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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 18:59

20 Mai 2014

L’éolien est donc un atout essentiel d’une transition énergétique décarbonée et dénucléarisée.

Ses vertus sont vantées dans les publications vertes, lesquelles ne rechignent pas à forcer sur le dithyrambe, parfois de manière excessive.

Puisque « sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur » , tâchons de voir de plus près ce qu’il en est exactement.

Jusqu’à présent le parc éolien français est exclusivement terrestre.

(L’entrée dans l’offshore est pour bientôt, puisque des contrats sont signés pour quelques parcs sur la côte atlantique, dont la production devrait démarrer vers 2018).

Pour l’année 2013, la production éolienne (donc terrestre) a atteint 15,9 TWh, ce qui représente environ 3% de la consommation finale d’électricité.

C’est à la fois peu et beaucoup.

C’est peu si l’on considère le volume de production encore marginal, sans réel impact sur l’activité de la branche électricité.

C’est beaucoup si l’on s’attache aux éléments de savoir faire acquis, et à l’expérience accumulée en matière de gestion de projets. Encore faut-il préciser qu’une bonne partie de cette activité éolienne a été suscitée par l’effet d’aubaine liée à un tarif de rachat substantiel. Mais la fin justifie les moyens…

Cette production a été obtenue grâce à un parc global assez disparate de 4285 machines d’une puissance moyenne de 1,9 MW. On parle donc de petites et moyennes éoliennes.

Au 31 Décembre 2013 La puissance installée raccordée au réseau était de 8 143 MW. Le facteur de charge a été de 23 % en moyenne sur l’année, avec des fluctuations en moyennes mensuelles entre 15% et 30% avec des pointes à 40% en janvier. Les fluctuations sont évidemment beaucoup plus importantes sur des échelles de temps plus réduites.

C’est ce que l’on appelle l’intermittence.

( Tous ces chiffres sont extraits du « Panorama des Energies renouvelables 2013 » publié par RTE ).

Ces résultats sont classiques, en accord avec ce qu’on peut attendre d’une production soumise aux caprices du vent.

Le retour d’expérience nous enseigne que l’on n’ira guère au-delà de ces puissances en terrestre, à cause des nuisances et du mauvais rendement.

A titre de comparaison, pour remplacer la production d’électricité nucléaire par ce type de machines, il faudrait un parc global de plus de 100 000 éoliennes ! Hypothèse évidemment absurde. D’autant plus que l’on aurait à supporter l’intermittence, donc à disposer des installations de stockage considérables.

Si ces chiffres peuvent faire grincer quelques dents, il était quand même important de les rappeler.

L’avenir n’est donc pas dans l’éolien terrestre, qui conserve malgré tout un intérêt local et doit être réservé aux zones bien ventées et/ou isolées.

Les projets d’ampleur portent sur l’éolien offshore.

Les arguments en faveur de l’offshore sont d’une part la force et la régularité des vents du large, et d’autre part la possibilité de monter des machines très puissantes, donc très grandes, sans risque de créer des nuisances sonores. Certains ajoutent que l’éloignement facilitera l’acceptation par le public, ce qui reste à démontrer dans des zones de grand intérêt touristique et d’exploitation piscicole. L’acceptation par les professionnels de la pêche côtière sera à la mesure du montant des indemnités et autres compensations qui ne manqueront pas d’être versées.

Va donc pour l’offshore, de toutes façons nous n’avons pas le choix !

Sur le marché mondial ( Un constructeur ne peut exister que s’il est présent sur le marché mondial, faut-il le rappeler) la concurrence est rude: Les cinq plus grands sont:

Général Electric ( US )

Vestas ( Denmark)

Siemens ( Allemagne)

Enercon ( Allemagne)

Gamesa ( Espagne)

Qui se partagent la moitié du marché mondial.

L’Inde et la Chine ne sont pas en reste, et se partagent déjà 25 % du marché, sans intention d’en rester là.

Les grandes manœuvres sont donc en cours, desquelles sortiront les trois ou quatre leaders mondiaux du secteur. Entre eux et d’autres acteurs moins importants se joue une partie de tric-trac dont nous avons quelques échos à l’occasion de « l’affaire » ALSTOM , dont l’activité énergie est convoitée par Général Electric. On peut aussi signaler l’accord de « joint venture » entre AREVA et GAMESA pour le développement d’une machine de 8 MW.

