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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 16:28

 

3 Février 2013

La stratégie d’optimisation énergétique définie par le Grenelle de l’environnement se traduit par une toujours plus grande exigence de la Règlementation Thermique des bâtiments, ce que l’on ne peut qu’approuver.

La première étape de l’évolution a été la promotion de la sobriété énergétique avec l’objectif du Bâtiment Basse Consommation (BBC) à 50 KWh ep / m2.an.

La nouvelle version RT 2012 fait de cette référence une base ( modulable) obligatoire à partir de Janvier 2013 pour tous les bâtiments d’habitation, et fixe pour la prochaine décennie l’objectif du bâtiment à énergie positive.

De plus la règlementation thermique rappelle les correspondances retenues entre énergie primaire et énergie finale:

Pour l’électricité: 1 KWhef correspond à 2,58 KWh ep

Pour les autres énergies: 1 KWhef correspond à 1 KWh ep

En clair, cela exclut le chauffage électrique par convecteurs puisqu’il se trouve pénalisé d’un facteur énorme de 2,58 totalement dissuasif.

En 2009, environ 70% des logements neufs étaient encore équipés du chauffage électrique.

Ils n’étaient plus que 40% en 2011, pour probablement s’éteindre en 2013.

L’énergie de remplacement est majoritairement le gaz, dont les émissions de CO2 sont conséquentes, bien qu’inférieures à celles du fuel.

En France, plus de 90% de l’électricité est produite sans émission de CO2, à partir du Nucléaire, de l’Hydraulique, et des ENR.

On peut alors se demander, après tout le battage médiatique visant à diaboliser le CO2 et les énergies fossiles carbonées, par quel étrange raisonnement on en est arrivés à proscrire l’électricité au profit du gaz, qui de plus doit être acheté à l’étranger, ce qui plombe notre balance du commerce extérieur.

Mon voisin et moi n’avons pu émettre que quelques hypothèses qui, bien qu’étranges, nous paraissent seules capables de fournir un semblant d’explication:

- Les théories du réchauffement climatiques ont évolué, le CO2 anthropique n’est plus considéré comme seul responsable, et de toutes façons les chinois s’en moquent, alors pourquoi serions-nous seuls à lutter contre des moulins à vent ? D’ailleurs, voyez à Daho, l’enthousiasme a disparu.

- La balance du commerce extérieur ne sera pas affectée par un surcroît de consommation de gaz, puisque la France va bientôt disposer d’abondantes ressources de gaz de schiste.

- De plus, le gaz naturel pourra être avantageusement complété par le biogaz injecté dans le réseau, le marché s’annonce prometteur, nos amis allemands en font déjà un grand usage.

- L’électricité pourra éventuellement opérer un retour gagnant grâce aux pompes à chaleur lorsqu’elles seront adaptées à l’habitat collectif.

- Si, comme cela en prend la tournure, les vieilles centrales nucléaires ne sont pas remplacées, il faudra faire face à un déficit de production colossal d’électricité, que les ENR seront bien incapables de combler. Il est donc vital de réduire drastiquement la consommation, même au prix de conséquences discutables.

Ce facteur 2,58, qui signe l’arrêt de mort de l’effet Joule, trouve sa raison d’être dans les méthodes traditionnelles de production d’électricité. Les centrales thermiques à flamme consomment du charbon, du gaz ou du fuel, pour produire du courant avec un rendement d’environ 40%;

Pour produire 1 KWh d’énergie électrique ( énergie finale), il faut donc brûler environ 2,5KWh de charbon, gaz ou fuel, dans la chaudière (énergie primaire).

Le facteur 2,58 est une valeur conventionnelle. Dans la réalité il peut être supérieur selon le vrai rendement et les pertes en lignes.

Pour un pays qui produit son électricité avec des centrales thermiques, le fameux facteur 2,5 (officiellement 2,58) a un sens au plan thermodynamique, même si économiquement il est discutable.

Mais lorsque cette électricité est produite par un procédé qui n’utilise pas le principe de Carnot, cela n’est pas pertinent.

Or l’Hydraulique, l’ Eolien, et le Solaire photovoltaïque, qui sont les énergies de l’avenir si j’ai bien tout compris, produisent de l’électricité sans utiliser le principe de Carnot. Le facteur 2,58 ne devrait donc pas les concerner.

Par ailleurs, si malgré tout l’on cherche à chiffrer l’ énergie primaire éolienne, solaire, ou hydraulique, on entre dans le domaine de l’absurde.

Quant à l’énergie nucléaire, il est difficile de parler de rendement de 40% à propos d’un procédé dont les « déchets » valorisés représentent davantage d’énergie qu’il en est consommé dans le système !!!

( D’ailleurs le combustible extrait des cuves après usage n’est pas classé comme déchet, ce qui est logique puisqu’il contient encore une énergie considérable. Le Nucléaire a beaucoup de défauts, mais au moins il faut lui reconnaître un rendement supérieur à tout le reste).

Cette pénalisation dissuasive de l’électricité par la RT 2012 nous paraît doublement contre productive car, d’une part elle fait la part belle aux énergies fossiles carbonées qu’il faut acheter à l’étranger, et d’autre part elle constitue un message fort contraire aux exhortations en faveur de la lutte contre le CO2.

A moins que le nouveau dogme, encore inavoué, ne soit le retrait du nucléaire, auquel cas le retour aux fossiles est évidemment une obligation.

J’en connais qui vous se demander si vraiment çà vaut encore la peine d’investir dans des parcs éoliens ou solaires, alors que les autorités de régulation font la promotion du gaz…

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 15:58

 

30 Janvier 2013

Il a donc été décidé que le démantèlement d’une tranche nucléaire doit démarrer immédiatement après l’arrêt définitif de la production.

Cela bien sûr rend obsolète l’option du sarcophage, considérée comme cadeau empoisonné aux générations futures. On s’interrogera quand même sur la nature du « cadeau » constitué par les stocks de déchets HALV ( Haute Activité Longue Vie) enfouis dans des sites dispersés dans le monde et dont l’identification et la protection ne sont garantis qu’approximativement.

En fonctionnement le combustible nucléaire est le siège de réactions de fission sous l’effet du rayonnement neutronique contrôlé par le dispositif ralentisseur constitué des barres plus ou moins enfoncées dans la cuve, et de l’eau primaire elle-même convenablement dosée en acide borique (pour faire simple).

Les produits de fission, qui sont eux-mêmes radioactifs, s’échappent et sont transportés par l’eau du circuit primaire et vont polluer sous forme d’oxydes les moindres recoins de tout le matériel qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte de confinement, et même un peu ailleurs, le tout pendant toute la durée d’exploitation, soit quarante ans ou plus.

D’autre part les matériaux du réacteur qui sont soumis au flux neutronique contiennent en très faible concentration des nucléides susceptibles d’être activés par les neutrons et de constituer des sources de radioactivité. C’est le cas en particulier de la cuve et de la tuyauterie adjacente.

Lorsque le réacteur est arrêté, et le combustible résiduel enlevé, toute cette pollution radioactive subsiste et doit être éliminée avant de pouvoir considérer le site comme neutralisé.

C’est la tâche essentielle du démantèlement, qui commence donc par une grande lessive un peu spéciale.

Après vidange du système il faut nettoyer la cuve, les générateurs de vapeur, les pompes, toute la tuyauterie, tous les dispositifs de contrôle et de réglage, les auxiliaires d’injection de sécurité, la régulation de pression, les grappes de ralentisseur, les gaines de combustible, les supports divers, les câblages, la piscine, et l’enceinte de confinement en béton.

Cette liste, non exhaustive, donne une petite idée de l’ampleur des travaux.

