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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 15:54

 

Les STEP au secours des renouvelables ?

11 Septembre 2020

Jusqu'à présent la France produisait l'essentiel de son énergie électrique avec des centrales nucléaires capables de délivrer une puissance continue moyenne de 50 GW environ avec un facteur de charge de 80% pour une puissance installée de 63 GW.

Cette puissance de 50 GW correspond à une production annuelle d'énergie de 440 TWh environ.

( Un peu moins actuellement depuis la fermeture de la centrale de Fessenheim, et les nombreux travaux nécessaires pour améliorer la sûreté des plus vieilles centrales encore en activité).

Mais, pour satisfaire la demande des consommateurs, en tenant compte des consommations intermédiaires et des pertes, le réseau doit recevoir une quantité d'énergie de 525 TWh, soit une puissance moyenne de 60 GW.

( Données RTE).

La production nucléaire couvre donc 75% des besoins du réseau et n'est pas suffisante pour assurer à elle seule les fournitures d'électricité sans interruption.

De plus, si la demande moyenne de puissance est bien de 60 GW, cette demande est fluctuante selon la saison, le jour, l'heure, et le climat ; elle peut varier entre 30 GW et plus de 95 GW avec des pointes exceptionnelles de 100 GW.

Il en résulte que la puissance installée du parc de production électrique, toutes sources confondues, doit être suffisante pour assurer ces 100 GW, au moment où elle survient, en principe en période hivernale.

Le parc nucléaire étant limité à 50 GW environ de puissance moyenne, il faut donc prévoir des moyens de production supplémentaires pour répondre à ces demandes du réseau lorsqu'elles dépassent cette valeur.

(Pour suivre la demande du réseau, consulter le site Eco2mix).

Aujourd'hui ce complément de production est assuré par l'apport des centrales hydroélectriques, avec le concours d'un parc de centrales thermiques.

La participation des renouvelables éolienne et solaire est la bienvenue, mais encore faut-il que le vent soit disponible lorsque le pic de la demande se produit ; quant au solaire, il est absent dès le début de soirée...

(Tant que ces renouvelables ne disposeront pas de ressources propres de stockage d'électricité, elles ne pourront intervenir que comme source d'appoint non programmable).

Les productions d'électricité éolienne et solaire représentent près de 9% de la production électrique totale, proportion encore modeste, mais suffisante pour percevoir déjà les inconvénients de leur intermittence.

Tout cela va changer.

La transition énergétique qui s'amorce sera marquée par trois réformes essentielles :

D'une part la réduction drastique de la production d'électricité nucléaire.

D'autre part la très forte croissance de la production d'électricité éolienne et solaire.

Enfin, la suppression programmée des moyens de production d'électricité émetteurs de CO2 ( Fuel, Gaz naturel, charbon*) .

*Le charbon a pratiquement déjà disparu de la production électrique en France.

Ici il faut apporter un commentaire important :

Les trois réformes citées ci-dessus correspondent aux engagements du Gouvernement dans le cadre de la transition énergétique. Si ces engagements ne sont pas tenus, il est évident que tout ce qui suit devient sans objet.

Ces trois réformes, si elles se réalisent, entraîneront des conséquences qui vont modifier profondément la conception et la gestion du réseau électrique.

Le remplacement programmé du nucléaire (production pilotable de base) par une production non pilotable et intermittente éolienne et solaire va créer « de facto » une fluctuation de la puissance disponible, qui viendra s'ajouter aux fluctuations existantes de la demande, les deux phénomènes étant évidemment non synchrones. Ces perturbations supplémentaires devront impérativement être compensées d'une façon ou d'une autre.

Par ailleurs, la suppression progressive des centrales thermiques émettrices de CO2 , qui interviennent aujourd'hui en compensation des fluctuations de la demande et en apport pour passer les pics de puissance, devra évidemment être également compensée.

Pour compenser ces diverses fluctuations d'offre et de demande de puissance instantanée, il faudra disposer d'un système de stockage tampon de l'énergie électrique, en plus de celui qui existe déjà bien entendu.

Le procédé utilisé devra être capable de traiter des quantités considérables d'énergie électrique avec des temps de réaction très courts, et des rendements compatibles avec les besoins du marché car là aussi la concurrence sera rude.

Le seul procédé remplissant ces critères repose sur le stockage de l'énergie potentielle hydraulique, déjà largement utilisée pour la production électrique en complément du nucléaire.

Les procédés de stockage sur batteries ou à travers la filière Hydrogène auront leur rôle à jouer, mais les batteries semblent mieux adaptées aux besoins de la mobilité et des clusters, et la filière Hydrogène n'est encore qu'un projet d'étude, alors que l'hydroélectrique est une technologie parfaitement au point depuis de nombreuses décennies.

Le stockage à poste fixe d'énergie potentielle gravitaire hydraulique (EPGH) sera donc la bouée de sauvetage qui permettra au réseau électrique de gérer les énergies éolienne et solaire malgré leur intermittence.

Un volume d'eau de 1 m3 tombant d'une hauteur de 1 m fournit une énergie de 0,0027 kWh.

Ce qui est fort modeste.

Mais 10 Millions de m3 tombant d'une hauteur de 1000 m sur des turbines électriques fournissent 27 GWh, soit l'équivalent de l'énergie nécessaire pour charger 540 000 batteries de 50 kWh chacune, ce qui est très intéressant en cette période de développement de la mobilité électrique.

Prenons l'exemple de la centrale de Grand-maison :

Le lac de Grand-Maison, créé à 1 600 m d'altitude par le barrage du même nom sur l'eau d'Olle, petit affluent de la Romanche, peut contenir 143 Millions de m3. Cette eau provient pour 70% de la fonte des neiges, le reste est apporté par les torrents des alentours.

En contrebas, à 700 m d'altitude, se trouve un ensemble de deux centrales électriques qui reçoivent les eaux du lac de Grand Maison et les dirigent vers 12 turbines de 150 MW chacune.

La puissance totale est de 1 800 MW, soit la puissance de deux réacteurs nucléaires du type Fessenheim.

Une centrale nucléaire de 1 800 MW peut fournir une quantité annuelle d 'énergie de 12 000 GWh environ.

Cette énorme quantité d'énergie est liée à la constance de cette puissance de 1 800 MW, qui demeure disponible sans interruption durant 8 760 heures de l'année, les seules interruptions ne concernent que le remplacement du combustible et/ou les contrôles.

Il en va très différemment d'une centrale hydroélectrique.

En effet, à Grand-Maison, même avec des turbines de 1 800 MW, elle ne fournit du courant que s'il y a de l'eau à turbiner (C'est évident mais il n'est pas inutile de le rappeler).

Les 143 Millions de m 3 du barrage de Grand-Maison, tombant de 900 m, représentent une quantité d'énergie de 350 GWh, inférieurs de plusieurs ordres de grandeur aux 12 000 GWh de la centrale nucléaire de même puissance.

Eh oui, il ne faut pas confondre la puissance et l'énergie.

Au passage, on peut constater ici que pour remplacer le nucléaire il faudra beaucoup, beaucoup, de centrales hydroélectriques...

Le lac de Grand-Maison n'est alimenté que par la fonte des neiges et quelques torrents du voisinage, le débit est important pendant la fonte des neiges, mais réduit hors saison.

L'énergie fournie par l'eau du barrage ne peut donc pas rivaliser avec celle d'un réacteur nucléaire, il s'en faut de beaucoup ; son intérêt est dans sa capacité à délivrer des pointes de puissance élevées pour répondre à une demande de pointe du réseau sur une courte durée, généralement quelques heures.

C'est ainsi pour toutes les centrales de barrages.

Un barrage est en principe établi sur un territoire habituellement parcouru par un cours d'eau, dont le débit est variable selon la saison, l'enneigement, la pluviométrie, en sorte que le barrage reçoit de l'eau en permanence, même avec un faible débit.

Le débit moyen de l'eau d'Olle est d'environ 8 m3/s, ce qui représente en une année un volume d'eau de 250 Millions de m3, cohérent avec le volume de la retenue (143 Millions de m3).

Cette eau doit remplir le barrage, mais aussi préserver un débit permanent du cours d'eau pour garantir la continuité des usages de cette eau par les riverains, y compris les activités touristiques.

Mais la fonction de cette installation de Grand Maison ne se limite pas au turbinage de l'eau du lac supérieur.

En effet, au niveau des centrales électriques, 900 m en dessous du lac de Grand-Maison, l'eau est récupérée dans une retenue de 14 Millions de m3 (Lac du Vernay).

Sur les 12 turbines , 8 sont réversibles, avec une puissance de 1 200 MW.

Lorsque la demande du réseau est faible, cette réserve de 14 Millions de m3 est pompée vers le lac supérieur de Grand Maison, d'où elle pourra être re-turbinée et resservir à produire de l'électricité.

C'est la fonction STEP, qui permet de turbiner annuellement environ cinq fois le contenu du barrage supérieur.

Non, ce n'est pas une activité de shadock, car l'eau est pompée au cours des périodes de faible demande du réseau, alors qu'elle est turbinée en période de forte demande.

Comme une batterie de VE, qui est mise en charge lorsque le véhicule est à l'arrêt, et déchargée lorsqu'il roule.

L'installation de Grand-Maison est une STEP mixte qui combine les fonctions d'une centrale de barrage classique et d'une STEP.

Le bilan global permet de connaître le rendement :

Le turbinage produit 1 420 GWh annuellement, alors que le pompage consomme 1 720 GWh.

Le rendement est donc de 82,6%, ce qui est très satisfaisant par rapport au stockage électrochimique et surtout par rapport à la filière Hydrogène dans l'état actuel de cette nouvelle technique.

On notera au passage que 300 GWh ont été « perdus »;il s'agit des pertes engendrées dans les opérations de pompage.

Cette énergie de 1 420 GWh représente environ 0,3 % des besoins électriques annuels.

Sa capacité d'intervention réside dans la possibilité d'injecter dans le réseau une puissance de 1,42 GW pendant quelques heures lorsque la demande est élevée.

L'inconvénient d'une telle installation, dans une région peuplée et touristique, réside dans l'obligation contractuelle de ne pas (trop) perturber les autres activités concédées, et donc de respecter scrupuleusement les consignes notamment les variations d'étiage, ce qui constitue une limite à la libre exploitation des eaux.

Les STEP ne sont pas des installations de production, au contraire même puisqu'elles consomment de l'énergie pour le pompage. Leur rôle est de stocker l'énergie excédentaire en période de faible demande, pour la restituer lorsque la demande dépasse les possibilités des moyens de production classiques.

En Europe (incluant Suisse et Norvège), la puissance cumulée des STEP atteint 50 GW.

La France est en tête avec 7 GW, la plus puissante étant Grand-Maison.

Il faudra de nombreuses installations comme Grand Maison pour gérer l'intermittence des renouvelables lorsque leur part de la production électrique deviendra significative.

Aujourd'hui en France les STEP existantes sont utilisées en complément des centrales hydroélectriques classiques, pour fournir les pointes de demande lorsque celles-ci dépassent les possibilités du nucléaire, c'est-à-dire au-dessus de 50 GW en général. La part de cette production hydroélectrique est d'environ 10% , ce qui fait 85% avec le nucléaire.

