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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 16:10

11 Mars 2017

La mobilisation contre le compteur Linky ne désarme pas.
Les arguments les plus divers sont utilisés pour « démontrer » son caractère nocif.
Notre intention ici n’est pas d’ajouter notre grain de sel à une querelle déjà suffisamment compliquée, ni de prendre parti, mais de tenter d’éclaircir un point technique qui fait polémique.
Il s’agit d’analyser les conséquences de la présence dans le nouveau compteur d’un interrupteur de courant qui peut être actionné de deux façons:
- Automatiquement lorsque le courant dépasse la valeur correspondant à l’abonnement souscrit. C’est une fonction disjoncteur.
- Ou à l’initiative du fournisseur d’énergie lorsqu’il l’estime nécessaire, c’est une commande à distance, l’ordre est transmis par CPL.
L’arrivée du nouveau compteur provoque des disjonctions automatiques sur certaines installations, qui fonctionnaient correctement avec l’ancien compteur.
Tâchons d’y voir plus clair avant de condamner l’un ou l’autre.
(Cela s’appelle « instruire un procès »).
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L’interrupteur du Linky,  appelé « Breaker » , agit sur la phase. Il remplit la fonction de disjonction auparavant supportée par le disjoncteur de branchement EDF, qui remplissait aussi les fonctions AGCP ( Appareil Général de Coupure Principale) obligatoire dans toute installation raccordée au réseau, et disjoncteur différentiel 500 mA de sécurité.
Comme le Breaker ne remplit pas la fonction AGCP, on a conservé le Disjoncteur EDF.

Le Linky contient un système de mesure du courant et de la tension électronique, très rapide et très précis.
Il contient également une base de temps également très précise, qui lui permet d’échantillonner le courant et la tension à haute fréquence.
(Il peut aussi mesurer le déphasage, la distorsion,  et beaucoup d’autres choses, qui ne nous intéressent pas ici aujourd’hui, mais nous y reviendrons une autre fois).
Le microprocesseur inclus permet de calculer très précisément le seuil de déclenchement du Breaker, la courbe de déclenchement étant définie par le logiciel embarqué.
( N’oublions pas que le Linky est un ordinateur, qui peut faire beaucoup plus que simplement compter des KW).
Le fonctionnement du « breaker » est décrit dans le guide pratique du Séquélec consacré au compteur Linky.
(Le Séquélec est une instance de concertation qui réunit Enedis et les organisations professionnelles des installateurs électriciens)
Extrait du  Guide pratique Ref GP15, Compteur communicant Linky,
« Fonctionnement du « breaker » :
La courbe de fonctionnement du « breaker » du compteur Linky est basée sur la courbe thermique du disjoncteur de branchement à réglage équivalent ».
Reportons-nous donc à cette courbe, ici extraite du catalogue LEGRAND.

 

 

 

Si nous reparlions du compteur Linky ?

Le courant max en régime permanent se lit en haut et à gauche du graphique.
On constate que ce courant, du fait des dispersions de fabrication, est compris entre 1,1 et 1,4 fois le courant nominal correspondant au calibre choisi.
Pour le calibre de 45 A par exemple, le courant de déclenchement sera compris entre environ 49 A et 63 A.
Ceci traduit les dispersion normales de fabrication d’un matériel électromécanique.
La dispersion est du même ordre pour tous les calibres.
Le principe est que le disjoncteur ne doit jamais déclencher pour un courant inférieur au calibre choisi. Donc il déclenche forcément au-dessus, Monsieur de La Palice n’aurait pas dit mieux.
Le au-dessus en question doit tenir compte des dispersions de fabrication, ceci explique cela.
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Le disjoncteur électromécanique est donc très tolérant, puisqu’il permet des dépassements de courant assez larges.
Mais en plus, le réglage du calibre s’effectue par plots et non de manière continue.
Les valeurs courantes sont 15- 30- 45- 60- 75- 90 A.
Pour un abonnement de 9 KVA par exemple, le calibre choisi sera 45 A, car 30A serait insuffisant. Le déclenchement se produira alors entre 49 et 63 A, ce qui correspond à une puissance de 11 à 14 KW environ.
Et ceci pour un abonnement de 9 KVA !
Il y a là de quoi prendre de mauvaises habitudes, et considérer cette tolérance comme un « avantage acquis », ce que n’ont pas manqué de faire certains usagers.
(Et là nous retrouvons la lutte pour la préservation des avantages acquis, fondement de nombreux arrêts de travail, mais ne nous égarons pas).
On ne peut pas leur jeter la pierre, puisque ce système a fonctionné sans heurt pendant plus de cinquante ans.

