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5 février 2022 6 05 /02 /février /2022 17:31

 

Le parc électronucléaire à la peine, faut-il recourir au projet Hercule ?

5 Février 2022

Il y a quatre jours, à 18h 45, il a fallu injecter 71,8 GW de puissance électrique dans le réseau RTE pour satisfaire la demande.

Le nucléaire a fourni 48,7 GW, soit 67,8%.

L'hydroélectrique, 12,1 GW ( 16,8% ).

Le Gaz, 7,8 GW, (10,8% ).

Ces trois entités historiques ont ainsi contribué pour 95,4% aux besoins du réseau ce qui montre, s'il en était besoin, le peu de poids des énergies renouvelables Eolienne et Solaire lorsque la nuit tombe et que le vent est faible ( régime anti-cyclonique).

La puissance installée du parc nucléaire est actuellement de 60,5 GW.

La puissance fournie, 48,7 GW, correspond à un facteur de charge de 80,5 %.

Cette (relativement) faible valeur traduit la situation générale du parc vieillissant, l'absence de renouvellement des installations, l'obligation d'arrêt de tranches pour mise en conformité avec les nouvelles règles de sûreté post Fukushima, les difficultés de mise au point des nouveaux réacteurs EPR, l'arrêt des réacteurs du palier N4 ( les plus puissants du parc opérationnel) pour suspicion de corrosion, et l'arrêt définitif de certains réacteurs qui n'auront pas obtenu l'accord de l'ASN pour la prolongation de leur durée d'exploitation.

Tout cela place la filière nucléaire en difficultés sérieuses encore pour plusieurs mois, ce qui affectera la quantité d'énergie d'origine nucléaire produite sur 2022 et probablement très au-delà.

L'éventuelle décision de mise en chantiers de nouveaux réacteurs pour remplacer les anciens ne portera ses fruits que dans dix ans, si elle se confirme. D'ici là il faudra faire avec les moyens du bord.

Cela étant, EDF estime que la production nucléaire ne dépassera pas 320 à 340 TWh en 2022.

Mais la demande d'énergie électrique sur le réseau ne diminuera pas pour autant, quoi qu'en dise les prophètes de la parcimonie.

Pour satisfaire cette demande, il faut injecter environ 530 TWh dans le réseau RTE , pour une consommation finale de 470 TWh.

( la différence correspond aux pertes réseau et aux consommations internes du secteur de l'énergie).

Pour une production électronucléaire de 330 TWh , il faudra donc trouver 200 TWh pour compléter le besoin.

L'hydraulique existant pourra fournir environ 60 TWh, dépendant de la disponibilité des réserves d'eau mobilisables.

(Les projets de nouvelles installations de production hydroélectrique de quelque importance demeurent dans les cartons).

L'éolien, le solaire, et le thermique à biomasse, pourront fournir une quantité équivalente, 60 TWh.

Il manquera 80 TWh.

Heureusement il y a des centrales à Gaz !

La puissance installée du parc de centrales thermiques à flamme est de 18 GW, essentiellement au Gaz. Les installations sont pilotables et peuvent être appelées à la demande, surtout pour compenser l'intermittence des renouvelables.

Leur capacité de production est d'environ 130 TWh, ce qui laisse une bonne marge.

L'inconvénient est que la France doit acheter ce Gaz à l'étranger, et le payer au cours du marché.

Si les cours se maintiennent à leur valeur actuelle, la perte s'élèvera à près de 20 Milliards d'euro pour les 80TWh nécessaires, qu'il faudra répercuter sur le consommateur, d'une manière ou d'une autre.

Ce fâcheux contretemps concerne tous les fournisseurs d'électricité, les historiques et les « alternatifs ».

EDF n'est évidemment pas le seul producteur, mais c'est de très loin le principal.

Les autres contributeurs raccordés à ce réseau ( fournisseurs « alternatifs » * concurrents de EDF )produisent généralement à partir de l'éolien, du solaire, de la petite hydraulique, et de quelques centrales thermiques à gaz ou à biomasse.

EDF est le principal producteur, et c'est aussi le principal fournisseur.

Les autre « majors » sont ENGIE et TOTAL Direct énergie.

Avec EDF, ces trois Sociétés couvrent 95% de la production d'électricité du réseau RTE.

EDF seul détient 60% du marché.

*( Rappelons qu'il y a en France près de 40 fournisseurs alternatifs ).

De par son leadership, EDF est également touché par la nécessité d'acheter davantage de Gaz, d'autant plus que le dispositif ARENH l'oblige à céder à la concurrence non pas 100 mais 120 TWh de sa production nucléaire à prix coûtant (?) , ce qui représente une ponction de 36% sur sa production nucléaire !

Pour servir ses propres clients, EDF devra acheter davantage de Gaz sur le marché européen, la note sera salée.

EDF est donc dans la situation d'entretenir à grand frais un parc nucléaire vieillissant, tout en étant obligé (Loi Nome), de céder le tiers de cette production nucléaire à ses concurrents directs pour un prix notoirement inférieur à son coût de production, ce qui le contraint à acheter à l'étranger de l'électricité à un prix exorbitant pour servir ses propres clients auxquels il est lié par contrats.

Cette absurdité ne correspond à aucun modèle économique et ne saurait durer sans créer de graves désordres, en particulier dans les possibilités de financement EDF pour le renouvellement du parc de production.

Si la production nucléaire devient définitivement un réservoir d'énergie dans lequel chacun peut venir puiser de l'électricité à bon marché pour faire des bénéfices au détriment de EDF, alors ce réservoir prend le caractère de « magasin général » qui doit être géré directement par l'Etat.

C'était l'esprit du projet Hercule, qui a été écarté pour des raisons évidentes de défense des intérêts des quarante fournisseurs alternatifs.

Le prolongement de la loi NOME et le passage à 42 euro/MWh du « tarif » de la braderie ARENH risquent bien de porter un coup définitif au nucléaire français.

Mais, n'était-ce pas le but premier de toute cette mascarade ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 09:28

 

Electrification de la mobilité, un dangereux challenge.

17 Janvier 2022

En France, le renouvellement « naturel » du parc de voitures s'effectue au rythme d'environ 2 Millions par an, en année « normale », mais seulement 1,65 Millions en 2020.

( aurons-nous encore des années normales ? )

Le parc actuel étant de 37 millions de véhicules, il faut donc grosso modo 18 ans pour un renouvellement complet, avec un rythme d'environ 2 millions de véhicules neufs par an .

(Ce rythme a peu de chance d'augmenter dans l'avenir car il dépend non pas des souhaits des constructeurs ni du Gouvernement, mais du pouvoir d'achat des consommateurs, lequel pouvoir d'achat a plutôt tendance à baisser comme chacun peut s'en rendre compte )

En 2019 les ventes des seules voitures zéro carbone (VEB) n'ont pas dépassé 120 000 unités, ce qui ne représente encore que 7% du marché des voitures neuves.

Rappelons qu' il faudra 100% du marché du neuf pour remplacer la totalité du parc en 18 ans.

Compte tenu de la faiblesse de pénétration du marché, ce remplacement ne pourra pas intervenir avant 2040, et plutôt 2045.

( A cette époque, une partie des voitures zéro carbone sera ( peut-être) constituée de véhicules à Hydrogène. Il est encore un peu tôt pour évaluer cette part du marché ).

Aujourd'hui en France, après dix ans de « courbe d'apprentissage », les ventes de voitures électriques à batterie ( VEB ) représentent 7% des ventes de véhicules neufs.

Le remplacement du thermique s'effectue donc à un rythme « modéré », très loin du rush espéré.

( Le remplacement d'une thermique par une hybride n'est pas pris en compte ici, pour des raisons évidentes sur lesquelles il n'y a pas lieu de revenir...

L'hybride, qui ne sera jamais un véhicule zéro émission, n'est qu'un moyen un peu vicieux de contourner la réglementation des ZFE, et donc de violer le principe de la lutte contre les émissions de CO2 ).

Les raisons de ce manque d'enthousiasme pour l'électrique pur (VEB) ont été identifiées : ce sont essentiellement le manque d'autonomie, la très grande dépendance de cette autonomie aux conditions de température et de vitesse, au profil de la route, au type de conduite, et la faiblesse des moyens de recharge rapide, qui interdisent pratiquement les déplacements sur autoroute.

Une autre raison, moins populaire mais tout aussi bloquante, est le risque d'obsolescence prématurée lié à une technologie très évolutive compromettant la valeur de revente.

