée stable autour de 50 TWh).

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Ce résultat, certes prometteur mais encore peu convaincant, a surtout donné la mesure des problèmes à surmonter pour porter ces nouvelles énergies à un niveau concurrentiel à la fois en quantité et en qualité de fourniture.

8% des besoins, c’est une promesse, mais pas encore un motif suffisant de réorganisation du mix électrique français. Surtout lorsque l’on considère les difficultés pour trouver des nouvelles implantations de parcs éoliens terrestres non « défendues » par les « zadistes » , et le retard considérable accumulé par les projets de parcs éoliens en offshore.

(Retards dus à la fois aux problèmes techniques et aux recours des associations de défense de l’environnement et de la biodiversité).

Quant à la qualité, il suffit de considérer (enfin) le problème de l’intermittence et celui, non encore abordé, du stockage de masse de l’électricité, dont on parle beaucoup mais qui est encore l’arlésienne dans cette affaire.

Pour l’extension de l’hydroélectrique, il faut carrément oublier car on se souvient du drame de Sevens, et il ne s’agissait alors que d’un petit barrage sans grandes prétentions.

_________________

EDF est en charge de l’obligation de service public de l’électricité, est à ce titre, tenue d’assurer l’existence et la bonne marche d’un parc de production lui permettant de faire face à ses engagements.

Et, au-delà de EDF, le Gouvernement doit veiller à la pertinence des décisions prises par les entreprises (EDF et d’autres) sous contrat d’obligation de service public de l’électricité.

C’est donc, in fine, au Gouvernement à travers les instances compétentes, notamment la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), RTE ( Réseau de Transport de l’Electricité), et en concertation avec les producteurs d’électricité, y compris les producteurs étrangers (Importations), de vérifier que le PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie) est en phase avec les prévisions d’évolution des besoins du pays.

_______________

EDF, exploitant exclusif du parc électronucléaire, et fort de ses 400 TWh disponibles en permanence et non soumis aux caprices du vent et du Soleil, considère d’un œil serein (et un peu condescendant) les 40 TWh intermittents de la filière verte, disponibles seulement après consultation de Monsieur Météo.

La concurrence des autres fournisseurs ne la trouble pas (pas encore), malgré l’obligation de céder à celle-ci une partie de sa production nucléaire (25%) conformément à la Loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) de 2010, et au dispositif ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique); il est vrai que le tarif de cession est « raisonnable », 42 euro/MWh.

Mais l’achat récent de « Direct Energie » par TOTAL peut changer la donne, car c’est un signe fort de l’intérêt porté à l’énergie verte par les majors.

A moins qu’il ne s’agisse que de faire disparaître un futur concurrent aux dents un peu trop longues…Tout cela nous dépasse quelque peu.

________________

Chez EDF, et ailleurs faut-il le préciser, il existe un courant de pensée qui soutient l’idée que les énergies vertes intermittentes ne pourront pas, avant longtemps, fournir la production de masse de base de 500 TWh dont le pays a besoin.

(Passer de 40 TWh intermittents à 500 TWh de base constitue un saut technologique qui ne se réalisera pas en bricolant ici et là. Il faudra beaucoup de sueur et de larmes pour y arriver, et surtout une volonté sans faille non seulement des Gouvernements, mais surtout des français).

De plus, ce même courant de pensée prévoit pour les années à venir une augmentation significative de ce besoin, peut-être 20 à 30% à l’horizon 2040.

( Augmentation due à l’accroissement du nombre des ménages, à une reprise de l’activité économique, et à l’électrification de certaines applications comme les transports, et les pompes à chaleur).

On considère ainsi qu’à l’horizon 2040 les renouvelables vertes ne pourront pas fournir plus de 40 à 50% des besoins électriques, en tenant compte de l’hydroélectrique.

Le reste, qui serait de l’ordre de 300 TWh, devrait donc être fourni soit par des centrales à combustibles fossiles, soit par des centrales nucléaires, soit importé de l’étranger.

________________

Le choix de revenir aux fossiles paraît difficilement soutenable, sauf pour un complément de production à la marge (centrales d’appoint).

Il reste donc le nucléaire.

300 TWh de nucléaire correspondraient alors à 50% du mix électrique, ce qui est conforme aux engagements des Gouvernements successifs.

