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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 16:12

13 Septembre 2013

Depuis bien des lurettes les augures nous prédisent des lendemains énergétiques tourmentés et onéreux.

Leurs prédictions ne manquent pas de fondements crédibles: Epuisement des ressources fossiles, coût des importations devenu intolérable, obligation de réduire les émissions de CO2, nécessaire recherche de l’indépendance énergétique, lutte contre la pollution de l’air de nos cités, etc….

Ces menaces ont induit aux plus hauts niveaux une prise de conscience de la nécessité d’un grand aggiornamento se traduisant par un vaste projet de transition énergétique.

Transition rendue concevable, faut-il le rappeler, grâce à l’existence de diverses sources naturelles d’énergie disponible en quantité illimitée, renouvelables, dépourvues des inconvénients des fossiles, facilement accessibles partout dans le monde, et dispensées de royalties.

Par un étonnant retour des choses, nous sommes désormais conviés à nous détourner des idoles chtoniennes que furent le pétrole, le charbon et le gaz naturel durant deux siècles, pour revenir à ce qui fut notre seule source d’énergie dans les temps anciens, le Soleil, qui nous dispense ses bienfaits sous les formes variées engendrées par son rayonnement: Energies Calorifique, photovoltaïque, éolienne, hydraulique, et bien entendu la vie sous la forme de biomasse.

Du sein de la Terre nous conserverons la géothermie, peu suspecte d’engendrer des calamités, à condition toutefois de prendre certaines précautions ( La radioactivité n’est jamais bien loin…).

L’énergie nucléaire occupe une place à part.

Elle est source de vie lorsqu’elle émane du Soleil, mais devient source de mort et de destruction lorsque l’on tente de la reproduire sur Terre.

Le mythe de Prométhée aurait-il quelque rapport prémonitoire avec l’Histoire moderne ?

En ce domaine l’Homme devra choisir la bonne voie, mais aura-t-il assez de sagesse pour voir au-delà de ses intérêts immédiats ?

Aurons-nous retenu quelque chose de la sagesse des anciens ?

La grande transition énergétique qui est devant nous ne consistera pas « seulement » à remplacer une énergie par une autre, mais bien de réformer nos modes de vie et nos comportements vis-à-vis de cette denrée jusqu’à présent perçue comme inépuisable et relativement bon marché.

Il est vite apparu que cette vaste réforme n’irait pas de soi. Il ne s’agit pas d’une manœuvre de sous-préfecture, mais bien d’une démarche mondiale qui suppose l’adhésion des Etats des pays développés et en voie de développement, dont les intérêts sont souvent contradictoires. De grandes pesanteurs viendront ralentir les projets. Les multinationales de l’énergie, dont le fonds de commerce repose sur les fossiles, ne renonceront pas sans lutter à leurs privilèges. Les pays émergents, gros consommateurs potentiels d’énergie, n’accepteront pas de remettre à plus tard leur marche vers le progrès. Les industriels et les consommateurs, satisfaits aujourd’hui par une énergie encore disponible à coût raisonnable, ne s’empresseront pas de changer leurs habitudes ni d’investir dans une reconversion complexe et onéreuse s’il n’y sont pas expressément obligés.

Car tout cela va coûter extrêmement cher, on parle de dizaines de milliers de milliards, il y aura beaucoup à perdre en cas de mauvais choix.

Pendant la période de transition, qui peut durer plusieurs décennies, il faudra garder deux fers au feu. D’une part développer la production des énergies durables, leur distribution, et les utilisations associées, et d’autre part continuer à satisfaire les besoins avec les énergies conventionnelles, qui ont encore de beaux jours devant elles, leur épuisement étant sans cesse repoussé à une date ultérieure.

Dans ce contexte peu favorable, les énergies nouvelles, malgré leur intérêt reconnu par tous, peinent à conquérir la place qui leur revient sur le terrain.

La France n’échappe pas à cette contradiction. Notre pays dispose de grandes possibilités d’exploitation des énergies renouvelables, et de plus doit importer à grands frais la totalité de ses produits pétroliers et de son gaz naturel. Deux excellentes raisons d’accélérer la transition énergétique.

Et pourtant l’enthousiasme est absent.

On peut trouver à cet attentisme une explication:

Nos modes de consommation énergétique ont été adoptés à une époque d’énergie abondante et très bon marché. Cette époque est révolue, nous devons désormais modifier profondément nos habitudes, et ceci concerne tous les domaines de la société depuis les transports jusqu’à l’habitat en passant par l’urbanisme, les déplacements, les loisirs, les communications, l’industrie, l’agriculture, etc…

Il s’agit en fait d’une véritable transition sociétale.

Notre société technologique est un gouffre énergétique, un seau percé qu’il serait vain de chercher à remplir sans avoir d’abord colmaté les fuites.

Au rythme actuel d’accroissement de la consommation, les énergies nouvelles seront définitivement incapables de fournir les besoins.