Les 15% restant sont constitués pour moitié par l'électricité renouvelable solaire et éolien terrestre quand elle est au rendez-vous, et pour moitié par les centrales thermiques ( Gaz naturel et fuel) qui prennent le relais quand le soleil se couche et/ou quand le vent se calme.

Le PPE prévoit une réduction importante de la part du nucléaire, remplacée par une production équivalente d'électricité renouvelable éolienne et solaire, dont il faudra compenser l'intermittence sous peine de désordres graves dans la gestion du réseau.

Ceci en plus évidemment des fluctuations de la demande de puissance du réseau, qui seront aggravées par le développement des applications des pompes à chaleur, et la recharge des véhicules électriques.

D'importants moyens de compensation de ces fluctuations de puissance du réseau sont donc à prévoir, avec le choix entre le stockage de masse de l'énergie électrique, ou le développement du parc de centrales thermiques, sachant que le choix du combustible sera entre la biomasse, les bio combustibles, le biogaz, ou le Gaz naturel fossile si aucun des trois n'est disponible.

Cette décision sera politique, avec le risque d'une troisième option qui est la poursuite du nucléaire, option qui revient sur le devant de la scène, en portant le débat sur le choix entre nucléaire ou CO2.

Concrètement on observe qu'il n'y a aujourd'hui aucun programme de construction de nouvelles installations hydroélectriques, classiques ou STEP.

Par contre le Gouvernement a demandé à EDF d'établir pour la mi 2021 un programme chiffré pour décider ou non la construction d'un parc de six centrales nucléaires de nouvelle génération....

Par ailleurs le classement du nucléaire dans les investissements éligibles à un soutien par la banque du climat a été repoussé à 2022, mais non pas rejeté.

Ainsi il se pourrait bien que le nucléaire reprenne du service pour maintenir la puissance aux fatidiques 63 GW, en attendant que les renouvelables prennent la relève lorsque les installations de stockage de masse d'énergie électrique seront disponibles*.

*Pour savoir quand, voir Madame Irma...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 17:51

 

L'électricité, encore des biais cognitifs !

26 Août 2020

Lorsque les média se font l'écho d'une prouesse technologique il est d'usage, et c'est naturel, de situer cette réalisation en termes parlant au plus grand nombre de lecteurs.

S'adresser au plus grand nombre à propos d'une nouvelle installation de production d'électricité est une gageure.

Vanter une puissance de tant de GW, ou une production de tant de TWh, sera abscons pour la plupart. Aborder le facteur de charge frisera la pédanterie ; quant à l'intermittence, elle provoquera celle du lecteur qui ira voir ailleurs.

Il faut donc trouver autre chose, plus en rapport avec la réalité de tous les jours.

Les média ont choisi d'exprimer la performance de production d'une installation électrique en termes de nombre de foyers pouvant être alimentés par cette installation.

Le « foyer » étant l'unité d'habitation au sens de l'INSEE. Il y a 32 Millions de foyers en France, occupés en moyenne par 2,1 personnes.

L'avantage de cette nouvelle unité réside en ceci qu'elle parle au lecteur peu soucieux de couper les térawattheures en quatre, et qu'elle permet d'afficher des grands nombres, toujours plus flatteurs.

C'est ainsi que le programme des six parcs éoliens offshore de la côte atlantique sont crédités du pouvoir d'alimenter deux millions de foyers en électricité.

Le lecteur rapide et optimiste pourra comprendre que, la France métropolitaine comprenant 32 Millions de foyers, le besoin du Pays en énergie électrique pourrait être couvert avec 16 programmes équivalents, ce qui somme toute n'est pas exorbitant. Tout va donc pour le mieux sachant que par ailleurs « on » lui a appris que la France possède le plus vaste littoral et donc un fort potentiel éolien offshore.

Voilà donc réglé le problème des énergies renouvelables et exit le nucléaire devenu inutile.

Mais est-ce bien vrai ?

Le lecteur curieux de technologie, et donc amateur de chiffres, gratte un peu pour y voir plus clair.

La puissance installée totale de ces six parcs est affichée à 3 GW, desquels on déduit aisément l'énergie annuelle théorique maximale produite, qui correspond à un fonctionnement sur une année (8 760 heures) à plein régime, soit 26 TWh.

(Simple multiplication).

Notre lecteur sait bien sûr que tout cela est théorique ; le vent n'est optimal qu'une partie du temps, et donc l'efficacité n'est jamais de 100%. L'expérience des autres parcs éoliens installés sur les côtes européennes permet de savoir que, pour l'offshore posé, un rendement de 40% est la norme moyenne.

L'énergie annuelle produite par les six parcs en question sera donc d'environ 10 TWh.

(Encore une multiplication).

De ces petits calculs élémentaires, notre homme tire deux informations importantes :

D'une part, chaque foyer français se voit ainsi attribué une consommation moyenne de 5 000 kWh par an ( 10 TWh pour 2 Millions de foyers).

(En fouillant un peu on apprend que c'est aussi le standard considéré par RTE/EDF pour ses statistiques).

D'autre part, la France comportant 32 Millions de foyers (INSEE), leur consommation globale est donc d'environ 160 TWh sur la base de 5 000 kWh par foyer.

Bien.

Mais notre lecteur pointilleux n'est pas encore satisfait. Il lit beaucoup ; il a appris de RTE que la production annuelle française d'électricité est d'environ 530 TWh.

Les foyers français ne consommeraient donc que 160 TWh, alors que nos installations produisent 530 TWh !

Où sont passés les 370 TWh manquants ?

Qui les consomme ?

Le lecteur trouve bien sûr la réponse, toujours chez RTE, qui confirme au passage que les foyers français ne consomment « que » 160 TWh.

(https://www.fournisseurs-electricite.com/guides/consommation/consommation-electrique-moyenne)

Le reste est consommé par les autres activités du pays, dont l'énumération sort du cadre de ce modeste papier.

( Il s'agit en gros du tertiaire, de l'industrie, des transports, du commerce, de l'agriculture, etc).

Mais ce « reste », 70% tout de même, est utilisé pour faire fonctionner la maison France . Il est donc anormal de réduire la consommation des français à leurs seuls besoins résidentiels.

La vraie consommation des français n'est donc pas de 160 TWh, mais bien de 530 TWh, ce qui fait

environ 16 560 kWh en moyenne par foyer et non pas 5 000.

Il s'agit d'un autre ordre de grandeur.

Ce biais cognitif, répété à chaque annonce de mise en service d'un nouveau parc de production électrique, minimise outrageusement l'importance de l'effort à accomplir pour réussir la transition énergétique.

Un autre biais cognitif, tout aussi pernicieux, est la discrétion entretenue autour du problème d'intermittence et des installations considérables indispensables à sa prise en compte.

Les parcs éoliens et solaires produisent de l'énergie en fonction de la force du vent et de l'ensoleillement, et non pas en fonction des besoins du réseau.

Ce contretemps est évidemment fâcheux .

Pour pallier les inconvénients résultants, il est indispensable de prendre des dispositions, sous peine tout simplement de devoir supporter des coupures de courant lorsque le vent ou le soleil ne sont pas au rendez-vous.

Ces dispositions sont de deux sortes :

D'une part mettre en œuvre des moyens de production supplémentaires pilotables pour prendre la relève en temps réel. Généralement des centrales thermiques à gaz qui compenseront le déficit de production.

(Eh non, on ne pourra pas utiliser les réserves hydroélectriques existantes, car elles sont déjà utilisées pour passer les pics de consommation).

Et/ou construire des moyens de stockage de l'énergie électrique pour l'épargner lorsque la production dépasse les besoins, sous peine de devoir brader à bas prix l'énergie excédentaire !

(Certains pays imprévoyants sont même parfois obligés de payer pour évacuer leur surproduction).

Ces moyens de stockage sont généralement des stations de pompage-turbinage dont les capacités sont en rapport avec les besoins du parc de renouvelables, à production non pilotable.

D'autres moyens de stockage sont utilisables, comme le stockage sur batteries, ou à travers la filière Hydrogène, mais l'hydraulique demeure actuellement le plus efficace pour le stockage de masse.

Tous ces moyens ont un coût considérable.

Qui prendra en charge ces investissements ?

Les constructeurs de parcs de production électrique renouvelable ? L'ensemble des constructeurs d'installations de production ? Les exploitants ? Les fournisseurs d'énergie électrique ? L'Etat ?

Aujourd'hui il n'y pas de réponse claire.

Encore un problème qui devra trouver sa solution dans la réorganisation de EDF.

Le prestige des nouveaux parcs éoliens et solaires ne doit pas faire oublier le travail des soutiers du stockage...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 14:31

 

Eolien offshore, la France à la traîne, la faute au nucléaire ?

21 Août 2020

Dans leur stratégie de transition vers une énergie électrique décarbonée, les pays ont le choix entre l'électronucléaire et/ou les renouvelables ( Eolien, Solaire, Hydroélectrique, Géothermoélectrique, ou Thermoélectrique à biomasse ou biogaz).

L'électronucléaire occupe une situation ambiguë :

C'est une source d'énergie décarbonée, à ce titre reconnue licite par le GIEC ; mais c'est aussi une technologie porteuse de risques d'accidents majeurs en cours d'exploitation, et à très long terme pour le traitement et l'enfouissement des déchets ; elle est largement controversée, avec des arguments bien fondés et des preuves évidentes de sa nocivité potentielle.

C'est pourtant une technologie relativement* répandue : En Europe, le parc nucléaire comprend 124 réacteurs répartis dans 14 pays (une moitié des pays européens), pour une puissance installée de 116 GW et une production à hauteur de 26% de la production européenne d'énergie électrique (860 TWh sur 3300).

*Par comparaison, la part de l'éolien européen (terrestre + offshore) est de 14,5% .

Le futur de l'électronucléaire est incertain, les avis sont partagés au sein des pays européens; certains ont décidé d'en sortir, d'autres au contraire veulent augmenter leur parc nucléaire afin de se passer du charbon.

Les deux tendances existent également au sein de la Commission, qui n'a encore émis aucun avis tranché sur la question.

Cependant il lui faudra bien prendre position lors des choix dans l'orientation des financements dans le cadre du plan de soutien de 1 000 Milliards sur dix ans associé au « Plan vert » de Ursula von der Leyen.

Le nucléaire pourrait par exemple être reconnu comme une alternative pour atteindre les objectifs du « Green Deal », si la croissance attendue des renouvelables rencontre des obstacles de nature à compromettre la réussite du Plan.

A suivre à la COP 26, reportée à 2021.

Parmi les renouvelables, l'éolien offshore offre de grandes opportunités : La régularité des vents du large autorise des facteurs de charge supérieurs à 50% et l'éloignement des installations réduit fortement les nuisances et autorise les fortes puissances, qui sont interdites à terre.

Dans le Nord de l'Europe, le faible ensoleillement ne permet pas d'exploiter le solaire avec un bon rendement, et l'hydraulique n'est pas disponible partout.