Ces produits de fission se déposent partout sous forme de dépôt d’oxydes de quelques microns d’épaisseur, et selon le matériau une pénétration dans le matériau sous une épaisseur variable de quelque microns (dans le métal) jusqu’à plusieurs décimètres dans un béton fissuré.

Il faut donc procéder à un grand récurage pour éliminer toute cette pollution. Les polluants récupérés sont ensuite traités selon leur appartenance et stockés sur des sites souterrains où ils sont priés de se faire oublier pendant quelques siècles voire davantage.

On parlait autrefois d’ « enfouissement » des déchets. Ce terme à connotation péjorative ( on enfouit des ordures pour les cacher) a été remplacé par le terme de « stockage géologique » qui signifie exactement la même chose mais en plus sémantiquement acceptable. Et puis ce terme de stockage, trop lié à la notion d’abandon et d’oubli, a été à son tour remplacé par le terme moderne d’ « entreposage de longue durée », associé à la notion de réversibilité.

Voici donc les déchets radioactifs dûment placés sous contrôle, assurés d’un suivi conforme à une procédure de longue durée et susceptibles d’être réintroduits dans une chaîne de retraitement.

Mais quelle est précisément cette durée et quelle est cette chaîne de retraitement ?

Pour ce qui concerne la durée, la réponse est « on n’en sait rien ».

Il est admis qu’une génération peut créer et résoudre un problème à l’échelle de cinquante ans. Il est admis également qu’un stockage de longue durée ne peut être raisonnablement assuré que sur une échelle de trois siècles. Au-delà il est impossible de prévoir l’évolution des régimes sociaux et politiques, de se prémunir contre les pertes de maîtrise des capacités technologiques, ni contre les accidents géomorphologiques, ni de garantir la bonne transmission de la traçabilité.

Or les déchets classés HAVL ( Haute Activité à Vie Longue) demeurent dangereux très au-delà de quelques siècles.

L’entreposage de longue durée n’est donc qu’une étape transitoire qui ne résoudra en aucune façon le problème à long terme.

Pour ce qui concerne l’éventuelle chaîne de retraitement censée transformer les déchets HAVL en produits FAVL ( Faible Activité à Vie Longue), des pistes sont proposées, qui reposent sur le développement de réacteurs de quatrième et cinquième génération, lesquels ne sont pas assurés de voir le jour.

Le problème des déchets nucléaires demeure donc entier. Les « solutions » proposées aujourd’hui consistent à refiler la patate chaude aux générations futures.

Tout cela est-il bien moral ?

 

 

 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 15:59

 

29 Janvier 2013

Arrêter un réacteur nucléaire, c’est facile.

Chaque réacteur est arrêté tous les dix-huit mois pour le renouvellement d’une partie du combustible, et tous les dix ans pour les grandes visites décennales de contrôle.

Mais, lancer une procédure d’arrêt définitif, c’est une autre paire de manches !

Une installation nucléaire n’est pas une entreprise ordinaire. La haute dangerosité des produits et le haut niveau de contamination des installations elles-mêmes imposent le respect de procédures rigoureuses pendant toutes les étapes jusqu’au démantèlement complet et le déclassement du site ( éventuellement le «retour à l’herbe » ) .

Toutes ces opérations sont encadrées par la Loi TSN ( Loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire), et le décret relatif aux INB ( Installations Nucléaires de base).

Il n’est pas question d’arrêter des réacteurs et de partir en laissant les clés et en priant le personnel d’aller voir ailleurs.

Dans le processus normal, c’est l’exploitant qui programme l’arrêt définitif d’une installation, quelle que soit la cause de cet arrêt. Succinctement, la procédure est la suivante:

Trois ans avant la date décidée pour l’arrêt définitif, l’exploitant doit en informer le ministre en charge de la sureté nucléaire et l’ASN ( Autorité de Sureté Nucléaire). Il remet à cette occasion une mise à jour du plan de démantèlement comportant tout les détails touchant la sureté, et une étude d’impact sur l’environnement.

La demande d’autorisation doit être approuvée par décret ( Décret d’autorisation de MAD-DEM , Mise à l’Arrêt Définitif Démantèlement.

Il s’agit donc d’un processus long au cours duquel il est impossible de court-circuiter les procédures règlementaires établies sous peine de créer des failles dans la chaîne de sécurité du démantèlement.

Autrefois ( si tant est que l’on puisse parler d’autrefois en matière nucléaire !) on pensait qu’il était judicieux d’attendre dix à vingt ans après l’arrêt, avant d’entreprendre le démantèlement, ceci pour laisser la radioactivité baisser et ainsi avoir un accès plus facile.

Aujourd’hui on a compris que les opérations de démantèlement doivent commencer tout de suite après l’arrêt, ce qui permet d’impliquer le personnel compétent dans le transfert de la mémoire du site. Une bonne connaissance des particularités du site et de l’historique des incidents est indispensable à la bonne conduite de ce démantèlement. Après dix ou vingt ans, toutes ces données sont oubliées et le personnel compétent est parti ailleurs.

La décision d’arrêt définitif peut être motivée par différentes causes:

1 - Rapport défavorable de l’ASN, avec refus de délivrer l’autorisation de poursuite d’exploitation.

2 - Technologie dépassée par l’état de l’art, entraînant des coûts d’exploitation excessifs rendant l’objet non rentable.

3 - Matériel vieillissant nécessitant de lourds investissements pour obtenir une prolongation de l’exploitation et/ou la mise en conformité avec de nouvelles normes .

4 - Non-conformité avec de nouvelles règles de sécurité pour les personnels et/ou les populations avoisinantes.

Qu’en est-il par exemple pour les centrales françaises en service ?

Point N°1.

L’ASN n’a émis aucune préconisation d’arrêt définitif. Il a été constaté que les travaux demandés à la suite des dernières inspections sont en bonne voie d’exécution.

Point N°2.

La technologie à eau légère pressurisée est toujours d’actualité, elle a été reconduite dans la prochaine génération EPR, avec des améliorations de sécurité.

La rentabilité d’exploitation reste satisfaisante selon l’exploitant.

Point N°3.

Les matériels ayant été jugés vulnérables ont été remplacés et les cuves ont été jugées aptes à assurer leur service à la suite des visites décennales.

Point N°4.

La catastrophe de Fukushima a provoqué un électrochoc dans la population. Les pouvoirs publics ne peuvent plus rester indifférents aux inquiétudes légitimes renforcées par une abondante information de qualité exposée dans les média et sur internet. De nombreuses vulnérabilités ont été mises en évidence dans de nombreux sites.

Il est apparu que la seule autorité de l’ASN ne suffit plus à garantir la prise en compte des risques réels, trop souvent masqués par des analyses statistiques et sous-évalués dans des modèles mathématiques qui ne valent que ce que valent les données que l’on y introduit.

Cependant les règles de sécurité garantissant la protection des populations n’ont pas été modifiées.

Les pressions exercées par les associations de défense de l’environnement en faveur d’une sortie du Nucléaire, font émerger la possibilité d’une sixième cause d’arrêt définitif d’un réacteur, et qui consisterait en une décision gouvernementale outrepassant les prérogatives de l’ASN, et celles de l’exploitant.

Pour éviter que cette décision ait un caractère uniquement politique, ce qui créerait un précédent fâcheux, un certain nombre d’éléments techniques nouveaux seront évoqués pour justifier un changement de stratégie de sécurité que l’ASN n’aura aucune difficulté à entériner.

Parmi ces éléments nouveaux ont pourra trouver:

- L’absence de récupérateurs de corium sur les réacteurs existants.

- L’insuffisance d’épaisseur des radiers.