Sans parler de la méfiance envers la batterie, qui demeure un objet assez mystérieux duquel dépend la réussite, ou pas, d'un déplacement parfois important.

Les avantages liés au faible coût du carburant électrique ne sont pas suffisants pour emporter la décision.

Quant à l'éveil de la fibre écologique, il ne s'est pas manifesté dans ce secteur à une échelle perceptible...

Et puis, malgré les taxes supportées par les carburants pétroliers, le budget carburant demeure encore supportable par rapport au saut dans l'inconnu que représente le passage au tout électrique dans les conditions actuelles et avec les inconvénients cités plus haut, et d'autres dont nous parlons plus loin.

Ce catalogue rébarbatif conduit de nombreux sympathisants de l'électrique, du moins ceux qui disposent des moyens financiers nécessaires, à s'orienter vers les modèles hybrides, ce qui est une solution de secours permettant d'échapper aux interdictions des ZFE mais solution sans avenir puisque les moteurs thermiques disparaîtront bientôt des catalogues.

( On ne voit pas très bien quelle logique il y a dans l'annonce de l'interdiction prochaine des moteurs thermiques d'une part, et la promotion des modèles hybrides d'autre part … )

Ce marché de l'hybride contrarie le développement du tout électrique, dont la croissance se trouve retardé d'au moins dix ans, jusqu'à l'application sérieuse de la chasse au CO2.

En 2020 les ventes de véhicules neufs ( 1,7 Millions ) étaient réparties ainsi :

Essence : 47%

Diesel : 30%

Voitures électrifiées : 23% dont 16% d'Hybrides et 7% d'électriques à batterie (VEB)

( 120 000 VEB )

Cette suprématie de l'Hybride se passe de commentaires...

( Ce piètre résultat, après dix ans de promotion de l'électrique, pourrait même ressembler à un échec en tant que marché de masse...).

Pour améliorer la situation et tenter de donner des couleurs au marché de l'électrique à batterie plutôt morose, on assiste à deux types de démarches :

La première ( surtout étatique ) consiste à convaincre l'usager désireux de changer de voiture de choisir une voiture électrique à batterie plutôt que thermique. Les moyens pour y arriver sont la prime à l'achat et une subvention sur l'installation d'un chargeur domestique, une communication résolue sur l'attrait du coût réduit du carburant électrique, sur l'avantage de certains parkings gratuits, et sur la modicité des coûts d'entretien. A cela s'ajoute un rappel insistant sur la généralisation prochaine des ZFE ( Zones à Faibles Emissions ) qui ne toléreront que les véhicules « zéro émission », et la fin prochaine de la commercialisation des voitures à moteur thermique en 2040, voire 2035.

Et pour les récalcitrants, un malus sous forme de taxe à l'achat.

( Ce « package » n'a pas vraiment convaincu les usagers français puisque le taux de pénétration des VEB est encore < 7% des nouvelles immatriculations ).

La deuxième démarche, assurément plus volontariste, vient des constructeurs ( de certains constructeurs ) qui ont décidé de s'attaquer au problème technologique du moteur, de l'onduleur, de la transmission, et surtout de la batterie, pour améliorer les rendements, augmenter la capacité de batterie, réduire les poids, réduire les coûts, pour atteindre le saint Graal de l'autonomie et de la charge rapide qui feront du VEB l'égal du thermique.

Chaque année apporte sa récolte de spectaculaires améliorations, particulièrement dans le domaine des batteries, mais aussi des moteurs et des transmissions.

( Ce qui, hélas, renforce auprès de l'usager, le sentiment que la technologie n'est pas encore mature et qu'il vaut mieux attendre encore avant de se précipiter...)

Mais l'objectif de rendre le VEB aussi efficace que le thermique n'est toujours pas atteint, et on peut se demander s'il le sera un jour.

Même en peaufinant l'aérodynamisme, en choisissant les meilleurs pneumatiques, et en fignolant les rendements, il faut environ 20 kWh* pour rouler à 130 km/h sur l'autoroute , soit 140 kWh pour une autonomie de 700 kms.

*( Ces 20 kWh/100 km/130 kmh sont un minimum )

Compte tenu des conditions de charge à respecter pour la survie de la batterie, il faut une capacité nominale de 160 kWh, et des bornes de charge d'une puissance de 600 kW pour récupérer une capacité de 100 kWh en 10 minutes.

Nous en sommes aujourd'hui évidemment très très loin pour la voiture de monsieur tout le monde, dont le prix doit être en accord avec le contenu du porte-monnaie de l'acheteur.

Un tel véhicule sera disproportionné pour les déplacements quotidiens, domicile-travail, loisirs, accompagnement scolaire, courses au super-marché...Pour lesquels les exigences d'autonomie, de recharge, et de performances, et de prix sont incomparablement moins élevées.

Là où un seul véhicule thermique de moyen de gamme, voire de bas de gamme, peut servir à tous les types de besoins, il faudra deux véhicules tout électrique pour faire la même chose, dont l'un très onéreux.

Ce dilemme, non encore résolu, est certainement une raison supplémentaire du peu d'enthousiasme pour l'adhésion spontanée au tout électrique.

Le VEB risque donc de demeurer longtemps le « second » véhicule pour le particulier aisé, en complément du marché de flottes de taxis, de voitures de location, ou d'entreprises pour lesquelles l'économie sur le prix du carburant est un poste important, autant que la nécessité d'échapper aux interdictions de circuler qui menacent les véhicules à pétrole .

Cette situation difficile pour la voiture tout électrique à batterie crée une opportunité pour une tentative de développement de la voiture à Hydrogène* qui apportera des solutions aux problèmes de l'autonomie et du temps de recharge encore beaucoup trop long sur les VEB.

* Hydrogène vert bien entendu, pas celui fabriqué à partir de fossiles...

La filière Hydrogène devient mâture, la courbe de réduction des coûts de l'électrolyse est encourageante, l'Hydrogène naturel est maintenant pris au sérieux , et la pile à Hydrogène est prête pour une industrialisation compétitive.

Par contre le réseau de distribution de l'Hydrogène est à construire, ce qui n'est pas une mince affaire...

Le virage du pétrole vers l'électrique pour la mobilité constitue un challenge pour les constructeurs historiques qui ont bâti leurs entreprises sur la culture du pétrole, un peu comme le passage de la marine à voile vers les bateaux à moteurs, mais à l'envers*.

* Il s'agit de refaire le chemin inverse, certains bateaux à moteur diesel se convertissent aujourd'hui à l'électricité et à la voile...

Continuer à gérer de manière rentable une activité dont la disparition est déjà programmée, tout en créant une activité nouvelle dont les objectifs sont de « tuer » la première, constitue un grand-écart dont on peut douter de l'efficacité à terme.

Or, dans notre cas, il s'agit, tout en continuant de servir le marché du thermique, de sortir de l'univers du thermique pour passer à l'électrique, lequel devra (doit déjà) se décliner en toute une gamme de technologie différentes :

Voiture électrique à batterie (VEB) mono-moteur pour bas et moyen de gamme, idem en bi-moteur et grosse batterie 150 kWh pour le moyen-haut de gamme, idem en hybride rechargeable moyen et haut de gamme, et cerise sur le gâteau, un éventuel modèle à Hydrogène.

Ces différents modèles sont indispensables pour un constructeur généraliste qui désire couvrir tous les aspects du marché des prochaines années.

Et il faudra être bon dans toutes ces technologies.

On peut douter que cet éclatement dans diverses technologies, tout en servant le marché du thermique, conduise au succès pour les prochaines décennies.

Ce problème, que les grands constructeurs généralistes devront résoudre, laisse une ouverture pour les nouveaux arrivants ( Particulièrement asiatiques, mais pas seulement) qui ne seront pas « encombrés » par la nécessité de continuer à assurer une survie décente au vieux monde du thermique.

Les « grands », bien conscients du risque, tentent de « former le carré » pour s'opposer à la vague, le jeu des alliances ne fera pas que des heureux...

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 14:39

 

La voiture électrique, l'angoisse de la panne sèche.

7 Janvier 2022

Les constructeurs font ce qu'ils peuvent avec la technologie existante.

Aujourd'hui les voitures ont atteint un niveau de technicité, de confort, et de sécurité, qui sera difficilement dépassable désormais.

(C'est un vieux conducteur qui parle, permis de conduire passé en 1952 sur une Juvaquatre d'occasion, et largement plus d'un million de kms depuis...).