On notera au passage qu’AREVA est déjà présent sur le marché de l’éolien offshore ( AREVA WIND), mais à l’étranger: Fin 2014 cette entreprise aura installé plus de 120 éoliennes offshore du type M 5000 de 5 MW sur les côtes allemandes, à partir de l’usine AREVA de Bremerhaven. Nul n’est prophète en son pays…

Cette entreprise vient heureusement d’être sélectionnée en France pour le second appel d’offres atlantique, l’honneur est sauf …

N’oublions pas ALSTOM , dont la nouvelle machine « Héliade 150 » de 6 MW vient d’obtenir sa certification, mais qui risque hélas de changer de mains. A suivre dans votre journal habituel…

Au plan technique, les machines de demain sont déjà programmées pour 8 MW.

Un seul de ces monstres pourra produire 25 GWh par an grâce à un facteur de charge de 35%. Il en faudra tout de même plus de 400 pour égaler la production annuelle d’un seul réacteur EPR de 1 500 MW type Flamanville.

Ces super éoliennes coûtent évidemment très cher, on parle de 3 millions d’euros le MW pour les machines actuelles de 5 à 6 MW. Ce coût sera probablement plus près de 5 millions pour les machines géantes de 8 MW. ( Plus hautes que la tour Montparnasse !)

A ce niveau, notre parc de 400 éoliennes coûtera près de 16 Milliards d’euros ! C’est-à-dire largement plus que le prix du réacteur de Flamanville, jugé pourtant exorbitant par ses détracteurs. Et encore nous n’avons pas parlé des problèmes de compensation de l’intermittence qui, bien que moins important qu’en terrestre, n’en demeurent pas moins présents et doivent être mitigés. Ni des dépenses de restructuration du réseau de distribution rendues nécessaires par la redistribution des sites de production.

L’éolien offshore est donc très très cher.

Ce qui n’enlève rien à ses mérites, qui rendent cette technologie incontournable. Mais ce problème de coût ne doit pas être escamoté sous peine de fausser les débats. C’est un point important qu’il était nécessaire de rappeler pour contrebalancer les déclarations fantaisistes de certaines publications orientées, selon lesquelles l’éolien produirait une électricité bon marché.

Le problème du stockage de l’électricité, que nous avons déjà évoqué dans un précédent article, est un des points clés du développement de l’éolien et/ou du solaire. S’il est négligé, il s’ensuivra un gros risque d’effondrement du réseau de distribution, incapable de s’adapter aux fluctuations rapides de la production. L’éolien et le solaire seraient alors cantonnés dans un rôle marginal, ce qu’ils sont aujourd’hui en France.

La maîtrise du marché des énergies renouvelables suppose donc de disposer de la compétence dans les trois secteurs essentiels:

- la production de l’électricité.

- le stockage.

- La gestion du réseau de distribution.

C’est ce que s’efforcent d’obtenir les groupes industriels qui prétendent au leadership dans ce domaine.

Dans ce sens, AREVA et le CEA développent actuellement un système de stockage sous forme d’Hydrogène obtenu par électrolyse, l’électricité étant restituée grâce à un pile à combustible ( Plateforme MYRTE installée en Corse ). Il s’agit d’un embryon de filière Hydrogène, laquelle paraît un excellent candidat comme vecteur d’énergie permettant le stockage.

Une autre ambigüité doit être relevée à propos de l’éolien. Il s’agit d’un argument utilisé dans la Presse généraliste pour donner une image de l’efficacité d’un parc éolien. On cite habituellement le nombre de foyers pouvant être alimentés en électricité par tel ou tel parc. Il est facile de comprendre qu’une telle donnée n’a de sens que si l’on précise la consommation référence moyenne des foyers dont on parle, ce qui n’est jamais le cas.

Les secteurs Habitat et Tertiaire consomment environ 68 % de l’électricité, soit environ 340 TWh. Il y a 35 millions de foyers, dont les occupants consomment de l’électricité, non seulement dans leurs logements, mais aussi à l’extérieur en utilisant les services du tertiaire. Nous parlons alors de consommation élargie.

La consommation moyenne élargie d’un foyer est donc de 9 700 KWh par an, et non pas 3500 KWh comme souvent indiqué dans nombre de publications ( On trouve même parfois 1 500 KWh, chiffre parfaitement fantaisiste).

Il est à signaler également qu’aucune prévision de consommation ne tient compte de la voiture électrique, alors qu’elle sera un passage obligé lorsque les 29 millions de mètres cubes de carburants pétroliers consommés chaque année par nos bagnoles ne seront plus disponibles.

Il est donc nécessaire de faire atterrir le problème de l’éolien, et des énergies durables en général, du domaine du rêve dans celui de la réalité. C’est à cette seule condition que l’on pourra mesurer l’importance des efforts à accomplir, et prendre les bonnes décisions.

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