- Eventuellement de nouvelles normes de sécurité.

L’ensemble de ces éléments serait présenté comme nécessitant des frais excessifs pour la mise aux normes.

Le président de la République a exprimé la volonté de voir les réacteurs de la centrale de Fessenheim mis à l’arrêt définitif fin 2016 /début 2017.

Pour que ce souhait devienne une décision administrative autoritaire, il faudrait qu’une proposition de loi soit débattue au Parlement et fasse l’objet d’un décret d’application, en cas de vote positif bien entendu.

On ne voit pas très bien quels attendus pourraient être invoqués pour justifier l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim tout en maintenant en service les autres réacteurs de la même génération.

La transition énergétique a bien été invoquée par la ministre pour justifier la décision d’arrêt, mais on ne voit pas très bien le rapport si l’on n’arrête pas en même temps l’EPR, ce qui n’est pas le cas !

On note également des prises de position pro-Fessenheim au sein même du Ministère de l’Ecologie ( En effet, l’arrêt d’un réacteur nucléaire implique son remplacement immédiat par une centrale thermique émettrice de CO2 !).

Pour éviter une procédure lourde et qui risque de s’enliser, la décision d’arrêt doit être prise par l’exploitant lui-même sur des critères industriels et/ou financiers qu’il lui appartiendra de justifier, ou non, devant ses actionnaires.

Il est vraisemblable, voire certain, qu’en échange de la mise à l’arrêt d’un site encore productif, l’exploitant négociera de substantielles indemnités compensatrices.

Selon le calendrier défini par la procédure, le dossier de démantèlement de Fessenheim doit être déposé en 2013.

Affaire à suivre…

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 19:24

 

23 Janvier 2013

Dans le rapport officiel de la commission d’enquête indépendante japonaise sur l’accident de Fukushima, on peut lire en préambule cette phrase pour le moins inquiétante:

« Ce qu’il faut admettre, aussi douloureux soit-il, c’est que nous avons affaire à un désastre « made in japan ». Les raisons fondamentales sont à chercher dans le souci des convenances qui fait partie intégrante de la culture japonaise: notre obéissance automatique, notre réticence à remettre en cause l’autorité, notre attachement au « respect du programme », notre dépendance au groupe et notre insularité ». Fin de citation.

C’est, s’il en était encore besoin, la reconnaissance officielle de la prépondérance du facteur humain dans le risque nucléaire.

Les bons esprits feront remarquer que le Japon n’est pas le reste du monde, ce dont nous conviendrons volontiers.

Mais qui osera affirmer que ce facteur de risque, qui s’exprime au Japon « à la japonaise », n’existe pas aussi chez nous, exprimé sur un autre mode, « à la française » ?

Sur quels chromosomes faut-il chercher les gènes dont l’expression nous a conduits à:

- Construire nos réacteurs en décidant de ne pas les équiper de récupérateurs de corium en affirmant sans preuve que nos cuves ne peuvent pas se percer ?

- Construire une centrale juste au-dessus de la plus grande nappe phréatique d’Europe, et avec un radier d’épaisseur insuffisante ?

- Etablir cette centrale huit mètres en contre-bas d’un canal véhiculant un trafic important, et en zone sismique ?

- Nier la contamination du territoire français par le nuage de Tchernobyl en affirmant contre toute évidence que ce nuage s’est arrêté à la frontière ?

- Arrêter la hauteur d’une digue à la valeur indiquée par un modèle mathématique sans prendre de marge de sécurité ?

- Prolonger la durée d’exploitation de réacteurs sur les bases de seuls arguments d’autorité ?

- Négliger de sécuriser l’alimentation électrique des centrales au prétexte que les groupes électrogènes y pourvoiront, et installer ces groupes en zone inondable ?

- Confier la conduite, la surveillance, et la maintenance à des sous-traitants en leur déléguant la responsabilité de la compétence, et accepter plusieurs niveaux de sous-traitance ?

- Etc…

On ne sait comment les japonais s’y prendront pour modifier leurs reflexes culturels, la tâche est immense et peut-être dépasse-t-elle les capacités humaines.

En tous cas nous voilà prévenus. La meilleure technologie ne suffira pas à juguler le risque nucléaire. Le maillon faible, c’est l’homme lui-même avec ses certitudes, son orgueil, sa suffisance, son égo surdéveloppé, sa soumission à l’intérêt financier, qui l’amène à accepter de mettre en balance la rentabilité d’une part, et la probabilité du risque d’autre part.

Lorsque la culture développée dans une société renforce ces tendances naturelles en y greffant ses codes, le pire est à craindre lorsque les enjeux dépassent les capacités morales des responsables.

Nous connaissons les enjeux du risque nucléaire, sommes-nous sûrs des capacité morales de ceux qui sont censés nous en protéger ?

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 11:36

 

21 Janvier 2012

On prête à Clémenceau l’inoxydable aphorisme:

« Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission ».

Les cyniques ne manqueront pas d’épiloguer sur le probable sort du débat sur la transition énergétique qui, en matière de commissions, se trouve bien pourvu.

Habituellement, les problèmes énergétiques du Pays sont traités au sein des instances compétentes et les décisions importantes sont prises par le Gouvernement sur propositions des dites instances. Il n’est pas d’usage de consulter le peuple en la matière, eu égard au caractère hautement technique des problèmes débattus, pour lesquels le quidam moyen est supposé ne pas posséder la compétence requise à l’élaboration d’un jugement pertinent. Nous n’émettrons aucun avis sur ce présupposé, chacun appréciera selon sa propre sensibilité, notamment à propos de la compétence technique des hommes politiques chargés de décider en dernier ressort.

Le débat sur la transition énergétique ne fait pas exception à la règle.

Un débat, oui, mais entre gens de bonne compagnie. Seuls seront consultés les spécialistes de la spécialité, qu’il s’agisse de la Science, de la Technologie, de l’Industrie, de l’Environnement, de l’Economie, et bien entendu de l’Energie.

A quoi servira ce débat ?

En effet, on peut se demander pourquoi il est nécessaire d’organiser un débat national autour d’un problème dont tous les éléments sont déjà connus et largement diffusés.

Un référendum, oui, mais un débat ?

Qu’il s’agisse du devenir des réserves fossiles d’énergie, de l’exploitation de réserves nouvelles comme les gaz et huiles de schiste et le l’offshore profond, du développement des énergies renouvelables, de la sobriété énergétique, de la lutte contre le réchauffement climatique, des avantages et inconvénients du Nucléaire, etc, tout a été dit ou presque.

Il ne « reste » plus qu’à prendre des décisions sur la stratégie à adopter pour mettre tout cela en musique.

Voici donc organisée cette grand’messe avec tout ce qu’il faut de solennité, de rituel, et d’œcuménisme.

Le cœur du dispositif est le Conseil National du Débat, composé de 112 membres représentant sept collèges:

L’Etat, Les Syndicats, les Employeurs, Les Organisations Non Gouvernementales, les Associations de Consommateurs, les Elus locaux et les Parlementaires. L’ensemble est censé représenter les forces vives de la Nation.

Au-dessus de cette assemblée se trouve le Comité des sages, de 6 membres.

Inutile de dire que la composition de ces instances et le choix des participants a donné lieu à de fortes contestations de la part des « laissés pour compte » ou supposés tels.

Il s’agit donc dès le départ d’un débat tronqué puisque seuls auront droit à la parole quelques heureux élus, choisis sur quels critères ?

Un comité d’experts de 40 membres sera chargé d’évaluer les différents scénarios énergétiques. Avec bien sûr les mêmes réserves sur le choix des personnes.