Autant dire que les anciens du même genre ont vécu l'enfance, la croissance, l'adolescence, l'âge bête, et la maturité, de la bagnole.

Les premières voitures furent électriques, faut-il le rappeler, mais la corvée de batteries vint très vite à bout de cette velléité, et le pétrole si commode prit la place qu'il a conservée jusqu'à présent.

Aujourd'hui la voiture est devenue une prothèse sans laquelle il est impossible de s'insérer normalement dans la société. C'est la voiture qui modèle la répartition géographique de l'habitat, des implantations d'activités économiques, et qui constitue une activité économique en elle-même. Elle est à l'origine du développement du tourisme et des loisirs.

Le niveau de fiabilité atteint éloigne l'angoisse de la panne, et les moyens de communication modernes rassurent quant à l'assurance des secours quasi immédiats.

L'arrivée de la voiture électrique bouleverse un peu ce bel édifice.

Nous voulons parler de la « vraie » voiture électrique (VEB), celle qui puise son énergie de la batterie uniquement, et qui est supposée permettre de renoncer au pétrole.

L'idée consistait à conserver tous les agréments et les progrès obtenus avec le temps et l'expérience sur les voitures thermiques, et « simplement » remplacer la machine thermique par un ensemble électrique alimenté par une batterie.

Les modèles électriques proposés aujourd'hui remplissent le contrat sauf sur un point, qui est l'autonomie et le réseau de charge associé.

Tout a été dit sur ce problème technique, qui constitue un obstacle majeur à l'adhésion populaire à ce remplacement, à tel point que les constructeurs communiquent essentiellement sur l'autonomie des modèles électriques proposés, oubliant quelque peu les autres caractéristiques.

(A-t-on jamais vu un vendeur de voitures à pétrole vanter l'autonomie de ses modèles ? )

Désormais la préparation d'un voyage en électrique de quelque longueur ressemble davantage à la préparation d'un trek en terre inconnue qu'à des vacances insouciantes en famille :

Quel itinéraire choisir en fonction des bornes de charge installées, comment organiser les rechargements de ma batterie en fonction de la position de ces bornes, seront-elles disponibles quand j'arriverai, un abonnement sera-t-il exigé, quel sera le coût de la recharge, quelle sera ma consommation selon la vitesse de croisière choisie, la météo, le profil du trajet, la température, le chargement de la voiture, combien de temps sera perdu en attente si une ou plusieurs bornes sont déjà occupées, pourrais-je payer avec ma carte de crédit, etc, etc...

Ces nouvelles contraintes sont génératrices d'une angoisse qui n'était pas prévue dans le contrat de remplacement du pétrole par l'électricité.

( Penser aussi aux personnes âgées, peu familières des algorithmes tordus des ordinateurs de bord, et pour qui la voiture doit être avant tout un outil d'aide aux déplacements et non pas un jeu vidéo qui peut les laisser comme des c... au bord de la route faute d'avoir pu interpréter les indications saugrenues d'un écran vidéo quasiment illisible et d'ailleurs souvent fantaisiste).

Les constructeurs connaissent évidemment ces inconvénients, qui excluent pratiquement l'accès de ces nouveaux véhicules aux longs trajets autoroutiers, sauf éventuellement à quelques modèles de très haut de gamme disposant de batteries de très forte capacité ( égale ou supérieure à 150 kWh ) équipés de motorisations très puissantes, pouvant soutenir les vitesses autoroutières, ayant un accès privilégié à des bornes de charge surpuissantes, et dont le prix de vente voisine celui d'une maison de campagne...

Ce problème génère une situation étrange : il y aurait ainsi deux gammes de voitures électriques ;

L'une conçue pour les déplacements à caractère local, avec une autonomie de 100 à 200 km ( petite batterie, petit moteur ), des performances en rapport avec les limitations de vitesse de 90 km/h, et d'un prix abordable.

L'autre, beaucoup plus chère, conçue pour assurer les longs trajets sur autoroute dans des conditions de vitesse et de confort correspondants, et pouvant utiliser les chargeurs surpuissants (à condition toutefois qu'ils soient disponibles).

Cet éclatement du marché ne fait évidemment pas l'affaire des usagers qui trouvent aujourd'hui de quoi faire tout leurs déplacements avec une seule voiture qui ne leur pose par ailleurs aucun problème d'autonomie pour aller voir grand-mère à Landerneau.

La grande majorité des usagers ne possède pas les ressources pour acquérir deux voitures ( ce qui serait d'ailleurs absurde ): l'une pour la ville, l'autre pour les voyages.

On ne voit aujourd'hui aucune solution pour résoudre ce problème à court-moyen terme.

Dans ce contexte il serait déraisonnable de vouloir imposer l'électrique à des citoyens par des mesures fiscales pénalisant le thermique.

L'urgence est plutôt dans le développement des stations de charges rapides et des batteries elles-mêmes, dont le prix doit baisser pour accéder à une autonomie réelle décente.

« On » aurait tort de faire de l'automobiliste un otage de la lutte contre le réchauffement climatique alors que les vrais responsables sont ailleurs.

 

 

 

 

 

 

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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 12:12

 

Le Nucléaire à la peine, malédiction ou conséquences de l'indécision politique ?

3 Janvier 2022

La puissance installée actuelle du parc nucléaire français est de 61,4 GW, pour 56 réacteurs.

La production annuelle théorique avec un facteur de charge de 100% serait donc de 538 TWh.

La production effective en 2019 a atteint 380 TWh, ce qui correspond à un facteur de charge réel de 70,6%.

(Le facteur de charge d'installations nucléaires récentes est d'environ 85%, difficilement dépassable à cause des interruptions techniques obligatoires liées au remplacement du combustible, aux contrôles périodiques réglementaires, à la gestion des incidents en cours d'exploitation, et à un facteur lié à la participation au réglage système ( puissance modulable à la demande ).

Le faible facteur de charge de 70,6% constaté sur le parc français traduit l'influence de trois facteurs :

D'une part l'âge d'une partie du parc qui atteint la limite initiale de 40 ans, et qui nécessite une surveillance accrue.

D'autre part des interruptions liées à la nécessité de poursuivre les travaux post-Fukushima pour renforcer la sûreté du parc selon les nouvelles règles.

Et le fonctionnement en mode « suivi de charge » de certaines installations conçues pour.

Depuis vingt ans, l'avenir de la technologie électronucléaire est suspendu à une éventuelle décision de retrait, laquelle a même été expressément formulée dans la loi de programmation sur l'énergie, qui programme la réduction prochaine à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité.

Ce climat de fin de règne n'est évidemment pas favorable à une activité de pointe dans la recherche et le développement d'innovations technologiques dans ce domaine.

C'est dans ce contexte relativement flottant que s'est développé le programme de construction des séries de réacteurs de forte puissance ( 1 300 MW, palier N4 de 1 450 MW, et enfin EPR de 1 650 MW voire plus, dont deux sont en exploitation en Chine ) avec une perspective de durée d'exploitation de 60 ans sans que les problèmes classiques de fuites prématurées des crayons combustibles, de corrosion sous contrainte, et de vibrations, ne soient entièrement résolus, et avec des projets de programmes d'exploitations orientés vers la rentabilité économique.

Le 30 Décembre 2021, la production nucléaire du parc français était tombée à environ 40 GW, avec 15 réacteurs à l'arrêt, et un facteur de charge de 64,5%.

En plus des 11 réacteurs déjà « normalement » arrêtés, les 4 réacteurs du palier N4 ont dû à leur tour être arrêtés. En cause, la détection du dépassement d'un seuil de corrosion au niveau d'un ESPN ( Equipement Sous Pression Nucléaire ) ; en fait, un tuyau d'arrivée du RIS (Réseau d'Injection de Sécurité) qui donnerait des signes de corrosion prématurée au niveau des soudures.

( La corrosion sous contrainte est un phénomène normal pris en compte dans la conception, et suivie dans les procédures de contrôle, particulièrement au cours des visites décennales. En cas de dépassement du seuil l'équipement doit être remplacé, ce qui nécessite l'arrêt du réacteur pour un ESPN. Des modifications peuvent être apportées si l'analyse révèle un défaut de conception ; dans ce cas la durée de l'arrêt peut se prolonger).

Cet épisode alarmant aura au moins un aspect positif qui est la démonstration de l'efficacité du dispositif de détection des signes avant-coureurs d'un dysfonctionnement.

