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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 12:21

 

L'Europe et le Nucléaire, ou l'art de discuter du sexe des anges...

2 Novembre 2021

Nous avons tenté dans l'article précédent de montrer que, dès lors que les fossiles seront sur le déclin et que le solaire et l'éolien occuperont le devant de la scène énergétique, il sera pratiquement impossible de se passer du nucléaire si l'on veut maintenir une production électrique stable et pilotable.

Bien sûr on peut toujours imaginer diverses solutions pour se passer du nucléaire :

Par exemple, renoncer à une production stable et pilotable comme elle l'est aujourd'hui, et prier les clients de bien vouloir s'accommoder d'une électricité sporadique, soumise à la météo lorsque seront épuisées les maigres réserves stockées dans les barrages, les STEP , et les batteries en dernier lieu.

On peut aussi compter sur les voisins pour nous fournir le précieux fluide, à condition qu'ils ne soient pas dans la même situation, qu'ils soient d'accord, et à quel prix ?

On peut enfin recourir à des centrales à biogaz et/ou biomasse, sous réserve que cette solution soit « durable » et que les réserves potentielles soient suffisantes.

(Mais si la biomasse doit prendre en charge tout ce qui est aujourd'hui couvert par les fossiles, il est clair qu'elle ne suffira pas à la tâche.

« Il ne faut point trop charger la mule...)

D'autre part il n'est pas du tout démontré que le solaire et l'éolien suffiront à produire l'énergie électrique aujourd'hui fournie à 80% par les fossiles au niveau mondial, et pour laquelle la demande ne pourra qu'augmenter très significativement dans les prochaines décennies.

Tout ces « si » et ces « à conditions que », n'ont rien de rassurant et justifient une certaine méfiance quand à la sécurité des approvisionnements électriques.

C'est pourquoi le nucléaire suscite de plus en plus d'intérêt, malgré ses inconvénients connus.

Le retrait progressif des énergies fossiles implique, ipso facto, le remplacement massif d'un très grand nombre de centrales électriques de par le monde.

(Les centrales à charbon cumulent environ 2000 GW dans le monde avec plusieurs milliers d'installations de puissance comprise entre 120 et 700 MW).

Certaines pourront être modifiées pour utiliser de la biomasse.

Mais la biomasse ne suffira pas à elle seule à remplacer le charbon, il faut trouver autre chose.

Cet autre chose pourrait être le nucléaire.

( Si quelqu'un a une autre solution, sa fortune est assurée ; prière d'en informer l'AIE)

Il existe donc un marché pour des petites unités génératrices électriques nucléaires modulaires adaptables aux puissances de 120 à 700 MW environ .

On fabrique déjà de par le monde des petites unités nucléaires pour la propulsion des navires modernes : sous-marins, portes-avions, brise-glaces, etc.

(La France en a déjà fabriqué une vingtaine )

https://www.sfen.org/rgn/point-propulsion-nucleaire-civile

Le concept SMR ( Small Modular Reactor ) n'est donc pas une nouveauté ; il est à adapter aux besoins civils qui correspondent à un cahier des charge particulier.

Chaque pays « nucléaire » développe un tel concept destiné à prendre la relève des installations petite et moyennes ( modularité) à l'horizon 2035 voire beaucoup plus tôt.

Ce nouveau concept viendra en complément des grosses machines comme l'EPR dont deux exemplaires fonctionnent déjà en Chine ( Engineering EDF ).

Cette nouvelle stratégie décarbonée a mauvaise presse en Europe car elle n'est pas encore déterminée en fonction des critères de la taxonomie de la transition énergétique Bruxelloise.

C'est une sorte de discussion sur le sexe des anges ; il s'agit de décider si, oui ou non, le nucléaire est une technologie acceptable selon ces critères. Le nœud de l'affaire réside dans l'appréciation du risque présenté par les déchets radioactifs pour les générations futures.

Il s'agit d'obtenir le label DNSH ( Do No Significant Harm).

Vaste sujet s'agissant d'apprécier les risques que pourraient courir nos descendants du trente-cinquième siècle et au-delà.

On aura compris que la décision ne peut être que politique...

Evidemment, dans cette docte assemblée il y a des pour et des contre ; La France est pour, l'Allemagne est contre, enfin aujourd'hui.

Difficile dans ces conditions de faire avancer le tandem.

L'enjeu de ce colloque singulier est important. En effet , seules les entreprises dont les activités répondront aux critères de Bruxelles seront habilitées à recevoir des financements européens.

En clair, si le nucléaire est déclaré « non grata », EDF aura beaucoup de mal à continuer son ouvrage.

( Mais, qu'on se rassure, les sous-marins de la série Barracuda ne sont pas menacés...)

Il ne reste plus à la France qu'à « forcer la main » de la vieille dame bruxelloise en espérant le ralliement d'une majorité de circonstance, car tout le monde n'est pas anti-nucléaire...).

Rendez-vous après les élections...ou avant si l'enjeu est jugé de nature à faire pencher la balance du bon côté.

Bien sûr cet imbroglio ne concerne pas les USA, ni la Chine, ni la Russie, qui voient d'un assez bon œil EDF ( c'est-à-dire l'Europe ) patauger dans la panade de la taxonomie.

Après tout, EDF pourra toujours travailler avec Westinghouse...Pourvu qu' « il » ne nous refasse pas le coup des turbines Arabelle...

Affaire à suivre...

 

 

 

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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 18:01

 

 

Le Nucléaire, en avoir ou pas ?

29 Octobre 2021

La demande mondiale d'énergie est actuellement encore couverte à 80% par les fossiles.

Le système énergétique mondial, et donc les systèmes technologiques et économiques mondiaux, se sont structurés en fonction des caractéristiques de ces énergies :

Disponibilité en très grosses quantités pratiquement illimitées et inépuisables, facilités de transport et de stockage, existence sous les trois formes solide, liquide et gazeuse, accessibilité facile dans le principe, il « suffit » de percer un trou dans le sol, et prix dérisoire* ayant permis le développement sans freins d'une économie fondée sur le machinisme généralisé.

* ( Il s'agit du prix hors taxe bien entendu )

Il n'existe sur la planète aucune autre source d'énergie présentant tout ces avantages simultanément.

Les seuls inconvénients de ces énergies fossiles sont le caractère limité de leurs réserves, et les émissions de CO2 liées à leur utilisation.

Pour l'une ou l'autre de ces raisons, il est devenu vital d'en abandonner l'usage.

( Même si l'on savait neutraliser le CO2 émis, il faudrait quand-même gérer leur épuisement...).

En dehors des fossiles, les autres sources d'énergie exploitables industriellement connues aujourd'hui sont le solaire, l'éolien, l'hydrolien, la géothermie, la biomasse, et le nucléaire.

( Pour l'avenir on peut également sous toutes réserves, parler de l'Hydrogène naturel dont l'existence est prouvée mais sans encore de certitude d'une possibilité d'exploitation industrielle à moyen terme. A revoir en 2040).

Ces sources d'énergie sont inépuisables puisqu'elles correspondent non pas à des réserves comme les fossiles, mais à des flux, ou à une présence comme minerai, au même titre que les autres minerais extraits du sol.

Toutes ces sources alternatives sont déjà en exploitation et contribuent aujourd'hui à hauteur de 20% des besoins mondiaux.

( Le mix énergétique étant très variable d'un pays à l'autre)

Compte tenu des besoins énergétiques colossaux de la planète, toutes ces énergies alternatives devront être mises à contribution pour espérer suffire à satisfaire les besoins de remplacement des fossiles.

Il va de soi que ce changement de portage devra s'accompagner d'une réforme des usages orientée vers une optimisation de l'efficacité énergétique à tous les niveaux.

( Eteindre la lumière en sortant des toilettes ne suffira pas, il nous faudra réformer drastiquement toutes nos habitudes, et remplacer la notion de « consommation »  par celle de « besoins » )

Dans la panoplie des énergies renouvelables, le solaire et l'éolien semblent devoir jouer un rôle essentiel.

Or ces deux sources présentent des caractéristiques particulières qui les différencient des fossiles et qui exigent un traitement particulier :

D'une part elles produisent de l'électricité, et non pas de la chaleur.

D'autre part cette électricité n'est pas directement stockable sauf en petites quantités.

Enfin leur production est intermittente, selon l'ensoleillement et le régime des vents.

Une grande partie des applications qui fonctionnent aujourd'hui avec les énergies fossiles devront donc être converties à l'électricité ( mobilité, chauffage des bâtiments, etc) et surtout s'accommoder du caractère intermittent de ces sources.

( Lorsqu'il s'agit de conversion à l'électricité, on pense bien sûr à l'automobile, alors que le challenge est beaucoup plus vaste puisqu'il concerne les transports en général, la climatisation des locaux, les engins de chantiers et de terrassement, la génération de chaleur dans l'industrie, l'agriculture et le bâtiment, ce qui entraînera une augmentation considérable de la demande d'électricité, bien souvent oubliée dans les prévisions).

Aujourd'hui les applications concernées sont conçues pour une énergie disponible sans intermittence, et en quantité illimitée.

( Imaginerait-on un réseau ferré dont les trains ne fonctionneraient que s'il y a du vent ou du soleil?)

L'intermittence inévitable doit donc être compensée pour éviter cette dépendance aux conditions météo.

La compensation de l'intermittence peut emprunter deux voies :

Soit développer un système de stockage de l'énergie électrique.

Soit conserver le principe de production de base pilotable à partir de centrales thermiques utilisant du combustible décarboné.

Les besoins sont tellement importants qu'il paraît nécessaire de prendre les deux voies.

Les moyens technologiques de stockage de l'énergie électrique sont connus : Les STEP, la filière Hydrogène, les batteries.

Les batteries ne représentent qu'une très faible capacité de stockage par rapport aux besoins d'un réseau. Elles ont leur utilité pour des besoins locaux, à l'échelle de quelques heures.

Les STEP peuvent avoir une capacité d'intervention plus importante, mais sans dépasser le niveau hebdomadaire.

Les grands barrages peuvent avoir une capacité pluri-hebdomadaire, mais leur implantation présuppose un terrain propice.

( En France il n'y a plus d'emplacement disponible. Le temps n'est plus où l'on pouvait noyer des vallées pour construire des barrages. De plus les barrages ne peuvent servir à la fois pour la production et le stockage!!)