L’urgence est clairement dans la recherche des économies d’énergie, avant même de chercher à savoir par quoi on va remplacer le pétrole et/ou le nucléaire.

Mais cette démarche d’économie n’est pas spontanée. Elle implique des renoncements à des modes de vie insouciants, et surtout elle exige des investissements importants non disponibles en période de crise. Il faudra une à deux décennies, voire davantage, pour améliorer significativement la performance énergétique de la maison France.

Sont concernés l’isolation thermique des bâtiments de toute nature, la réduction de la consommation des véhicules thermiques, le développement du véhicule électrique, des réseaux de chaleur dans le collectif, la rationalisation des usages de l’énergie ( réseaux intelligents, domotique, délestage ), des déplacements ( covoiturage, télétravail ), le développement des réseaux de transports collectifs maillés, de la cogénération, des grands réseaux d’interconnexion internationaux, etc…

Ce « grand chambardement » est un préalable à l’introduction sur une grande échelle des énergies nouvelles qui ne seront efficaces que si les infrastructures sont préparées à les recevoir.

Il s’agit en somme de ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

Se hâter lentement peut se révéler une bonne stratégie, sans pour autant négliger les travaux de recherche et développement des outils nécessaires à l’exploitation des nouvelles énergies, éoliennes, hydroliennes, centrales solaires à concentration, panneaux photovoltaïques hybrides, méthaniseurs, biocarburants de deuxième et troisième génération, filière hydrogène, petit hydraulique, industrialisation de la filière bois, biocarburants, géothermie, et surtout procédés de stockage de l’énergie électrique indispensables pour compenser l’intermittence des nouvelles sources.

De nombreuses questions restent encore pendantes, qui devront être résolues avant qu’une stratégie de transition soit arrêtée. Les deux principales sont le stockage de l’électricité, et le basculement sur l’électricité de nombreux processus industriels utilisant aujourd’hui des produits pétroliers ou du gaz naturel, et qu’il faudra abandonner un jour.

Ce basculement pose un problème de faisabilité et d’accroissement considérable de la demande électrique.

Par exemple sur 82 Mtep de consommation de produits pétroliers, seulement une faible partie est utilisée par la branche énergie ( pour produire 25% des besoins électriques, avec le Gaz). Le reste est consommé par l’Industrie, l’Agriculture, les applications non énergétiques (pétrochimie ), et surtout les transports.

Une grande partie de cette demande devra basculer sur les énergies nouvelles, c’est-à-dire sur l’électricité. Comment ? Avec quelles technologies ? A quel rythmes ? Avec quels financements ?

Le basculement sur le gaz naturel n’est évidemment qu’une posture d’évitement puisque c’est encore une source fossile.

Ces grandes questions ne sauraient être glissées sous le tapis, sous peine de brasser de l’air sans efficacité et d’aboutir à une grande kermesse énergétique qui laisserait le pays dans une situation de chaos.

Le Gouvernement cherche des solutions pour faire bouger les lignes et amorcer le basculement, la première des stratégies étant de réduire la consommation par le choix de la sobriété énergétique.

La pompe doit être amorcée grâce à des mesures à la fois incitatives et contraignantes, les démarches spontanées ne suffisant pas, et de loin, à atteindre les objectifs fixés.

Les technologies existent dans les domaines principaux que sont l’isolation thermique des bâtiments, les installations de chauffage et conditionnement d’air, de production d’eau chaude, les appareils électroménagers, la voiture électrique, la gestion domotique, la production individuelle d’électricité ( photovoltaïque et petit éolien), la cogénération.

L’obstacle à lever est bien entendu financier.

Tout cela coûte très cher et représente pour le consommateur un investissement important que la crise actuelle rend problématique.

L’Etat (c’est-à-dire nous-mêmes), déjà fortement endetté, ne peut soutenir financièrement ce secteur que s’il prélève les sommes nécessaires sur le contribuable.

Cette mutualisation de la dépense satisfait certes les bénéficiaires, mais mécontente les citoyens dont les faibles revenus ne leur permettent pas d’isoler leur logement, d’acheter une chaudière à condensation ou une auto électrique.

Le procédé a donc ses limites, on ne peut demander à des citoyens de payer pour des prestations qui seraient pour eux inaccessibles faute de revenus suffisants.

On se souvient des réactions de l’opinion lors de la tentative d’établir une tarification progressive de l’énergie.

Une nouvelle tentative est actuellement en cours, il s’agit de la contribution climat-énergie (CCE) dont la vocation serait plus générale, avec comme objectif le « respect de l’équité et de la solidarité du système de prélèvement français ».

Les recettes issues de la CCE seront redistribuées via le fonds de transition énergétique (ou fonds de conversion écologique).

C’est du moins l’engagement exprimé, acceptons-en l’augure.

Reste à savoir ce qu’il adviendra de la TICPE, de la CSPE, et bien entendu de la TVA sur le gazole.

Nous aurons l’occasion d’en reparler…

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