Hors du nucléaire il faudrait recourir aux importations, comme aujourd’hui, en renonçant à l’indépendance énergétique.

________________

Ce scénario, qui semble avoir les faveurs du Gouvernement et bien sûr de EDF, implique le « rajeunissement » du parc nucléaire puisque cette technologie serait utilisée au-delà du milieu de ce siècle.

Et là EDF sort son joker, la version EPR NM, en cours d’étude et destinée à prendre la suite des versions actuelles en construction dans le monde.

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La caravane EDF poursuit donc son chemin avec ses chameaux EPR, convaincue de détenir la solution de notre avenir énergétique, au moins jusqu’à l’horizon 2050-2060, époque à laquelle les renouvelables devraient être en mesure de remplacer complètement le nucléaire.

Dans cette perspective, EDF-EN investit dans le développement des renouvelables et vient de lancer un vaste programme pour le stockage de masse de l’énergie qui sera la clé de la gestion des sources intermittentes.

_________________

Dans l’hypothèse où, soit à la suite d’un changement politique majeur, soit à la suite d’un accident nucléaire, une sortie rapide du nucléaire serait décidée et actée, il deviendrait nécessaire de trouver une autre source d’électricité (simple question d’arithmétique).

La seule source de remplacement techniquement utilisable à court terme serait le recours aux importations d’électricité, dans les limites des capacités d’échanges transfrontaliers.

Aujourd’hui nos capacités transfrontalières sont de l’ordre de 10 GW, mais encore faudra-t-il que nos voisins acceptent et soient en mesure de nous placer sous perfusion, et pour combien de temps, et à quel prix, et à quel niveau de puissance ?

Ces capacités transfrontalières ne représentent au mieux que 10 à 20% de la puissance du parc nucléaire, qui est d’environ 57 GW.

Il s’ensuivrait donc un déficit électrique qui mettrait le pays à genoux pour longtemps.

___________________

Même si, au plan humanitaire, il est essentiel de sortir du nucléaire, la situation nous contraint à devoir temporiser.

Ce report d’une échéance souhaitée par tous ne sera acceptable que si un solide programme de transition énergétique est entrepris sur le terrain ( et pas seulement sous forme de planning papier…).

Aujourd’hui le seul programme solide est celui de la filière EPR !!

Les autres ressemblent davantage à des démonstrateurs qu’à des réalisations industrielles.

La France ne possède encore aucune éolienne offshore, et il n’existe aucun programme de construction de nouvelles STEP , alors qu’un effort financier considérable est fait en faveur de la filière EPR.

Ces lacunes sont révélatrices de la persistance de l’intérêt des pouvoirs publics pour la filière nucléaire, même si aujourd’hui celle-ci se développe essentiellement à l’export.

Car il s’agit bien de l’Etat, qui est l’actionnaire majoritaire de EDF à hauteur de 83,5 %.

__________________

Le chargement du combustible dans le premier réacteur EPR de Taishan a débuté ce mois. Le second réacteur du site suivra rapidement.

Ce programme est une Co-entreprise franco-chinoise dans laquelle EDF participe pour 30%.

Par ailleurs un pré accord est en cours de négociation avec l’Inde pour la construction de six EPR .

La caravane passe…

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 10:44

L’imposture nucléaire, le principe de l’exclusion de rupture.

19 Avril 2018

Un réacteur nucléaire est une chaudière dont l’eau est chauffée par la réaction de fission qui a lieu dans des barres de combustible placées dans la dite chaudière.

En fonctionnement normal la température est d’environ 300 °C et la pression de 150 Bar, comme dans toute chaudière destinée à produire de la vapeur pour faire tourner un alternateur et chauffée au gaz, au fuel ou au charbon.

Jusque là rien de spécial, excepté la dangerosité du combustible !

La différence est dans la maîtrise du procédé.

__________________

En cas de problème dans les circuits de circulation de l’eau ou de la vapeur, quel qu’il soit, il faut arrêter la chaudière.

Avec du fuel, du gaz, ou du charbon, il suffit d’interrompre la fourniture du combustible et de laisser l’ensemble refroidir tranquillement avant d’intervenir.

Avec une chaudière nucléaire de type REP ( le parc français), il n’existe aucun moyen d’arrêter rapidement la réaction nucléaire comme avec du fuel ou du gaz dont il suffit de fermer le robinet.