Quant à la filière Hydrogène, elle est prometteuse, mais doit encore faire ses preuves en utilisation réversible ( Pile à Hydrogène de très forte puissance). Elle est néanmoins un espoir important, compte tenu des gros besoins industriels en Hydrogène.

La deuxième voie, celle des centrales thermiques pilotables à faible empreinte CO2, existe déjà également.

Ces centrales fonctionnent soit au combustible Nucléaire, soit avec de la biomasse.

Leurs capacités d'intervention dépendent également des possibilités de stockage du combustible.

Pour la biomasse on se sait pas ( Manque d'études dans ce sens ).

( Le caractère décarboné de la biomasse est discutable. L'agroforesterie à but énergétique crée un conflit avec les besoins alimentaires et peut encourager la déforestation. Et les biocombustibles de troisième génération n'ont pas encore fait leurs preuves).

Pour le nucléaire, le stock est de plusieurs années, puisqu'il est composé du combustible présent dans les réacteurs, du combustible en attente d'être chargé, du combustible en cours de fabrication, du produit de base (Yellow cake) en stock, et bien entendu du minerai présent dans le sol.

En dehors des fossiles, le seul combustible stockable sur plusieurs années est donc le nucléaire.

( Quant à la vulnérabilité de l'accès aux sources de minerai d'Uranium, elle n'est pas pire que celle de l'accès au pétrole ou au Gaz, voir l'actualité).

Ce constat, purement technique, n'enlève rien aux inconvénients de la technologie nucléaire:

Risques d'accidents, démontrés hélas à plusieurs reprises.

Pollution radioactive de très long terme par les déchets après usage.

Vulnérabilité au terrorisme.

Sauf démonstration contradictoire justifiée, le nucléaire est la seule technologie décarbonée apte à fournir une production de base pilotable, donc la seule permettant d'exploiter le solaire et l'éolien dans devoir imposer un régime d'utilisation aléatoire.

Cela dit, on a parfaitement le droit (encore que...) de décider de choisir ce régime dans lequel l'économie du pays fluctuerait au rythme de la météo...Ou de l'amabilité des pays voisins qui voudraient bien nous vendre de l'électricité, mais à quel prix ?

Plus que jamais notre intoxication énergétique nous place devant un choix de civilisation :

A la question : Avons-nous besoin du nucléaire ?

La réponse est oui, si nous voulons continuer sur la voie de la boulimie énergétique.

La réponse est non, si nous acceptons de suivre une cure de désintoxication énergétique.

Question subsidiaire :

Qui se chargera d'appliquer le protocole de désintoxication ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 10:39

 

 

Le Nucléaire, une exception française, ou bien un mal nécessaire ?

24 Octobre 2021

'énergie est le sang de notre civilisation technologique ; comme tel, il est vital de se prémunir contre une pénurie, et pour cela il faut constituer des stocks.

Les sources d'énergie fossile sont stockables.

L'AIE (Agence Internationale de l'Energie) imposent à ses membres de constituer des stocks de pétrole à hauteur de 90 jours de leur consommation de l'année précédente.

Pour le Charbon et le Gaz naturel chaque pays constitue ses stocks physiques en fonction de ses besoins.

Les pays qui disposent chez eux de pétrole sont évidemment dispensés.

L'électricité ne se stocke pas.

Lorsqu'elle est produite, il faut soit la consommer tout de suite, soit la transformer en un produit stockable.

La méthode actuelle consiste à la transformer en énergie potentielle sous forme d'eau stockée dans des réservoirs en altitude grâce aux STEP (Station de Transfert d'Energie par Pompage) ou aux réservoirs des grands barrages dont les centrales sont équipées de turbines réversibles.

Les quantités d'énergie stockées de cette façon demeurent faibles par rapport aux stocks de pétrole ou de charbon, sauf dans certains pays qui disposent d'un territoire propice aux grands barrages, et où les habitants tolèrent cette « atteinte à l'environnement ».

Une possible future méthode utilisera l'électrolyse pour transformer l'énergie électrique en Hydrogène qui sera stocké dans des réservoirs ( comme le Gaz naturel ). l'électricité sera ensuite récupérée par des piles à Hydrogène. Cette méthode, appelée à un grand développement car les capacités de stockage sont considérables, pourrait être opérationnelle à l'horizon 2040, sans certitude de succès, faute de réalisations concrètes jusqu'à présent.

La méthode de stockage chimique de l'électricité ( Batteries) est connue, efficace, économiquement viable, mais les capacités potentielles de stockage sont encore trop faibles pour satisfaire les besoins du réseau, sauf à l'échelon local.

Le stockage de masse de l'énergie électrique est donc un problème non encore résolu.

(Et qui n'empêche personne de dormir...)

Or les énergies renouvelables Solaire et Eolienne produisent de l'électricité de manière intermittente dépendant du régime des vents, et de l'ensoleillement. Leur maîtrise nécessitera donc de très gros moyens de stockage.

L'énergie électrique, toutes sources confondues, représente environ 19 % de l'énergie consommée dans le monde.

Bien que minoritaire dans le mix énergétique, l'électricité présente ce caractère particulier d'être le cœur qui permet aux autres énergies d'être utilisées et donc au système circulatoire énergétique du monde technologique moderne de fonctionner.

Aujourd'hui la production mondiale d'énergie électrique se partage ainsi :

Fossiles : 64%

Renouvelables : 26%

Nucléaire : 10%

Les fossiles et le nucléaire fournissent une production de base pilotable, qui permet de compenser l'intermittence de la production renouvelable, essentiellement l'Eolien et le Solaire.

Dans l'hypothèse d'un retrait à la fois des fossiles et du nucléaire, il est évident que le système ne fonctionnerait pas.

( Aucune explication n'est nécessaire, il suffit de regarder les chiffres).

Dans l'hypothèse d'un retrait des sources fossiles d'énergie, l'électronucléaire sera la seule source d'énergie de base pilotable, et stockable selon les prescriptions de l'AIE.

( Ce stock est constitué du combustible présents dans les réacteurs, du combustible « neuf » stocké en attente d'utilisation, du combustible en cours de fabrication, et du stock de minerai stocké en attente de traitement.C'est un stock de plusieurs années).

32 pays disposent d'électronucléaire, pour un total de 449 réacteurs.

10 pays ont un parcs nucléaire supérieur à 10 réacteurs.

La France est très largement en tête de la liste, avec 58 réacteurs. Ce choix a été justifié par l'absence de sources d'énergie fossile sur son sol, et donc la nécessité d'avoir au moins la maîtrise du système électrique de gestion du Pays.

(Dans la mesure où l'on considère la source d'approvisionnement en minerai comme fiable.

Nobody's perfect...).

La capacité nominale de production du parc électronucléaire français est de 470 TWh

( 63 GW de puissance nominale, et 85% de facteur de charge)

Soit quasiment 100% des besoins d'énergie électrique finale.

(La nécessité de recourir à des moyens supplémentaires est due aux grandes fluctuations de la consommation, qui ne peuvent être entièrement compensées par le stockage hydraulique.

Le réseau intelligent est conçu pour réguler en grande partie ces fluctuations.C'est la raison essentielle de l'installation du compteur Linky).

La France est donc un cas tout à fait particulier, qui ne peut pas relever d'une politique qui pourrait être applicable ailleurs.

Cette situation est exceptionnelle, et par là même justifie une approche particulière dans la stratégie de transition.

Dans ces conditions, acter le retrait de l'électronucléaire avant de mettre en œuvre une production renouvelable décarbonée et stockable serait l'équivalent pour un chirurgien cardiologue de procéder à un arrêt du cœur du patient avant d'avoir mis en place le dispositif externe de prise en charge de la circulation sanguine.

Un acte de démence, qu'il n'y a même pas lieu de commenter...

La France n'étant pas (pas encore) dirigée par un cardiologue fou, nous échapperons donc au pire, mais la nécessité demeure de se passer à terme des énergies fossiles qui constituent les 75% de notre demande énergétique hors électricité.

Par quoi les remplacer ?

Il n'y a pas trente-six voies possibles mais seulement quatre, qui sont complémentaires :

La première est la voie de la sagesse :

Diminuer le besoin énergétique par un travail sur l'efficacité des processus, la chasse aux gaspillages, l'utilisation parcimonieuse, la rationalisation des déplacements, de l'habitat, des loisirs, etc.

Plus facile à dire qu'à faire, dans une civilisation fondée sur la consommation de biens et de services gros consommateurs d'énergie.

Qui saura imposer une cure de désintoxication généralisée qui prendra beaucoup de temps ( au moins deux générations) et nous coûtera de la sueur et des larmes, comme disait d'autre...

La deuxième voie est celle du chemin de traverse.

Il s'agit de prendre acte de l'extrême difficulté de renoncer rapidement aux fossiles et, sans tout jeter aux orties, passer par un stade intermédiaire moins polluant en utilisant le Gaz plutôt que le charbon ou le fuel, là où c'est possible (il paraît que le Gaz est plus « vertueux » que le fuel ou le charbon).

Et à condition de pouvoir supporter l'augmentation des cours du Gaz, qui ne manquera pas de se produire si la demande explose, car Vladimir ne nous fera pas de cadeau...

La troisième voie est celle des renouvelables .

Solaire, Eolien, Hydraulique, Biomasse, Géothermie, Volcanisme, QSP comme on dit en pharmacie.

( En pensant au Nucléaire qui est à la fois production de base pilotable, décarbonée, et stockable, et qui sera un soutien aux renouvelables intermittentes).

La quatrième voie est celle de l'aide aux pays en voie de développement.

La maîtrise du taux de CO2 atmosphérique est une affaire mondiale. Il faut donc embarquer aussi les pays en voie de développement dans cette aventure sous peine d'avoir fait beaucoup de bruit pour peu de résultats.

A quoi servirait de s'imposer une cure très coûteuse si le reste du monde continue à faire bombance ?

Tout en suivant ces voies, il n'est pas interdit de continuer les recherches sur les processus prometteurs comme le CSC ( Capture et Séquestration du Carbone ), l'exploitation de l'Hydrogène naturel, et même explorer certaines voies même si elles ne sont pas orthodoxes aujourd'hui.

La COP26 risque fort de n'être qu'un constat supplémentaire de notre incapacité à traduire dans les faits un désir de réaliser les réformes qui conditionnent notre avenir.