La communication sera assurée par un Comité des Citoyens, un Groupe de contact des Collectivités, et un Groupe de contact des Entreprises de l’énergie.

Cette sorte d’usine à gaz est censée définir la meilleure stratégie de transition énergétique qui doit faire de la France un leader mondial en la matière.

A la décharge des organisateurs de ce cirque il faut quand même admettre que les enjeux sont considérables et que de mauvais choix peuvent entraîner de fâcheuses conséquences pour notre avenir industriel et économique.

Mais peut-on attendre autre chose qu’un consensus mou de la part d’une assemblée comportant des groupes aussi violemment antagonistes que les écologistes et les tenants du nucléaire ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit: La sortie du Nucléaire doit-elle être inscrite ou non au fronton de la stratégie ? Tout le reste en découle.

Et cette décision-là est purement politique, point n’est besoin de réunir le ban et l’arrière ban pour la prendre et pour l’inscrire dans la loi avec un échéancier.

Faute d’une prise de position nette sur l’avenir réservé au Nucléaire, on ne voit pas très bien quelle stratégie il est possible de construire pour l’avenir énergétique.

Les déclarations du Président sont suffisamment vagues pour que la question reste ouverte:

D’une part il annonce un objectif de réduction de 75% à 50% de la part du Nucléaire dans le mix électrique en 2025, et d’autre part il n’interrompt pas les chantiers de l’EPR , ni celui du réacteur ASTRID, démonstrateur industriel d’une version « améliorée » de Super- Phoenix.

Par ailleurs, l’annonce de l’arrêt de Fessenheim en 2017 est une fausse annonce puisque cette centrale aura de toutes manières atteint sa limite d’âge à cette date.

Voilà donc un débat qui sera dès le départ plombé par une incertitude de taille sur le sort réservé à la principale source d’électricité française.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:53

 

18 Janvier 2012

La transition énergétique est l’un des objectifs phares du quinquennat du nouveau Président, ce que l’on admet aisément si l’on en juge par le soin mis à sa préparation. En effet, pas loin de huit mois auront été nécessaires pour définir les modalités et désigner les heureux participants aux différents comités.

Si tout va bien, les débats pourront commencer ce mois-ci, pour aboutir à une Loi de Programmation dans six mois.

Sans préjuger du contenu de cette future Loi, on en connaît déjà les grandes lignes, fixées par la feuille de route préalable rendue publique lors du discours d’ouverture de Septembre 2012.

Sans surprise on y retrouve les quatre sujets essentiels:

Les énergies renouvelables.

Les économies d’énergie.

L’énergie Nucléaire.

Les financements.

Sujets déjà amplement rebattus et sur lesquels tout a été dit ou presque.

Nous nous intéressons ici à la ligne directrice concernant le Nucléaire:

«  La part du Nucléaire dans le mix électrique devra être réduite à 50% en 2025 ».

L’effort à fournir pour atteindre un tel objectif dépend évidemment du montant de l’énergie électrique qui sera consommée en 2025.

Le point clé est donc l’évolution de la consommation électrique des quinze prochaines années. Ce paramètre sera le socle sur lequel sera édifiée la stratégie.

Le fil rouge étant un package constitué par la réduction à 50% de la part du Nucléaire en 2025, et le respect des engagements du grenelle sur la réduction des émissions de CO2, tout en restant dans une enveloppe financière qui sera préalablement à définir ( On peut penser à une sorte de Grand Emprunt de grande ambition).

Aujourd’hui la consommation d’énergie électrique est, bon an mal an, d’environ 500 TWh.

Il est très facile d’établir sur le papier un programme énergétique en accord avec les objectifs fixés:

Il « suffit » par exemple de postuler une réduction de la demande de 2% par an ( Plan A).

Cela impliquerait un très gros effort sur la sobriété énergétique dans tous les domaines d’utilisation de l’électricité, et donc un coût très élevé, grâce à quoi la consommation électrique serait réduite à 385 TWh en 2025. Les 115 TWh économisés permettraient de mettre sur pied un programme de réduction de la production nucléaire portant sur 19 réacteurs de 900 MW dans un premier temps.

Parallèlement à cet effort de sobriété, le programme de croissance des énergies renouvelables porterait leur part de 60 à 120 TWh. Ces 60 TWh supplémentaires permettraient l’arrêt de 10 autres réacteurs, ce qui réduirait à 200 TWh la production nucléaire, soit 52% du total, ce qui correspond à l’objectif stratégique fixé.

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (Le monde du yaka).

Mais hélas nous ne vivons pas dans ce monde là, et toute projection dans l’avenir doit être confrontée aux dures réalités de l’existence:

Une réduction de la demande de 2% l’an n’est qu’un vœux pieux dont la réalisation serait compromise par de nombreux obstacles, le premier d’entre eux étant le manque de financement. La tendance actuelle étant une croissance de 2% l’an, l’effort à fournir sera double ( 4% l’an) et d’autant plus insupportable qu’il viendra s’ajouter à l’effort de développement des énergies renouvelables.

Un doublement de la production des énergies renouvelables en 13 ans paraît un challenge raisonnable. Mais dans la production électrique actuelle, seulement 10 TWh sont issus de ces énergies, le reste étant de l’hydraulique dont on ne peut pas attendre une croissance importante. Il faudrait donc passer de 10 à 70 TWh de renouvelables pour atteindre l’objectif, soit un effort sept fois plus important que le simple doublement, avec des besoins de financements dans le même rapport.

A ces obstacles concrets incontournables, il faudra ajouter les pesanteurs créées par les oppositions traditionnelles au changement, particulièrement en provenance du secteur nucléaire.

Toute stratégie militaire comprend un plan A et un plan B.

Nous venons d’esquisser un plan A, qui est très ambitieux et comporte de nombreux risques d’échec. Voyons quel pourrait être un plan B.

Tout plan B suppose que les hypothèses de départ se sont révélées fausses. En l’occurrence la consommation d’énergie électrique continue de croître sur un rythme de 2% l’an.

Cette consommation serait donc de 650 TWh en 2025.

La production actuelle du nucléaire représenterait alors 50% de ce montant, après arrêt de quelques réacteurs anciens.

325 TWh resteraient à la charges des autres énergies, incluant environ 60 TWh d’hydraulique difficilement extensible comme nous l’avons vu plus haut.

265 TWh devraient donc être fournis pour partie par les énergies renouvelables et pour partie par les fossiles.

Le challenge serait d’en fournir l’essentiel à partir d’énergies renouvelables afin de recourir le moins possible aux fossiles.

Aujourd’hui les fossiles participent pour environ 40 TWh à la production électrique. Dans l’esprit des engagements du grenelle, il serait bon de ne pas dépasser ce chiffre sous peine de remettre en question le principe de la transition énergétique.

Pour pouvoir appliquer le plan B, les énergies renouvelables devraient donc fournir 225 TWh en 2025 (Au lieu des 120 Twh de l’hypothèse A).

L’effort à fournir serait alors deux fois plus important, faute de quoi il sera nécessaire de construire de nouvelles centrales thermiques ou de pousser les feux du nucléaire.

Tout autre hypothèse de travail se situerait entre celles que nous venons de voir.

C’est cet « entre-deux » qui devra être levé à l’issu des débats qui s’engagent, avec une question essentielle: Quelle croissance pouvons-nous soutenir pour les énergies renouvelables ?

Sans sombrer dans un pessimisme exagéré, on peut avoir un doute sur la possibilité de fournir 225 TWh avec les énergies renouvelables en 2025.

Logiquement il faudrait donc prévoir un plan B’ qui serait mis en œuvre en cas de défaillance des renouvelables, en ouvrant la possibilité de recourir à une production supplémentaire à partir des fossiles ou du nucléaire.

