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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 11:54

Transition énergétique: Promesses, promesses….

24 Décembre 2016
Père Noël est en route pour garnir nos souliers.
Le vieux monsieur inoxydable va passer comme chaque année, laissant un lot d'heureux et un lot de déçus.
Nos hommes politiques, qui n'en sont plus à une mystification près, tentent d'usurper les fonctions de l'honorable vieillard en prétendant détenir des hottes pleines de merveilles, qu'ils sont prêts à déverser sur le bon peuple en échange d'une simple bulletin de vote.
En avons-nous connu de ces programmes mirifiques d'avant le mois de Mai, bien vite oubliés passé le second tour…
Les mêmes programmes peuvent d'ailleurs servir plusieurs fois, c'est l'avantage d'une promesse jamais réalisée, d'être quasiment inusable.
C'est le cas, entre beaucoup d'autres, de la transition énergétique.
Nous avons retrouvé le programme de développement de l'éolien off-shore  français, décidé en 2010 après les débats publics tenus du 28/04 au 10/09/2010.
Pour faire court, ce programme, établi après concertation était le suivant:
Le Tréport, 750 MW
Fécamp, 500 MW
Courseulles, 500 MW
Saint Brieuc, 500 MW
Saint Nazaire, 750 MW
Soit 3 000 MW installés, pour un investissement évalué à 10 Milliards d'euros ( 600 machines de 5 MW).
Les parcs devant être opérationnels en 2015.
L'objectif paraissait raisonnable, puisque la technologie choisie était standard (D'autres parcs off shore étaient déjà en fonctionnement en Europe du Nord avec les mêmes machines et avec la même implantation mono pieu sous faible profondeur d'eau).
En somme, un projet "sans histoire".
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Aujourd'hui, sept ans plus tard, pas une seule éolienne offshore n'est encore visible depuis la côte, même par temps clair et avec une paire de jumelles.
On en est encore à discuter le bout de gras avec on ne sait plus très bien qui pour résoudre on ne sait plus quels problèmes avant de commencer, peut-être un jour, les travaux.
Il paraît, aux dernières nouvelles, que les premières machines tourneraient pour 2020...ou 2021, c'est juré.
Trois présidents (Le troisième sera élu dans six mois) auront eu à traiter de ce programme, sans aucun résultat concret jusqu'à présent.
On n'ose imaginer les sommes qui auront été dépensées pendant ce temps par les commissions de ceci, les cabinets d'expertise de cela, les réunions interministérielles d'experts, pour savoir qui, quand et comment on allait procéder.
Et pourtant il s'agit d'un programme classé prioritaire, soutenu par l'Etat, c'est-à-dire par vous et moi, qui fait partie des engagements solennels de la France, réitérés par les présidents successifs au cours des grand-messes COPxx, en accord avec la Communauté Européenne, et avec ses financements.
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On peut dès lors se demander si tout cela ne serait pas une simple mascarade, certes tragique, destinée à amuser la galerie en donnant au bon peuple une image de dynamisme de bon aloi, un rideau de fumée destiné à cacher un conservatisme forcené ayant depuis longtemps décidé de laisser les enfants s'amuser avec les moulins à vent pendant que les grandes personnes vaquent à leurs affaires courantes.
Lesquelles affaires courantes sont en l'occurrence le développement du nucléaire et les accords sur les fournitures de pétrole et de gaz naturel.
(Avec en coulisse un regard en coin vers les gaz de schiste et le "revival" du Charbon).
Savez-vous que pendant que les discussions sur les parcs éoliens s'éternisaient, il a été procédé à la modernisation de la centrale à charbon de 600 MW du Havre ?
Non, ce n'est pas une blague…  
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La lecture de ce programme fantôme sur l'éolien offshore français permet par ailleurs de déceler une étrange anomalie concernant le montant des investissements prévus; étrange en ce sens qu'elle n'a soulevé aucune observation de la part de ceux qui ont, sur d'autres projets, crié au scandale à propos du coût.
Le programme éolien offshore dont nous parlons porte (portait) sur une puissance installée de 3 000 MW , pour un investissement de 10 Milliards, pour commencer.
(Et l'on sait ce que valent les budgets initiaux…, surtout s'agissant d'off-shore).
Le facteur de charge des éoliennes marines est de 35% environ, selon les résultats déjà constatés sur des parcs existants dans d'autres régions européennes.
L'énergie moyenne produite annuellement serait donc de 9 TWh, ce qui porte l'investissement à 1,1 Milliard par TWh  de production annuelle.