On sait ce qu'il faut faire, on sait comment le faire, mais on ne sait pas comment remplacer la gestion financière du monde par une gestion humanitaire.

Tant qu'au problème des économies d'énergie on répondra par une nouveau modèle d'automobile de 1000 chevaux (Si, si,...), on n'est pas prêts de trouver la solution pour la survie de la Planète...

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 18:05

 

Les énergies fossiles, çà va bien merci...

21 Octobre 2021

Après plusieurs décennies de mises en garde, de mobilisation, de COPxxx, d'incitations, de démonstrations, de planifications, et finalement de menaces, on pourrait penser que les jours des énergies fossiles étaient comptés et que leur élimination n'était plus qu'une question de quelques années.

La prochaine COP 26 devrait donc être un communiqué de victoire et une célébration du triomphe de la vertu décarbonée sur l'infernal trio pétrole-charbon-gaz naturel.

Mais avant d'ouvrir les bouteilles de champagne, il nous a paru utile de visiter le champ de bataille et de compter les victimes.

En matière d'énergies fossiles, et comme en toutes choses, il vaut mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints, en l'occurrence voyons comment l'OPEC nous parle du présent et envisage l'avenir de ces énergies qui sont censées tisser le linceul de notre civilisation.

Cette auguste confrérie publie chaque année un état de l'Energie dans le monde. Ce document est accessible en libre service :

https://woo.opec.org/pdf-download/

Sa lecture est recommandée ; son contenu n'est pas une bible, il est simplement une vue panoramique à travers des lunettes teintées aux couleurs des producteurs d'énergie.

Il comporte deux parties importantes :

D'abord un état des lieux. Où en sommes-nous aujourd'hui, quelle a été l'évolution au cours des dernières décennies, nos prévisions d'il y a dix ans ont-elles été confirmées, quelle est la tendance ?

Ensuite quelles sont nos prévisions pour 2045, et sur quoi sont-elles fondées ?

En 2020 la demande mondiale d'énergie primaire s'est élevée à environ 100 000 mboe.

( mboe = millions barrels oil equivalent ).

Sur cette quantité, 80% sont des énergies fossiles donc fortement émettrices de CO2.

Cette suprématie toujours écrasante après plusieurs décennies de promotion de la transition énergétique montre, s'il en était encore besoin, ce qu'il faut bien appeler l'échec de la tentative de remplacement des fossiles par des énergies nouvelles décarbonées ou à carbone recyclable.

La leçon à tirer est que les démonstrations, les exhortations, les appels aux bons sentiments et à l'amour de la Nature, se sont révélés impuissants à obtenir le début du commencement d'un résultat significatif au niveau mondial.

La difficulté de la tâche a été largement sous-estimée; les résultats encourageants obtenus dans certaines régions développées ont servi de faire valoir à une absence de stratégie mondiale, les pays du « Sud » étant davantage préoccupés de leur survie et des conditions de cette survie, que de la qualité de l'énergie qui leur permet un minimum de développement, et qui est disponible sur le marché à guichets ouverts.

Quant aux pays du Nord, ils ont préféré continuer à exploiter la manne fossile en se préoccupant davantage de leur cash-flow immédiat que d'investir pour un avenir qui ne les concerne pas immédiatement.

Notre économie libérale capitalistique ne convient manifestement pas aux entreprises humanitaires, les niveaux du Dow Jones sont plus attractifs que le taux du CO2.

Le temps est donc venu d'envisager un angle d'attaque plus efficace, ou bien simplement d'attendre que la transition espérée nous soit imposée dans la douleur par la disparition « naturelle » des réserves de combustible du sous-sol.

Non pas que les énergies renouvelables n'existent pas, la preuve a été faite de leur faisabilité.

Mais leur présence est encore si parcimonieuse* que l'on peut se demander s'il existe vraiment une volonté mondiale d'en étendre rapidement l'utilisation, ou bien si cette démonstration de savoir-faire n'était qu'un business supplémentaire capteur de financements.

* La part des énergies nouvelles décarbonées ( Solaire et Eolienne ) ne représentent en 2020 que moins de 2,5 % de la demande mondiale !!!

(La biomasse, l'Hydraulique, et la Géothermie ne sont pas des énergies nouvelles, elles sont exploitées depuis la nuit des temps et leur part est de 13%.

Quant au Nucléaire, on sait ce qu'il en est...)

Cet état des lieux plutôt navrant, mais réaliste ( les chiffres peuvent être vérifiés facilement) est plutôt inquiétant dans la mesure où l'on pouvait s'attendre à voir des signes de reflux de la domination des fossiles après plusieurs décennies de mobilisation des pouvoirs publics en faveur de leur éviction.

Qu'en est-il des prévisions* de l'OPEC  pour 2045 ?

Comme toutes prévisions, celle-ci peuvent n'être que des prédictions,parfois autoréalisatrices.

La demande mondiale d'énergie augmentera de 28%.

Compte tenu de la croissance démographique, de la croissance de l'économie des pays en voie de développement, et de la généralisation de la technologie, et même en tenant compte des progrès de l'efficacité énergétique, une croissance de 1% par an paraît raisonnablement envisageable.

Dans le mix énergétique mondial, les fossiles resterons majoritaires à 70%.

La baisse de 10% concernera le charbon. Cette baisse sera compensée par la croissance des renouvelables.

Le Pétrole et le Gaz conservent leurs positions.

La part des énergies renouvelables passera de 15% à 24%.

La croissance se fera essentiellement sur le Solaire et l'Eolien.

L'Hydraulique et la biomasse progressent doucement.

La part du Nucléaire passera de 5 % à 6%.

Malgré une croissance en volume de 53%.

Cette image de ce que pourrait être le mix énergétique selon l'OPEC ne reflète pas l'ambition des pays développés de se débarrasser des fossiles.

( A moins que cette ambition ne soit qu'un vague souhait n'engageant pas les Etats au-delà d'une adhésion de principe subordonnée à leurs intérêts à court terme...).

La croissance en volume des renouvelables ( de 41,5 mdoe/d en 2020 à 84,1 mdoe/d en 2045 , soit +100%) sera en grande partie « absorbée » par l'augmentation de la demande.

Ce panorama traduit la prépondérance écrasante des fossiles, et l'impuissance des renouvelables à seulement combler l'augmentation de la demande énergétique.

Bien sûr on peut toujours contester les chiffres et considérer ces prévisions comme une version fantaisiste d'un scénario fiction qui pourra être remanié par d'autres auteurs plus optimistes.

La COP 26 devra porter un jugement sur ce constat et, en cas de confirmation, aviser de la suite à donner à ce grand remue-ménage transitionnel qui ne remue finalement pas grand'chose.

 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 13:42

 

Voitures électriques, entre autonomie et vitesse, il faut choisir.

17 Octobre 2021

La promotion de la voiture électrique, la vraie, celle qui marche à l'électricité exclusivement, encore appelée VEB, ou « Voiture Electrique à Batterie », se heurte au problème de la consommation à haute vitesse, et donc à l'épuisement rapide de la batterie, et donc à une réduction drastique de l'autonomie, sauf à communiquer uniquement sur l'autonomie à 110 km/h ou bien à monter une batterie de capacité délirante très lourde et très chère.

Les deux options étant l'une frustrante quand on parle d'autoroute, et l'autre extrêmement onéreuse quand on envisage d'accompagner les enfants au collège.

Dur dur de vendre un VEB à un client qui voudrait faire les deux.

La négociation se termine en général autour d'un modèle hybride, lui-même menacé par Bruxelles pour des raisons évidentes.

( Pas commode d'expliquer au client qu'il contribuera à réduire les émissions de CO2 des moteurs thermiques en achetant un modèle hybride qui fonctionnera la plupart du temps au pétrole, et particulièrement sur autoroute … Bruxelles ne pouvait décemment pas cautionner cette imposture.

Mais le principe de réalité a prévalu, les hybrides peuvent être une étape en attendant les VEB aptes aux voyages au long cours,mais il est bien entendu que cette tolérance ne doit pas se transformer en provisoire définitif. La menace d'éviction serait pour 2035...).

Avant de signer le bon de commande, intéressons-nous à la consommation des VEB sur autoroute.

(les résultats selon le protocole WLTP sont relatifs à une moyenne de diverses conditions d'utilisation, sans grand rapport avec l'autoroute)

Sur autoroute, tout le monde roule à 130 km/h*, du moins jusqu'à la généralisation du 110 km/h, ce qui n'est pas encore à l'ordre du jour, mais la menace plane.

* Voire même à 150 km/h sur certaines autoroutes allemandes.

Les amateurs de trois voies sont donc intéressés par l'appétit à ces vitesses de l'engin électrique qu'on leur propose.

Non pas pour des raisons pécuniaires, quoique... mais plutôt pour savoir combien de fois ils devront s'arrêter à la pompe électrique pour faire le plein de leur batterie, et combien d'heures ils devront perdre ainsi sur un trajet Paris-Marseille ou Munich-Bremerhaven.

Les VEB sont réputés pour leur appétit d'oiseau, mais on dit bien que ce volatile consomme par jour l'équivalent de son poids.

La capacité des batteries des VEB d'aujourd'hui est chiche, quelques dizaines de kWh, équivalents à quelques litres de super, qu'il faut utiliser avec parcimonie malgré l'excellent rendement de la traction électrique.

On peut éprouver quelque angoisse à abandonner un réservoir de 70 litres pour une batterie dont la capacité énergétique est équivalente à 4 ou 5 litres de super; même avec un meilleur rendement, on se doute bien qu'il y a un loup quelque part .

Cherchons le loup.

Pour aller vite, il faut pousser la voiture énergiquement, avec une force de poussée constituée de deux composantes :

Une composante pour vaincre la résistance de l'air, proportionnelle au carré de la vitesse.

Une composante pour vaincre les forces de frottement et de déformation des pneus au contact du sol, et de la suspension, et le frottement du système de transmission ( Réducteur et différentiel). Cette deuxième composante est proportionnelle à la vitesse.

Si la route est en pente, il faut ajouter une troisième composante dont la valeur est fixe et dépendant de la pente et du poids de l'auto.

Ces différentes forces se calculent aisément à partir de modèles renseignés par des essais en soufflerie sur la caisse, et sur les pneumatiques, dans différentes configurations.