Ce plan B’ risque fort d’être l’Arlésienne des débats, peu visible mais essentiel au déroulement de la dramaturgie. Le choix entre fossiles ou nucléaire étant d’ores et déjà tranché par les choix du Président de poursuivre l’EPR , d’arrêter « seulement » Fessenheim, et de garder ASTRID bien au chaud.

L’objectif des débats se bornera donc à distribuer les rôles d’une pièce déjà écrite et à préparer un plan de communication suffisamment vague pour ménager les susceptibilités de qui vous savez et séduire le peuple.

A moins qu’il ne soit fait appel au référendum pour approuver les choix finaux ?

On peut rêver…

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 19:02

 

12 Janvier 2013

La facture d’électricité est devenue un document dont la compréhension exige une solide formation préalable.

Outre sa fonction de fournisseur d’énergie, l’entreprise de distribution assume également le rôle de collecteur de taxes et contributions diverses liées à l’utilisation de l’électricité.

Ainsi, en sus de l’abonnement et de la consommation, notre facture comprend des rubriques supplémentaires dont le contenu ne saute pas aux yeux:

La première est la TCFE ( Taxe sur la Consommation Finale d’Electricité), conforme à la loi NOME ( Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité), appliquant la directive Européenne sur l’uniformisation des règles de taxation des énergies.

Il s’agit d’une taxe locale sur la quantité d’électricité consommée, calculée de la manière suivante:

Il y a d’abord un tarif de référence de base, égal en 2012 à 0,75 euros par MWh, pour une installation de puissance inférieure ou égale à 36 KVA.

Ensuite, ce tarif de référence est affecté d’un coefficient multiplicateur.

Pour la partie taxe locale communale, ce coefficient multiplicateur est compris entre 0 et 8,28 selon la commune.

Pour la partie taxe départementale, il est compris entre 2 et 4,14, selon le département.

Ces coefficients sont votés par les conseils municipaux et les conseils généraux. Il existe un plafond fixé pour 2013 à 9,315 euros/MWh pour les installations de puissance inférieure à 36 KVA.

La seconde ligne concerne la CSPE ( Contribution au Service Public de l’Electricité) dont le montant est destiné à financer le surcoût des énergies nouvelles, le surcoût de production dans les îles, et le manque à gagner dû aux tarifs de première nécessité.

Le montant en est calculé à partir des charges prévisionnelles de ce poste, évaluées par la CRE ( Commission de Régulation de l’Energie).

Pour 2013, la petite note à prévoir est de 5,1 Milliards d’euros.

La CSPE résultante sera de 13,5 euros par MWh.

La troisième ligne introduit la CTAE ( Contribution Tarifaire d’Acheminement de l’Electricité), qui était autrefois incluse dans l’abonnement. Cette taxe est tout bonnement destinée à la Caisse nationale de Retraite des Industries Electriques et gazières ( CNIEG).

Elle est basée sur le TURPE ( Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Electricité), qui sont les autoroutes de l’énergie électrique.

(Le TURPE représente 90% des recettes de ERDF).

Le TURPE comprend une partie fixe et une partie variable. La CTAE est calculée sur la partie fixe, selon une méthode qui échappe à l’objectif de cet article.

Ces trois contributions supplémentaires sont destinées à supporter, entre autres, les dépenses liées au développement des énergies nouvelles, à la modernisation des réseaux, et aux surcoût générés par les tarifs préférentiels de rachat.

Bonne nouvelle, le tarif public sera peu impacté puisqu’il n’aura pas à supporter ces dépenses nouvelles.

Mauvaise nouvelle, le client final devra quand même payer, puisque CSPE et CTAE sont inclus dans la facture.

Le montant de ces taxes étant assis sur la consommation, ce n’est pas le contribuable qui est visé mais le consommateur. Cette méthode pénalise les usagers locataires de logements mal isolés et/ou propriétaires de logements anciens au revenus modestes ne leur permettant pas de financer des travaux d’isolation, ni de changer de mode de chauffage.

Cette manière de présenter la facture offre plusieurs avantages:

Le prix du KWh au tarif public n’est plus la seule variable d’ajustement. L’augmentation des dépenses peut être imputée sur les taxes et contributions, permettant ainsi à l’Etat de se prévaloir d’un tarif du KWh relativement stable.

La spécificité des taxes et contributions électriques permet d’en varier le montant aisément sans avoir à modifier le taux de taxes plus générales comme la TVA.

C’est un outil qui permet de récupérer « discrètement » des sommes considérables sans toucher ni au tarif, ni à la TVA, trop fortement médiatisés.

Le prix du KWh tarif public, qui est encore l’élément principal du coût de l’énergie électrique, n’en sera plus dans quelques années qu’une composante dont l’importance relative diminuera devant l’accroissement des charges annexes, qui sont aujourd’hui déjà de l’ordre de 30% du montant de la consommation.

Aujourd’hui le chapitre taxes et contributions ne comprend « que » trois rubriques, mais on peut sans peine en imaginer d’autres, nous pensons en particulier à la TICPE, ancienne TIPP, qui viendra le moment venu accueillir les amateurs de véhicules électriques.

Avec cet outil d’une grande souplesse, complété par la règlementation sur les performances thermiques des logements neufs, l’Etat dispose de moyens diversifiés pour influencer les industriels et les consommateurs en matière de choix énergétiques.

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 16:20

 

8 Janvier 2012

Il y a encore peu, à peine une ou deux décennies, la politique énergétique de la France était bien assise et ne posait aucun problème métaphysique de choix. Le Général avait décidé que l’électricité serait Nucléaire et Hydraulique, ce qu’elle est aujourd’hui à 85%, le reste étant confié au trio fossile Charbon, Pétrole et Gaz naturel, lesquels étaient abondamment disponibles à des prix très attractifs sur les marchés internationaux.

( Nous avions même en métropole le gaz de Lacq, et encore quelques houillères, notre avenir énergétique semblait alors assuré de Dunkerque à Tamanrasset, disait-il ).

Il existait une petite activité pour exploiter l’énergie Solaire ou Eolienne, valoriser les déchets, mais pas de quoi inquiéter les grands du pétrole et de l’atome.

Quand au bois, il était réservé au chauffage des heureux possesseurs de pavillons et autres fermettes reconverties.

Et puis les temps ont changé.

Coup sur coup sont intervenus plusieurs évènements perturbateurs dont la synergie place les responsables politiques en situation d’avoir à reconsidérer leur politique énergétique, ou périr d’asphyxie:

Il y a eu d’abord les soubresauts du prix du pétrole, annonciateurs d’une envolée durable dont nous subissons les effets à la pompe et au bilan des échanges extérieurs. Cette envolée nous rappela durement à la réalité, et la notion d’indépendance énergétique cessa d’être un sujet abstrait pour calendes grecques, pour devenir une exigence de moyen terme.

Cette préoccupation monta d’un cran lorsque l’on réalisa que l’envolée des cours étaient due non pas seulement à de vulgaires spéculations financières, mais bien à une prochaine raréfaction de la denrée à cause de l’épuisement prochain des réserves dites conventionnelles, et surtout de l’appétit croissant des pays émergents pour le pétrole miraculeux .

En clair, les prix des énergies fossiles allaient continuer durablement leur ascension, entraînant de gros soucis financiers pour les usagers dépourvus de ressources propres, dont nous sommes ( Le gaz de Lacq n’était déjà plus qu’un vieux souvenir, et Hassi Messaoud et Tamanrasset se trouvaient désormais en terre étrangère).

Il devenait évident que nous allions devoir affronter un gros problème énergétique, mais l’échéance nous paraissait encore lointaine et le Nucléaire semblait nous garantir contre le pire.