Par contre, la faible profondeur des eaux littorales est un atout favorable aux installations éoliennes offshore fixées au fond.

C'est là que se trouvent aujourd'hui les grands parcs offshore européens.

Plus tard, les éoliennes flottantes permettront d'exploiter des zones de fonds moyens en région atlantique et méditerranée, et notamment en France.

Fin 2019, le parc européen éolien offshore comportait 5 047 éoliennes posées, pour une puissance totale de 22 GW, soit une moyenne de 4,35 MW par machine.

Le Royaume Uni et l'Allemagne détiennent 78 % de ces moyens de production.

(https://www.connaissancedesenergies.org/eolien-offshore)

La consommation annuelle européenne d'électricité est de 3 330 TWh.

(https://bilan-electrique-2018.rte-france.com/europe-vision-europeenne-de-lelectricite/#)

Les 5 047 éoliennes offshore posées produisent annuellement une énergie de 95 TWh environ, soit 2,85% du besoin total de l'Europe en énergie électrique.

Ce bilan, encore peu spectaculaire, donne la mesure de l'effort industriel à accomplir pour réaliser une transition vers une électricité décarbonée. Il permet également de mieux comprendre l'intérêt de certains pays pour le nucléaire...

La France ne possède encore aucune éolienne offshore en exploitation, pas plus posée que flottante.

Ses besoins en électricité sont couverts à plus de 90% par des sources décarbonées :

Nucléaire, Hydraulique, Solaire PV, Eolien terrestre, Thermique à biomasse et biogaz, Géothermie à haute température.

Le reste est produit par quelques centrales thermiques à Gaz naturel, le charbon et le fuel étant en voie d'abandon.

Quelle que soit l'évolution éventuelle de ce parc, son caractère décarboné sera évidemment conservé et si possible amélioré.

En effet, on n'imagine pas, par exemple, le remplacement d'une partie de la production nucléaire par une production à partir de fossiles !!!

Quoi qu'il en soit, Cette éventuelle évolution technologique devra obéir à un impératif incontournable : répondre à l'obligation de service public, quelles que soient les technologies utilisées pour produire l'énergie nécessaire.

Ceci est particulièrement vrai pour l'électricité, dont la disponibilité conditionne le fonctionnement de tout le reste.

Ce principe est matérialisé dans la Loi sur l'obligation du service public de l'électricité.

Il ressort entre autres,de cette obligation légale,la nécessité de n'arrêter un moyen de production que lorsqu'un autre moyen de production équivalent est disponible.

Ceci est évident, encore fallait-il le rappeler.

Par exemple, la fermeture définitive d'une centrale nucléaire ne peut être actée que si le moyen de remplacement est déjà opérationnel.

Il existe heureusement une marge de manœuvre qui permet d'anticiper, dans une faible mesure, le changement de portage.

C'est ainsi que la fermeture début 2020 de la centrale de Fessenheim, qui fournissait 2,2% de la production électrique française (12 TWh) pourra être compensée sur l'année par un panachage de différents moyens :

Diminution des exportations, réduction de la marge de sécurité sur la puissance installée, augmentation des capacités d'effacement, meilleure gestion du réseau grâce au compteur communicant, etc.

L'augmentation de la production thermique fossile étant bien évidemment exclue, sous peine de remettre délibérément en question nos engagements internationaux, ce qui serait d'une gravité extrême.

La compensation de l'arrêt de deux réacteurs est possible sans trop de bouleversements ; mais ce qui est possible pour deux ne l'est plus pour une douzaine...voire davantage.

Par exemple, si « on » décide de réduire la part du nucléaire à 50% de la production électrique, il faudra « d'abord » trouver ailleurs les 135 TWh manquants pour se conformer à la Loi !

Cette clause incontournable échappe fréquemment aux analystes pressés.

Les quantités supplémentaires d'énergie renouvelable à produire seront telles (135 TWh) que le recours à l'éolien offshore flottant sera incontournable.

L'absence d'éolien offshore serait donc un handicap important pour la France, du moins dans la perspective de réduction du nucléaire.

Pour se préparer à cette éventualité, des AMI (Appel à Manifestation d'Intérêt) ont été émis en 2011 par l'ADEME, mais la lenteur des procédures d'approbation des projets proposés est telle que la technologie évolue plus rapidement que les travaux préliminaires, en sorte que les projets se trouvent dépassés avant même d'avoir reçu un commencement d'exécution.

Les projets en question concernent six parcs offshore (posés) à construire sur le littoral atlantique ; les zones propices à ces installations ont été définies en 2009-2010, et les premiers appels d'offres passé en 1011-2012.

Depuis, l'instruction de ces dossiers a traîné et on semble être parvenus à un accord pour débuter les travaux .( Près de dix ans de discussions avant de donner le premier coup de pioche...).

Sauf changement de cap, les premiers MWh devraient être livrés en 2023-2024.

Il aura donc fallu plus de dix ans* pour concrétiser une volonté du Gouvernement d'aller dans l'éolien offshore, bien que cette technologie soit depuis longtemps devenue banale ailleurs.

* Selon le planning actuel, qui peut encore évoluer.

Ces parcs, fortement contestés par les riverains et usagers des zones littorales concernées, sont prévus pour une puissance installée de 3 GW, et une production annuelle de 10 TWh, soit environ 2% de la production électrique française.

(C'était la production de feue la centrale de Fessenheim...avec l'intermittence en plus).

Compte tenu des problèmes de contentieux pour les implantations de parcs éoliens littoraux (conflits d'intérêts et d'usages), de l'espace disponible réduit, de la limitation de la puissance et de la hauteur des machines à cause des nuisances, et surtout du rendement affaibli par l'irrégularité des vents côtiers, le développement de l'éolien offshore dans nos régions fortement peuplées et dont le plateau continental est restreint, se fera essentiellement dans la technologie flottante.

Cette technologie flottante exige un savoir faire qui ne peut s'acquérir que par l'expérience. Dans ce but, le projet « Floatgen » impliquant sept partenaires européens, a permis de valider une solution innovante de plate-forme flottante en béton supportant une éolienne de 2 MW mise en service en 2018.

L'étape suivante devra valider cette solution pour des puissances de 12 MW telles qu'envisagées aujourd'hui.

(Les solutions valables pour une machine de 2 MW, testée sur une courte durée, ne sont pas nécessairement extrapolables à des machines de 12 MW sur des durées d'exploitation de 25 ans...)

Un autre projet de démonstrateur, plus proche des conditions réelles d'exploitation, est le futur parc de trois éoliennes flottantes positionnées entre Belle-île et Groix, à 20 km des côtes et par des fonds de 60m.

Les machines seront fournies par MHI-VESTAS ( V 164 – 9,5 MW). Les plate-formes seront construites par Naval Energies (Ex DCNS Energies). Le raccordement sera pris en charge par RTE.

Le contrat est signé avec l'ADEME, la mise en service est prévue pour 2022.

C'est un peu plus qu'un démonstrateur, mais pas encore une unité de production significative ; la production attendue sera de 0,125 TWh, ce qui représente 1,2% de l'énergie fournie annuellement par un seul réacteur nucléaire de 1 400 MW du parc existant.

Ces types de démonstrateurs devraient permettre l'acquisition du savoir-faire technique, entrepreneurial et financier permettant d'aborder la phase industrielle sereinement...mais quand ?

De nombreux démonstrateurs d'éoliennes offshore flottantes sont en cours d'évaluation dans le monde. Avant de construire des parcs de plusieurs dizaines de machines, voire plusieurs centaines, il est indispensable d'acquérir les connaissances sur les interactions entre la mer, les courants, les vents, le mât, le flotteur, la houle, la turbine, les pales, les dispositifs d'ancrage, la profondeur de l'eau, y compris dans les conditions de tempêtes, afin de déterminer le type de flotteur, le mode d'ancrage, le mode de transport de l'énergie, et ceci pour chaque situation géographique.

Toutes les grandes compagnies du secteur de l'énergie sont intéressées pour prendre des positions sur ce futur marché estimé colossal et ouvert à la concurrence.

La pression s'accentue en faveur d'une énergie décarbonée, entraînant une forte demande sur l'électricité renouvelable.

Jusqu'à présent, les parcs nucléaires et hydroélectriques ont permis à la France de conserver le contrôle de son secteur électrique, garantissant une certaine indépendance énergétique.

Mais, contrairement au nucléaire, les renouvelables sont un secteur complètement ouvert à la concurrence, laquelle peut s'exercer librement depuis les nouvelles règles européennes.

(Pour peu que les candidats fournisseurs acceptent les règles de garantie du service public de l'électricité...).

La position de EDF devient intenable :

D'une part, une partie importante ( 25% et bientôt 33%) de sa production nucléaire est détournée (légalement) au bénéfice de ses propres concurrents (Dispositif ARENH), et d'autre part le Gouvernement planifie une réduction drastique de cette production nucléaire pour la ramener à 50% de la production électrique totale!

(L'entretien et la modernisation du parc nucléaire restant à la charge de EDF !)

Aucune entreprise ne saurait résister à cette situation.

Une réorganisation est inévitable, le projet HERCULE* est une base de discussion ; une finalisation est attendue avant la fin de l'année.

*En gros, les activités nucléaires et hydroélectriques seraient regroupées avec les activités de transport et d'échanges transfrontaliers (RTE), dans une structure nationalisée EDF Bleu, le reste et la distribution deviendrait EDF Vert, centré sur les renouvelables, et partiellement nationalisé.

Depuis longtemps EDF a entrepris de se démarquer de la monoculture du nucléaire.

La structure EDF vert serait une extension du Groupe actuel EDF Energies Renouvelables, déjà présent sur l'éolien offshore, et dans bien d'autres domaines.

La séparation des activités nucléaires et renouvelables devraient à terme être profitable à ces dernières, perçues aujourd'hui (en France) comme parent pauvre du nucléaire. Les objectifs de l'un et de l'autre pourraient être clairement définis, et les grands projets français sur le papier pourraient enfin passer sur le terrain.

En attendant on peut toujours aller voir un parc éolien offshore EDF en activité, mais il faut aller en mer de Blyth ( Comté de Northumberland, 5 turbines de 8,4 MW ).

Nul n'est prophète en son pays...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 10:41

 

L'Hydrogène naturel, coucou le revoilou.

12 Août 2020

Il y a quelques années, l'annonce de la découverte de sources d'Hydrogène naturel avait été accueillie par des quolibets de la part des « spécialistes » à qui on ne la fait pas.

Certes, « on » admettait l'existence d'émanations à forte proportion de ce gaz, mais dans le fond des océans au niveau des dorsales et à des profondeurs hors de portée d'une quelconque exploitation.

Quelques acharnés avaient également mis en évidence de nombreuses zones de la surface du globe desquelles émanait ce fameux gaz en quantités significatives. Les quolibets furent moins nombreux, mais cependant ces émanations furent considérées sans grand intérêt car peu exploitables et non identifiables à des réserves et encore moins à des flux.