L'énergie nécessaire pour faire avancer l'auto est le produit de la force de poussée F par la distance parcourue.

A cette énergie de base il faut ajouter l'énergie perdue dans les différents éléments du système de motorisation : essentiellement le moteur, le convertisseur, la batterie, auxquels il faut ajouter l'énergie consommée par les accessoires indispensables ( Pompes, ventilateurs, etc) et optionnels ( électronique , chauffage de l'habitacle, éclairage, communication).

Et bien sûr il faut éventuellement tenir compte d'éléments extérieurs tels que coffre de toit ou remorque.

C'est la somme de toutes ces énergies qui constitue la « vraie »consommation du véhicule.

Les éléments qui interviennent dans ces évaluations sont très nombreux et variables d'un modèle à un autre :

Le maître-couple S, en relation avec les dimensions de l'auto ( entre 1,5 et plus de 2,5 m²).

Le Cx, en relation avec l'aérodynamisme, qui peut varier entre 0,2 et 0,6 , grosse influence sur la consommation à haute vitesse.

La densité massique de l'air, variable avec l'humidité, la température, et l'altitude.

Le vent.

Les pneus, selon leur classement et la pression.

La charge du véhicule.

Le diamètre des roues.

Et bien sûr la qualité de la conception et de la réalisation des éléments de la transmission et de la batterie, qui conduisent à un rendement global qui peut varier entre 60% et 80% selon le constructeur et le prix bien évidemment.

( Un rendement de 95%, relativement bon, sur chacun des quatre éléments de la motorisation conduit à un rendement global de 80%).

Ce nombre très élevé des éléments perturbateurs du rendement conduit à de très grandes disparités de la consommation énergétique des différents véhicules du marché dans mes mêmes conditions d'utilisation.

A titre indicatif, voici les écarts relevé dans la presse spécialisée, sur autoroute à vitesse max 130 km/h et 115 km/h de moyenne :

Tesla M3 18,5 kWh/100 km (Version grande autonomie, valeur constructeur)

Audi e-Tron 28,4 kWh/100 km

Cet écart de plus de 50% est révélateur du grand n'importe quoi en matière d'efficacité énergétique, écart qui confirme l'importance du soin à apporter à chaque détail susceptible d'affecter le rendement global.

Cet écart de 50% est en soi minime puisqu'il correspond à une différence de 1 L de super/100 km, mais pour un véhicule à batterie il signifie une différence d'autonomie de 50%, à capacité de batterie égale, ce qui est tout à fait considérable dans l'état actuel de la technologie des batteries (capacité, poids, prix, régime de charge, réseau de recharge, puissance des bornes).

Une voiture électrique de bonne facture (en 2021) consomme donc environ 20 kWh/100 km sur autoroute à 115 km/h de moyenne, ce qui est une allure « normale » dans le respect de la limite de 130.

Le rendement global de cette voiture est d'environ 75%, valeur plutôt haute.

La même voiture, équipé d'un moteur thermique verrait son rendement global tomber à 25%, et sa consommation passer à 6 L /100 km dans les même conditions.

Ce qui lui donnerait une autonomie de plus de 1 000 km avec un réservoir de 65 L.

Dans l'état actuel de la technologie des batteries, l'autonomie des VEB sur autoroute est donc encore très éloignée de celle des véhicules thermiques.

Pour atteindre l'autonomie de 1000 km sur autoroute la M3 devrait embarquer une batterie de près de 200 kWh.

Et les autres, beaucoup plus...

Ces considérations donnent la mesure des progrès à accomplir dans la technologie des batteries, et dans la puissance des bornes de recharge qui devront les remplir, l'objectif étant 15 minutes pour une recharge à 80%.

Ces obstacles, que l'on aurait tort de sous-estimer, laissent une ouverture pour la filière Hydrogène et pile à combustible malgré ses inconvénients, qui seront surmontés étant donné la forte demande d'hydrogène décarboné pour beaucoup d'autres applications.

L'Histoire de la voiture électrique n'est donc pas gravée dans le marbre.

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 10:08

 

 

Tesla M3, jusqu'où pousser les limites de la voiture électrique?

10 Octobre 2021

Lorsqu'une entreprise veut aborder un créneau dans lequel elle ne possède aucune expérience, elle prend évidemment un risque, mais bénéficie d'un avantage qui est son absence des lourdeurs qui plombent le dynamisme d'une ancienne « maison ».

Lourdeurs du management, d'une technologie basée sur une expérience sûre mais ancienne, d'approches commerciales trop traditionnelles, d'une position sur le marché qui lui impose des résultats à la hauteur de son poids, d'une réputation qu'il ne faut surtout pas compromettre, d'une retour d'expérience certes abondant, mais peu adapté à l'innovation.

Le passage à la voiture électrique a fait l'effet d'un coup de pied dans une fourmilière.

Reconstruire la fourmilière sur des bases anciennes, mais qu'il faut quand même conserver tout en faisant une nouvelle fourmilière plus moderne, c'est une tâche ardue .

Mais, là où il n'y avait pas de fourmilière, il y a place pour faire un nouveau bâtiment en partant de zéro.

Mais il faut oser.

Et surtout en l'occurrence, trouver des investisseurs qui acceptent de monter dans le bateau sans avoir de gilet de sauvetage.

S'installer fabricant d'autos, et en plus électriques, sur un marché déjà plus ou moins à la ramasse, c'était prendre un risque certain, sauf si l'on choisit un secteur en dehors du marché de masse, et si l'on est capable de frapper un grand coup, quitte à repousser à plus tard l'entrée dans le marché de Monsieur tout le monde.

Ce fut, plus ou moins, le pari de Tesla, qui a mis sur le marché des véhicules de « derrière les fagots » jugés fort improbables par le tribunal des anciens.

Là où l'ancienne stratégie aurait commencé par électrifier le bas de gamme ( genre Zoé ), Tesla à plutôt visé le marché du haut de gamme.

La Tesla M3 est l'aboutissement de cette démarche, une sorte de vitrine du savoir-faire destinée à placer la barre assez haut pour appâter les amateurs fortunés qui amorceront la pompe à succès de la grande diffusion avec des modèles plus « raisonnables ».

Sur le type de produits susceptibles de tirer l’œil de l'acheteur de la croisette il faut, en dehors du confort et du clinquant habituel, offrir des performances « définitives », en l'occurrence une vitesse max et une accélération à en rester baba. Et justement l'électrique se prête très bien à ce petit jeu.

Pour accélérer « à mort »* sur un véhicule, il faut deux choses :

D'une part un couple très important, en rapport avec la masse de la voiture, et d'autre part des roues et des pneus capables d'encaisser ce couple et d'en faire quelque chose d'utile.

*  « à mort » signifie ici jusqu'à atteindre la limite de l'adhérence des pneus sur la chaussée.

En formule 1 on obtient ces conditions en réduisant le poids de la voiture et en adoptant des roues motrices de grand diamètre équipées de pneus à fort coefficient d'adhérence ( et très courte durée de vie), et on ajoute un aileron pour faire bonne mesure , pour appuyer derrière afin de rester sur la piste.

Astuces impossible à adopter pour un véhicule personnel devant trimballer une énorme batterie de quelque centaines de kilos et quelques passagers...

Ici pas d'aileron arrière, pas de roues « nascar », il ne faut pas effrayer la clientèle ; les roues sont beaucoup plus petites, le poids beaucoup plus élevé, et les pneus sont d'une qualité compatible avec la durée mais avec un coefficient d'adhérence en rapport.

La M3 est une sorte de Légo qui permet de constituer soit une voiture pour épater la croisette, soit la voiture de Monsieur tout le monde, soit celle du rouleur qui cherche une grande autonomie.

Mais avec une exigence : le modèle de Monsieur tout le monde doit offrir des performances que n'ont pas les électriques des « autres », c'est-à-dire une autonomie convenable, une accélération de haut de gamme et surtout une vitesse de pointe suffisante pour aller sans honte sur l'autoroute.

Une autre innovation stratégique du constructeur fut de comprendre dès le départ que l'autonomie serait un point délicat, que seul un réseau de charge rapide pourrait corriger.

Vendre la voiture avec le réseau de charge, il fallait le faire... Ils l'ont fait.

Quant à savoir si ce coup d'éclat aura des suites sur le marché de masse, seul l'avenir nous le dira.

Voyons un peu le modèle de Monsieur tout le monde, la M3 « Standard ».

- Masse : 1 625 kg ( 1800 kg avec deux personnes )

- Un seul moteur, à 'arrière (!)

- Puissance : 240 kW ( 325 CV)

- Couple : 420 Nm

( On comprend mieux pourquoi le moteur est à l'arrière!)

- Vitesse max 225 km/h

( Voilà qui règle le problème des 130 km/h!)

- Accélération : 0 à 100 km/h en 5,6 s

- Roues : Diam 65,8 cm avec pneus 245/35*

*Il y a plusieurs variantes de diamètres de roues et de pneus ( ici 19 pouces).

- Rapport de transmission aux roues : 9,7

( En deux étages : 3,11 de l'axe moteur à la couronne intermédiaire, et 3,11 ver la couronne du différentiel)

- Cx = 0,23 ( Rétroviseurs repliés!)

A 100 km/h, le régime de rotation des roues est de 805 tr/min, pour le régime moteur de

805 x 9,7  = 7833 tr/min,

Ce qui est une valeur « raisonnable » à 100 km/h pour un moteur électrique de bonne facture.

Mais, à 225 km/h, le régime atteint 7833 x 2,25 = 17624 tr/min.

( Puisqu'il n'y a qu'un seul rapport )

Cette valeur très élevée montre que Tesla a utilisé les technologies les plus avancées pour réaliser ce moteur.

( Notamment celles qui sont utilisées en formule E, comme des roulements en céramique et un système de refroidissement perfectionné et rotor avec aimants noyés )

Les roulements du rotor sont l'un des principaux obstacles aux régimes très élevés.

Le fabricant de ces roulements « hors normes » précise que 18 000 tr/min constitue la limite, à condition que le système de refroidissement soit très efficace.

( Heureusement la M3 ne roulera pas souvent à 225 km/h, à part dans le catalogue. La capacité de la batterie mettra rapidement fin à la démonstration...Si le moteur n'a pas explosé avant).