Mais ce problème de corrosion prématuré, ajouté au problème de fuites des crayons combustibles et des vibrations indésirables, pourrait laisser penser à une situation générique touchant particulièrement les réacteurs de forte puissance.

Grâce à un hiver plutôt clément, le 30 décembre, la consommation intérieure au pic de 19h n'a pas dépassé 57 GW, qui ont été fournis par le Nucléaire ( 41 GW) et l'Hydroélectrique (13 GW), le Gaz (2,5 GW), et l'éolien (5 GW) pour le reste ; il a même été possible d'exporter environ 4 GW.

La situation n'est donc pas encore critique.

Mais la consommation d'énergie électrique est très sensible à la température extérieure, typiquement 2,5 GW par degré C, ce qui a conduit à une demande de 83 GW le 22 Janvier 2020, qui n'aurait pas pu être facilement honorée dans les conditions actuelles.

Ce constat correspond à la réalité du problème de l'énergie électrique en France.

Cette réalité doit se confronter aux plans de la PPE ( Programmation Pluriannuelle de l'Energie ) qui n'est qu'une vue idéalisée des souhaits des responsables politiques ).

Accorder les deux ne sera pas une mince affaire, eu égard aux nombreux sujets de désaccord sur la route à suivre pour atteindre le but. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 18:44

Voitures électriques, la dure vie des roulements à billes.

23 Décembre 2021

La voiture électrique actuelle représente à la fois l'état de la technologie et le meilleur compromis possible pour se faire une place sur un marché encore dominé par le thermique.

La compétition est rude.

Le thermique se bat pour conserver son business, sachant que certains devront un jour ou l'autre s'effacer devant la nouvelle vague et que le passage à l'électrique se fera dans une ambiance de bowling. Il sera très difficile d'éviter le strike.

Les constructeurs « historiques » sont face à deux options :

Soit continuer le thermique et ajouter une branche électrique pour garder deux fers au feu, soit brûler leurs vaisseaux thermiques et tout basculer sur l'électrique.

Dans les deux cas le risque est grand et il faudra naviguer à vue entre un thermique dont la mort (?) est annoncée pour 2035 ( ou 2040, ou à la saint glin-glin?), et un électrique encore bien fragile car menacé par l'hybride dont l'existence même prouve la faiblesse de l'électrique pur.

Aujourd'hui encore l'électrique ne s'impose qu'à coup de subventions et/ou d'incitations pour faire passer la pilule du surcoût et des défauts de jeunesse, et par la menace de mise au ban des thermiques dans les agglomérations. Ce qui ne correspond à aucun modèle économique...

Car il y a des défauts de jeunesse, que la meilleure publicité est impuissante à camoufler.

L'insuffisance d'autonomie et les médiocre performances autoroutières sont les principaux défauts; si l'on ajoute l'incapacité à tirer une remorque, l'insuffisance des réseaux de charge, et la loterie des tarifs de rechargement des batteries sur le réseau public, point n'est besoin de davantage charger la mule pour comprendre que tout cela doit impérativement évoluer pour faire du VEB un outil adulte capable de remplacer le thermique autrement que par le biais d'un arrêt de mort réglementaire visant la concurrence du pétrole (voir notamment Euro 7 et les ZFE ).

Pour faire de la voiture électrique un substitut crédible à son homologue thermique il faut impérativement travailler dans deux directions : corriger les défauts actuels, et réduire les coûts.

Ce à quoi s'occupent activement les bureaux d'études qui sont parfaitement conscients que le marché ira vers celui ou ceux qui sauront proposer des véhicules du niveau auquel les consommateurs sont habitués .

Les moteurs électriques sont évidemment concernés au premier chef par l'amélioration du bilan coût-performances.

Hélas pour eux, il faut à la fois augmenter les performances et réduire les coûts.

La réduction des coûts passe, entre autres, par l'augmentation de la densité de puissance. Moins de matériaux, réduction du poids, amélioration du rendement énergétique, simplification des problèmes de refroidissement, augmentation de l'autonomie.

Mais en même temps il faut hausser les performances du véhicule au niveau du comportement autoroutier des thermiques actuels, même si ces performances ne sont pas réellement utiles, car elles sont encore un critère de choix pour la clientèle.

(Il faut une bonne dose d'abnégation pour accepter de rouler derrière les camions à 110-120 et passer une ou deux heures à recharger la batterie...)

Or aujourd'hui les voitures électriques moyennes sont impressionnantes à basse vitesse au niveau du couple et donc des accélérations, mais sur autoroutes leurs performances sont limitées.

Pour des raisons de simplicité, et donc de coût, le système de transmission ne dispose que d'un seul rapport et ne comporte pas d'embrayage.

Ce rapport unique est choisi pour obtenir de bonnes performances à basses et moyennes vitesses, mais ne permet pas les hautes vitesses car le régime moteur dépasserait les limites permises aujourd'hui ( au moins au niveau des coûts).

( Force centrifuge, échauffement, limite des roulements, courants de fuite, etc...).

Pour gérer ces limitations, deux voies sont possibles :

Disposer un deuxième rapport de boîte, mais avec comme conséquence une augmentation significative du coût, ce que l'on veut éviter au départ.

(Cette solution serait cependant techniquement la meilleure, mais acceptable seulement pour le haut de gamme. Signalons qu'il existe déjà des réalisations, soit à deux ( voire plus de deux) rapports , soit avec rapport variable ; nous les verrons sortir bientôt, peut-être ).

L'autre solution consiste à repousser les limites actuelles du régime moteur pour permettre d'atteindre le saint Graal psychologique des 200 km/h. Cela suppose de revoir la conception du moteur, rotor de petit diamètre, et surtout roulements appropriés, et augmentation du rendement à haut régime pour ne pas trop pénaliser l'autonomie.

Aujourd'hui, sur les électriques de Monsieur tout le monde, les régimes moteurs ne dépassent guère 12 à 14 000 tours/mn, ce qui est déjà respectable, mais totalement insuffisant pour le but recherché.

Il faut viser 20 000 tr/mn, avec l'objectif des 30 000 tr/mn.

(Ou mettre une boîte de vitesses...)

A de tels régimes les roulements « classiques » ne résistent pas.

Les fabricants de roulements ont développé des technologies capables de satisfaire ces nouveaux cahiers des charges.

( par exemple le « High-speed ball Bearing » 1,8 HSBB de SKF garanti pour un coefficient de vitesse de 1,8 M Ndm.

Le Ndm est l'unité égale au produit du régime max en tr/mn par le diamètre moyen du roulement en mm.

Soit 30 000 tr/mn pour un roulement de diamètres ext de 80mm et int de 40mm, semblable à ceux qui équipent la Tesla S aux extrémités du rotor).

Ces roulements sont les seules pièces tournantes du moteur proprement dit qui doivent supporter des régimes élevés; les autres roulements, qui concernent le premier réducteur et le réducteur de différentiel sont moins sollicités en régime mais supportent le couple.

Le prix de la compacité, des fortes puissances , et des régimes de rotation très élevés, est un dégagement de chaleur important qu'il faut évidemment évacuer, comme dans les moteurs thermiques.

La recherche de l'amélioration du rendement moteur ( et du rendement en général) a donc un double objectif : d'une part réduire l'échauffement et donc simplifier le design et améliorer la compacité, et d'autre part gagner en autonomie puisque l'énergie économisée est utilisée pour la propulsion.

Les roulements ont un grand rôle à jouer dans l'amélioration du rendement, et accessoirement dans la réduction du bruit.

D'autres paramètres sont importants pour les roulements de moteur électrique, en particulier la protection contre les courants de fuite généré par les hautes tensions et les forts courants à fréquences élevées et par leurs harmoniques dont les effets peuvent être destructeurs. Des matériaux céramiques doivent être utilisés pour éviter les détériorations des billes et des chemins de roulement par ces courants induits ( roulements hybrides).

Dans des conditions de forte sollicitation du moteur, typiquement sur autoroute à régime élevé, le

rendement n'est pas optimum; or le véhicule vendu pour certaines performances est censé fonctionner avec ces performances, même si elles ne sont pas utilisées régulièrement.

Par exemple un moteur de Tesla M3 « Standard », annoncé pour 240 kW, doit être capable de les fournir à son propriétaire dans les conditions du catalogue ; or le rendement à très haut régime n'est pas optimal pour diverses raisons, il est de l'ordre de 90%, il y aura donc 24 kW de chaleur dissipée par le moteur.

