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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 18:16

5 Mars 2016
On sait que le Nucléaire est un domaine où la dissimulation et le secret sont élevés à la hauteur d’une institution.
L’électronucléaire ne fait pas exception à la règle, bien qu’il s’agisse d’une activité industrielle civile qui, en principe, n’a rien à cacher.
Son caractère potentiellement hautement dangereux (La preuve n’en est hélas plus à apporter) et l’immersion des centres de production au sein des territoires habités fortement peuplés, sont deux raisons pour lesquelles la transparence la plus totale devrait être pratiquée.
C’est le cas officiellement.
L’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) est un organisme dont l’indépendance est garantie par l’Etat (On est prié de ne pas ricaner) et dont la tâche est de surveiller les activités électronucléaires, de détecter les failles de sécurité, de rapporter à qui de droit, d’émettre des injonctions à corriger ces failles, de veiller à l’exécution des interventions jugées nécessaires.
Les rapports de cette auguste institution sont consultables sur son site (www.asn.fr).
Tous les incidents se produisant sur chacune des INB (Installation Nucléaire de base) sont signalés à l’ASN et font l’objet d’un rapport circonstancié et d’un classement dans l’ordre de gravité ( Echelle INES).
La très grande majorité des incidents rapportés sont classés niveau 0 ou niveau 1, le niveau maximum étant 7, correspondant à la catastrophe majeure.
TOUS les réacteurs, récents ou anciens, sont inévitablement (Comme tout système complexe) affectés par des incidents, dont la gestion est prise en charge par des dispositifs de sécurité automatiques doublés ou triplés, et complétés par les interventions immédiates des équipes de sécurité de service.
Tout cela étant régis par des procédures précises intégrant les données du REX ( Retour d’EXpérience).
Le but ultime étant d’éviter la perte de contrôle du réacteur avec dénoyage partiel ou total du cœur, qui entraînerait la fusion de ce cœur avec éventuellement perçage de la cuve et libération du corium.
(LOCA, Lost Of Coolant Accident, niveau 7+).
On parle beaucoup en ce moment d’un problème qui affecte la zone « non nucléaire » du réacteur N°1 de Fessenheim.
(Comme s’il existait une zone non nucléaire dans une centrale!)
Il existe semble-t-il à cet endroit un problème récurrent de tuyauterie qui affecte l’alimentation des générateurs de vapeur.
A plusieurs reprises (2014 et encore en 2015), une portion de ce tuyau sous pression cède et il se produit une fuite importante.
Si la fuite n’est pas immédiatement repérée, l’eau se répand jusqu’à l’étage en dessous, qui héberge les armoires électriques qui commandent les dispositifs de sécurité qui, dans ce cas, déclenchent l’arrêt du réacteur.
(Un peu comme l’automobiliste dont le premier réflexe est d’arrêter son moteur lorsqu’il voit de la vapeur s’échapper de son capot).
Quand on parle de fuites, il s’agit ici de quantités colossales eu égard à la pression et au débit.
La chaîne de sécurité est doublée en deux parties indépendantes, chacune pouvant seule assurer la coupure du réacteur.
L’arrêt du réacteur s’obtient normalement en laissant plonger les barres de contrôle dans la cuve, ce qui stoppe la réaction par absorption des neutrons. Ceci est obtenu soit manuellement, soit automatiquement à partir de capteurs qui détectent l’anomalie.
Tout cela se passe entre gens de bonne compagnie, on éponge l’eau, on remplace la durite percée, on vérifie deux ou trois choses, et on relance le réacteur.
(Normalement on ne relance qu’après avoir obtenu l’autorisation de l’ASN).
Le problème ici est que le fameux tuyau a cédé à plusieurs reprises et que le réacteur a été relancé sans que la cause de l’accident ait été identifiée.
Il paraît également, d’après les informations des médias allemands (!) , que lors d’une de ces manœuvres l’arrêt du réacteur a été obtenue non pas par la méthode habituelle de relâchement des barres de contrôle, mais par injection de Bore dans le circuit primaire ( le Bore est un ralentisseur de neutrons efficace, on en injecte couramment pour réguler la température de l’eau primaire, en conjonction avec le réglage des barres de contrôle).
Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur l’orthodoxie de ces manœuvres, l’affaire se règle entre l’ASN, EDF et la CLIS.
Cependant on pourra noter que l’affaire n’a donné lieu à aucun relâchement de produits radioactifs, que le réacteur est resté sous contrôle, et que les équipes de sécurité ont maîtrisé la chose, même si parfois on a pu penser à de l’improvisation.
Ce genre d’incident est classé niveau 1.
Le fait que l’arrêt du réacteur ait été obtenu par injection de Bore et non par abaissement des barres autorise certains à penser que le circuit de commande de ces barres était hors service, ce qui serait alors un incident majeur.
(Les barres tombent de leur propre poids, il est exceptionnel qu’elles restent coincées).
D’autres ont supposé que, dans une vieille cuve, il valait mieux injecter du Bore qu’abaisser les barres, ce qui aurait pu provoquer un choc thermique qui aurait pu être mal supporté.
En tout état de cause on peut s’étonner que des armoires électriques, sur lesquelles repose la sécurité du réacteur, soient disposées dans un local inondable à la moindre fuite !
On peut aussi s’inquiéter de la fragilité d’une canalisation dont le rôle est primordial, et surtout de la vulnérabilité de l’ensemble dans lequel une panne peut en entraîner une ou plusieurs autres.
Tout cela apporte du grain à moudre pour les anti-nucléaires qui, à juste raison, exigent l’arrêt de certaines centrales que leur âge et leur situation géographique rendent décidément de plus en plus dangereuses, et qui ne sont plus supportées par nos voisins.
Il serait effrayant de penser que les mesures de sécurité relatives au maintien en activité des vieilles centrales soit traitées de la même façon que l’aménagement des secteurs routiers dangereux: on attend un certain nombre de morts pour décider d’intervenir.
C’est, hélas, ce qu’on peut craindre…
Pour en savoir plus, lire:
http://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires.

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