Mais commercialement il fallait afficher des performances au moins aussi « bonnes » que les thermiques de même catégorie.

Note :

A voir ces acrobaties mécaniques coûteuses, on comprend l'intérêt de monter une boîte deux vitesses, pour préserver la vie du moteur dans les conditions autoroutières !

Gageons que Tesla y viendra un jour ou l'autre.

Pour propulser la M3 à 225 km/h, il faut une certaine puissance, pour vaincre la résistance de l'air et les forces de frottement.

La résistance de l'air varie comme le carré de la vitesse, le maître-couple S, et le Cx qui dépend de l'aérodynamisme.

Avec S = 2 m² , Cx = 0,23 et V = 62,5 m/s, on obtient une résistance de l'air de 1800 Newton, auxquels il faut ajouter 30% *environ pour la résistance de roulement, soit en tout 2340 Newton.

donc une puissance de 2340 x 62,5 = 146250 W soit 146 KW.

*Approximatif
A cette valeur « nominale » il faut ajouter 30 à 40% de marge pour tenir compte de la charge et d'une pente éventuelle, ce qui donne plus ou moins 200 à 240 kW.

C'est le cas de la M3 Standard. Au diable l'avarice.

Le couple au démarrage doit correspondre à l'accélération recherchée pour obtenir les performances voulues.

( Cette affirmation emprunte un peu à Monsieur de La Palice )

Pour la M3 standard, on vise 0 à 100 km/h en 5,6 s. ( voir catalogue M3 )

L'accélération nécessaire est donc de 5,1 m/s/s

( Accélération = Vitesse / Temps )

La masse à propulser est d'environ 1 800 kg. ( moyenne entre poids à vide et en charge)

La force de propulsion de base nécessaire est donc de 9 180 Newton

( Force = Masse x Accélération)

A cette force de propulsion de base il faut ajouter la force de compensation de la résistance de l'air et des frottements de roulement, qui sont nuls au départ mais conséquents à 100 km/h.

Nous évaluons cette part à 30%.

( Et davantage si la route est en pente...)

La force totale nécessaire sera donc de 11 930 Newton en conditions moyennes.

Cette force est répartie entre les deux roues motrices et se trouve appliquée au contact des pneus avec la route.

Avec des roues de 65,8/2 = 32,9 cm de rayon*, le couple total nécessaire est de 3 924 Nm.

( Couple = Force x levier )

Avec un rapport de transmission de 9,7 le couple moteur devra donc être de 405 Nm environ.

( Le catalogue indique 420 Nm).

La puissance, le couple, et le régime de rotation sont liés par la formule suivante :

P = 0,1 ( R x C )

P en Watt

R en tours/minute

C en Newton.mètre

A 18 000 tr/min, on obtient 730 kW ! Le moteur aura explosé bien avant.

Le défluxage intervient bien avant pour réduire le couple à haut régime et travailler dans une zone à puissance constante, inférieure au max que peut supporter le moteur.

( Le régime et la puissance du moteur sont évidemment limités par l'électronique de contrôle du convertisseur onduleur).

A partir de la M3 « standard », Tesla a décliné plusieurs versions :

La version « performance » équipée de deux moteurs pour obtenir le 0 à 100 km/h en 3,3 secondes.

( sans grand intérêt pour un usage normal)

la version « Grande autonomie » pour aller plus loin en conservant des performances de bon niveau.

Le cahier des charges qui correspond à la Tesla M3 se retrouve sur la BMW i4 e Drive 40 :

Puissance : 250 kW ( 340 cv )

Couple : 430 Nm

Poids : 2 000 kg

Accélération : 0 à 100 km/h en 5,7 s

Avec une vitesse max de 190 km/h contre 225 km/h pour la M3.

Sans surprise on retrouve les mêmes valeurs de puissance et de couple puisque les buts recherchés sont les mêmes ( 0 à 100 km/h en 5,7 s pour des masses quasi semblables)

Sur la BMW la vitesse max est affichée plus faible ( 190 contre 225 ), mais ceci est probablement dû à la recherche d'une fiabilité en rapport avec le renom de la marque ( le  régime moteur max est affiché à 17000 tr/min, peu différent de la M3)


A l'autre bout de l'éventail on trouve des modèles comme la Renault ZOE 135.

Puissance 100 kW ( 135 CV )

Couple 225 Nm

Accélération 0 à 100 km/h en 9,5 s

Vitesse max 140 km/h

Poids 1500 kg à vide

Rapport de transmission 9,3

Régime moteur max 11 300 tr/min

Coefficient de traînée (Cx) 0,29

Roues de 16 pouces

Pneus 195/55/R16


A partir de ces deux extrémités les constructeurs devront naviguer sur un océan de technologie très évolutive. Les organes principaux ( Moteur, convertisseur, transmission, batterie) sont et resteront longtemps sujets de recherches et d'optimisations se traduisant par un renouvellement fréquent des modèles.

Les changements ne seront pas seulement cosmétiques ( comme c'est souvent les cas aujourd'hui pour les modèles thermiques) mais affecteront profondément les performances, l'autonomie, le rendement énergétique, et la fiabilité.

Pas de quoi rassurer le futur client...Il faudra innover aussi dans l'approche commerciale.

 


 


 


 


 


 


 


 

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 10:01

 

 

La voiture électrique, vers la maturité.

5 Octobre 2021

La dernière décennie a vu la re-re-naissance de la voiture électrique à batterie (VEB), et sa difficile adolescence dans un environnement énergétique encore totalement dominé par le pétrole.

(Le  succès  des modèles hybrides témoigne du désarroi à la fois des constructeurs et des usagers qui ne savent plus très bien à quel saint se vouer).

Cette stratégie, consistant à proposer à la fois la ceinture et les bretelles, n'est évidemment pas de nature à clarifier l'horizon de la transition énergétique quelque peu emberlificotée entre des déclarations officielles péremptoires sur la nécessité absolue de sortir du pétrole, et la hausse continue de la consommation mondiale de la sainte huile.

Les tentatives de mettre le pétrole définitivement hors-jeu, que ce soit par la taxe carbone, par le durcissement de la réglementation sur les émissions de CO2, ou par l'élimination pure et simple du droit de circuler avec des véhicules polluants, se heurtent au mur des nécessités économiques qui imposent au renouvellement du parc un délai incompressible.

Les ventes annuelles de véhicules neufs (Thermiques + électriques ) ne représentent que 7% environ du parc existant ( 2,5 Millions sur 35 Millions ) en rapport direct avec les salaires moyens des ménages.

Sur ces 7%, la part des électriques à batterie (VEB) demeure très faible, environ le dixième des ventes.

Il s'agit donc encore d'un marché embryonnaire, qui est traité comme tel par les constructeurs et par les pouvoirs publics ( Primes à l'achat, avantages spéciaux, garanties longue durée, détaxation de l'électricité de recharge, etc...).

Sans oublier un soutien massif à l'équipement du réseau routier en bornes de recharge rapide, encore très en retard sur les besoins.

Cette réluctance à la tentative de substitution de l'électricité au pétrole dans la mobilité se double de quelques faiblesses de la technologie électrique actuelle des VEB, à savoir l'insuffisance de l'autonomie, le temps trop élevé de rechargement des batteries, et la limitation des performances en vitesse max et en capacité de traction ( Remorque, coffre de toit, route en pente, voiture chargée...).

Cette nonchalance du marché se traduit évidemment par des prix de vente élevés, très éloignés de la grande série, et que la généreuse prime à l'achat peine à compenser.

( Prime  incompatible avec des quantités importantes, le « quoi qu'il en coûte » ayant des limites ).

Le VEB actuel doit donc évoluer vers une forme plus adaptée au marché réel en se rapprochant à la fois des performances et des prix de marché des modèles thermiques, qui demeurent la référence pour l'usager moyen.

Ce grand-écart nécessitera un très gros effort au plan des études et de la stratégie industrielle.

La taxation du pétrole , les primes à l'achat pour l'électrique, et les ZFE , ne constituent en aucune façon une stratégie industrielle.

Une révolution technologique se gagne dans les bureaux d'études, pas dans les bureaux du Ministère des finances.

 

 

 

 

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 10:07

 

Le rendement des voitures électriques.

30 Septembre 2021

Les voitures électriques à batterie (VEB) sont réputées très économes en énergie, surtout si on les compare à leurs homologues à pétrole.

Ces compliments sont généralement confortés par l'évocation de rendements moteurs impressionnants, jusqu'à 98 %, de nature à couper court à toute question gênante.

Sans être complètement fausses, ces performances ne sont pas totalement vraies, comme d'ailleurs les informations diffusées par certaine presse le doigt coincé entre les impératifs de la publicité mère nourricière et la volonté d'informer l'usager soucieux d'y comprendre quelque chose.

Ce qui conduit le lecteur au premier degré à s'imprégner d'une réalité alternative qui se révèle décevante lorsqu'elle est confrontée au monde réel. Mais ne nous égarons pas...

Heureusement l'initié sait que dans la « vraie » vie il n'existe pas de rendement de 98% pour un processus complexe d'échange d'énergie, comme peut l'être une propulsion électrique.

Certes, notre moteur électrique est impressionnant d'efficacité lorsqu'il est placé en laboratoire sur un banc de mesures, et placé dans les conditions idéales pour donner le meilleur de lui-même.

Dans le relevé couple-régime on va bien trouver une zone, plus ou moins étendue, où le rendement sera très élevé .

Mais les pertes Joules, les pertes magnétiques, les pertes par commutation et les pertes par courants de Foucault sont hélas inévitables et sont loin d'être négligeables à fort courant et haute fréquence ( plus de 10 000 tr/min à 120 km/h ).

Et un banc de mesure n'est pas une voiture, faut-il le préciser.

Pour faire avancer l'auto, il faut adjoindre au moteur « quelques » accessoires indispensables afin de constituer une chaîne de propulsion :

Batterie + Convertisseur onduleur triphasé + Moteur proprement dit + Variateur ou réducteur + Transmission + Pneumatiques.

A ces organes de base il faut ajouter deux ou trois choses qui ne contribuent pas à la propulsion, mais vont consommer « un peu » d'énergie :

Pompe de circulation de liquide de refroidissement pour évacuer la chaleur de la batterie, du convertisseur, et du moteur.