Il est vrai qu'une telle découverte est très dérangeante pour l' « establishment » qui a toujours vécu sur le postulat de l'absence de sources naturelles d'Hydrogène (Ou d'hydrocarbures en général) non fossiles. On se souvient de la polémique autour du pétrole abiotique...

Les seules sources admises d'énergie à tirer du sous-sol sont les fossiles, les produits radioactifs, et la Géothermie, point final.

Alors voir arriver, au moment où les stocks fossiles d'énergie sont en voie d'épuisement, une source décarbonée, non fossile, et qui n'est pas un stock mais un flux, cela revêt l'aspect d'un canular.

Surtout lorsque ces dégagements d'Hydrogène sont constatés dans des zones appelées « ronds de sorcières » !!!

Et si c'était vrai ?

Heureusement, au-delà du scepticisme officiellement affiché, les recherches ont continué afin d'une part de vérifier l'existence effectives de ces émanations, leur importance, leur pérennité, leur nature ( réserves finies ou flux), et d'autre part rechercher les origines possibles de cet Hydrogène ( native, radiolyse, réactions chimiques, autres...), et enfin d'évaluer l'importance de ces nouvelles sources et les possibilités d'exploitation.

L'intérêt économique de ce nouvel eldorado énergétique devra être évalué dans un contexte de taxe carbone suffisamment dissuasive pour mettre les fossiles hors jeu.

La rentabilité devra donc être rapportée au coût comparatif de l'Hydrogène obtenu par électrolyse de l'électricité verte (Eolienne, Solaire, Hydroélectrique).

Les deux seront probablement complémentaires car nos besoins d'énergie décarbonée seront tels que nous ne pourront pas écarter une source au prétexte qu'elle coûte un peu plus cher que l'autre.

C'est un luxe qui ne sera pas à notre portée...

Au fait, l'Hydrogène est déjà exploité comme produit industriel dans la chimie depuis très longtemps. La France en produit environ Un million de tonnes chaque années ( 45% pour le raffinage des produits pétroliers, 45% pour fabriquer de l'Ammoniac et des engrais, 10% pour diverses applications).

Il existe un réseau de transport et de distribution de l'Hydrogène. Des véhicules l'utilisent avec succès en remplacement des carburants traditionnels, et avec des piles à combustibles.

Ce n'est donc pas une nouveauté .

Un million de tonnes de di-Hydrogène représentent une énergie de 33 TWh, soit à peu près l'équivalent énergétique de la production annuelle d'électricité Eolienne + Solaire de la France.

Le seul inconvénient est son origine : il est fabriqué par vapo-reformage des Hydrocarbures fossiles et du charbon, ce qui est évidemment incompatible avec les besoins futurs d'une société décarbonée.

(Une faible quantité (4%) est obtenue par électrolyse de l'eau).

La découverte de sources d'Hydrogène non fossile, décarbonée, inépuisable (en théorie), et très énergétique, serait une aubaine inespérée.

En France, l'IFPEN ( Ex Institut Français du Pétrole), Organisme Public de Recherche, a mené des travaux pour valider l'identification de sources terrestres d'Hydrogène naturel, et participe au projet Sen4H2 financé par l'ESA lancé en Avril 2019, dont le but est de développer des méthodes de localisation par satellite des sources d'Hydrogène terrestre.

A ce projet participent également Terradue (Italie) et Storengy (du groupe Engie).

La plupart des pays développés ont également entrepris des recherches sur le sujet.

Compte tenu de l'urgence climatique, ces éventuelles sources naturelles d'Hydrogène représentent un espoir tel que le financement de ces recherches ne posera aucun problème.

Le temps des quolibets est donc révolu, les barrières sont levées pour investiguer scientifiquement ce nouvel eldorado.

On trouvera une synthèse du sujet ici :

https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/lhydrogene-naturel-curiosite-geologique-ou-source-denergie-majeure-dans-le-futur

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 14:05

 

Déconstruction de EDF, le treizième travail d'HERCULE.

8 Août 2020

Un avis de grand frais menace le secteur de l'énergie électrique en France.

Il faut dire que la situation de ce qui fut autrefois un secteur unifié et performant est devenu une sorte de pétaudière malmenée par les bouleversements de la transition écologique et les impératifs de la société moderne.

La liste des événements perturbateurs est longue :

- La monoculture du nucléaire est fortement contestée par une partie de la population ; le renouvellement du parc est compromis ; l'actionnaire principal de EDF (L'Etat français à 83,7%) entretient le flou sur ses intentions à moyen et long terme. Cette incertitude interdit toute stratégie industrielle consistante.

- Le dispositif ARENH fait obligation à EDF de céder 20% de sa production (100 TWh) à ses concurrents directs au prix imposé de 42 euro/MWh ; ce quota doit passer à 30% en 2020.

Cette ponction pèse lourdement sur la rentabilité de la Société, au moment où des investissements importants sont indispensables pour la transition énergétique ; cette situation n'est pas tenable dans un contexte concurrentiel tel qu'il est imposé par Bruxelles.

- Le renouvellement des concessions pour l'exploitation des barrages hydroélectriques arrive à échéance ; Bruxelles exige que ce marché soit ouvert à la concurrence, ce qui irait à l'encontre des intérêts des citoyens français dont les impôts ont financé la construction de ces installations.

- Le démantèlement des installations nucléaires en fin de vie et le traitement des déchets radioactifs ainsi que le stockage des résidus à vie longue ne sont pas des activités génératrices d'un chiffre d'affaire. Leur coût sera cependant très important. Il est incompatible avec une activité de production dans un contexte concurrentiel.

- La montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes ne pourra être gérée que grâce à de gros moyens de stockage d'énergie qui viendront s'ajouter aux moyens hydrauliques existants. Ces installations mobiliseront des moyens financiers considérables et seront gérés au profit de l'ensemble des fournisseurs d'énergie électrique, et pas seulement de EDF.

Cette situation est ingérable sur la durée dans un contexte de transition énergétique et de concurrence commerciale à laquelle participeront des fournisseurs européens d'énergie produite par des sources fossiles.

- A ces problèmes bien identifiés vient s'ajouter le mouvement en faveur d'une fusion de RTE et GRT (Gaz) pour la création d'un pôle unique du transport et de la distribution du Gaz et de l'Electricité, ce qui n'est pas de nature à clarifier la situation.

Cette fusion répondrait entre autres au besoin de stockage d'énergie électrique grâce à la filière Hydrogène ( Electrolyse et pile à combustible), les capacités de stockage étant celles utilisées actuellement pour le gaz naturel.

L'Etat a souhaité apporter plus de cohérence dans la distribution des rôles, c'est le but du projet « HERCULE » de réorganisation de EDF.
L'idée est de placer les activités stratégiques au sein d'une structure nationalisée (EDF Bleu) qui regrouperait essentiellement la production nucléaire et hydroélectrique, et le réseau de transport et des échanges transfrontaliers (Aujourd'hui RTE). La production obtenue par ces moyens serait mise à la disposition des fournisseurs d'électricité à égalité de traitement.

Ce qui reviendrait à placer tout le monde au régime ARENH.

(Avec à la clé une augmentation substantielle de ce « tarif » qui se répercutera sur nos factures...)

Une autre structure (EDF Vert) aurait en charge la production à partir des sources renouvelables, et la distribution (Mission actuelle de ENEDIS, avec l'Outre-mer et la Corse).

Cette structure serait partiellement nationalisée (65%), avec 35% d'ouverture du capital vers le marché.

Ce projet ( plutôt un avant-projet) doit être discuté, modifié, approuvé, ou rejeté, par Bruxelles, au cours de cet été.

On peut approuver le transfert du nucléaire à l'Etat ; le démantèlement des centrales arrêtées, le traitement des déchets et leur stockage de très longue durée, la construction éventuelle (?) de nouvelles centrales, la gestion des approvisionnements en minerai, la fabrication du combustible nucléaire, sont des opérations incompatibles avec un contexte de concurrence commerciale qui exige une grande réactivité et des retours rapides sur investissements .

Sans parler des énormes problèmes de sécurité liés aux activités nucléaires...

On comprend également la nécessité de « sauver les meubles » en reprenant la main sur le parc Hydraulique menacé de tomber entre les mains du « marché ».

On comprend moins le rôle de EDF Vert qui serait à la fois producteur d'électricité verte, et responsable gestionnaire du réseau de distribution ( mission actuelle de ENEDIS).

On ne voit pas bien en effet comment s'effectuera la répartition des investissements entre le réseau de distribution d'une part, et la construction des parcs éoliens et solaires d'autre part.

Ou peut-être faut-il y voir un désintérêt pour l'électricité verte autre que nucléaire et/ou hydraulique ?

Quoi qu'il en soit, la rentrée sera agitée, les organes syndicaux sont sur le pied de guerre, la poudre va parler...

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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 18:12

 

Politique nucléaire, encore des biais cognitifs.

1er Août 2020

Dans le précédent article nous avons rappelé l'étrange méthode d'approche de la sûreté nucléaire qui a prévalu lors de la construction des cinquante-huit réacteurs du parc français actuel, et de bien d'autres installations similaires de par le monde.

La catastrophe de Fukushima a révélé la faiblesse de certaines hypothèses sur l'évaluation des risques en cours d'exploitation ; on a pu parler de « biais cognitifs » ayant conduit à minimiser exagérément certains de ces risques, particulièrement ceux pouvant résulter de diverses catastrophes naturelles (Inondations, séismes, tsunamis, incendies, sécheresses extrêmes, glissements de terrains, événements météo extrêmes), d'accidents environnementaux ( Ruptures de digues ou de barrages, Accident industriel, chute d'aéronef, ), ou de malveillance ( Attentat, sabotage, missile).

Depuis 2011, la prise de conscience de la réalité de certains de ces risques a conduit à réaliser de très importants travaux d'amélioration de la sûreté sur toutes les centrales nucléaires françaises.

L'avenir nous dira si ces travaux auront été décisifs.

Quant aux nouveaux ex futurs réacteurs, « on » nous assure qu'ils seront à l'épreuve des pires calamités.

(Ce qui n'est pas sans laisser perplexe le citoyen qui suit la saga de la construction de l'EPR de Flamanville...).

Il est un autre domaine pour lequel il y a lieu de s'inquiéter, même si notre existence n'est pas directement menacée, quoique. Il s'agit des errements de la politique énergétique, particulièrement dans le domaine de l'énergie électrique.

On peut même encore parler de biais cognitifs, tant les annonces officielles sont contradictoires.

En 2019 la production d'énergie électrique a atteint environ 530 TWh, Incluant le nucléaire, le thermique fossile, et les renouvelables.

480 TWh sont utilisés pour servir la consommation finale, le reste étant réparti entre les consommations internes des industries électro-énergétiques, le pompage dans les STEP, les pertes réseau, et l'export.

En 2019 la puissance installée du parc nucléaire était encore de 63,2 GW, dont il faut retirer 1,8 GW depuis l'arrêt de Fessenheim.

Un réacteur, même récent, doit être mis à l'arrêt périodiquement pour diverses raisons : remplacement du combustible, visites techniques programmées, grandes visites décennales, incident entraînant l'arrêt automatique, travaux de renforcement de la sûreté, remplacement de pièces défaillantes, etc.