Par comparaison l'EPR de Flamanville produira 13 TWh par an, également pour un investissement réactualisé de 10 Milliards, soit 0,8 Milliard par TWh.
Oui, vous avez bien lu:
L'investissement (Initial) de l'éolien off shore, par TWh annuel produit, est donc de 37 % supérieur à celui de l'EPR réactualisé, sachant que ce réacteur est un prototype alors que les éoliennes de 5 MW prévues dans le projet sont des machines déjà industrialisées.
Et de plus, les éoliennes marines ont une durée de vie de 25 ans, contre 60 pour un EPR.
Et pourtant aucune voix ne s'est élevée pour s'étonner du montant de l'addition éolienne, alors que l'EPR a fait l'objet de multiples plaintes pour dépenses jugées déraisonnables, voire scandaleuses.
(Ce coût, jugé extraordinairement élevé par les opposants, reste l'un des paramètres importants du dossier à charge contre le nucléaire).
Comprenne qui peut.
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L'autre anomalie qui se révèle à la lecture du rapport sur l'éolien offshore est l'absence (Disons plutôt l'oubli volontaire) d'une partie essentielle de l'investissement, celle qui concerne les installations de compensation de l'intermittence.
On sait en effet que la production éolienne, comme la production solaire, est soumise aux caprices de la météo.
L'injection de cette production, à un niveau élevé, dans le réseau de distribution nécessite donc des installations de compensation de ces fluctuations très peu prévisibles. Ceci n'est plus à démontrer, le problème étant bien documenté par les énergéticiens, et les dossiers étant  consultables sur le net.
Ces moyens de compensation sont divers:
Centrales hydroélectriques, Stations de pompage/turbinage, centrales thermiques de relève, filière Hydrogène et pile à combustible, moyens de stockage Electrochimique, ou par inertie, achats de capacités de stockage à l'étranger, éventuellement par câble sous-marin, etc.
Pour gérer une production fluctuante il faut, en plus de ces moyens de stockage tampon, un système de gestion du réseau capable d'adapter la demande à l'offre lorsque les moyens de compensation sont débordés. Il s'agit du "Smart grid", ou réseau intelligent.
Tout cela est également bien connu et largement documenté, même si les opposants aux compteur Linky font semblant de n'avoir rien compris.
(Faire l'âne pour avoir du son est une technique bien connue).
Tout cela coûte extrêmement cher, et ce coût doit logiquement être intégré au coût de mise en place d'une production intermittente.
C'est du moins ainsi que l'on procède dans l'industrie, selon les règles de l'art.
Ce "petit" détail n'a bien sûr pas échappé aux promoteurs des parcs éoliens, du moins nous osons le croire. L'omission est donc délibérée, ce qui est une tromperie qui risque de compromettre le succès du projet non seulement au plan financier, mais aussi au plan technique.
En plus du prix du KWh sortant des éoliennes, les consommateurs devront donc supporter les coûts supplémentaires des installations de compensation de l'intermittence, dont on ne leur aura jamais parlé…
Les factures deviendront plus lourdes.
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Heureusement la cata n'est pas pour demain matin.
D'abord parce que les fameuses éoliennes offshore françaises n'existent encore que sur le papier.
Ensuite parce que la production électrique des 600 machines ne représentera que 1,6% de la production brute électrique française, qui est de 550 TWh.
Et d'ici 2020, EDF aura pris les mesures nécessaires à la gestion de cette énergie capricieuse.
A condition toutefois que les usagers, bernés par les anti-tout, ne s'opposent pas à la mise en œuvre du réseau intelligent.
Mais ceci est une autre histoire…
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En fait, les atermoiements actuels risquent de se prolonger encore longtemps. En effet, à force d'attendre l'arme au pied pendant cinq ans, la technologie a évolué, et maintenant la rentabilité est du côté des très grosses machine, de 8 MW voire davantage.
Et pour faire accepter ces machines, il faut les envoyer au large, donc les rendre flottantes car la profondeur ne permet plus un ancrage rigide sur le  fond.
Le projet doit donc être entièrement revu, de même que son financement car la nouvelle technologie exige des investissements beaucoup plus élevés.
Il est donc probable que nous devions encore attendre "un peu" avant de voir les premières éoliennes off shore françaises.
(Nous parlons bien sûr des parcs éoliens productifs et raccordés au réseau, et non des nombreux démonstrateurs dont on nous vante les performances époustouflantes, mais hélas non suivies de réalisations).