A laquelle viendra s'ajouter la chaleur dissipée par le convertisseur générateur de la tension d'alimentation à fréquence élevée, et celle du bloc réducteur.

Cette chaleur doit impérativement être évacuée par un système de refroidissement très efficace, par circulation d'un liquide spécial capable d'irriguer le stator, le rotor, et les roulements.

Toute perte de chaleur liée au rendement inférieur à 1 est une perte d'énergie qui se répercute automatiquement sur une baisse de l'autonomie du véhicule.

La chasse aux pertes de rendement d'un véhicule électrique est donc l'objet d'une préoccupation constante des bureaux d'études.

Cette chasse au trésor concerne également tous les autres éléments de la voiture : La batterie, le convertisseur, le train de roulement, les pneus, le Cx de la carrosserie, l'éclairage, la climatisation, les affichages, l'électronique de gestion moteur, la batterie, les communications, les consommateurs auxiliaires (vitres, sièges, centrales de sécurité et anti-vol, etc).

En fait c'est l'ensemble de la voiture qui est à « fignoler » au plan de la consommation d'énergie.

L'augmentation de la capacité spécifique des batteries et de leur capacité de stockage ne dispensera pas des travaux de réduction des pertes sur l'ensemble de la voiture, eu égard à la course aux 150 kWh nécessaires pour égaler l'autonomie des thermiques.

Les dix prochaines années seront donc riches en innovations, causes de dépréciation des modèles de deux ou trois ans, mais indispensables à l'établissement d'un standard compétitif permettant d'asseoir solidement la transition de la mobilité.

 

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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 11:17

 

La nouvelle centrale à gaz de Landivisiau.

 

16 Décembre 2021

Les bretons, gens avisés et peu soucieux de se compliquer l'existence, ont toujours évité de mettre le petit doigt dans cette histoire d'énergie, se bornant longtemps aux seules participations de l'usine marémotrice de la Rance ( 0,5 TWh/an ) et de quelques mini centrales hydroélectriques sur les petits cours d'eau locaux ( Rance, Ellez, Blavet, Gouessant, pour 0,05 TWh/an) pour faire un peu d'hydroélectricité, histoire de dire...

(L'épisode nucléaire de Brennilis n'ayant été qu'un démonstrateur de 70 MW, sans suite, arrêté en 1985).

Le reste a été fourni par les fossiles ( Centrales BRENN T04 de Brennilis, 140 MW, DIRIN T01 de Dirinon, 92 MW et quelques autres petites centrales).

Autant dire que l'essentiel des besoins électriques était fournis pas le réseau RTE.

Cette situation bretonne de quasi pénurie s'est un peu améliorée avec le développement des énergies renouvelables (Eolien, Photovoltaïque, Méthanisation). Aujourd'hui la consommation électrique de la Bretagne s'élève à 20 TWh environ, dont 20% sont produits en Bretagne et 80% hors de Bretagne, fournis par le réseau RTE ( Centrales de Cordemais, Flamanville, Chinon essentiellement).

La croissance des renouvelables est censée réduire sensiblement cette dépendance énergétique, mais en contre-partie l'accroissement de l'éolien et du solaire vont introduire une forte dépendance à l'intermittence, qui devra être compensée par le réseau national, c'est-à-dire par les autres régions, qui ont déjà à supporter leurs propres problèmes.

Cette situation ne saurait se perpétuer sans créer de gros problèmes de vulnérabilité de la distribution électrique en Bretagne dans les prochaines années.

Il est donc devenu essentiel de disposer sur place de moyens locaux de production électriques pilotables pour apporter un peu de régularité au réseau lorsque les renouvelables intermittentes monteront en production.

C'est l'une des raisons de la décision de construire une centrale à Gaz à Landivisiau.

Pourquoi une centrale à Gaz, alors que la stratégie nationale est orientée vers des productions décarbonées ?

C'est l'un des paradoxes de la transition énergétique ; rappelons-en les termes en dix points:

1- les renouvelables éolien et solaires sont intermittentes.

2- Le réseau ne peut pas fonctionner sur le principe d'une production fantaisiste. Il faut impérativement un moyen de compenser cette intermittence.

3- Il existe deux possibilités de compensation : Un système de stockage de masse de l'énergie électrique, ou un système de production auxiliaire qui soit pilotable.

4- Le système de stockage n'existe pas ( on en parle, mais comme du loup blanc).

5- Il est donc indispensable de disposer d'une production de complément pilotable pour compenser cette intermittence.

6- Cette production de complément pilotable doit impérativement être décarbonée ou à carbone recyclable.

7- Seuls le nucléaire et le thermique à biomasse peuvent fournir une production électrique pilotable répondant à ces critères.

8- Le nucléaire étant exclu (surtout en Bretagne!!), il ne reste plus que le Thermique à biomasse.

9 - Heureusement le thermique à biomasse commence à exister , avec comme combustibles du Biogaz de méthanisation, des déchets de bois en granulés, du Méthane obtenu à partir du Syngaz, ou encore du Biofuel , ou tout autre composition obtenue à partir de biomasse.

10- Il est donc pertinent aujourd'hui de choisir une centrale à Gaz, sachant qu'une production de Biogaz injecté ( dans le réseau ) existe en Bretagne avec une bonne perspective de croissance.

Cette nouvelle centrale à gaz à cycles combinés (CCCG), prévue depuis dix ans mais retardée par les traditionnelles « chicayas », est des plus modernes et devrait entrer en fonction en Février 2022.

( En fait, elle est déjà terminée, et en fonctionnement, avec des essais d'homologation satisfaisants )

D'une puissance de 450 MW, son rendement atteindra 58 % .

Le consortium Direct-Energie* / Siemens porte le projet, la technologie est celle de Siemens.

*Compagnie Electrique de Bretagne.

Son coût est annoncé à 450 M euro ( Contrat Siemens- Direct-Energie)

( Financés sur fonds propres par Direct-Energie, auquel EDF versera 40 M euro par an pendant vingt ans au titre du contrat de rémunération de capacité, comme aux autres centrales à gaz sous contrat de garantie de capacité).

Le Gaz brûlé par cette centrale proviendra du réseau, qui pourra contenir une part de Biogaz injecté, dont le montant n'est pas connu aujourd'hui, et pour cause...

( C'est évidemment la question à cent sous puisque de cette part dépendra le caractère décarboné ,ou pas, de cette nouvelle installation ).

Néanmoins, même sans biogaz, cette centrale est aujourd'hui ce qui se fait de mieux en matière de production électrique à partir des fossiles, le Gaz naturel étant le moins nocif d'entre eux.

Landivisiau est un exemple d'alternative acceptable au nucléaire, à condition de disposer d'une production suffisante de Biomasse.

Mais, comme dirait l'autre, ceci est une autre histoire...

(Le thermique à biomasse est une technologie carbonée à carbone recyclable. Elle n'a donc pas pour objectif de réduire le taux de CO2 atmosphérique existant, mais plutôt de ne pas l'augmenter, ce qui est « légèrement » différent.

Elle ne peut donc pas être une solution définitive puisque l'objectif de réduction du taux de CO2 atmosphérique n'est pas au rendez-vous.

A terme, horizon 2040-2050 ? il sera difficile de se passer du nucléaire, qui demeure la seule technologie réellement décarbonée permettant une production pilotable).

Pour mémoire, de nombreuses centrales à gaz existent déjà en France pour la production d'électricité ( TAC, Turbines à Gaz, et CCCG, Centrales à Cycles Combinés à Gaz) pour une puissance totale installée de 12 GWe. Elles contribuent déjà largement à la compensation de l'intermittence des renouvelables. Leurs nombre ne pourra qu'augmenter en fonction de la réduction programmée de la part du nucléaire dans le mix électrique.

Mais la page du nucléaire n'est peut-être pas définitivement tournée, va savoir...

 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 19:48

Réacteurs Nucléaires REP, ce fretting qui dérange.

4 Décembre 2021

Le bruit médiatique qui commence à se répandre au sujet de l'information sur la cuve des EPR de Taïshan, et donc de celle des autres EPR en construction, contient comme d'habitude une part de vrai et une part de suppositions.

Pour dissiper le brouillard qui masque la réalité du problème, il nous est apparu utile de diffuser un extrait d'un document de l'IRSN, dont on trouvera la référence ci-dessous.