Le facteur de charge maximal pour un parc de réacteurs récents est de 90% (Valeur rarement atteinte en pratique de par le monde.

Le parc français comprend un certain nombre de réacteurs vieillissants devant subir de nombreux arrêts, notamment pour procéder aux aménagements post-Fukushima. Le facteur de charge nucléaire moyen global ne dépasse pas 70%, pour une production de 380 TWh en 2019.

( Variable d'une année sur l'autre en fonction des aléas de l'indisponibilité pour travaux).

Par rapport à la production totale d'électricité, la part actuelle du nucléaire est donc de 380/530 = 72%.

Les premiers réacteurs industriels français ont été mis en service à partir de 1977, le dernier en 2000.

La construction des 58 réacteurs s'est étalée sur trente ans.

En 2035, 32 réacteurs mis en service entre 1977 et 1985, auront dépassé une durée d'exploitation de 50 ans (58 ans pour les plus anciens).

Le problème se pose de décider, ou pas, de fermer les réacteurs les plus vieux.

Plusieurs facteurs militent en faveur d'une fermeture « de précaution » .

Bien que la plupart des éléments d'un réacteur puissent être remplacés en cas d'usure ou de casse, quelques éléments demeurent irremplaçables, il s'agit de la cuve et de l'enceinte de confinement essentiellement. Or ces éléments sont la clé de l'assurance-vie du réacteur en cas d'accident ultime de type APRP (Accident de Perte de Réfrigérant Primaire).

'acier de la cuve du réacteur subit, sa vie durant, l'attaque des flux de neutrons de la réaction du cœur, sa résistance s'amoindrit avec l'âge. Le béton de l'enceinte de confinement vieillit, se fissure, et perd ses qualités de bouclier ultime contre les émissions radioactives vers l'extérieur.

Il n'existe pas de limite technique officielle de la durée d'exploitation d'un réacteur nucléaire.

C'est l'ASN (Agence de la Sûreté Nucléaire) qui décide, à l'occasion des grandes visites décennales, si un réacteur est en état de fonctionner encore dix ans de plus dans les conditions de sûreté de l'ensemble du parc.

D'autres facteurs sont à prendre en considération, comme la possibilité (et le coût) d'une mise aux normes de sûreté « post-Fukushima » ; l'ensemble de ces facteurs déterminera la décision de l'ASN .

De nombreuses voies s'élèvent pour exiger des fermetures « de précaution » sans attendre l'avis de l'ASN, dont la crédibilité et les compétences ne font pas l'unanimité, mais ceci est une autre histoire.

EDF, mieux placé que quiconque pour connaître l'état réel de son matériel, a dressé la liste des 14 premiers candidats à la fermeture.

Deux d'entre eux ont déjà été fermés début 2020 (Centrale de Fessenheim), malgré une durée d'exploitation de « seulement » 42 ans.

Il faut dire que leur situation scabreuse au-dessus de la portion sud de la nappe phréatique d'Alsace en a fait depuis vingt ans l'enjeu d'un combat livré par les anti-nucléaires, et par nos voisins allemands qui n'acceptaient plus ce « pétard » menaçant près de leur frontière alors qu'eux-mêmes ont renoncé à cette technologie.

Le Gouvernement français (Actionnaire de EDF à 83,7%) a fini par céder, faisant d'une pierre deux coups puisque cet arrêt peut être « vendu » comme gage d'une future politique de dénucléarisation.

(Il suffit d'y croire...).

Les 14 réacteurs désignés pour la fermeture (12 maintenant) produisent annuellement environ 70 TWh, avec une puissance pilotable de 12 GW.

Lorsqu'ils seront fermés, la baisse de production électrique nucléaire sera donc de 70 TWh, qu'il faudra en partie remplacer.

En effet, la demande d'énergie électrique sera toujours élevée, malgré les efforts sur l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Le paysage électrique est appelé à être bouleversé dans les quinze prochaines années et au-delà. La mobilité électrique, les pompes à chaleur, le basculement sur l'électricité de nombreuses applications fonctionnant aujourd'hui avec des combustibles fossiles, et bien sûr l'accroissement du nombre des ménages et de la demande de confort et de communications, sont susceptibles d'augmenter significativement la demande.

Au mieux on peut espérer une stabilisation de la demande autour de 480 TWh, sachant que le besoin pourra se révéler très supérieure en 2035 et au-delà.

Pour satisfaire cette demande il faudra donc maintenir la production au moins à son niveau actuel de 530 TWh, et peut-être davantage.

(On peut toujours espérer une reprise économique, la crise endémique n'est pas une fatalité...).

Quelles sont les choix possibles pour faire face à cette demande malgré une baisse de production?

Certains proposent de renoncer aux exportations d'énergie électrique.

La France est effectivement exportatrice d'électricité, environ 50 TWh en 2019. On pourrait penser que cela traduit un excédent de capacité de production du parc, qui serait donc capable d'accepter une réduction de la production nucléaire sans problème.

En fait non, car il ne faut pas confondre énergie et puissance.

Aujourd'hui la puissance dont il faut disposer pour maintenir le réseau sans black-out et sans recourir aux importations est d'environ 95 GW.

( Pointes de demandes de puissance soutirée par les usagers)

Le gestionnaire du réseau doit donc être capable de fournir ces pointes de puissance, et pour cela disposer d'un parc de production adéquat.

Le parc actuel permet tout juste de remplir ce contrat.

Bien sûr, hors des périodes de pointes de demande, ce parc est momentanément excédentaire et l'on peut exporter si les prix du marché sont attractifs.

Donc non, réduire l'exportation ne résoudra pas le déficit de puissance (12 GW) dû à l'arrêt des réacteurs. Pour passer les pointes de demande du réseau il faudrait alors importer de l'électricité, au prix que l'on imagine sans peine .

(Encore que certains n'auraient rien contre...)

Il faut donc trouver autre chose.

Plusieurs voies sont envisageables, aucune n'est exclusive.

La première démarche en ce domaine consiste à redéfinir le concept d'indépendance énergétique de la France.

Aujourd'hui notre énergie provient à plus de 85% de l'étranger : Pétrole, Gaz naturel, Charbon, minerai radioactif.

(Les renouvelables ne contribuent que pour 15% : Hydraulique, Biomasse, Biogaz, Eolien, Solaire, Géothermie) .

Devons-nous continuer dans cette voie ?

20 % de notre énergie électrique provient des renouvelables, souhaitons-nous changer ce rapport ?

Aujourd'hui la France est exportatrice d'électricité, pouvons-nous envisager de devenir importateurs ? Et au sein de quelles alliances ?

Ces questions fondamentales doivent recevoir des réponses précises si nous voulons éviter la stratégie du chien crevé au fil de l'eau...

Les réponses se font toujours attendre ; un attentisme qui peut nous coûter très cher dans l'avenir.

Pour l'électricité, le choix qui « semble » avoir la préférence du Gouvernement actuel et de l'énergéticien historique est dans le remplacement d'une partie des « vieilles centrales » par un ensemble de 6 réacteurs de la nouvelle génération EPR2, pour une capacité de production annuelle de 70 TWh environ, soit l'équivalent du déficit causé par l'arrêt des 14 vieilles centrales..

La part du nucléaire dans la production d'énergie électrique serait donc maintenue à sa valeur actuelle de 72 % environ.

Mais la promesse des Gouvernements successifs est toujours de ramener la part du nucléaire à 50%,

promesse réaffirmée dans le PPE pour 2035.

Donc exit les 6 nouveaux réacteurs EPR2, sauf à renvoyer aux calendes grecques la fameuse promesse du nucléaire à 50%.

Il y a bien un moyen de concilier la promesse des 50% avec le renoncement aux 6 nouveaux réacteurs : c'est de « booster » le développement de l'électricité renouvelable pour remplacer la production des 14 réacteurs fermés.

On pourrait alors se passer des 6 réacteurs EPR2, la production nucléaire resterait au niveau de 310 TWh et sa part serait alors de 310/530 = 58,5 % soit à peu près ne niveau promis par le Gouvernement.

Mais ce beau scénario suppose un effort sur la croissance de la production d'électricité renouvelable, qui devrait passer de 110 TWh aujourd'hui à 180 TWh en 2035, soit un taux de croissance de 3,5 % par an.

Cette croissance devra se faire essentiellement sur l'éolien, le solaire, et le thermique renouvelable car les capacités de croissance sur l'hydroélectrique sont faibles, le temps n'est plus où l'on pouvait noyer des vallées pour construire des barrages.

L'éolien terrestre semble avoir trouvé ses limites d'acceptabilité et de rendement, l'intérêt se porte aujourd'hui sur l'offshore ;

2 000 éoliennes offshore de 12 MW pourraient produire annuellement 80 TWh ; mais quel littoral français est prêt à accepter une telle invasion ?

Le solaire photovoltaïque, bien adapté à l'autoconsommation et à l'objectif de bâtiments à énergie positive, possède une bonne capacité de croissance, une absence de nuisances et un coût relativement modeste, mais nécessite de grandes capacités de stockage pour compenser l'intermittence de la production.

Une voie intéressante est celle du thermoélectrique à biogaz et biomasse, dans des centrales à cycles combinés qui ont l'avantage d'être pilotables et dont il existe déjà de nombreux exemplaires.

Le problème sera la disponibilité de  ces sources d'énergie à hauteur des besoins pour remplacer le nucléaire. C'est particulièrement le Biogaz qui fera défaut et qu'il faudra remplacer pas du Gaz naturel émetteur de CO2...

Et il ne faut pas que le retrait du nucléaire se traduise par un accroissement des émissions de CO2 fossile !

 

Il est probable que l'ensemble de ces sources d'énergie renouvelable sera mis à contribution. Mais leur efficacité dépendra de la consistance de la stratégie mise en œuvre. Il faudra rapidement sortir du PPE papier pour créer l'environnement propice à un élan industriel.

La recherche de l'environnement le plus favorable à la transition énergétique est une affaire très embrouillée, dont le lecteur pourra se faire une idée en lisant le discours de Mme Elisabeth Borne ici :

https://www.vie-publique.fr/discours/272727-elisabeth-borne-09012020-projet-hercule-edf

Comme dirait feue ma grand-mère :

« C'est pas demain la veille qu'on y verra clair... »

Et encore moins après le passage du virus...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 18:20

 

Nucléaire : la défense en profondeur, ou comment glisser sous le tapis un risque majeur.

23 Juillet 2020

Le feuilleton de l'EPR de Flamanville est riche d'enseignements sur les difficultés de l'approche des problèmes de sûreté en matière de manipulation de l'énergie nucléaire.

L'approche habituelle adoptée dans cette industrie, mais également dans bien d'autres domaines, est la « défense en profondeur », que l'on peut résumer en quatre niveaux :

Niveau 1 : Qualité de conception et de fabrication.

Niveau 2 : Contrôle en fin de fabrication.

Niveau 3 : Contrôle continu en service.

Niveau 4 : Dispositions permettant de limiter les conséquences d'une défaillance.