Depuis les années cinquante, la technologie a fait quelques progrès et l’époque est aux économies d’énergie.

En conséquence, le nouveau compteur Linky est hélas beaucoup moins tolérant.
D’une part, pour un abonnement de 9KA, il vous fixera un courant max à la valeur correspondante, c’est-à-dire 42 A environ, et pas 49 et encore moins 63 .
D’autre part, s’agissant d’un compteur électronique, et on connaît la précision de l’électronique, la précision de la mesure sera excellente et la dispersion très faible.
Plus question de tirer 12 ou 14 KW en régime permanent avec un abonnement de 9 KVA !

Ceci ne fait pas l’affaire des usagers dont la puissance pouvait se trouver dans la zone de tolérance du disjoncteur EDF sans disjoncter, mais qui ne sera pas acceptée par le nouveau compteur.
Encore un avantage acquis qui disparaît…

Et pourtant, au moment où la puissance appelée sur le réseau va devenir un paramètre critique, surtout si l’on arrête quelques réacteurs nucléaires, il serait incohérent de reprocher à ENEDIS de vouloir supprimer les « abus » , même si ces abus étaient tolérés à l’époque faste.

Par ailleurs on comprend la « grogne » des usagers qui ont pu, pendant des décennies, « profiter » impunément d’une faiblesse de la technologie, et qui perçoivent la nouvelle situation comme une nuisance, alors qu’il ne s’agit que de « remettre les pendules à l’heure ».

Dans la même veine, certains automobilistes n’ont pas digéré l’arrivée des radars sur les autoroutes, au prétexte qu’avant ils roulaient à 150 et qu’ils ne voyaient pas de raison de changer si le péage restait le même…

Mes amis, nous sommes à l’ère de la transition énergétique, et la première manifestation de cette transition est l’optimisation de la puissance des installations de production.
Aujourd’hui, avec  90 GW, on est à l’aise, enfin presque.
Mais c’est du gaspillage, et les renouvelables n’y arriveront pas.
Demain, plus question de tirer 90 GW, il faudra faire avec 60 ou 70 GW, voire beaucoup moins en cas de pénurie de vent ou de soleil, et il nous faudra donc surveiller notre appétit de puissance.
Le compteur Linky est là pour nous y aider…au besoin en nous forçant un peu la main.
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Le problème se rencontre en particulier chez les utilisateurs de pompes à chaleur.
Le moteur qui entraîne le compresseur possède une puissance de l’ordre du quart de la puissance de chauffe requise ( pour un COP de 4).
Ce qui fait quand même quelques KW pour une installation conséquente.
Sans précautions, le courant de démarrage peut atteindre plusieurs dizaines d’ampères et causer une réaction du nouveau compteur, là ou l’ancien serait resté de marbre.
Sans parler des problèmes qui surviennent en cas de baisse de tension ou d’absence de système de limitation du courant de démarrage.
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Les clients candidats à l’installation d’une PAC, et même les installateurs, ont donc intérêt à lire de très près la fiche technique du Séquélec (Fiche N0 21).
Particulièrement en ce qui concerne l’abonnement souscrit ( Mini 12 KVA), le courant max de démarrage ( 30 A), l’impédance du réseau au point de raccordement, les fluctuations de tension du réseau, la puissance max de l’ensemble PAC + résistances de relève.
On peut avoir des surprises.
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L’arrivée du Linky aura ainsi contribué à la prise de conscience des usagers, placés bien malgré eux, devant un problème dont beaucoup ne soupçonnaient pas l’existence.
En choisissant d’abandonner les énergies fossiles et le nucléaire au profit des renouvelables, on fait le choix non seulement d’accepter de restreindre notre consommation d’énergie, mais aussi de devoir la partager, car elle devient une ressource limitée.
L’épopée du Linky n’est que le hors-d’œuvre du régime sec qui nous attend.
Autant s’y préparer tout de suite…
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