La procédure normale d’arrêt comporte deux phases:

Dans une première phase des barres de ralentisseur sont plongées dans la chaudière pour ralentir la réaction, mais sans toutefois arrêter complètement l’émission de chaleur.

Dans une seconde phase, la réaction résiduelle s’éteint progressivement jusqu’à l’arrêt effectif, ce qui peut durer un mois voire davantage.

Durant ces deux phases, il est absolument impératif de conserver en état la circulation de l’eau pour évacuer la chaleur résiduelle qui demeure considérable.

La pire situation serait le dénoyage des barres de combustible, ce qui entraînerait la catastrophe vue à Fukushima.

Il s’agit alors d’un « LOCA », Lost Of Coolant Accident, cauchemar du nucléaire s’il en est.

Dans ce cas extrême, la température à l’intérieur de la cuve atteint plusieurs milliers de degrés, le combustible fond et s’agglomère avec toute la ferraille interne pour former un « corium » comparable à un super chalumeau capable de percer la cuve et de se répandre à l’extérieur avec les dégâts que l’on imagine.

Dans le même temps, ces réactions à haute température à l’intérieur de l’enceinte de confinement conduisent à un dégagement explosif avec le risque de destruction de cette enceinte et de contamination environnementale catastrophique que l’on peut imaginer d’après les résultats constatés à Tchernobyl, puis à Fukushima.

________________

Lors de la conception des réacteurs REP du parc français, ce risque était évidemment connu.

Pour le conjurer il fut décidé de concevoir les cuves des réacteurs selon le principe de « l’exclusion de rupture ».

(Eh oui, il suffisait d’y penser…).

En clair, cela constitue une attitude de déni.

Pour les réacteurs nucléaires, les ingénieurs ont considéré que leur savoir faire leur permettait de fabriquer des cuves capables de résister à ce type d’accident, et que par conséquent il n’y avait pas lieu de se préoccuper des conséquences possibles d’un percement de cuve, puisque les cuves ne se perceraient jamais.

Ils en avaient décidé ainsi.

Les cuves, ainsi que les enceintes de confinement, sont ainsi réputées à l’épreuve des pires surcharges imaginables.

Par décret en quelque sorte, il fut décidé que l’accident ultime était exclu.

(D’où l’expression « exclusion de rupture »).

Cette démarche intellectuelle, surprenante à plus d’un titre, a conduit logiquement à réaliser les 59 réacteurs du parc actuel sans aucun dispositif susceptible de palier les conséquences d’une accident ultime du à une rupture de cuve.

Pour justifier ce choix, et malgré le manque total (et pour cause) d’expérience dans ce domaine, il « suffisait » d’apporter des arguments convaincants démontrant que:

- D’une part le calcul de la probabilité d’un accident entraînant la défaillance du circuit de refroidissement du cœur du réacteur conduisait à des valeurs suffisamment faibles pour réduire le risque à un niveau statistiquement négligeable.

(Il suffisait pour cela de choisir les « bons » facteurs de risque et d’exclure les autres, comme les évènements sismiques inhabituels, les catastrophes naturelles « improbables » comme les tsunamis ou les chutes de météorites, les chutes d’avions, les actes de malveillance, ou les erreurs humaines de manipulations, comme à Tchernobyl).

- D’autre part dans le cas, hautement improbable, où une défaillance sérieuse se produirait, quelle qu’en soit les causes, les dispositifs de secours suffiraient à empêcher la fusion du cœur du réacteur.

- De plus, pour les cas, encore plus improbables, où se produirait quand même la fusion du cœur, la cuve et l’enceinte de confinement seraient suffisamment robustes pour contenir le corium et les éventuelles explosions, et éviter qu’ils ne se répandent dans la nature.

- Enfin, et cela allait de soi, l’occurrence d’un enchaînement d’erreurs humaines conduisant à une perte de contrôle fut totalement exclu.

(Et pourtant, à thee mile island et à Tchernobyl…).

Et l’on connaît pourtant les risques d’erreurs liées à de trop nombreux niveaux de sous-traitance.

Quant aux dégâts que pourraient causer à l’environnement une éjection incontrôlée de corium hors de la cuve, il n’était nul besoin de s’en préoccuper puisque les ingénieurs avaient décidé qu’un tel accident ne se produirait jamais.