Il s'agit en fait de règles de simple bon sens que chacun applique en toutes circonstances, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.

Pour faire simple, dans le nucléaire les niveaux 1, 2, et 3, sont mis en œuvre avec l'attention la plus extrême, tous les éléments sont doublés voire triplés, bardés de sondes diverses et de dispositifs d'alarme redondants.

Lorsqu'une alarme de risque majeur est activée, le réacteur est automatiquement mis à l'arrêt par neutralisation de la réaction dans le cœur de la cuve.

Le niveau 4 se résume alors dans l'élimination du défaut par remplacement de l'équipement en cause et les conséquences d'une défaillance de dépassent pas les limites de l'enceinte de confinement.

(C'est du moins le principe...).

Tout cela est vrai, sauf lorsque la défaillance majeure se produit au niveau de la cuve, et/ou des dispositifs de contrôle de la réaction.

La défaillance la plus grave qui puisse toucher un réacteur nucléaire est un APRP ( Accident par Perte de Réfrigérant Primaire).

Si, pour une raison quelconque*, le liquide primaire chargé d'évacuer la chaleur de la réaction nucléaire vers les générateurs de vapeur cesse de circuler, la température du cœur va croître jusqu'à la fusion, tous les éléments du cœur vont s'agglomérer sous forme d'un « corium » à plusieurs milliers de degrés, entraînant des dégâts irréversibles pouvant aller jusqu'au percement de la cuve, avec des suites catastrophiques que l'on a pu « admirer » à Fukushima.

* Toutes les causes raisonnablement imaginables ont heureusement été prises en compte lors de la conception, mais qui peut affirmer qu'un événement imprévu ne surgira pas un jour ? Les ingénieurs de Fukushima avaient pensé à tout, sauf au tsunami exceptionnel.

Mais alors, qu'en était-il du niveau 4 de la défense en profondeur à Fukushima, c'est-à-dire de la minimisation des conséquences d'une défaillance majeure au niveau de la cuve ?

Euh, pour la cuve le niveau 4 n'était pas prévu car le percement d'une cuve était considéré comme pratiquement impossible !

Et ceci vaut également pour les 56 réacteurs du parc nucléaire français, dont la conception exclut la possibilité d'une rupture de cuve.

Pourtant, la gravité d'un accident de rupture ou de percement de la cuve d'un réacteur n'a jamais été niée. Même avant d'en avoir fait l'expérience, les ingénieurs savaient que ce type d'accident aurait des conséquences incalculables.

Incalculables car, faute d'expérience, personne ne pouvait prédire le comportement du corium lâché dans la nature ; la seule certitude était que ces conséquences seraient gravissimes et durables.

Devant l'inconnu, et faute des éléments pour mettre en œuvre la démarche de niveau 4, il fut décidé d'adopter la démarche d'exclusion de rupture de cuve.

Cette démarche, dont la légitimité peut être contestée, consiste à concevoir et réaliser la cuve de telle sorte que la probabilité de rupture soit nulle.

Ex abrupto on peut considérer qu'il s'agit d'une dérobade puisque cette « décision » exonère le concepteur des mesures de protection qui seraient normalement de mise en cas de catastrophe.

« Puisque nous ne savons pas gérer une telle catastrophe, nous décidons qu'il n'y aura pas de catastrophe ».

L'ensemble des 56 réacteurs du parc français fut réalisé dans cet esprit.

Cette démarche intellectuelle d'exclusion de rupture comporte plusieurs biais cognitifs:

( En langage simple on parlerait de « raisonnements tordus »).

En premier lieu, l'idée même d'exclusion de rupture de cuve est au mieux très naïve, et au pire criminelle lorsque l'on sait que cette rupture entraînerait des conséquences catastrophiques.

(Et on l'a toujours su...).

En second lieu, venant d'ingénieurs de très haut niveau dont on ne peut soupçonner l'ignorance du vieil adage « le risque zéro n'existe pas », cette attitude de déni s'apparente au syndrome du TITANIC, dont on pouvait penser qu'il appartenait au moyen-âge de l'Industrie.

Il y a une très grande similitude entre les deux approches, l'exclusion du risque de naufrage d'un côté, l'exclusion du risque de percement de cuve de l'autre. Mais ce qui fut accepté (*) au tout début du XXè siècle doit-il encore être toléré un siècle plus tard?

* Accepté par qui ?

En troisième lieu, la justification des choix de sûreté au motif que « l'expérience a montré que ces choix étaient bons puisque depuis plusieurs décennies nous n'avons eu aucune rupture de cuve », est illégitime puisque l'expérience en question n'est pas terminée.

En effet, les réacteurs du parc français sont toujours en fonctionnement et leur prolongation pour dix ans, voire plus, est envisagée. Tout peut arriver pendant cette période de prolongation sur des réacteurs déjà anciens.

( Quel médecin garantirait à son patient qu'il vivrait en bonne santé jusqu'à cent ans, au prétexte qu'il n'a pas été gravement malade jusqu'à présent?).

En quatrième lieu, la cuve étant promue au rang de bouclier inexpugnable, il devenait « logiquement » possible de relâcher quelque peu les mesures de protection contre une pollution majeure de l'environnement puisque cet accident avait été écarté par les ingénieurs.

(Pourquoi poser une rampe dans un escalier si « on » décide qu'il n'y aura pas de chute?).

En cinquième, lieu l'avertissement de Tchernobyl en 1986 n'a pas suffit à provoquer une prise de conscience et une remise en question de la démarche de sûreté des réacteurs quels qu'ils soient.

En sixième lieu, il a fallu attendre la catastrophe de Fukushima ( 25 ans après Tchernobyl) pour admettre que le dogme de l'exclusion de rupture de cuve est stupide, et entreprendre enfin des travaux pour la mitigation de ces risques.

(Travaux qui s'apparentent à un cautère sur une jambe de bois, car leur efficacité peut être mise en doute sur des installations déjà anciennes et non pensées au départ pour ce « rafistolage »).

En septième lieu, l'accumulation des problèmes qui ont perturbé le chantier du prototype de l'EPR de Flamanville démontre une perte de compétence au sein de la filière électronucléaire française, pour ne parler que de l'aspect technique du dossier...

Cette accumulation invraisemblable de biais cognitifs justifie amplement la méfiance d'une partie significative de la population envers cette technologie qui semble échapper à ses créateurs.

D'autant plus que ces « sept péchés capitaux » ne sont un secret pour personne, au moins pour les curieux soucieux de savoir à quoi sera exposée leur descendance.

Si une partie des réacteurs du parc nucléaire actuel doit être remplacée par une nouvelle génération du type EPR* , il serait souhaitable que ce programme soit confié à une structure susceptible de gérer cette activité sur des bases nouvelles, en tous cas débarrassée des systèmes de pensée archaïques où les arguments d'autorité se substituent trop souvent au bon sens, et où la rentabilité tient lieu de cahier des charges...

Et soyons fous, pourquoi ne pas demander l'avis du peuple ?

Un avis éclairé bien sûr, mais éclairé comment et par qui ?

* EDF doit présenter un projet EPR2 de réalisation de six réacteurs de conception dérivée des réacteurs EPR en service notamment en Chine. L'ASN a jugé le projet conforme aux règles de sûreté, avec une réserve sur l'extension de la démarche d'exclusion de rupture aux tuyauteries primaires.

Il ressort de tout ceci que le feuilleton du nucléaire n'est pas près de prendre fin. De nombreux épisodes seront bientôt sous presses, et d'autres sont encore à écrire.

Il nous reste à espérer que la fée électricité saura nous éviter le pire...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 09:05

 

La traçabilité de l'électricité verte, un vrai labyrinthe.

26 Juin 2020

Notre environnement est très largement dépendant de l'électricité : l'éclairage, l'électroménager, la domotique, la robotique, l'informatique, le froid, les communications, l'audio-visuel, les machines-outils, les servomécanismes, l'outillage portatif, les pompes à chaleur, la signalisation, les chemins de fer...

Rien de tout cela ne pourrait fonctionner sans électricité, comme énergie de base ou comme auxiliaire indispensable.

Aujourd'hui en France toutes ces applications consomment annuellement environ 480 TWh d'énergie électrique, essentiellement d'origine nucléaire (70%), avec 10% d'hydroélectricité, 13% d'éolien + solaire photovoltaïque + thermique à biomasse, et 7% de thermique fossile.

La production est supérieure ( 530 TWh), pour compenser les pertes dans le réseau de distribution, les consommations des industries énergétiques elles-mêmes, et le pompage dans les STEP.

Les besoins du Pays s'élèvent donc à 530 TWh et non pas seulement 480 TWh.

Au sens de l'EEX ( European Energy Exchange), le terme « électricité verte », encore appelée « électricité renouvelable », s'applique aux productions hydroélectriques, éoliennes, hydroliennes, solaires (photovoltaïques et thermique à concentration), géothermiques et hydro thermique à haute température, thermoélectriques à biomasse et biogaz.

Sont exclues les productions électronucléaires, et thermiques à combustibles fossiles.

En 2019 le taux de couverture de la consommation française par de l'électricité verte a donc été de 23%, soit 110 TWh, dont plus de la moitié d'hydroélectrique.

Cette quantité d'énergie correspond à une puissance moyenne de 12,6 GW, dont la disponibilité dépend de la force du vent, de l'ensoleillement, des marées, et de la pluviométrie pour remplir les barrages.

Elle est donc relativement imprévisible d'une année sur l'autre, et surtout non pilotable, sauf pour l'hydroélectrique de barrages qui peut être pilotée dans la limite de la capacité stockée bien entendu..

Cette électricité verte est injectée sur le réseau, où elle se confond avec l'électricité produite par le nucléaire et les fossiles.

Le PPE (Plan Pluriannuel de l'Energie) prévoit de porter à 50% la part de l'électricité verte à l'horizon 2040, et beaucoup plus dans la seconde moitié du siècle selon la décroissance du nucléaire.

Mais le sort final réservé au nucléaire demeure énigmatique ; cette incertitude est un frein au développement des renouvelables.

(Le programme énergétique français a fixé la valeur maximale de la puissance du parc électronucléaire à 63,2 GW, qui est sa valeur actuelle, et par ailleurs le GIEC a reconnu l'intérêt du nucléaire en tant que technologie décarbonée).

Tout ceci n'est pas de nature à susciter un engouement en faveur des renouvelables, dès lors que le nucléaire n'est pas formellement condamné.

Ce ni oui ni non explique en grande partie la relativement faible part de l'éolien et du solaire dans le mix énergétique français ( 8% de la production électrique).

La dynamique en faveur de la réalisation du PPE, freinée par l'omniprésence du nucléaire qui ne veut pas mourir, doit donc être soutenue par une promotion énergique.

Cette promotion s'inscrit généralement dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique lié aux émissions de CO2.

En France, cet argument n'a qu'une portée limitée, eu égard au caractère déjà décarboné à 90% de notre production électrique. La demande spontanée d'énergie verte y est donc anecdotique, essentiellement fondée sur l'éventualité d'obtenir un coût inférieur au tarif habituel, et/ou de manifester son opposition à l'électro nucléaire par un choix écologique.