A peu près à la même époque survint l’affaire du réchauffement climatique, attribué majoritairement aux émissions anthropiques de CO2 liées à l’usage des combustibles fossiles. La maîtrise de ces émissions devint le nouveau crédo désormais inscrit dans tous les programmes énergétiques des pays dits développés.

Nous avons donc dû reprendre notre copie et mettre en œuvre des programmes pour, soit réduire notre consommation de combustibles fossiles, soit faire disparaître sous le tapis le CO2 émis par nos cheminées et échappements (le fameux scénario de capture et séquestration du Carbone).

C’est alors que certains firent remarquer finement qu’il n’y avait pas le feu au lac, puisque les combustibles responsables du CO2 étaient censés être épuisés sous peu. Il suffisait donc d’attendre, le problème disparaîtrait de lui-même.

Beaucoup partagèrent cette opinion, certains y croient encore, ce qui explique peut-être en partie le manque d’enthousiasme ambiant dans la mise en œuvre des moyens d’actions.

Mais il fallut vite déchanter.

Si les réserves de combustibles conventionnels sont bien en voie d’épuisement, il est apparu possible d’aller chercher en profondeur d’autres ressources permettant de prolonger l’agonie de nos sociétés malades du pétrole et du gaz. Certes les prix sont plus élevés, mais le sursis est de plusieurs dizaines d’années, particulièrement en gaz naturel et en gaz de schiste.

La bonne nouvelle, c’est que la pénurie est repoussée à une date ultérieure, indéterminée certes, mais qu’on nous assure lointaine.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne faut plus compter sur cette pénurie pour voir disparaître le problème du CO2.

Heureusement, grâce à la découverte de nouveaux gisements de gaz extraordinaires (nous dit-on), nous allons pouvoir réduire notre consommation de pétrole au profit du gaz, lequel possède la propriété de brûler en émettant deux fois moins de CO2 que le pétrole !

D’une pierre deux coups: la pénurie est momentanément oubliée et les émissions de CO2 sont divisées par deux.

Un petit bémol tout de même: ce gaz pléthorique est en grande partie extrait de schistes situés à grande profondeur ( 2 à 3 000 m) par des procédés très contestés ( fracturation hydraulique).

Si l’horizon paraît s’éclaircir quelque peu grâce à ces nouvelles ressources de gaz, il subsiste donc néanmoins une forte incertitude quant à l’acceptation par les populations des conditions d’exploitation.

Comme si ce problème ne suffisait pas, il est venu se rajouter un autre évènement perturbateur constitué par la catastrophe de Fukushima. Le précédent drame de Tchernobyl aurait pu à la rigueur passer pour très exceptionnel, étant donné son caractère unique ( si l’on omet toutefois de parler des autres quasi catastrophes comme Three Mile Island). Mais Fukushima est venu rappeler que les prévisions probabilistes sont davantage un art divinatoire qu’une science, et qu’un évènement très exceptionnel peut très bien se révéler assez commun pour peu que l’on prenne le recul suffisant.

La France, fière de son parc nucléaire lui garantissant une électricité propre sans CO2, se retrouve au premier rang d’une nouvelle guerre dont l’enjeu dépasse la seule préoccupation d’indépendance énergétique.

Les populations veulent de l’électricité propre, oui, mais pas au prix d’un risque inacceptable de santé publique.

L’opinion publique est partagée, et un seul accident nucléaire même bénin sur son sol, suffirait à la faire basculer vers l’exigence du retrait pur et simple.

( Souvenons-nous que la centrale du Blayais est passée à deux doigts de l’accident majeur lors d’une inondation due à une erreur d’appréciation du risque, et qu’il a fallu attendre Fukushima pour que nos devins prévisionnistes admettent que la cuve d’un réacteur pouvait se percer ! La science divinatoire prévisionniste est décidément bien faillible).

Il résulte de ces petites contrariétés que nos sources d’énergie traditionnelles ne sont plus en odeur de sainteté, et qu’il nous faut prendre parti en faveur d’une ( ou de plusieurs) solutions de rechange, avec l’objectif d’un renouvellement du mix énergétique d’ici la fin du siècle.

C’est du moins l’engagement solennel pris par les principales nations développées dans le cadre du protocole de Kyoto.

Les seules solutions de rechange envisageables aujourd’hui ( de quoi demain sera-t-il fait ?) sont de deux sortes:

Des sources renouvelables et propres ( au sens de dépourvues d’émissions polluantes et sans déchets ) appelées ENR:

L’Hydraulique.

Le Solaire.

L’Eolien.

La Géothermie.

Des sources combustibles thermiques renouvelables à émissions de Carbone recyclable, appelées ENRt:

Le bois énergie.

Les déchets.

Les biocarburants.

Abondance de biens ne nuit pas.

Ces sept groupes principaux se subdivisent en divers sous-groupes ayant chacun leur spécificité:

L’Hydraulique comprend la grande hydraulique, la petite hydraulique, l’énergie marémotrice, l’énergie houlomotrice, l’énergie hydrolienne des courants marins, la thermodynamique marine.

Le Solaire comprend les centrales thermodynamiques à concentration, les centrales photovoltaïques, les panneaux hybrides.

L’Eolien se subdivise en éolien terrestre ( petit éolien et grand éolien) , éolien maritime ( Offshore) .

La Géothermie ( géothermodynamique) qui exploite la chaleur du sol, comprend la géothermie de surface avec pompe à chaleur, la géothermie profonde.

Le bois énergie peut être utilisé directement pour produire de la chaleur, ou transformé pour produire du gaz et/ou de l’électricité.

Les déchets peuvent provenir d’effluents animaux, ou de déchets ménagers, ou de stations d’épuration ( méthanisation).

Les biocarburants sont de diverses sortes et peuvent être obtenus à partir de nombreux produits végétaux ou animaux, depuis la graisse d’andouille jusqu’aux algues marines en passant par le maïs et la betterave .

On peut ainsi dénombrer une vingtaine de filières dont il est difficile de dire aujourd’hui lesquelles émergeront dans le futur mix énergétique et lesquelles auront moins de succès.

Toutes ces filières sont soit en cours d’expérimentation ( énergie de la houle et des courants marins, algocarburants, etc..), soit en cours d’exploitation à petite échelle (centrales solaires thermodynamiques, centrales marémotrices), soit déjà exploitées à une échelle significative, comme l’Hydraulique, le Solaire photovoltaïque, l’Eolien, le bois énergie, la géothermie, les biocarburants, la méthanisation.

La situation paraît donc favorable, les technologies existent et elles sont pour la plupart validées. Il « suffit » donc de leur donner l’essor nécessaire pour atteindre les objectifs du nouveau mix énergétique.

Mais alors, où est le problème ?

En France, le mix énergétique traditionnel, inchangé depuis plusieurs décennies, repose sur deux filières principales:

Le raffinage du pétrole, utilisant des technologies matures bien maîtrisées et dont les coûts sont optimisés depuis longtemps. De plus, les produits pétroliers sont de plus en plus raffinés sur les lieux de production, donc hors métropole.

La filière nucléaire, basée sur l’exploitation de « vieilles » centrales dont les coûts de construction sont amortis depuis longtemps également, ce qui permet d’obtenir un faible coût de production.

Le charbon et le gaz sont des produits primaires intégralement importés et utilisés également dans des installations thermiques de technologie bien maîtrisée.

Le basculement vers les énergies nouvelles implique de renoncer à cet outil industriel, qui est opérationnel, productif, rentable, pour lequel il existe un savoir-faire et une expérience précieux, au profit d’un autre outil industriel qui reste entièrement à développer et à porter au stade de la maturation, et pour lequel l’expérience et le savoir-faire font défaut.