Moteur du ou des ventilateurs de refroidissement.

Pompe du compresseur d'huile du circuit de freinage.

Pompe du circuit de direction, ou moteur électrique s'il y a lieu.

Electronique de gestion du groupe moteur-convertisseur.

Electronique de gestion de la communication.

(Et selon les circonstances, éclairage, essuie-vitres, climatisation).

En sorte que l'énergie fournie par la batterie se trouve amputée d'une quantité non négligeable avant d'arriver jusqu'au contact des pneumatiques avec la route.

Le DOE ( US Department Of Energie ) a fait réaliser une étude de l'efficacité énergétique des véhicules et en particulier de la voiture électrique en usage moyen et en usage autoroutier.

( Ref : https://www.fueleconomy.gov/feg/atv-ev.shtml)

A consulter pour les détails.

Sur autoroute le rendement est de l'ordre de 75%, compte non tenu des pertes d'énergie lors du chargement de la batterie.

On voit que nous sommes très loin des 95% annoncés parfois ici et là dans les magazines, du moins en France.

Ces valeurs sont essentielles car elles impactent directement l'autonomie du véhicule à batterie.

(Mais si nous voulons connaître l'efficacité énergétique « du puits à la roue », il faut tenir compte de l'efficacité du procédé qui a permis d'obtenir cette électricité, de la transporter jusqu'au point de distribution, et des pertes du système de chargement de la batterie.

En première approximation on peut évaluer ces pertes supplémentaires entre 10 et 20% pour de l'électricité verte, ce qui ramène le rendement énergétique global à 60% environ.

Ce qui demeure encore très supérieur à l'efficacité énergétique d'un véhicule thermique à carburant fossile (20à 25%).

Nous n'avons pas examiné le cas d'un véhicule électrique alimenté par de l'électricité provenant d'une centrale thermique alimentée en combustible fossile, ce cas étant évidemment absurde, Mais probablement fréquent actuellement, l'électricité étant « encore » majoritairement produite dans le monde à partir des fossiles).

Ce rendement (moyen) de 75% de la voiture électrique sur autoroute se détériore rapidement si la vitesse dépasse la limite conseillée par le constructeur ( généralement 120 km/h ).

Mais ce rendement peut être encore amélioré; il est le résultat d'un compromis entre les performances et la rentabilité sur un marché fortement concurrentiel.

Les prochaines années seront donc marquées par une forte évolutivité de la technologie, avec deux objectifs :

D'une part atténuer, voire supprimer, les principaux handicaps de la voiture électrique qui sont l'insuffisance de l'autonomie, le temps excessif de recharge des batteries, et la détérioration des caractéristiques à haute vitesse.

D'autre part réduire les coûts et promouvoir la compatibilité avec la recharge rapide @ 350 kW, seule capable de faire sauter les verrous de l'accès aux trajets longues distances sur autoroutes .

Pour cela il faudra travailler sur tous les aspects du véhicule électrique et de son environnement :

La batterie : Réduction du poids et du coût, augmentation de la capacité ( Vers 150 kWh utiles ) et compatibilité avec la charge rapide 30 minutes sur bornes de 350 kW ( régime 2C ), évolution vers 800 V et amélioration de la tenue à basse et haute température.

Le convertisseur onduleur triphasé : Migration vers l'utilisation des composants SiC pour améliorer nettement le rendement et la tenue en température.

Les moteurs : Réduire les pertes et améliorer les rendements à hauts régimes.

La transmission : évaluer différentes solutions sous l'aspect rendement, performances et coûts. Envisager une boîte de vitesses dans le bilan coût-performances.

e foisonnement de nouvelles idées conduit à un renouvellement rapide des gammes, peut-être générateur d'obsolescence prématurée pour des modèles relativement récents, mais indispensable à l'évolution du véhicule électrique vers des caractéristiques non restrictives.

Avec la technologie d'aujourd'hui, un véhicule électrique compatible avec l'usage autoroutier n'existe pas, sauf à accepter les contraintes d'arrêts fréquents pour recharge et de limitation de la vitesse à cause des baisses de rendements et donc d'autonomie.

Dans quelques (?) années ces contraintes seront surmontées grâce aux batteries de plus forte capacité, aux progrès de la technologie qui permettra des vitesses élevées sans grosses pertes de rendement, et à l'existence d'un réseau de bornes de charge rapide.

Dans ces améliorations, la réduction du poids et le travail sur l'aérodynamique joueront un grand rôle.

Mais ces véhicules seront, et pour longtemps encore, des véhicules haut de gamme qui pourront certes couvrir tous les usages locaux et autoroutiers, mais hors de prix pour l'usager moyen qui devra « se contenter » d'un véhicule qui ne permettra pas l'usage autoroutier « normal ».

Comment résoudre ce problème ?

Aujourd'hui la solution appliquée est celle du véhicule hybride rechargeable.

Mais l'ambiguïté du terme laisse place à des abus. Entre le véhicule nativement électrique équipé d'un petit prolongateur d'économie thermique, et le véhicule nativement thermique équipé d'une minuscule batterie permettant quelques km d'autonomie électrique, il est possible de décliner tout une gamme de moutons à cinq pattes conçus davantage en fonction du prix de vente possible que des performances réellement utiles.

Cette pseudo solution pourra néanmoins être utile quelques années*, mais sans constituer une solution pérenne puisque les moteurs thermiques, petits ou grands, seront interdits à la vente en 2040 (ou 2035?).

*Sauf si les pouvoirs publics y mettent rapidement un terme, sachant que la plupart de ces véhicules PHEV seront le plus souvent alimentés avec du pétrole.

La mise au ban des véhicules hybrides nous ramènerait alors au problème initial du véhicule VEB à tout faire, qui deviendrait le nouveau Graal qui donnerait à son découvreur une suprématie commerciale incontestable.

Ces problèmes de rendement ne sont donc pas secondaires, puisque le challenge de la voiture à tout faire passe par la recherche de rendements suffisamment élevés pour offrir à la fois l'autonomie, la vitesse, et les possibilités de recharge compatibles avec l'usage autoroutier.

De plus, un rendement élevé réduit les pertes de chaleur et donc permet un meilleur compromis coût-performances.

Si l'aboutissement du VEB vers une solution « tout-terrain » pleinement satisfaisante tarde trop, il n'est pas impossible que la solution à Hydrogène et pile à combustible prenne la relève sous forme d'une part de marché importante grâce à son avantage sur le terrain de l'autonomie et du temps de recharge, qui sont les deux gros points faibles du véhicules électrique à batterie.

Tout dépendra de la réussite, ou de l'échec, de la filière Hydrogène.

A voir avec Madame Irma...

 

 

 

 

 

 

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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 10:57

 

Voitures électriques, le mur de la vitesse.

25 Septembre 2021

La communication sur les VEB ( Voitures électriques à batterie) est axée d'une part sur la multiplicité et la sophistication de leurs équipements de communication et d'aide à la conduite, et d'autre part sur la capacité de la batterie en rapport avec l'autonomie des véhicules, affichée avec plus ou moins de bonne foi, en restant discret sur sa très forte dépendance aux conditions d'utilisation.

Pour les modèles de haut de gamme, on insiste sur la puissance de la motorisation, en rapport avec les capacités d'accélération, le score du 0 à 100 km/h étant paraît-il devenu un marqueur de l'excellence.

(Effectivement très utile pour aller chercher les enfants à l'école ou se rendre au bureau...)

Mais sur les performances autoroutières du VEB on dit très peu de choses, sachant qu'en grattant un peu le client va vite rencontrer le problème d'autonomie à 130-140 km/h qui est, comme chacun sait, la vitesse de croisière généralement pratiquée sur nos autoroutes.

( Les seules « autoroutes » où les usagers de dépassent pas 110-120 km/h sont celles de Bretagne, limitées à 110 km/h, mais gratuites... Ils sont fous ces bretons...Ou peut-être plus malins que les autres...).

Cette discrétion autoroutière tient à la volonté de ne pas aborder le problème de fond de ce type de véhicule, qui est son gros appétit de kWh aux hautes vitesses, défaut lié à la rusticité de la transmission qui ne comporte qu'un seul rapport, ce qui oblige le moteur à tourner à un régime très élevé dans une zone où le rendement est très détérioré.

Petit rappel :

En terrain plat, la résistance à l'avancement d'un véhicule, quel qu'il soit, est le résultat de la résistance de l'air d'une part, et de l'ensemble des forces de frottement d'autre part.

La force de résistance de l'air F1 est proportionnelle au carré de la vitesse relative V du véhicule ( Sa vitesse propre sur la route corrigée de la vitesse du vent), et dépend de la surface S présentée au déplacement ( maître couple), et de son profilage ( Cx). Le poids spécifique de l'air joue également son rôle, selon l'altitude et le taux d'humidité.

Les forces de frottement F2 dépendent des pneumatiques, de leur pression de gonflage, de l'ensemble des pièces mécaniques en mouvement, et bien entendu du revêtement de la route.

Si la route est en pente, il faut évidement ajouter une composante F3 correspondante.

Tout cela est bien connu depuis un siècle et parfaitement documenté.

F1 est proportionnelle à V².

F2 est « relativement » constante.

Les poids relatifs de F1 et de F2 varient donc avec la vitesse, F1 étant prépondérant aux vitesses relativement élevées.

L'énergie E nécessaire au déplacement est par définition le produit de la force par la distance parcourue L.

E = (F1 + F2) . L

Cette énergie E est fournie par la batterie, à travers le convertisseur (onduleur), le moteur, et les câbles de connexion.

A chacune de ces étapes, de l'énergie est perdue sous forme de chaleur :

Effet Joule et pertes chimiques dans la batterie.

Effet Joule, pertes de conduction et pertes de commutation dans l'onduleur.

Pertes aérodynamique de rotation du rotor (Entrefer).

Effet Joule, pertes magnétiques et pertes par courant de Foucault et effet de peau dans les bobinages du moteur.

Auxquels il faut ajouter l'énergie dépensée par les auxiliaires et par l'éclairage, le chauffage de l'habitacle, la pompe à eau de refroidissement du moteur.

Certaines de ces pertes augmentent avec la température et/ou avec la fréquence ( pertes de conduction et de commutation dans les commutateurs à semiconducteurs, pertes joule par effet de peau dans les conducteurs, pertes magnétiques).