(La lecture en est quelque peu ingrate, mais indispensable à celui qui souhaite savoir de quoi l'on parle ; Les autres passeront leur chemin...)

 « 28.3.2. Phénomène de fretting
 À la suite de pertes d’étanchéité de gaines constatées par l’évolution de la radioac-
tivité du fluide primaire du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Cattenom (événe-
ment significatif déclaré en 2000 ) et d’autres survenues dans des réacteurs de
1 300 MWe , Électricité de France a mené des études pour identifier la cause de ces
défaillances qui ont, pour le seul réacteur n° 3 de la centrale de Cattenom, concerné
92 crayons.

 Les crayons non étanches appartenaient en quasi-totalité à des assemblages
qui venaient de subir un troisième cycle d’irradiation en gestion GEMMES, avec une
combustion massique moyenne des assemblages d’environ 49 GW/t. Une relaxation
sous irradiation des ressorts (en alliage dénommé Inconel ) de la grille inférieure
de certains assemblages (assemblages dénommés AFA 2GL et AFA 3GL, du concepteur
Framatome) a été mise en évidence ; elle conduisait à un phénomène d’usure vibratoire
puis au percement de gaines.

 Ce phénomène, dénommé fretting par Électricité de France, s’est révélé être un problème générique pour les réacteurs de 1 300 MWe (dont les assemblages sont plus longs d’environ 60 cm que ceux des réacteurs de 900 MWe)

Le même phénomène touchait également des assemblages des réacteurs américains . Il
montrait que la conception des assemblages n’était pas compatible avec l’augmentation
de la combustion massique du combustible visée dans la gestion GEMMES.
Les assemblages combustibles inétanches étaient localisés dans une couronne
intermédiaire du cœur où les débits transverses sont les plus importants au niveau
de la partie inférieure des assemblages. Électricité de France a déterminé un méca-
nisme permettant d’expliquer les dommages observés. Les phénomènes mis en jeu en
matière d’usure de crayons combustible sont de plusieurs types :
– le maintien des crayons dans les cellules des grilles,
– l’évolution des caractéristiques mécaniques des grilles sous irradiation,
– les écoulements transverses et la réponse vibratoire des crayons sous l’effet de
ces écoulements.

Électricité de France a considéré que les défauts constatés pouvaient résulter du
dépassement d’un seuil critique conduisant à une accélération du phénomène d’usure
par fretting, ce seuil dépendant, d’une part des efforts vibratoires d’origine thermo-
hydraulique, d’autre part de la perte du serrage des crayons dans les cellules des grilles
sous l’effet de l’irradiation (perte quasi complète en fin d’irradiation).
La solution apportée par le concepteur a consisté à ajouter une grille supplé-
mentaire au-dessus de la grille inférieure des assemblages combustibles de façon à
renforcer le maintien des crayons combustibles en partie basse des assemblages, tout
en assurant la compatibilité avec les autres assemblages combustibles présents dans
le cœur, notamment en termes de perte de charge et de maintien axial.

les exploitants américains (de BWR et de PWR) ont été confrontés à un état préoccupant de
leurs combustibles.
Le pourcentage d’assemblages inétanches pouvait atteindre une fraction
significative des cœurs. Dans les années 1990, si la situation était globalement plus satisfai-
sante, des défauts étaient encore rencontrés, dus en grande partie au phénomène de fretting ou
à des débris, mais aussi à des dépôts ou des corrosions jugés responsables d’anomalies d’axial-
offset. En 1998, l’EPRI lança un vaste programme, initialement dénommé Robust Fuel Program
puis Fuel Reliability Program,
visant à améliorer la situation en termes notamment d’exploitation
(moyens permettant de mieux déterminer l’origine des défauts de gainage, moyens de nettoyage
ultrasonore des crayons, optimisation de la chimie de l’eau du circuit primaire...). Parallèlement,
les fabricants poursuivaient l’amélioration de leurs combustibles (nouveaux alliages de gaines,
P-grid...). Pour ce qui concerne plus spécifiquement le combustible fabriqués par Westinghouse
(assemblages RFA), le lecteur pourra aussi consulter l’article intitulé « Westinghouse 17 x 17 RFA
Fuel Performance » (Westinghouse/ENUSA), congrès TopFuel, 2018.

Dans un premier temps, les organismes de sûreté ont estimé que, si l’ajout d’une
grille dans la partie basse des assemblages combustibles était de nature à apporter une
amélioration qualitative en réduisant le risque d’usure vibratoire des gaines, des incer-
titudes demeuraient sur le comportement des nouveaux assemblages en réacteur
,
ce qui ne permettait pas d’envisager, contrairement à la proposition de l’exploitant, un
déploiement de cette amélioration à l’ensemble des réacteurs de 1 300 MWe, notam-
ment dans le cadre de la gestion GEMMES ; l’introduction d’assemblages AFA 3GLr
a été autorisée à partir de 2002 dans quelques réacteurs, puis elle a été généralisée
à l’ensemble des réacteurs de 1 300 MWe lorsqu’un retour d’expérience satisfaisant a
été acquis.

Des usures et des percements de gaines par fretting ont également été constatés
sur des assemblages combustibles fournis par Westinghouse irradiés dans les
réacteurs de 1 300 MWe du parc électronucléaire français. Afin de remédier à ces
problèmes d’usure, Électricité de France a chargé progressivement dans les réacteurs
(y compris ceux de 900 MWe pour les assemblages combustibles utilisant l’alliage
Zirlo™) des assemblages fournis par Westinghouse munis d’une grille supplémentaire
en pied d’assemblage pour limiter le risque d’usure vibratoire des gaines (dénommée
P-grid).

Un grand nombre d’assemblages combustibles du parc électronucléaire disposent
donc dorénavant d’une grille supplémentaire en pied d’assemblage.
Etc... »

https://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/collection-ouvrages-IRSN/Documents/Element%20s%C3%BBret%C3%A9%20REP%20chapitre%2028.pdf

Ce document permet de constater que le problème de comportement des crayons combustible n'est pas nouveau ; le « lanceur d'alerte » n'a rien découvert de nouveau en parlant de vibrations, Framatome et Westinghouse sont dessus depuis longtemps et les travaux sont menés avec le soutien du DOE.

Par ailleurs les travaux en question sont menés dans la plus grande transparence, l'extrait ci-dessus en témoigne puisque l'article complet est disponible sur le net.

L'affaire de Taïshan est le reflet d'un « état de l'art » en matière de technologie nucléaire. On peut positiver en constatant que l'incident n'a donné lieu à aucune pollution extérieure et qu'il a été traité comme il devait l'être, du moins à la sauce chinoise...

C'est une preuve de plus que le nucléaire ne peut pas être mis entre toutes les mains, la plus grande rigueur est de mise et les considérations financières doivent céder le pas devant les impératifs de sûreté.

C'est ce qui a été fait et c'est très bien ainsi.

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 18:19

 

Nouveau coup dur pour l'EPR, mauvaise querelle ou fin de partie ?

03 Décembre 2021

L'EPR , qui n'en finit pas de traîner des casseroles, est devenu la tête de turc des anti-nucléaires. Il faut dire qu'il y met du sien et chaque année nous vaut un nouvel épisode révélant quelque nouvelle faiblesse chargeant un peu plus la mule et jetant le doute sur le sérieux de cet exercice atomique.

Cette année donc nous eûmes droit aux fuites de Taïshan révélées le 15 Juin et entraînant l'arrêt des deux réacteurs de la centrales.

( Depuis, le combustible a été extrait et les investigations sont en cours...)

La Presse mondiale attend les résultats et la suite qui sera donnée à ce qui, pour le moment, demeure un incident qualifié dans un premier temps de sans conséquence sur la sûreté des installations et la sécurité de l'environnement.

La cause première des fuites de produits radioactifs dans l'eau du circuit primaire est la perte d'étanchéité d'un ou de plusieurs crayons de combustible.

Mais la cause de cette perte d'étanchéité n'est pas précisée, du moins au niveau des communiqués de Presse.

Plusieurs causes étant imaginables (les fuites de crayons combustibles ne sont pas une nouveauté ),on conçoit que les investigations puissent durer « un certain temps », et que la plus grande prudence soit de mise avant de lâcher les chiens.

(Les deux EPR de Taïshan sont les premiers de la série mis en exploitation, et les investigations ne peuvent donc s'appuyer sur aucun REX, ce qui rend beaucoup plus difficile l'établissement d'un diagnostic fiable).

