Le parc électronucléaire à la peine, faut-il recourir au projet Hercule ?
5 Février 2022
Il y a quatre jours, à 18h 45, il a fallu injecter 71,8 GW de puissance électrique dans le réseau RTE pour satisfaire la demande.
Le nucléaire a fourni 48,7 GW, soit 67,8%.
L'hydroélectrique, 12,1 GW ( 16,8% ).
Le Gaz, 7,8 GW, (10,8% ).
Ces trois entités historiques ont ainsi contribué pour 95,4% aux besoins du réseau ce qui montre, s'il en était besoin, le peu de poids des énergies renouvelables Eolienne et Solaire lorsque la nuit tombe et que le vent est faible ( régime anti-cyclonique).
La puissance installée du parc nucléaire est actuellement de 60,5 GW.
La puissance fournie, 48,7 GW, correspond à un facteur de charge de 80,5 %.
Cette (relativement) faible valeur traduit la situation générale du parc vieillissant, l'absence de renouvellement des installations, l'obligation d'arrêt de tranches pour mise en conformité avec les nouvelles règles de sûreté post Fukushima, les difficultés de mise au point des nouveaux réacteurs EPR, l'arrêt des réacteurs du palier N4 ( les plus puissants du parc opérationnel) pour suspicion de corrosion, et l'arrêt définitif de certains réacteurs qui n'auront pas obtenu l'accord de l'ASN pour la prolongation de leur durée d'exploitation.
Tout cela place la filière nucléaire en difficultés sérieuses encore pour plusieurs mois, ce qui affectera la quantité d'énergie d'origine nucléaire produite sur 2022 et probablement très au-delà.
L'éventuelle décision de mise en chantiers de nouveaux réacteurs pour remplacer les anciens ne portera ses fruits que dans dix ans, si elle se confirme. D'ici là il faudra faire avec les moyens du bord.
Cela étant, EDF estime que la production nucléaire ne dépassera pas 320 à 340 TWh en 2022.
Mais la demande d'énergie électrique sur le réseau ne diminuera pas pour autant, quoi qu'en dise les prophètes de la parcimonie.
Pour satisfaire cette demande, il faut injecter environ 530 TWh dans le réseau RTE , pour une consommation finale de 470 TWh.
( la différence correspond aux pertes réseau et aux consommations internes du secteur de l'énergie).
Pour une production électronucléaire de 330 TWh , il faudra donc trouver 200 TWh pour compléter le besoin.
L'hydraulique existant pourra fournir environ 60 TWh, dépendant de la disponibilité des réserves d'eau mobilisables.
(Les projets de nouvelles installations de production hydroélectrique de quelque importance demeurent dans les cartons).
L'éolien, le solaire, et le thermique à biomasse, pourront fournir une quantité équivalente, 60 TWh.
Il manquera 80 TWh.
Heureusement il y a des centrales à Gaz !
La puissance installée du parc de centrales thermiques à flamme est de 18 GW, essentiellement au Gaz. Les installations sont pilotables et peuvent être appelées à la demande, surtout pour compenser l'intermittence des renouvelables.
Leur capacité de production est d'environ 130 TWh, ce qui laisse une bonne marge.
L'inconvénient est que la France doit acheter ce Gaz à l'étranger, et le payer au cours du marché.
Si les cours se maintiennent à leur valeur actuelle, la perte s'élèvera à près de 20 Milliards d'euro pour les 80TWh nécessaires, qu'il faudra répercuter sur le consommateur, d'une manière ou d'une autre.
Ce fâcheux contretemps concerne tous les fournisseurs d'électricité, les historiques et les « alternatifs ».
EDF n'est évidemment pas le seul producteur, mais c'est de très loin le principal.
Les autres contributeurs raccordés à ce réseau ( fournisseurs « alternatifs » * concurrents de EDF )produisent généralement à partir de l'éolien, du solaire, de la petite hydraulique, et de quelques centrales thermiques à gaz ou à biomasse.
EDF est le principal producteur, et c'est aussi le principal fournisseur.
Les autre « majors » sont ENGIE et TOTAL Direct énergie.
Avec EDF, ces trois Sociétés couvrent 95% de la production d'électricité du réseau RTE.
EDF seul détient 60% du marché.
*( Rappelons qu'il y a en France près de 40 fournisseurs alternatifs ).
De par son leadership, EDF est également touché par la nécessité d'acheter davantage de Gaz, d'autant plus que le dispositif ARENH l'oblige à céder à la concurrence non pas 100 mais 120 TWh de sa production nucléaire à prix coûtant (?) , ce qui représente une ponction de 36% sur sa production nucléaire !
Pour servir ses propres clients, EDF devra acheter davantage de Gaz sur le marché européen, la note sera salée.
EDF est donc dans la situation d'entretenir à grand frais un parc nucléaire vieillissant, tout en étant obligé (Loi Nome), de céder le tiers de cette production nucléaire à ses concurrents directs pour un prix notoirement inférieur à son coût de production, ce qui le contraint à acheter à l'étranger de l'électricité à un prix exorbitant pour servir ses propres clients auxquels il est lié par contrats.
Cette absurdité ne correspond à aucun modèle économique et ne saurait durer sans créer de graves désordres, en particulier dans les possibilités de financement EDF pour le renouvellement du parc de production.
Si la production nucléaire devient définitivement un réservoir d'énergie dans lequel chacun peut venir puiser de l'électricité à bon marché pour faire des bénéfices au détriment de EDF, alors ce réservoir prend le caractère de « magasin général » qui doit être géré directement par l'Etat.
C'était l'esprit du projet Hercule, qui a été écarté pour des raisons évidentes de défense des intérêts des quarante fournisseurs alternatifs.
Le prolongement de la loi NOME et le passage à 42 euro/MWh du « tarif » de la braderie ARENH risquent bien de porter un coup définitif au nucléaire français.
Mais, n'était-ce pas le but premier de toute cette mascarade ?