L'énergie totale Eo qui est fournie par la batterie est ainsi supérieure à l'énergie E consacrée à la propulsion.

Le rendement global R = E/Eo, est fortement détérioré à haut régime et à fort courant, donc à haute vitesse.

Pour une voiture on s'intéresse à l'énergie consommée aux cent kilomètres, et dans le cas d'une électrique elle est exprimée en kWh/ 100 km.

En première approximation, à vitesse élevée et sur terrains plat, l'énergie de propulsion E consommée aux cent km varie comme le carré de la vitesse, en négligeant le facteur lié aux frottements.

Par exemple, pour un véhicule consommant 15 kWh/100 km* @ 90 km/h, cette consommation passera à 30 kWh @ 130 km/h.

* Cas d'un SUV moyen de gamme.

Mais l'énergie Eo réellement consommée, fournie par la batterie, sera supérieure à cause du rendement.

Si ce rendement est de 0,9* à 90 km/h, il peut tomber à 0,75 à 130 km/h.

La consommation à 90 km/h sera alors de 16,6 kWh, mais elle passera à 40 kWh à 130 km/h.

( *Un rendement de 90% sur la chaîne Batterie -Convertisseur- Moteur nécessite un rendement moyen de 97% sur chacun de ces blocs, ce qui est l'extrême limite de la technologie grand public. Dans les modes de forte sollicitations en courant et en fréquence (régime moteur) ces rendements individuels peuvent descendre à 90%, donnant un rendement global de 73 % qui se traduit par une augmentation de 30%*de la consommation!)

La vraie consommation à 130 km/h sera alors proche de 35 – 40 kWh/100km.

( Ceci est un exemple moyen évidemment ).

Cette consommation, gênante pour la batterie, demeure très inférieure à la consommation d'une voiture à essence équivalente, qui consommerait autour de 10 L /100 km à 130 km/h, soit l'équivalent de 100 kWh d'électricité, ce qui confirme l'intérêt du tout électrique pour l'efficacité énergétique.

On aura compris au passage que la qualité d'une chaîne de transmission de voiture électrique se mesurera à la consommation du véhicule à 130 km/h, et non pas à son autonomie à 90 km/h qui ne signifie rien.

( Le protocole WLTP ne représente ni la consommation en ville, ni la consommation sur autoroute à 130 km/h, c'est une cote mal taillée qui doit être interprêtée).

Cette consommation de 35 à 40 kWh/100 km à 130 km/h est un handicap pour le VEB, même équipé d'une « grosse » batterie de 100 kWh :

Pour préserver la santé de la batterie il faut éviter une décharge complète, et donc ne pas descendre en dessous de 10% de la capacité nominale. D'autre part, lors d'un rechargement sur autoroute, le régime de charge rapide s'interrompt à 80% de la capacité nominale, la suite se déroulerait sur plusieurs heures, ce qui est incompatible avec une recharge « au bord de la route », et d'ailleurs interrompue par la borne de charge elle-même.

La capacité utilisable de la batterie sur autoroute est donc limitée à 70% de sa valeur nominale, soit 70 kWh pour une batterie de 100 kWh.

Sur autoroute à 130 km/h l'autonomie sera donc d'environ 200 km dans le meilleur des cas.

( Selon le rendement à cette vitesse...)

Ce qui nécessitera au moins trois arrêts pour rechargement pour effectuer un trajet de 6 ou 700 km.

Cette autonomie sera encore plus réduite si la voiture est chargée, si elle comporte une galerie, s'il y a du vent de face, et/ou si l'itinéraire comporte des pentes, ce qui n'est pas rare (!) quand on va au ski …).

Nous ne parlons même pas d'une éventuelle remorque, pour ne pas charger la barque...Ni même de l'utilisation d'un système de chauffage électrique en hiver !!!

La durée d'un arrêt pour rechargement d'une batterie de 100 kWh dans une station service autoroutière dépend de nombreux facteurs :

Disponibilité d'une borne en état de marche, et accessibilité (usage public ou réservé abonnés).

Nombre de clients dans la queue.

Compatibilité du câble client avec la ou les prises de la borne.

Système de paiement.

Puissance de charge de cette borne ( 50 kW, 100, 150, plus?)

Limitation, ou non, de la durée de charge en fonction de la gestion de queue ( Phénomène de « queuing »).

La durée de l'arrêt peut varier entre une demi heure sur une borne de 150 kW libre et opérationnelle, jusqu'à deux heures et plus sur une borne de 50 kW dejà occupée.

La durée du voyage peut ainsi se trouver allongée de plusieurs heures, pénalisant les déplacements et posant la question de l'intérêt de choisir l'autoroute payant plutôt qu'un itinéraire gratuit à vitesse inférieure mais plus économe en énergie puisque la consommation peut être divisée par deux.

Cette « particularité » du véhicule électrique à batterie est un obstacle réel à sa diffusion hors de l'usage « local », même avec une batterie de 100 kWh et dans l'hypothèse d'un réseau de recharge efficace, ce qui n'est pas encore le cas, loin s'en faut.

Les progrès* attendus dans le domaine de la traction électrique permettront certes d'améliorer la situation en maintenant un rendement convenable jusqu'aux vitesses autoroutières, mais ne changeront pas les lois de la physique.

*Parmi ces progrès on peut citer la boîte de vitesses, qui permettrait de réduire le régime moteur et donc les pertes de rendement à haute vitesse; l'utilisation de composants au SiC (Carbure de Silicium) pour réduire les pertes de conduction et de commutation dans le convertisseur.

(Les « solutions » exotiques telles que placer un moteur dans chaque roue se heurtent au problème de refroidissement à forte puissance, qui nécessite une circulation d'eau difficilement imaginable dans une roue, et la duplication des onduleurs associés, qui doivent eux aussi être refroidis, tout comme la batterie.

Le mieux est une fois de plus l'ennemi du bien).

Mais la frontière des 30 kWh/100 km à 130 km/h sur terrain plat, sans vent, et sans coffre de toit ne pourra pas être repoussée car c'est une loi physique.

Certains au contraire considèrent que ce « mur de la vitesse » pour la voiture électrique est un point positif puisque, par nécessité, l'usager choisira de réduire sa vitesse à 100-110 km/h pour éviter de perdre son temps à recharger trop souvent. Ce qui serait un gage de sécurité améliorée (?)

L'avenir nous dira la valeur de ce pronostic.

Les VEB coexisteront avec les véhicules thermiques jusqu'en 2040 environ, selon les rumeurs actuelles. Il est difficile d'imaginer une coexistence entre les uns roulant à 130 voire plus, et les autres qui seraient auto-limités à 100-110 ( sur la voie du milieu?), sans voir apparaître de nouveaux problèmes de sécurité.

Peut-être faudra-t-il prévoir une voie réservée aux véhicules électriques ? Et quid des poids lourds ?

Ou bien généraliser la limitation de la vitesse à 110 km/h ?

( L' « autoroute » Bretonne gratuite est limitée à 110 km/h, vitesse radarisée et relativement bien respectée (Nécessité fait loi ). Les usagers en ont pris leur parti *; il est vrai que la longueur des trajets ne dépasse pas 300 km, ce qui est parfaitement compatible avec une consommation de 20 kWh/100 km avec une batterie de 100 KWh.

*De Rennes à Brest la durée du trajet à 110 km/h est augmentée de 13 % ( environ 20 minutes) par rapport à sa durée théorique à 130).

Aujourd'hui les batteries représentent une part très importante du prix de la voiture ; pour les déplacements locaux et journaliers domicile-travail une batterie de 25-30 kWh est largement suffisante, quel intérêt y aurait-il à investir dans une batterie de 100 kWh pour quelques voyages annuels qui devraient être effectués à vitesse réduite pour limiter les arrêts pour recharge?

Le véhicule électrique à batterie est parfait pour les déplacement de l'ordre de 100 km, mais devient un mouton à cinq pattes dès qu'il s'agit d'aborder les déplacements autoroutiers de plusieurs centaines de km.

L'équivalence avec la voiture à moteur thermique pour l'usage autoroutier, ne pourra être obtenu (presque) qu'à trois conditions :

- Disposer d'une batterie de 250 kWh pour une autonomie de 700 km environ à 130 km/h.

- Disposer d'un réseau de bornes de recharge rapide d'une puissance de 350 kW.

-Disposer d'une boîte de vitesse pour éviter la zone de sur régime moteur, afin de ne pas sortir de la zone des 30 kWh @ 130 km/h.

Ces chiffres sont évidemment connus, mais d'une part la technologie actuelle des batteries ne le permet pas ( poids, encombrement, coût), et d'autre part le coût du véhicule ne serait pas compatible avec le marché visé.

La boîte de vitesse, faisable dès aujourd'hui*, représente (encore) un surcoût difficile à supporter aujourd'hui par le marché de masse (il ne faut pas trop charger la mule...).

*Voir Porsche.

Pour la batterie de 250 kWh, çà vient, çà vient...

Quant au réseau de charge avec des bornes rapides de 350 kW, il commence à exister car c'est la condition pour le développement du marché haut de gamme, et pour l'électrification de poids lourds et de bus ( il y aurait déjà quelques centaines de ces bornes en Europe, dont environ 80 en France.

Il est vraisemblable que, à l'horizon 2030, ces problèmes auront été résolus dans des conditions économiques compatibles avec un marché de masse.

D'ici là les catalogues des constructeurs auront intérêt à rester discrets* sur l'autonomie et la consommation de leurs VEB à 130 km/h...

*Ce qu'ils font très bien aujourd'hui.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 10:58

 

 

 

La voiture électrique, le moment de repenser la mobilité ?

15 Septembre 2021

La voiture électrique se bat depuis dix ans avec les problèmes d'autonomie et de recharge des batteries sans arriver à trouver une solution compatible avec nos habitudes de « consommer » la mobilité.

Une grosse batterie est nécessaire pour tenter d'égaler l'autonomie des thermiques, mais c'est nettement plus cher, le temps de recharge est trop long, le réseau de recharge à forte puissance est aux abonnés absents, et le poids élevé des batteries pénalise le rendement énergétique en usage journalier.

Une petite batterie supprime ces inconvénients mais interdit l'accès aux grands espaces.

Retour à la case départ.