Cette période d'incertitude est propice aux rumeurs non fondées (ou pas ) mais toujours bonnes à attiser la querelle autour du Nucléaire.

La dernière en date proviendrait d'un lanceur d'alerte, travailleur du nucléaire, qui s'est adressé à la CRIIRAD pour l'informer que « les pertes d'étanchéité des crayons de combustible étaient dues principalement à des vibrations anormales des assemblages causées par un défaut de conception de la cuve ».

Laquelle CRIIRAD a repassé le bébé à l'ASN pour lui demander si elle avait bien effectué son travail, dont on trouvera la description sur son site.

( courrier du 17 /11 / 2021 de CRIIRAD à ASN )

https://balises.criirad.org/pdf/211125_Courrier_CRIIRAD_ASN_suret%C3%A9_EPR_VF.pdf?utm_source=sendinblue&utm_campaign=Info%20EPR%20Taishan&utm_medium=email

Voici donc l'affaire relancée, et du grain à moudre pour les prochains mois.

Il faut dire que tout ce qui peut mettre en cause la cuve d'un réacteur est d'importance majeure puisque cette cuve est installée définitivement pour la durée de vie du réacteur ( 60 ans dans le cas des EPR); son démontage pour remplacement entraînerait des travaux si importants qu'il serait plus simple de condamner l'installation et de construire un autre réacteur à un autre emplacement.

Heureusement on peut penser que lorsque l'on parle de problème de cuve, il s'agit d'un événement qui se produit à l'intérieur de la cuve, et non de la cuve par elle-même.

Tout ce qui se trouve dans la cuve peut en être extrait après avoir ôté le couvercle fixé par des boulons, ce qui est fait régulièrement pour remplacer le combustible usé. On a alors accès à l'intérieur de cette cuve pour l'inspecter, avant de remonter l'ensemble pour une nouvelle campagne de chauffe.

En fonctionnement, l'eau qui traverse les crayons de combustible pour recueillir la chaleur de la réaction est pompée avec un débit considérable, environ 30 m3/s.

( De quoi remplir une piscine olympique en deux minutes )

Ce flot d'une eau à 300 °C sous une pression de 155 kg dans un espace retreint exerce sur les minces crayons de combustible une contrainte très importante qui, liée à la température et à l'exposition aux rayonnements, abrège leur durée de vie et fragilise les assemblages, qui doivent ainsi être remplacés au-delà d'une période correspondant généralement à trois campagnes.

( Le combustible est généralement remplacé par tiers avec des campagnes de 18 à 24 mois).

Sous de telles contraintes et selon la géométrie des assemblages et les types de fixation des crayons combustibles, il pourrait se produire des vibrations à certains régimes d'exploitation ; ajoutées à l'usure normale, aux chocs thermiques des changements de régime, il en résulte une fatigue des composants, fatigue dont il est évidemment tenu compte dans la conception des crayons combustibles et des assemblages afin de garantir leur bon comportement pendant la durée de leur séjour dans la cuve.

La tenue des assemblages de crayons combustibles est l'une des préoccupations majeures du contrôle de la sûreté ; la maîtrise des flux de l'eau primaire dans et à travers les assemblages fait l'objet d'études approfondies basées sur des simulations informatiques et des essais en réacteur d'étude.

Mais, comme en toutes choses, aucune simulation ne peut remplacer le fonctionnement dans les conditions réelles d'exploitation, du moins dans ce domaine. Il n'est donc pas exclu de rencontrer des problèmes dans les conditions d'exploitation extrêmes qui sont celles des réacteurs EPR .

Maîtriser une chaudière nucléaire de près de 5000 MW thermiques n'est pas un exercice de tout repos, il existe peut-être certaines limites qui ont pu échapper à la sagacité des concepteur de l'EPR.

 

 

 

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 12:25

 

Récupérer la chaleur des centrales nucléaires.

29 Novembre 2021

L'électricité nucléaire est produite par un système classique de turbine alimentée par de la vapeur d'eau portée à la bonne température et à la bonne pression dans une chaudière, selon les bons principes de Carnot.

A la différence des centrales classiques fonctionnant au bois, au Gaz, au Fuel ou au charbon, la chaudière nucléaire utilise un combustible moderne à base d'Uranium.

Le rendement énergétique n'est donc pas meilleur qu'avec les combustibles classiques, c'est-à-dire environ 35%.

Toutes ces centrales, y compris les électronucléaires, créent donc un très fort dégagement de chaleur qu'il est très profitable de récupérer pour d'autres usages ( Chauffage de locaux, de serres horticoles, autres...).

Ce qui est déjà réalisé classiquement dans certaines centrales électriques à cogénération, y compris nucléaires dans certains pays.

( Il y aurait de par le monde 74 réacteurs électronucléaires distribuant également de la chaleur)

Aujourd'hui, dans un contexte de grande disponibilité des énergies fossiles à un coût raisonnable (quoique...), il est beaucoup plus facile et moins coûteux d'obtenir de la chaleur à la bonne température et à la bonne pression grâce à des dispositifs à flamme utilisant des fossiles. Point n'est besoin alors d'aller s'immiscer dans une centrale nucléaire pour récupérer, à grands frais, une chaleur que l'on peut se procurer ailleurs facilement .

Mais ces heureux temps de l'énergie fossile disponible à gogo pour pas cher vont prendre fin.

il faut prendre conscience que, dans une ou deux décennies, les énergies fossiles commenceront à devenir inabordables et/ou seront lourdement taxées dans le contexte du réchauffement climatique.

La transition énergétique ne sera plus alors un sujet de discussions de salons, mais une contrainte à laquelle il faudra se plier, ou disparaître...

Tous les moyens de substitution seront alors sollicités pour garder la tête hors de l'eau et tenter de maintenir sur les rails une société désormais dépendante de l'énergie pour tous ses rouages, y compris les plus légers.

Aujourd'hui la seule source d'énergie décarbonée, disponible à la demande, pilotable, indépendante des conditions météo, et stockable au sens de l'AIE, est le Nucléaire.

( On peut reprocher beaucoup de choses au nucléaire, mais on ne peut contester ces qualités)

Les autres sources d'énergie décarbonée, éolien, solaire, hydraulique, sont dépendantes des conditions météo et ne sont pas stockables au sens de l'AIE 

Quant à la géothermie, elle n'est pas exploitable partout, loin s'en faut.

La biomasse (solide, liquide, ou gazeuse), dégage du CO2 dont le caractère recyclable est discutable .

La logique voudrait donc que l'on attelle le nucléaire et les renouvelables à la même charrette pour tenter de continuer d'avancer.

Mais le nucléaire fait peur et suscite une forte opposition en sorte qu'il est hasardeux aujourd'hui de l'inclure dans quelque prévision que ce soit au-delà de 2050.

Mais rien n'interdit d'en évaluer le potentiel.

La France produit annuellement 400 TWh d'électricité nucléaire, et dégage donc environ 1 100 TWh de chaleur qui sont aujourd'hui dissipés dans l'environnement en pure perte.

Chaleur décarbonée , faut-il le rappeler...

En récupérant le tiers de cette chaleur ( 360 TWh) il serait possible de satisfaire la quasi totalité des applications basses températures (inférieures à 150 °C) comme le chauffage urbain, l'agro industrie, les serres horticoles, etc ).

On pourrait alors (presque) aisément, avec un peu de renouvelables, se passer des combustibles fossiles.

C'est trop beau pour être vrai ?

Pas du tout, mais il y a quelques précautions à prendre et quelques aménagements à mettre en œuvre.

La valorisation de la chaleur des centrales nucléaires suppose l'existence de réseaux de chaleur suffisamment performants pour limiter les pertes en ligne et permettre ainsi de desservir des sites relativement distants.

( Les actuelles centrales nucléaires sont volontairement éloignées des centres urbains, mais cela peut changer avec les SMR)

Il existe déjà un certain nombre de réseaux de chaleur distribuée à partir d'une source spécifiquement dédiée ou en cogénération, mais très peu utilisent en cogénération de la chaleur issue d'un réacteur nucléaire.

Exploiter le gisement de chaleur du parc nucléaire présente un certains nombre de problèmes dans différents domaines :

- En premier lieu un risque de contamination du milieu extérieur à la centrale.