C’est cette doxa qui a prévalu pendant toute la période de construction des 59 réacteurs actuellement en activité.

On peut raisonnablement parler d’imposture.

___________________

Cependant, il faut reconnaître que l’expérience de quarante années a montré que les évaluations de sureté effectuées au départ se sont révélées valables, jusqu’à aujourd’hui , bien qu’à plusieurs reprises la catastrophe ne fut évitée que de justesse*, ce qui aurait du donner à réfléchir, surtout après Tchernobyl en 1986.

*Par exemple l’accident de la centrale du Blayais en 1999.

Mais à l’époque la leçon n’a pas été comprise, tant les certitudes des ingénieurs étaient inébranlables. Difficile de renoncer à un dogme quasi religieux.

Depuis, le temps a passé, les matériaux ont vieilli, et en particulier les cuves dont le remplacement n’a pas été prévu dans le cursus d’entretien normal. Pourquoi en effet prévoir le remplacement d’un organe dont la défaillance a été « exclue » par les têtes pensantes du sérail nucléaire ?

C’est ainsi que la cuve et l’enceinte de confinement sont les seuls éléments dont le remplacement est impossible; tout le reste est périodiquement remplacé en fonction de l’usure ou de la baisse des paramètres par rapport au cahier des charges.

( Générateurs de vapeur, pompes, pressuriseur, vannes de sécurité, instrumentation, tuyauteries diverses, systèmes de sécurité, etc…).

Cette cuve supporte donc le poids des années, et les caractéristiques des aciers qui la constituent évoluent sous les effets conjugués du vieillissement, du flux incessant de particules radioactives (fluence), des variations de température et de pression, des actions corrosives du fluide primaire, des vibrations, et ses capacités à résister à des contraintes extrêmes diminuent avec le temps.

Des microfissures se forment et se développent dans la paroi de la cuve, au niveau des soudures, entre l’acier de cuve et la couche inox du revêtement interne, la composition même des aciers évoluent par migration de certaine éléments, des point faibles apparaissent notamment au niveau des passages des barres de contrôle et de l’instrumentation.

Des grandes inspections décennales sont censées permettre de s’assurer du bon état de ces cuves, et de délivrer, ou non, une autorisation de prolongation de l’exploitation pour une nouvelle période de dix ans.

Ici il faut remarquer que, eu égard à l’impossibilité d’approcher des cœurs des réacteurs accidentés à Tchernobyl et Fukushima, le détail des scénarios des processus de destruction des cuves demeurent toujours inconnu, en tout cas très peu renseigné.

En clair, en matière d’enseignements pratiques utiles pour le futur, on n’est pas plus avancés qu’avant…

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Jusqu’à Tchernobyl, on n’avait qu’une idée imprécise des dégâts environnementaux et humains qu’une telle catastrophe industrielle pouvait provoquer. On en était réduits à les imaginer, et bien sûr à les minimiser.

Mais depuis Tchernobyl, et plus récemment Fukushima, plus question de minimiser quoi que ce soit.

Il est désormais démontré que le percement accidentel d’une cuve nucléaire est vraiment le cataclysme devant lequel les hommes sont impuissants, et qu’un tel accident n’est plus du domaine de l’improbable.

Il est donc impossible de continuer à cacher la misère.

La doxa de l’exclusion de rupture de cuve vole en éclat. Il devient alors évident que le roi est nu.

Il fut alors décidé d’entreprendre des grands travaux de renforcement de tout les radiers sous les 59 réacteurs, avec les difficultés que l’on imagine, et le coût évidemment.

D’autre part, il apparu que l’importance de la sécurisation de l’alimentation électrique des installations nucléaires avait été largement sous-estimée. De grands travaux furent donc entrepris pour améliorer ce point:

Mise en sureté des installations électriques de secours, lignes d’alimentation autonomes, mise en sécurité des sites des générateurs de secours, etc.

Par ailleurs, « on » décida que de nombreux sites étant en bordure de cours d’eau, il y avait lieu de revoir leur protection contre des inondations dues à des crues exceptionnelles.

Pour améliorer le cadre de la lutte contre les conséquences d’un désormais possible accident, un corps d’intervention d’urgence capable de gérer les situations de crise fut constitué, et les procédures de communication au public furent revues et corrigées.