Ce dilemme est aujourd'hui un sérieux frein au développement du marché. Bien sûr l'artifice de la voiture hybride rechargeable tente de camoufler le problème, mais d'une part son coût en limite le développement, et d'autre part dans la réalité ce n'est qu'une voiture à pétrole vaguement peinte en vert.

Les experts européens ne s'y sont pas laissés prendre puisqu'ils en programment l'interdiction au même titre que les thermiques.

Quant à acquérir deux voitures électriques, l'une pour la ville, l'autre pour l'autoroute, les gens aisés y ont déjà pensé, mais la modestie du salaire moyen de nos compatriotes leur interdit l'accès à ce luxe réservé à quelques « happy few *».

*Encore faut-il qu'ils s'accommodent de la corvée de recharge d'une batterie de 150 kWh sur une borne de 50kW ou moins, à supposé qu'elle ne soit pas déjà occupée ou bridée en puissance comme c'est souvent le cas....

Le problème de la poule et de l’œuf n'ayant jamais été résolu, on peut craindre que, transposé ici, il ne trouve pas davantage de solution.

Aussi d'autres procédés sont-ils à l'étude, conservant le principe de la propulsion électrique, mais transportant l'énergie nécessaire par exemple sous forme d'Hydrogène comprimé à 700 kg dans des bouteilles ad-hoc; l'Hydrogène est ensuite transformé en électricité grâce à une pile à membrane pour alimenter le moteur (PEMFC).

Il va de soi que seul de l'Hydrogène vert peut être utilisé.

Mais, alors que l'électricité verte est déjà disponible sur le réseau existant, l'Hydrogène vert n'est encore qu'une promesse de l'avenir ( Electrolyse de l'électricité renouvelable ) et ne dispose pas de réseau de distribution à grande échelle.

L'Hydrogène permettra de résoudre deux problèmes : l'autonomie et le temps de rechargement. Mais il en créera certainement d'autres...A voir après 2030.

On voit ainsi que remplacer le pétrole par de l'électricité est certes un objectif incontournable, mais l'opération s'avère plus compliquée que sur le papier dans les bureaux des prévisionnistes.

Peut-être sera-t-il nécessaire de se ménager une période intermédiaire d'adaptation de dix à vingt ans au cours de laquelle la transition technologique pourra s'effectuer autrement qu'à la hussarde, le temps peut-être de repenser notre système de mobilité.

Vingt ans, cela nous mène à 2040, date à laquelle tous les moteurs thermiques seront censés avoir disparu des catalogues.

Mais les voitures à pétrole n'auront pas pour autant disparu de nos routes. Toutes celles qui auront été achetées neuves avant 2040 continueront à rouler bien après, puisque la durée de vie d'un tel véhicule est de l'ordre de quinze ans.

Sauf si la réglementation*, le prix du carburant, et la taxe carbone, se coalisent pour obtenir un effet suffisamment dissuasif pour accélérer la mort du thermique.

* La généralisation des ZFE aurait un effet dissuasif certain.

Les besoins de mobilité sont étroitement dépendants de nos modes de vie bien sûr, mais également de notre façon d'occuper le territoire, les deux étant liés.

Les modes de vie et d'occupation du territoire ne se modifient pas en vingt ans, il faut plutôt compter en génération(s), puisque sont concernés la dissémination de l'habitat, les voies de communication, la couverture du territoire par les moyens de communication dématérialisés (voir problème actuel des zones blanches versus le télétravail ), les moyens de transports collectifs, les points desservis, le coût de l'énergie, le coût des logements, l'évolution des niveaux de vie, le maillage des services publics, la dématérialisation des services publics et des services de santé, l'éloignement des centres de décision, la géographie des établissements d'enseignement, l'évolution de l'illectronisme, etc, etc...

Il ne suffit pas de savoir comment on va se déplacer, mais aussi pourquoi ; également faire la part des déplacements contraints et des déplacement de loisirs, des déplacements individuels et des déplacements collectifs et familiaux.

Acquérir une voiture électrique plus ou moins sous la contrainte de la réglementation, et l'utiliser dans un environnement entièrement conçu pour les voitures à pétrole risque de confronter l'usager à des problèmes inédits avec un impact négatif sur de nombreux aspects de la vie quotidienne.

Pour les déplacements locaux et/ou journaliers de quelques dizaines de km, une voiture électrique moyenne équipée d'une batterie de 20 kWh suffira amplement, mais ne permettra pas les voyages de quelques centaines de km dans des conditions normales qui vont exiger une batterie de 100 à 150 kWh correspondant à un autre type de véhicule et un autre coût, alors qu'un véhicule thermique, même bas de gamme, peut aujourd'hui convenir aux deux usages.

Ceci pose dès le départ un sérieux problème de choix qui impactera lourdement le budget :

Soit acheter d'emblée un modèle conçu pour tous usages y compris l'autoroute, mais d'un prix inabordable pour un petit budget.

Soit acheter un modèle conçu pour les déplacements locaux, de budget très inférieur, mais comment assurer les quelques déplacements en province pour les vacances ou les visites familiales, avec nécessité d'un véhicule à destination ?

Il n'y a que deux solutions : la location d'un véhicule adapté, pour la durée du voyage, ou le train avec taxi au départ et petite voiture de location à l'arrivée. Les deux solutions représentent un surcoût significatif pour un déplacement familial.

Il y a bien sûr la solution idéale du train auto-couchette, qui existait autrefois, mais c'était au bon vieux temps ...et très onéreux.

Il y a donc un réel problème, pour lequel il n'est pas possible aujourd'hui d'entrevoir la solution satisfaisante, surtout pour les petits budgets.

Les transports collectifs existants : taxis, tramways, Bus, trains, métro, avions, ont montré leurs limites dans le mode de vie et d'occupation du territoire des sociétés actuelles. Malgré leur développement indéniable mais perfectible, les usagers continuent d'utiliser la voiture individuelle pour les avantages que n'offrent pas les transports collectifs :

Liberté totale du choix des itinéraires, des horaires, des points d'arrêts, y compris à l'étranger, déplacements point à point assurés sans l'obligation de recourir à des moyens intermédiaires (taxi, bus, métro), accessibilité illimitée de tous les points du territoire, possibilité d'emporter des charges importantes et/ou encombrantes, de pratiquer le covoiturage, couverture totale du territoire en point de ravitaillement en combustible pétrolier, accès relativement simple au permis de conduire, utilisation possible aux personnes à mobilité réduite, grande disponibilité en cas d'urgence, etc.

A ces avantages objectifs indéniables il faut ajouter que la voiture est un prolongement de l'espace intime individuel et familial, alors que les transports collectifs sont un espace public avec tous les inconvénients associés.

( En voiture, on est encore chez soi...)

Aucun moyen de transport collectif ne peut offrir ces commodités.

Les raisons d'utiliser la voiture sont donc bien enracinées dans nos sociétés modernes, il serait vain (et même préjudiciable à l'ordre public) de chercher à entraver cette liberté d'usage par des mesures contraignantes et/ou discriminatoires.

La voiture individuelle est devenue une prothèse dont il est désormais impossible de se passer, et le retour à la bicyclette et/ou à la marche à pied ne peut être qu'anecdotique, recommandés certes, mais davantage pour entretenir la forme physique que pour améliorer le bilan carbone...

La voiture électrique devra donc offrir à l'usager les mêmes possibilités que son homologue thermique, et bien entendu pour un prix comparable, sachant que la prime à la conversion n'est pas un modèle économique et ne peut être prolongée au-delà de la période de lancement.

( 6 000 euros versés à 1000 000 acheteurs de VE, c'est 6 Milliards d'euros )

Le renouvellement « naturel » du parc automobile est réalisé sur 20 ans environ dans les conditions normales. Sur ces mêmes bases le remplacement total des voitures thermiques par des électriques pourrait être réalisé à l'horizon 2040.

Mais les bases seront-elles les mêmes ? Rien n'est moins sûr...

La vente des voitures neuves à moteur thermique pourrait alors s'annuler à partir de 2040 au profit des électriques ( à batterie ou à Hydrogène plus tard ).

Le déroulement de ce vaste programme est conditionnés par plusieurs facteurs:

Que les « défauts » des voitures électriques soient corrigés ( essentiellement l'autonomie ).

Que le réseau de recharge des batteries soit développé concrètement.

(L'angoisse de la batterie vide ne doit plus exister)

Que le coût réel des voitures électriques converge assez rapidement vers la parité avec les modèles thermiques équivalents.

Que la tarification de l'électricité de recharge obéisse à des règles claires.

Qu'il existe un marché de l'occasion consistant, car la voiture électrique ne doit pas être un produit jetable.

Que le coût relatif de la batterie ne soit pas un handicap à son remplacement ou à sa revente.

Toutes ces conditions ( et peut-être d'autres)* laissent penser que la transition de masse ne se fera pas spontanément ; des « mesures d'encouragement » seront nécessaires tant il paraît difficile de « booster » le marché par la contrainte, on a vu l'effet « gilets jaunes » déclenché par la hausse des taxes, peut-être la réglementation antipollution aura-t-elle davantage d'effet, l'année 2024 sera décisive de ce point de vue ( ZFE dans les villes de plus de 150 000 habitants).

* Aujourd'hui la voiture électrique est justement perçue comme un objet essentiellement évolutif ; chaque mois des nouveaux modèles offrent des performances et des autonomies améliorées, reléguant au magasin des antiquités des modèles qui n'ont pas trois ans...Ceci est de nature à décourager un éventuel acheteur soucieux de ne pas acheter une auto qui sera invendable sur le marché de l'occasion.

De plus, la presse se fait l'écho de l'arrivée proche de la voiture à Hydrogène, qui offrirait des performances supérieures et supprimerait les principaux défauts de la voiture à batterie : la faiblesse de l'autonomie et le temps de rechargement ; une raison de plus de différer l'achat d'un VL à batterie ?

Aujourd'hui en France le marché de la voiture 100% électrique atteint 8% du total des ventes annuelles de VL particuliers.

Après dix années de lancement, ce taux de pénétration encore modeste, mais encourageant, ne permet pas d'anticiper sur l'avenir car de nombreux facteurs peuvent encore évoluer.

Il apparaît que parmi ces facteurs, les politiques européennes d'incitation joueront le principal rôle.

Mais jusqu'où peut aller « l'incitation » ?

 

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