En effet, le principe de base qui prévaut dans la construction d'une centrale est celui du confinement de tous les facteurs possibles de pollution à l'intérieur d'une « enceinte de confinement ». Les effluents ( Gazeux, liquides, ou solides ) produits au cours de l'exploitation sont filtrés et stockés sous forme de déchets traités en tant que tels dans une filière spécialisée. Le but étant de ne laisser sortir que des effluents respectant les normes définies pour la protection de l'environnement, tenant compte de la dilution dans le milieu extérieur ( Atmosphère, fleuve, mer ).

Une éventuelle récupération de la chaleur suppose l'installation d'un échangeur et d'un système de canalisations (Aller- retour) vers l'extérieur ( réseau de chaleur).

Avant d'envoyer cette eau chaude vers des réseaux de distribution extérieurs, il est impératif de s'assurer de barrières supplémentaires interdisant l'exposition des utilisateurs à un risque d'irradiation par des éléments radioactifs résiduels.

La conception des installations doit donc comporter une succession d'échangeurs séparatifs.

( Un réseau de chaleur desservant des locaux tels que logements,centres urbains, écoles, hôpitaux, lieux publics, ne saurait accepter le moindre risque d'irradiation à travers son système de chauffage raccordé à une centrale nucléaire....)

-En second lieu, il n'y a pas de réseau de chaleur national unique comparable au réseau électrique.

Les réseaux de chaleur sont conçus pour valoriser la chaleur perdue d'une installation déterminée, et ont un caractère local ; il n'y a pas de réseau de chaleur national comme il existe un réseau électrique dans lequel les différents générateurs sont interconnectés.

Un réseau de chaleur est associé à un générateur et donc subit les interruptions dues à la maintenance et aux incidents éventuels de ce générateur.

Alors que le réseau électrique national interconnecté possède une capacité de réglage système transparent aux incidents qui peuvent se produire ici ou là.

Cette vulnérabilité des réseaux de chaleur aux arrêts imprévus ( ou pas ) suppose l'existence d'une solution de secours susceptible de grever lourdement les coûts de construction et d'exploitation.

De plus le caractère pilotable du réacteur nucléaire en fonction de la demande électrique n'est pas forcément compatible avec le besoin de chaleur du moment.

La récupération de la chaleur des réacteurs nucléaires reste donc une option énergétiquement très intéressante mais à condition évidemment que la technologie nucléaire soit elle-même reconduite le moment venu, c'est-à-dire au-delà de 2050.

 

 

 

 

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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 11:35

 

Quel besoin d'énergie électrique en 2050 ?

21 Novembre 2021

L'abandon de l'usage des combustibles fossiles implique leur remplacement par d'autres sources d'énergie, non émettrices de CO2.

( Ce truisme, que M.de la Palice n'aurait pas renié, méritait d'être rappelé au bon souvenir des grands de ce Monde qui ont beaucoup de mal à lui donner corps).

L'espoir de certains de voir se réaliser à peu de frais la transition énergétique grâce à une réduction drastique et volontaire de nos besoins semble avoir fait long feu ; personne n'est décidément prêt à revenir un siècle en arrière, et d'ailleurs l'économie ne s'en remettrait pas.

Nous n'échapperons donc pas à l'obligation de trouver un ou des substituts décarbonés pour l'équivalent de la quasi totalité de l'énergie consommée aujourd'hui.

( En espérant qu'une meilleure utilisation de cette énergie suffise à compenser l'augmentation de la demande qui sera due à l'accroissement du nombre des ménages, et au développement des applications nouvelles ).

Aujourd'hui la consommation d'énergie finale de la France s'élève à 152 Mtep, soit 1 800 TWh environ.

( Et encore plus si l'on considère l'énergie primaire, mais ne compliquons pas les choses...).

Sur ce total, les énergies fossiles comptent pour 95 Mtep, soit 1 115 TWh ( 62% ).

Le Nucléaire fournit environ 400 TWh ( 22 % ), sous forme d'électricité bon an mal an, selon les fantaisies de l'atome .

Les 290 TWh restant ( 16 % ) proviennent des renouvelables : Hydraulique, Eolien, Solaire, Biomasse, Géothermie.

( Source :

https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2020-11/datalab_70_chiffres_cles_energie_edition_2020_septembre2020_1.pdf )

Aujourd'hui 38% de cette énergie provient donc déjà de sources décarbonées ou à carbone recyclable.

( Dans ces 38% il y a essentiellement de l'électricité, et un peu de thermique par la biomasse solide, liquide, et gazeuse.

Le nucléaire, incontestablement décarboné, est l'enfant terrible que certains rejettent mais dont ils apprécient les KWh  à 4,2 centimes ).

Cette proportion doit donc être portée à 100% dans l'avenir pour finaliser la transition énergétique.

Pour passer de 690 TWh* à 1 800 TWh d'ici 2050, il faut un taux de croissance annuel de 3,3%.

*[500 TWh ( Nucléaire, Eolien, Solaire, Hydroélectrique, centrales à biomasse ou géothermiques,...) sont constitués d'énergie électrique, pour des applications qui ne subiront pas de changements majeurs puisqu'elles sont déjà décarbonées ou à carbone recyclable.

190 TWh sont issus des renouvelables « thermiques », biomasse solide, biocarburants, biogaz, et de la Géothermie.

Cette part, déjà consistante, est appelée à croître fortement dans l'avenir, éventuellement grâce aux importations comme aujourd'hui les carburants liquides et le Gaz fossiles].

( Il facile d'importer du bois, du carburant liquide, du gaz, mais beaucoup plus difficile d'importer de l'électricité, quoique...)

Ce taux de croissance de 3,3% , à réaliser sur les énergies décarbonées ou à carbone recyclable, n'est pas rédhibitoire en soi dans un Etat développé et industrialisé, mais il faut analyser sa faisabilité dans le contexte particulier de la France, et secondairement de l'Europe (Très secondairement même...).

Les technologies nécessaires aux développement des énergies décarbonées existent déjà et sont déjà mises en œuvre sur le territoire : Electronucléaire, Hydroélectrique, Eolien, Solaire, Biomasse solide, liquide, gazeuse, Géothermie.

Ces technologies permettent déjà de produire l'équivalent de 690 TWh d'énergie.

Le problème est en premier lieu de savoir si le territoire offre les ressources suffisantes pour quasiment tripler cette production, car rien n'est moins sûr.

( Comme rappelé plus haut, on peut éventuellement importer du bois, du biocarburant, et/ou du biogaz, mais, tout çà pour çà....)

En second lieu, il est important d'analyser le problème de l'acceptabilité par les populations, compte tenu des oppositions déjà rencontrées pour les quelques projets en cours d'étude dans le Nucléaire et dans l'Eolien, qui sont les deux principaux gisements de croissance.

En troisième lieu, et c'est peut-être le plus important, quelle structure décisionnelle prendra en charge l'ensemble de ce vaste programme pour en assurer la cohérence et le financement au-delà des changement de Gouvernement ?

Une grande partie des applications utilisant aujourd'hui des fossiles devront se convertir à l'électricité. Il est impossible de préciser aujourd'hui lesquelles et dans quelles proportions.

( La mobilité est déjà affectée par le transfert sur l'électricité, soit directement, soit à travers l'Hydrogène vert qui sera lui-même fabriqué à partir de l'électricité. Egalement le chauffage et la climatisation, qui tendent à utiliser les pompes à chaleur et donc remplacer les fossiles par de l'électricité. Des applications industrielles se convertissent, comme les aciéries. Ceci n'est que le début d'un grand basculement).

En estimant à 50% la part qui basculera sur l'électricité, la production d'énergie électrique passerait de 500 TWh à 1 000 TWh, soit un doublement, sans tenir compte des facteurs d'accroissement de la demande du marché indépendamment de la nature de l'énergie consommée.

(La conversion à l'électricité amènera un accroissement de l'efficacité énergétique qui pourra compenser l'accroissement naturel de la demande du marché).

Les autres 50% seraient pris en charge par la biomasse, le biogaz, les biocarburants, qui sont aujourd'hui à 180 TWh , et qui devront passer à près de 700 TWh !!!

Qu'en pensent les experts ?

Le dernier rapport de RTE :

https://www.rte-france.com/analyses-tendances-et-prospectives/bilan-previsionnel-2050-futurs-energetiques

Offre une vision rassurante de la perspective 2050 :

La consommation d'énergie finale sera en baisse de 40% par rapport à 2019.

La consommation finale d'électricité sera de 645 TWh « seulement ».

Ouf ! Nous voilà complètement rassurés...

Prévoyez quelques pull-over tout de même.

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