Une « réflexion » est paraît-il engagée sur le problème de la sous-traitance multi-niveaux, potentiellement génératrice d’erreurs humaines.

Sous le contrôle de qui ? Et selon quels critères ?

Et quelles sont les conclusions de cette réflexion ?

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A la suite de ce grand aggiornamento, tant sur le terrain que dans les esprits (là c’est moins sûr), il est remarquable de constater qu’aucun réacteur ne fut arrêté pour non conformité aux nouvelles normes de sureté.

Pas même Fessenheim, pourtant vulnérable à une rupture de digue, et situé à quelques mètres au-dessus de la nappe phréatique qui dessert toute la région.

Il est vrai que chez nous tout les obstacles se contournent avec des dérogations.

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Ce branle-bas de combat a au moins permis de révéler le laxisme qui a prévalu pendant quarante ans.

Aujourd’hui, dans une ambiance de fin de règne ( Promesse des Gouvernements de réduire à 50% la part du nucléaire), on peut douter de l’efficacité de l’engagement dans ce qui ressemble fort à un combat d’arrière-garde.

Et ce ne sont pas les multiples problèmes de l’EPR de Flamanville, révélateurs d’un « certain » laisser aller dans l’application stricte des règles de sécurité qui doivent prévaloir au cours de la fabrication et du contrôle des pièces critiques, qui peuvent rassurer les citoyens quant à leur sécurité et à celle de leurs descendants.

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Il est donc difficile d’argumenter en faveur de la poursuite d’un programme nucléaire qui fait courir à la population un (ou des) risque(s) d’accident(s) majeurs(s), dont la probabilité d’occurrence augmente avec le temps et le vieillissement des centrales.

Si tout les citoyens (enfin presque…) sont d’accord sur ce point, cet « accord » doit impliquer nécessairement de la part de ces mêmes citoyens l’adhésion à un vaste programme de remplacement de la production nucléaire par un autre système de production d’électricité.

(Sauf à remplacer l’aberration de « l’exclusion de rupture » par une autre aberration, à base de « yaka » tout autant pernicieuse).

Or cette adhésion est très loin d’être acquise.

Les programmes éoliens et solaires sont retardés de plusieurs années par les recours contentieux des associations de défense de l’environnement et de la biodiversité, au point de dissuader les investisseurs.

Parmi les citoyens(nes), on observe au moins cinq attitudes:

D’une part il y a ceux qui sont convaincus que les renouvelables ne pourront jamais remplacer le nucléaire et les fossiles, et qu’il faudra conserver une part importante d’énergie fossile, au moins pendant encore un siècle, voire davantage.

D’autre part, à l’opposé, il y a les optimistes qui considèrent « qu’on y est presque » et que les renouvelables sont déjà arrivées à un niveau de remplacement honorable et qu’il nous manque juste un petit effort pour y arriver (yaka).

Et puis il y a ceux qui rejettent tout atermoiement et postulent le retrait du nucléaire toutes affaires cessantes, cette décision devant outrepasser toute autre considération, notamment la question de savoir qui fournira les 75% de notre électricité manquante…

Enfin il y a ceux qui conviennent de la nécessité de développer le plus vite possible et sur une grande échelle les énergies renouvelables, construire des forêts d’éoliennes, des milliers d’hectares de panneaux, des barrages et des STEP dans tout les vallons, mais à la condition « Not In My Back Yard » svp, condition non négociable. Bien souvent, les mêmes souhaitent le déploiement du « Smart Grid » mais refusent le compteur Linky, qui en est pourtant la base.

Et puis il existe une catégorie très minoritaire (?) d’individus qui considèrent que le double problème de l’abandon des fossiles et du retrait du nucléaire est trop complexe pour être résolu à la hussarde sur des décisions de café du commerce; que ce basculement exige un saut technologique majeur qui ne pourra être mené à bien que dans l’ordre et sur plusieurs décennies; qu’il serait souhaitable de commencer par dire ce que l’on souhaite en matière d’indépendance énergétique car entre quelques pour cent comme aujourd’hui et cent pour cent, l’effort serait évidemment très différent.

Le sort du nucléaire, et donc des renouvelables, ne doit pas être un enjeu politique, ce qu’il est encore trop aujourd’hui.

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