C’est un véritable saut dans l’inconnu, qui comporte de nombreux risques technologiques et financiers, et des implications sociétales susceptibles d’influer sur les orientations techniques, voire de compromettre les résultats.

Le passage d’un monde dans l’autre ne pourra donc s’opérer que progressivement et dans la durée, en ménageant des étapes qui permettront de faire le point et de modifier éventuellement les orientations initiales à la lumière de l’expérience acquise. Plusieurs décennies seront nécessaires pour trouver la bonne voie.

Un programme aussi vaste, qui engage l’avenir économique sur le long terme, ne peut pas être laissé à l’initiative de la seule entreprise privée. Les états sont donc amenés à prendre l’initiative, avec les industriels, des grandes orientations et de la définition des programmes pluriannuels.

Ces orientations ne peuvent être décidées à l’échelon national. Elles doivent être intégrées dans un programme régional, Européen pour ce qui concerne la France, à l’intérieur d’un pôle énergétique basé sur un réseau interconnecté.

Le basculement progressif implique la coexistence des deux types d’énergie pendant plusieurs décennies.

Pour que cette coexistence soit possible économiquement entre d’une part une énergie traditionnelle dont les outils de production sont amortis et les coûts optimisés, et d’autre part des énergies nouvelles dont les technologies ne sont pas matures et donc à fortiori les coûts non optimisés, ces dernières bénéficient d’aides financières sous forme de tarifs d’achat préférentiels, dont les modalités sont adaptées à chaque type d’énergie.

Tout cela va coûter énormément d’argent et se traduira par une envolée du prix de l’énergie, que le consommateur final devra supporter sous diverses formes: augmentation des tarifs publics, tarification progressive, prélèvements fiscaux, taxation ( dont la CSPE est un exemple).

De plus, il est évident que le basculement vers les énergies renouvelables ne pourra être efficace que si, dans le même temps un vaste programme d’économies d’énergie est entrepris, avec l’objectif d’infléchir la courbe de croissance de la consommation.

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une sorte de « Plan Marshall » pour nous permettre de supporter le sevrage des énergies fossiles.

A la seule différence que cette fois, c’est nous-mêmes qui devront financer ce plan, l’Oncle Sam ayant cette fois d’autres chats à fouetter !

( A moins que l’oncle Omar ne soit mieux disposé, ce qui serait surprenant eu égard à l’objectif du plan qui est le sevrage du pétrole !).

On peut se demander si la situation économique actuelle permet de réaliser un programme aussi ambitieux.

Les cassandres affirment que l’engagement de telles dépenses risque de précipiter la déroute financière du pays.

Les optimistes estiment au contraire qu’il y a là une opportunité pour redonner du grain à moudre, recréer un outil industriel en voie de déliquescence, et surtout créer des emplois.

Il ne nous appartient pas de dévoiler l’avenir, nous ne pouvons que formuler des souhaits. Après tout, sauver la planète est une option des plus honorables, même si la survie de l’Humanité n’est pas cotée en bourse.

La promesse d’une vie meilleure pour nos arrières petits-enfants n’est-elle pas une motivation suffisante ?

 

 

 

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:12

 

12 Décembre 2012

On sait que la France doit faire appel à l’étranger pour se procurer de quoi produire 80% de l’énergie primaire dont elle a besoin. Les autres 20% sont fournis par l’hydraulique et la biomasse, avec une faible contribution d’énergies nouvelles.

Ces importations portent sur le Gaz naturel, les produits pétroliers, un peu de charbon, et de l’Uranium.

L’Uranium sert à faire de l’électricité, son prix impacte assez peu le prix de revient du KWh en sorte qu’il ne fait pas la une des médias, sinon pour d’autres raisons…Le prix de l’électricité en France dépend donc assez peu du coût de l’énergie sur les marchés mondiaux, ce qui permet à l’Etat de fixer un tarif public relativement à l’abri des tumultes extérieurs.

Le charbon est encore utilisé dans quelques centrales EDF et dans l’industrie, à raison de 18 millions de tonnes par an. On en trouve également dans le chauffage ( 0,5 millions de tonnes). Il est en forte diminution et ne constitue plus une denrée stratégique, tout au moins pour la France.

Les produits pétroliers sont par contre un domaine sensible, le prix des produits finaux dépend du prix du baril, lequel suit des fluctuations directement indexées sur les évènements géopolitiques incontrôlables. L’usager domestique est accoutumé à subir ces hauts et ces bas. Aucun gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, n’a le pouvoir d’influer sur le cours de la précieuse denrée. Par contre, il lui est toujours possible de moduler les taxes afin d’atténuer le yo-yo des prix du fuel domestique et des carburants, c’est à peu près le seul levier disponible entre les mains de l’Etat, mais c’est aussi une ressource financière bienvenue pour le budget.

Reste le Gaz Naturel .

L’usager, habitué du tarif public de l’électricité, exige de bénéficier du même traitement avec le gaz.

Mais ce qui est possible avec le nucléaire ( ou avec l’éolien et le solaire) ne l’est pas avec le gaz, qu’il faut acheter en totalité sur les marchés mondiaux.

Les approvisionnements de la France en gaz naturel s’effectuent sur la base d’un cours établi à la bourse du gaz. Ce gaz est ensuite acheminé, puis stocké avant d’être distribué à travers un réseau complexe. Il y a donc des coûts d’exploitation, des coûts financiers pour rembourser les emprunts, des coûts commerciaux pour gérer les 11 Millions de clients nationaux. Le prix de vente final comprend tous ces coûts, plus la TVA.

Le prix d’achat du gaz est une part importante du coût final ( environ 50%). Lorsque ce prix varie, cette variation doit normalement se répercuter sur le prix de vente final, comme c’est le cas avec les poireaux ou le pétrole.

Pour la France, la bourse du gaz est tenue par Powernext SA, qui gère les PEG ( Point d’Echange du Gaz) , et qui établit les cotations à court terme « Powernext Gas Spot » et les cotations à terme «  Powernext Gas Futures » sur trois mois, trois trimestres, ou trois saisons gazières.

Aujourd’hui, à 9h30, la cote à terme trimestriel s’établissait à environ 26 euros le MWh.

Le prix public HT de ce même gaz est de 48 euros/Mwh ( GDF Suez), soit 57 euros/Mwh TTC réglés par l’usager.

Le coût d’approvisionnement représente presque 50% du prix de vente, qui doit donc supporter les fluctuations du cours avec un coefficient de 0,5.

Pour atténuer malgré tout les effets des fluctuations des cours sur le prix public du gaz, la CRE ( Commission de Régulation de l’Energie) a établi une équation qui indexe les fluctuations du prix public sur celles du marché du gaz, mais aussi sur celles des produits pétroliers, et bien entendu sur la parité Euro/Dollar pour tenir compte des transactions en Dollar.

Voici cette équation:

EY = 0,01079 * (EFD) + 0,01568 * (EFL) + 0,06077 * ( EBRENT)

+ 0,25887 * ( EGN) + 1,90944 * ( EU/USD)

EY est l’évolution du coût d’approvisionnement en Gaz Naturel.

( Valeur administrative, retenue comme référence pour fixer le tarif public)

FD est l’évolution de la cotation du fuel domestique.

FL est l’évolution de la cotation du fuel lourd.

BRENT est l’évolution de la cotation du brent.

GN est l’évolution de la cotation réelle du Gaz Naturel

EU/USD est la parité Euro/USDollar

Dans cette équation l’impact de la variation du cours Powernext du gaz sur le prix public a été minimisée, le coefficient est de 0,26 alors qu’il est de 0,5 dans la réalité.