Un délai technique qui ne manquera pas de satisfaire les détracteurs de cette technologie, qui la considèrent ruineuse, peu efficace, et très encombrante.
Opinion évidemment discutable…
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Il faut voir, dans cette marche chaotique vers la transition, une conséquence de notre politique énergétique, qui fut décidée et fixée il y a un demi-siècle.
Politique sur laquelle il n'y a plus lieu de revenir, quand le vin est tiré il faut le boire, nous parlons bien sûr du nucléaire dont il faudra bien se débarrasser un jour.
Aujourd'hui, grâce à des choix énergétiques initialisés par "qui vous savez" à la sortie de WW2,  la France peut présenter un mix électrique pratiquement vierge de tout CO2:
75 à 80% de nucléaire, 10 à 15% d'hydroélectrique, un peu de solaire et d'éolien terrestre, et nous voilà à hauteur de 90 % d'électricité "propre" au sens de la lutte contre le changement climatique.
(Le caractère renouvelable ou pas du nucléaire n'ayant jamais été réellement débattu au niveau international, le doute profite donc à l'accusé).
L'électricité ne représente que le quart environ de notre consommation énergétique finale.
Le reste, c'est-à-dire la plus grosse partie, est couvert par les énergies fossiles, mais avec un soupçon d'énergie renouvelable à carbone recyclable, qui est le bois-énergie.
Nous pouvons donc dès à présent nous prévaloir de 30% environ d'énergie "conforme" à l'esprit de la transition, même si dans le détail il y aurait beaucoup à dire.
En ajoutant un peu de biocarburants par ci, un peu de biogaz par là, un zeste de géothermie, et surtout en forçant sur les économies d'énergies fossiles, nous pouvons présenter un bilan flatteur sans avoir à dépenser d'efforts supplémentaires.
Ceci explique peut-être cela.
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Tout se passe (Ou plutôt ne se passe pas) comme si cette histoire de réchauffement climatique était une bonne blague, à surtout ne pas prendre au sérieux.
Entre ceux qui doutent de la culpabilité réelle du CO2 anthropique, ceux qui pensent qu'un peu plus de CO2 serait bénéfique pour l'agriculture, ceux qui affirment que tout çà c'est la faute du Soleil, ceux qui simplement "ne croient pas" au réchauffement, ceux qui y croient mais pensent que deux ou trois degrés de plus ne feraient pas de mal, ceux qui croient en la démarche de capture et séquestration du Carbone, ceux qui attribuent les variations climatiques aux cycles naturels de Milankovic, ceux qui prédisent l'exploitation de l'Hydrogène naturel, ceux qui préparent la mise au point d'un nucléaire "propre", ceux qui annoncent la fusion froide, ceux qui pensent que nous avons des problèmes plus urgents à résoudre, ceux qui disent qu'un pays en faillite ne peut pas se permettre de casser un outil de production qui marche pour en construire un autre problématique, ceux qui réclament des investissements dans les énergies durables mais refusent de voir le prix du KWh augmenter, et ceux qui s'en foutent complètement, il est difficile de continuer à défendre des positions vertueuses, si mal défendues par les gouvernements eux-mêmes.
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La représentation théâtrale de la transition énergétique suit cependant son cours sans faillir. Nous venons d'avoir droit à deux annonces de la Ministre chargée, entre autres, de notre avenir énergétique.
La première concerne un projet d'éolienne offshore flottante, la seconde est relative à l'inauguration d'un tronçon de un kilomètre de route "solaire" pavée de panneaux photovoltaïques.
L'éolienne en question n'est pour l'instant qu'un démonstrateur de 2 MW, destiné à prouver la faisabilité de la chose, pour éventuellement songer plus tard à rentrer dans le vif du sujet.
La route solaire est une idée déjà ancienne, mais dont la réalisation implique la résolution de problèmes de haut niveau comme la tenue aux surcharges des véhicules d'exception y compris à chenilles, le vieillissement sous environnement très hostile ( Température, chocs, contraintes mécaniques, déformation des soubassements, résistances aux agents corrosifs, aux incendies de véhicules, etc) , les qualités routières du revêtement, la tenue au gel, et bien entendu le coût de l'investissement et la compatibilité avec les procédures et matériels d'entretien de la voierie.
Il s'agit donc d'un projet d'études de fond qu'il faut saluer, mais qui n'aura pas de retombées à grand échelle avant longtemps, s'il y en a un jour.
Ces deux lapins, sortis du chapeau de madame la Ministre, ont surtout intéressé les délégations taïwanaise, japonaise et chinoise, on se demande bien pourquoi…
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