Pour ces raisons, les contrats de fourniture d'électricité verte ne couvrent encore en France que 9% de la consommation totale alors que le potentiel actuel est de 23%.

( Source Powernext* pour 2018 ) .

*Powernext a été intégré à EEX en 2019.

Ces kWh verts, distribués par le réseau unique, ne se distinguent pas des autres kWh provenant de sources classiques nucléaire ou fossiles.

Or, pour vendre un produit, il faut commencer par pouvoir l'identifier parmi les autres.

Devant l'impossibilité d'établir un système de traçabilité classique porté par le produit lui-même, il a été mis en place un système de certificats de garantie d'origine (GO).

Sur la demande d'un producteur d'électricité verte auprès de l'EEX, à chaque MWh vert produit est attribué un certificat d'identification portant les informations d'origine :

- Numéro d'identification.

- Date de délivrance.

- Nom et lieu de l'installation de production.

- Source d'énergie.

- Type et montant des aides reçues s'il y a lieu.

Un certificat est valable 12 mois.

EEX est en charge de la délivrance des GO, de leur gestion, leur utilisation, et leur destruction.

Ces certificats ne sont délivrés qu'après vérification des éléments constitutifs de la demande.

Le producteur d'énergie verte certifiée avec GO a deux possibilités :

Soit vendre son électricité accompagnée des certificats obtenus auprès de l'EEX,

Soit vendre son électricité sans les certificats ( c'est alors de l'énergie grise ), et mettre séparément ses certificats sur le marché au plus offrant, car ces certificats peuvent être négociés comme tout autre titre.

Ce système permet à un vendeur d'électricité « tout venant » de proposer des contrats verts, au moins en partie, en justifiant cette verdure par les certificats qu'il aura achetés sur le marché boursier des GO.

Ce type de contrat est parfois assimilé à du « green washing », bien que l'énergie verte ainsi vendue a bien été fabriquée (les certificats l'attestent) et injectée dans le réseau.

( Elle a été bien injectée dans le réseau comme énergie grise, puis reverdie grâce aux certificats achetés séparément par le vendeur final.

Un bon point à ceux qui auront tout compris...).

Le consommateur ayant souscrit un contrat de fourniture d'électricité verte pour soutenir le développement des renouvelables en France, pourrait très bien se trouver en situation d'encourager sans le savoir la production nucléaire !!!

Pour éviter ce piège il est donc indispensable de vérifier l'origine de l'électricité vendue sous l'étiquette verte ; cette origine est indiquée sur les certificats GO, que le fournisseur est tenu de communiquer au client.

La pression mise actuellement sur les pompes à chaleur pour le chauffage des locaux, et sur les voitures électriques pour la mobilité entraînera une augmentation significative de la demande d'électricité.

Il va de soi que cette électricité devra être d'origine renouvelable sous peine d'annuler le bénéfice de la transition énergétique.

(Il ne viendrait à l'idée de personne de charger la batterie d'une voiture électrique* avec de l'électricité provenant d'une source nucléaire ou fossile, non garantie par les certificats d'origine renouvelable!!).

*C'est vrai aussi bien sûr pour les voitures à Hydrogène, qui ne devront faire le plein qu'avec du gaz issu d'électrolyseurs alimentés par de l'électricité verte.

Il est donc essentiel de veiller à l'adéquation de la demande d'électricité verte à la disponibilité d'une offre nationale équivalente, sous peine de favoriser le « green washing »* et d'encourager l'électronucléaire.

Ce qui ne déplairait pas à certains...

*L'obtention des GO auprès de l'EEX est peu onéreuse, et peut dont être rachetée à peu de frais par un vendeur d'énergie grise, éventuellement nucléaire, afin de verdir son offre auprès de clients peu au fait de ce que certains assimilent à des « magouilles ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 17:58

 

Renault ZOE contre Peugeot e-208, le mieux est toujours l'ennemi du bien.

16 Juin 2020

La pêche au client bat son plein dans l'arène du marché de l'automobile électrique.

Les Peugeot e-208 et Renault Zoe R 135 sont les appâts concurrents que les deux frères ennemis ont mijotés afin de ferrer une clientèle qui se révèle assez réticente malgré les boulettes d'amorçage abondamment distribuées par la presse spécialisée, et les exhortations du Gouvernement assorties de substantielles prime à la « conversion ».

Les deux modèles électriques cités visent le même créneau, entre la citadine et le moyen de gamme polyvalent, LA voiture raisonnable, choisie plus pour son usage que pour afficher un quelconque statut social.

Les caractéristiques techniques sont très voisines, évidemment :

Mêmes dimensions, à quelques cm près.

Mêmes poids, environ 1 500 kg ( tout de même).

Même puissance max de 100 kW ( 135 CV).

La seule différence notable réside dans la conception du rotor du moteur : à aimants permanents pour Peugeot, à induction pour Renault. Subtilité qui échappera au client bien entendu, et n'intéressera éventuellement que les spécialistes, et encore...

Les deux utilisent un seul rapport de transmission, bien suffisant pour l'usage prévu (quoique).

On notera quand même quelques différences au niveau du couple, 260 Nm pour la 208, contre 245 Nm pour la Zoe, ce qui donne à la première un léger avantage: une seconde de moins pour le test 0 à 100 km/h, et 10 km/h en vitesse max ( 150 contre 140).

Mais grosse différence sur l'autonomie WLTP en faveur de la Zoe : 395 km contre 350 pour la 208.

Cette écart est dû essentiellement aux différences de capacité des batteries :

50 kWh, dont 46 kWh utiles pour la 208

54,7 kWh, dont 52 kWh utiles pour la Zoe.

Ces 6 kWh d'écart suffisent à donner 55 km d'avantage à la Zoe au cours du test WLTP.

Même si cet avantage s'estompe en utilisation normale, il peut suffire à convaincre certains clients très sensibilisés par l'autonomie ( et qui ne l'est pas dans cette nouvelle religion de la parcimonie?).

Une autonomie de 395 km avec une batterie de 52 kWh utiles correspond à une consommation moyenne de 13 kWh aux cent km.

Les initiés savent que ces chiffres sont peu représentatifs de la réalité en ce sens qu'ils ne correspondent à aucun cas d'utilisation « normale » du véhicule.

Mais tout le monde n'est pas initié.

Pour éviter de friser la tromperie sur la marchandise (l'affaire du diesel gate a laissé des cicatrices), les constructeurs fournissent désormais des indications sur la consommation réelle de leurs véhicules électriques dans diverses conditions d'usage, incluant la température ambiante, la récupération d'énergie au freinage, l'utilisation de la climatisation, de l'éclairage, et la façon de conduire.

Des simulateurs sont disponibles sur le site de chaque constructeur, qui permettent de se faire une idée assez précise des possibilités réelles.

Pour les deux modèles en question, et selon ces simulateurs, l'autonomie serait d'environ 150 km à vitesse stabilisée de 130 km/h sur autoroute, avec une température extérieure de – 5°C, et climatisation active.

( 150 km pour la ZOE, et 140 km pour la 208).

(Résultats corroborés par différents essais parus dans la presse spécialisée).

Ces résultats confirment que ces voitures ne sont pas adaptées (c'est un euphémisme) à l'usage autoroutier, qui est même fortement déconseillé sauf pour des petits parcours obligés.

On peut donc légitimement se demander quel est l'intérêt d'une motorisation de 135 CV sur un véhicule électrique dont la vitesse max ne dépassera en principe jamais 90 km/h puisqu'il n'ira jamais sur autoroute.

D'ailleurs, le même modèle Peugeot 208, dans les versions thermiques, existe en 50kW (68 CV),

compatible avec l'autoroute ( Vitesse max 165 km/h), dont l'autonomie est évidemment sans commune mesure avec celle du modèle électrique 100 kW.

L'acheteur d'un VEB (Véhicule Electrique à Batterie) sait qu'il devra renoncer à plusieurs avantages aujourd'hui « réservés » aux véhicules thermiques :

- Autonomie largement suffisante pour traverse la France sans avoir à refaire le plein.

- Possibilité de circuler sur le réseau autoroutier sans restriction d'aucune sorte.

- Accès à 11 000 stations services distributrices de carburants pétroliers et/ou de biocarburants.

- Possibilité de faire le plein en quelques minutes.

- Accès direct à une pompe sans avoir à faire la queue, la plupart du temps.

- Possibilité de revente de son véhicule en occasion sans sur-décote selon l'état de la batterie.

Notre acheteur de VEB sait que sa préoccupation principale sera désormais l'autonomie restante de son véhicule, avec la préoccupation subsidiaire de savoir où se trouve la prochaine borne de recharge, son état de marche, quel type de charge elle autorise, pour quel prix, et surtout si elle sera disponible à son arrivée et combien d'heures il faudra perdre pour recharger la batterie.

Il sait également qu'il lui est vivement conseillé de ne pas emprunter l'autoroute, ce qui constitue un retour en arrière de plus d'un demi-siècle.

Ces contraintes constituent un frein sérieux à la décision d'achat, d'autant plus que des modèles thermiques équivalents sont disponibles à un tarif inférieur, les plus récents étant conformes aux normes actuelles, donc sans contrainte de circulation*, y compris à paris.

*Jusqu'à présent.

Le principal argument de vente dans ces conditions demeure l'économie sur la consommation d'énergie, de l'ordre de 5 euro/100 km pour une recharge au domicile ; encore faut-il disposer de l'installation adéquate, ce qui n'est pas évident en habitat collectif, surtout si l'on veut une charge semi-rapide, qui nécessite le triphasé.

Ce faible avantage, 500 euro/an pour 10 000 km, ne peut suffire à provoquer un envol des ventes, eu égard aux inconvénients cités plus haut.

La motivation écologique existe, mais difficilement chiffrable.

( Les écologistes n'aiment pas le nucléaire, c'est encore un euphémisme ; or il est impossible de savoir d'où provient l'électricité du réseau de charge des batteries. En fait, le choix d'une voiture électrique risque fort d'être une promotion pour l'électricité nucléaire....).

Faute d'arguments forts pour passer au tout électrique, il faut donc forcer sur l'argument clé de la prime d'Etat, qui passe de 6 000 à 7 000 euros, qui ne peut être que transitoire car elle ne correspond à aucun modèle économique, et que son montant est prélevé dans la poche du contribuable, laquelle poche n'est pas sans fond.

200 000 voitures subventionnées chaque année à 7 000 euro font tout de même 1,4 Milliards...

(Il est vrai que, grâce au virus, la machine à emprunter s'est remise en marche, on parle même de dette perpétuelle...).

Par ailleurs, la taxe carbone, qui aurait pu freiner un peu la vente des véhicules thermiques, semble avoir été rangée au placard des occasions manquées.

Reste la menace d'élimination des véhicules thermiques à l'horizon 2040, voire beaucoup plus tôt dans les grandes agglomérations et certaines zones péri urbaines.

La durée de vie des batteries de VBE est un point clé, qui conditionne la cote de revente d'un véhicule électrique.