On peut alors présenter un « pseudo tarif public » comme pour l’électricité, sauf que pour le gaz ce tarif repose sur une équation arbitraire, qui est une cote mal taillée dont le but est d’éviter des fluctuations trop importantes du prix public, tout en ménageant les intérêts du fournisseur de gaz qui ne doit pas y être de sa poche.

Lorsque l’équation donne un prix qui dépasse le tarif public d’un certain seuil, on a deux solutions:

Soit on augmente le tarif public pour se rapprocher du vrai prix souhaitable, mais avec l’assurance d’une « bronca » des associations de consommateurs,

Soit on modifie l’équation pour retrouver un résultat plus politiquement correct, mais avec l’assurance des protestations des fournisseurs de gaz qui doivent alors réduire leurs marges pour respecter ces prix artificiellement bas.

Le présent gouvernement est précisément dans cette situation, le prix public du gaz est trop bas par rapport à son prix d’achat sur le marché.

Il est probable que les deux leviers seront actionnés. Une modification de l’équation diabolique, et une « légère » augmentation du tarif public.

Il existe bien une troisième voie, qui est l’amélioration de la rentabilité du fournisseur. Entre un coût d’achat de 26 euros et un prix de vente HT de 48 euros, il y a du grain à moudre, mais au prix de la suppression de quelques milliers d’emplois, ce que personne ne souhaite aujourd’hui.

Reste une possible baisse de TVA, mais compensée par quoi ?

L’équation retenue pour fixer le prix du gaz est contestable, les paramètres pourraient être différents, de même que les coefficients.

Il n’en demeure pas moins que ce n’est pas cette équation (sortie d’un chapeau) qui fixe les cotations de Powernext, et qu’il faudra bien un jour accepter de payer l’énergie à son vrai prix…

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 14:40

 

11 Décembre 2012

«  L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas ».

Cette lapalissade, devenue la devise des pourfendeurs du gaspillage, a au moins le mérite de l’œcuménisme le plus large, elle ne peut que faire l’unanimité.

Reste maintenant à la mettre en application.

Au « bon » temps des réverbères fonctionnant à l’huile de tripes, c’était avant l’arrivée du gaz, il était d’usage de couper l’éclairage public les nuits de pleine lune (sauf à Paris où les vide-goussets étaient légion).

Sans vouloir imposer à nos contemporains des mesures aussi drastiques, il est clair que nous devrons faire preuve d’imagination pour obtenir un résultat tangible sans régresser à l’époque les lampes à huile de tripes, qui de toutes manières seraient rejetées car grandes émettrices de CO2 et autres cochonneries.

L’énergie étant utilisée dans tous les recoins de l’activité économique, tous les secteurs sont concernés, depuis les hauts fourneaux de la sidérurgie jusqu’à la plus modeste bouilloire, en passant par le chauffage des locaux, la production d’électricité, l’automobile, ou la fabrication du ciment.

Notre Pays ne « produit » que 20% de l’énergie qu’il consomme, le reste est importé à un prix qui nous est imposé par les marchés internationaux, ce qui plombe la balance du commerce extérieur et nous place à la merci d’évènements géopolitiques contraires .

D’autre part il faut bien préparer l’après pétrole, et peut-être l’après nucléaire, sachant que les énergies nouvelles ne seront prêtes à prendre (partiellement) la relève que dans plusieurs décennies.

Et dans le même temps nous sommes tenus de réduire fortement nos émissions de CO2 afin de limiter l’ampleur du désastre annoncé ( Même si quelques doutes subsistent encore dans certains esprits frondeurs).

La nécessité de développer une stratégie de sobriété énergétique ne fait donc plus controverse et la plupart des acteurs ont intégré cette exigence dans leurs programmes de nouvelles applications et de remplacement des anciennes.

Les diverses normes européennes ou nationales imposent maintenant des performances énergétiques aux diverses réalisations technologiques et sont garantes de productions désormais plus proches à l’idéal écologique.

Mais ceci ne concerne qu’une partie des parcs existants.

La très grande majorité des parcs est constituée de matériels de conception ancienne dont l’efficacité énergétique laisse à désirer.

Par exemple l’électricité est produite par des installations thermiques dont le rendement ne dépasse pas 30% ( y compris les centrales nucléaires), le reste de l’énergie primaire est perdu dans l’atmosphère.

Dans un autre domaine, la consommation spécifique des logements pour le chauffage est souvent supérieure à 300 KWh/m2/an , alors que les méthodes modernes de construction permettent de se contenter de 50 KWh/m2.

D’autres exemples, comme les ampoules basse consommation, montrent que d’énormes économies peuvent être réalisées en rationalisant les procédés d’utilisation de l’énergie primaire.

Ces améliorations sont effectivement mises en œuvre lors du renouvellement des installations ou de la construction d’installations nouvelles.

Le chauffage des logements est un important poste de gaspillage, et des solutions techniques efficaces existent permettant des gains considérables d’énergie.

Mais la rénovation thermique de la totalité du parc ne peut se faire que sur plusieurs décennies, eu égard aux investissements colossaux nécessaires.

Il y a en France 35 Millions de logements dont environ 70% nécessiteraient des travaux d’isolation thermique d’un montant approximatif moyen de 20 000 euros, ce qui représente un investissement global de 500 Milliards d’euros.

A raison de 1 Million de logements rénovés par an, il faudrait 20 ans pour réaliser le programme ( et 25 Milliards par an), en sus évidemment de la construction des logements neufs.

Ceci pour donner une idée de l’échelle de temps à considérer et des sommes en jeu.

(Rappelons que le gouvernement a récemment annoncé un objectif de 0,6 millions de logements rénovés par an, et de 0,4 millions de logements neufs, ce qui porterait à plus de 30 ans l’échéance de l’achèvement des travaux de rénovation).

L’ADEME estime plutôt ce chiffre à 40 ans, soit à l’horizon 2050.

( OPEN, Observatoire Permanent de l'amélioration ENergétique du logement ).

Aujourd’hui le rythme de rénovation des logements est de 150 000 par an, ce qui montre l’ampleur de l’effort à accomplir.

Actuellement Le différentiel entre le coût de l’investissement pour le propriétaire du logement , et l’économie financière réalisée sur la consommation d’énergie, est encore trop faible pour susciter une forte demande.

Pour atteindre le rythme de 600 000 rénovations par an, un considérable effort d’incitation devra être consenti, reposant sur une politique diversifiée:

- Tarification progressive de l’énergie.

- Quotas énergétiques.

- Crédits d’impôts.

- Soutien au développement de solutions économiques en rénovation.

- Etc…

Les récentes tentatives de mise en place de la tarification progressive de l’énergie se sont heurtées à une vive opposition populaire, le système étant par trop inégalitaire. Il en serait évidemment de même des quotas, qui ne seraient pas perçus plus favorablement.

D’autre part, dans le secteur locatif, le mouvement ne peut être initié qu’à travers une législation contraignante pour les propriétaires, qui peut se révéler contre productive.

Ainsi, malgré un vaste consensus sur la nécessité d’économiser l’énergie, la mise en pratique de ce programme se heurte au manque d’enthousiasme des usagers, qui refusent de s’engager financièrement, arguant du manque de ressources en période de crise économique, ce qui est hélas la triste réalité.

D’autres dépenses plus urgentes mobilisent les ressources financières des ménages, comme les loyers, les transports, les dépenses d’énergie précisément, les dépenses de santé non remboursées, et les incertitudes du marché du travail incitent plutôt à l’épargne qu’aux dépenses non immédiatement nécessaires.

Les prévisions théoriques se heurtent une fois de plus au principe de réalité…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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