Une durée de vie trop faible crée un important marché de remplacement, mais rebute le client qui redoute de ne pouvoir revendre son véhicule si la batterie est morte ; Un VE sans batterie n'est plus qu'un morceau de fer...

Les constructeurs de batteries l'ont très bien compris, leur business repose sur un équilibre entre une durée de vie acceptable mais pas trop. On parle aujourd'hui de garantie décennale, et/ou de garantie kilométrique, sans toujours très bien préciser les conditions, et comment et par qui seront effectués les évaluations lors d'une revente.

Entre l'à peu près, le suffisant, le mieux, et le bien, la voiture électrique à batterie a bien du mal à s'imposer contre d'une part la voiture thermique qui tient toujours son rang, et la voiture hybride dont l'existence même démontre les insuffisances des VEB.

Peut-être serait-il temps de s'occuper du GNV, de l'Hydrogène, et/ou des biocarburants...

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 10:45

7 Juin 2020

Entre autres opérations à l'étranger, PSA assemble des petites voitures en Slovaquie (208 II, C3) sur le site de Trnava , opérationnel depuis 2006.

Ce site n'est que l'un des multiples centres de production PSA de par le monde.

Pourquoi une entreprise française historique est-elle amenée à expatrier une partie de son acivité alors que la France soufre d'un chômage endémique dans le secteur industriel et ailleurs ?

L'explication habituelle évoque la différence de coût de la main d’œuvre.

Que peut-on en penser ?

Entre l'époque de la société familiale française Peugeot et le Groupe international regroupant Peugeot, Citroen, DS, Opel, et Vauxhall, sous la dénomination PSA, il s'est produit la révolution de la mondialisation.

Libéralisation des échanges, libre concurrence, libre circulation des capitaux.

Mais aussi mise en concurrence des conditions financières et fiscales d'installations de sites, de coût de main d’œuvre, de lois sociales, de protection de l'emploi et de risque de troubles sociaux.

Aujourd'hui, pour exister au plan industriel des marchés de masse, il faut pouvoir faire jeu égal avec une concurrence farouche, sur toutes les parties du monde et en particulier les pays en voie de développement.

Cette concurrence s'exerce bien sûr au niveau de la qualité, de la robustesse, du service, mais surtout au niveau des prix, d'autant plus que l'on vise des secteurs de marchés de masse sur lequel les prix sont les plus bas.

Le prix hors taxes moyen d'une voiture est en gros établi à partir du total des dépenses cumulées divisées par la quantité de produits commercialisés.

Le total des dépenses cumulées comprend un grand nombre de postes (Voir Plan Comptable Général) que l'on peut résumer ainsi :

- Recherche et développement.

- Marketing.

- Coûts financiers ( Investissements, remboursements d'emprunts).

- Amortissements.

- Masse salariale.

- Impôts.

- Part de bénéfice distribué aux actionnaires.

- Coûts commerciaux.

- Approvisionnements.

- Achats extérieurs ( équipementiers ).

- Logistique.

- Energie.

- Etc.

A ces coûts (ici simplifiés) il faut ajouter les taxes, le transport, les droits de douane, les redevances diverses.

Chaque poste de dépense est l'objet d'une attention particulière, l'objectif étant de dépenser le moins possible pour un service toujours amélioré.

L'obtention de coûts de production de volumes compétitifs exige des performances de productivité, qui sont devenues la condition de vie ou de mort de l'entreprise.

Le groupe PSA ( comme tout autre constructeur de voitures) n'échappe pas à cette règle.

Pour être un constructeur d'automobiles de grandes séries, il faut avoir une assise mondiale.

Pour se donner cette assise mondiale, il faut se battre contre une concurrence qui affiche les mêmes ambitions.

Le marché national français est de 2,2 Millions de véhicules neufs annuellement.

De par les règles de la libre concurrence, et selon le choix des acheteurs français, ce marché se trouve partagé entre deux constructeurs français et une trentaine de constructeurs étrangers (Oui, trente) qui réalisent pour certains des ventes dans le monde entier, avec les mêmes ambitions que PSA.

Le groupe PSA , avec environ 700 000 voitures vendues en France, prend une part de 32 % de ce marché, malgré la pression de la concurrence.

(Notons au passage que rien n'empêche les acheteurs français d'acheter davantage de voitures françaises, mais ceci est un autre sujet).

Pour prétendre jouer dans la cour des grands, il faut produire beaucoup plus que 700 00 voitures par an.

( Le groupe Volkswagen produit 10 Millions de véhicules par an avec 500 000 salariés...)

Avec un marché mondial annuel qui frise les 100 Millions de véhicules, pour figurer dans le « top ten » il faut miser entre 5 et 10 Millions de voitures.

C'est l'ambition de PSA, qui devrait se réaliser avec l'accord en négociation avec FCA (Fiat Chrysler Automobiles).

Cette ambition implique de sortir des frontières pour trouver d'autres clients.

En 2018, PSA a fabriqué 3,877 Millions de véhicules, y compris les véhicules assemblés dans des usines PSA à l'étranger.

18 % ont été vendus en France.

62 % en Europe hors France.

20% hors Europe : Moyen-Orient, Afrique, Chine, Asie du Sud-Est, Amérique Latine, Inde, Pacifique, Eurasie.

La France n'est donc pas, et de loin, l'unique marché de PSA.

Le groupe PSA (actuel) employait 211 000 personnes en 2018 (dont 64 000 en France).

Ces 211 000 employés se répartissent entre les deux divisions :

La division Automobile, avec 117 000 personnes.

La division ECIA (Equipements et Composants pour l'Industrie Automobile), devenue FAURECIA depuis la fusion avec La société Bertrand Faure, spécialiste des sièges auto.

L'ensemble comprend plus de 300 sites dans 37 pays, avec 30 centres de Recherche et Développement.

L'entreprise historique familiale Peugeot est ainsi devenue une grosse structure mondiale à participation internationale.

Il est difficile dans ces conditions de parler de délocalisation alors que la nature même du groupe réside dans son implantation mondiale, au plus près des marchés visés pour y devenir des acteurs locaux capables de s'adapter aux besoins locaux.

On comprend qu'il il est relativement normal de faire travailler ceux qui vous achètent des voitures...

L'association 50/50 avec Fiat-Chrysler ne fera, si elle se réalise, qu'accentuer ce caractère international qui semble la norme dans le contexte actuel de la marche du monde.

Quant à savoir si l'on doit, si l'on peut, changer le contexte de la marche du monde, c'est une question qui nous dépasse un peu, écartelés que nous sommes entre cette course aux armements automobile d'une part, et les prophètes de la bicyclette électrique d'autre part.

Il sera difficile de trouver la voie de la sagesse.

En gestionnaire avisé de PSA, Monsieur Tavares (le grand chef du moment) a déclaré vouloir réduire en moyenne de 700 euros le coût de production d'une voiture d'ici 2021.

700 euros, cela fait quand même 2,5 Milliards d'euro par an sur la base de la production actuelle.

Et deux fois plus après le mariage du siècle.

Pour cela il lui faudra gratter partout, et bien sûr sur la main d’œuvre mais pas seulement.

Dans le groupe PSA, la masse salariale représente 11% du chiffre d'affaire ; c'est encore beaucoup pour le patron*, c'est évidemment insuffisant pour les employés pour qui toute amélioration de la productivité est synonyme de réduction des effectifs.

*Ces 11% représentent 8,2 Milliards d'euro avant l'accord avec FCA.

Ce qui nous ramène à Trnava. cité en exemple du bien construire.

En 2019, le site de Trnava en slovaquie a employé 4 500 personnes et produit 352 000 voitures, soit un ratio de 0,0128 employé.an pour une voiture.

( en 3 x 8 cela fait 57 voitures par heure sur 257 jours, soit 26 heures par voiture, ce qui est relativement classique).

Le salaire moyen annuel en Slovaquie est environ la moitié de son équivalent en France, soit 19000 euros.

( 50% du salaire moyen français dans l'industrie, tel qu'il est donné dans l'édition No 287 de Juin 2019 de ACOSS-URSSAF, salaire chargé évidemment, ).

La charge salariale « Trnava » par voiture sortie de l'usine slovaque (sur la base d'une production de 352 000 voitures) est donc de 243 euro.

[Ces 243 euros ne concernent que les travaux effectués à Trnava, à l'exclusion des charges salariales supportées par les éléments livrés à Trnava mais fabriqués ailleurs, blocs moteur-boîte-transmission,

blocs batteries, alternateurs, freins, éléments électromécaniques et électroniques, tableaux de bord, connectivité, auxquels il faut ajouter les charges salariales des autres services non directement productifs, notamment la R&D du groupe.

La charge salariale totale moyenne par voiture sortie de chez PSA peut s'évaluer en divisant la masse salariale du groupe ( 8,2 Milliards d'euro ) par le nombre total de véhicules, soit 3,877 Millions, ce qui nous donne 2 115 euro].

La délocalisation de l'assemblage en slovaquie permet donc d'économiser 243 euro par voiture (en coût de production), soit 85,5 Millions d'euro.

Mais on peut aussi délocaliser d'autres parties de la fabrication, comme le montage des moteurs, des tableaux de bord, des sièges, etc.

(Des bruits courent sur le transfert possible du montage des moteurs à Trnava).

Les 700 euro d'économie de M.Tavares seront vite trouvés.

Du strict point de vue comptable de l'Entreprise, l'économie réalisée à Trnava (et ailleurs dans d'autres usines délocalisées) est substantielle.

Par contre, dans un contexte de sous-emploi en France dans le secteur industriel, cette délocalisation représente 4 500 emplois en moins en France dans le secteur de l'industrie, auxquels il faut ajouter environ 15 000 emplois en moins dans les services puisqu'un emploi dans l'industrie génère au moins trois emplois dans le tertiaire.

C'est donc 20 000 emplois sacrifiés, dont la perte coûte infiniment plus cher au pays que les 85 Millions économisés par PSA.

La seule indemnisation de ces 20 000 chômeurs, toutes aides confondues, représente plus de 250 Millions d'euros par an...

Ce genre d'opérations, répétées dans de nombreux domaines, représentent une véritable saignée dans les emplois français, qu'il faut compenser par une politique d'aide sociale dont l'impact n'est pas forcément positif à long terme.

(Ou bien par une croissance de l'activité, qui n'est pas forcément au rendez-vous...).

Heureusement, grâce au système de chaises musicales dans l'industrie, les 4 500 emplois délocalisés par PSA sont en majeure partie compensés par les 4 000 emplois créés par TOYOTA dans son usine de Valenciennes pour fabriquer des Yaris.

Hélas cette contrebalance n'est qu'exceptionnelle ; dans de nombreux secteurs industriels les emplois délocalisés sont effectivement perdus.

La mondialisation, financièrement profitable à certaines grandes entreprises de moins en moins nationales, se révèle ainsi créatrice de sous-emploi dans leurs pays d'origine qui avaient bâti une industrie de main d’œuvre avec des salaires de pays développés.

L'effectif de PSA en France est tombé de 86 000 en 2013 à 64 000 en 2019...

(Source Statista.com).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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