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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 15:18

23/05/2013

Contrairement au trio Charbon-Pétrole-Gaz naturel, le nucléaire civil suscite des réactions passionnées que les décideurs politiques se doivent de prendre en compte dans l’élaboration d’une stratégie de transition énergétique.

Malgré son efficacité énergétique et son absence d’émission de CO2, le réacteur nucléaire porte en lui un potentiel de catastrophes dont sont exemptes les énergies traditionnelles, tant il est vrai qu’à côté des dégâts effrayants causés par l’irradiation des populations, les émanations de CO2 paraissent bien bénignes.

C’est donc sur ce fond de menace d’holocauste que se décidera l’opinion publique, si toutefois il advenait qu’on lui demande son avis…

Les industriels de la chose nucléaire évaluent les risques d’une installation en termes de probabilité d’accident, lesquels sont classés par ordre de gravité sur une échelle « INES ». Ils sont ainsi capables d’exhiber pour chaque INB ( Installation Nucléaire de Base) la probabilité que tel accident se produise dans tel délai et avec telle gravité.

La Science ne sait pas faire mieux.

Mais savoir par exemple que, sur cent cuves de réacteurs, une au moins d’entre elles se brisera en cas de LOCA ( Lost Of Coolant Accident) au cours d’une période de fonctionnement de 100 000 heures, cela n’avance pas à grand chose quant au risque qui concerne précisément LA centrale qui est près de chez moi, d’exploser demain matin et de contaminer toute une région.

Donc tout ceci ne signifie absolument rien pour les citoyens lambda, pour qui le MTBF (Mean Time Between Failures) évoque plutôt un mouvement féministe qu’un paramètre de fiabilité.

Pour le scientifique non plus d’ailleurs, car qui lui dira quelle est la valeur acceptable du MTBF, sinon son expérience statistique, laquelle est (heureusement) inexistante en matière de catastrophe nucléaire.

Pour apprécier le risque, le citoyen ne peut donc que se référer à des critères subjectifs, d’autant plus que, sauf exception, il ne possède pas les connaissances requises à l’interprétation des données scientifiques.

On parle alors de « risque ressenti ».

Les éléments d’appréciation dont il dispose sont ceux qui sont diffusés par les médias (sauf pour les citoyens spécialistes, qui ne sont pas concernés par ceci).

Ce qui souligne au passage l’extrême importance de l’information et de la Communication.

L’individu moyen ne peut pas ignorer les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Il a eu à connaître également des graves accidents de Three Mile Island, et la situation « border line » du Blayais. Il a entendu parler des cuves des réacteurs belges, de la vulnérabilité de la vielle dame de Fessenheim, des histoires confuses de corium et de nappes phréatiques, de groupes électrogènes de secours placés en zone inondable, d’alimentation électrique non sécurisée, de pompes primaires vulnérables à l’engorgement, de fissures des cuves sous revêtement, d’attaque des couvercles par l’acide borique, de « brèches » pouvant affecter les tuyaux, et autres évènements dont il n’a pas vraiment compris le sens et la portée.

On lui a longuement exposé le problème du traitement et du stockage des déchets; il en a retenu que les spécialistes n’ont pas de solution et que les générations futures ont du souci à se faire, en témoigne l’échec du stockage dans les mines de sel.

On lui a expliqué que grâce à la génération prochaine de réacteurs à neutrons rapides les déchets seront digérés et neutralisés, mais par ailleurs il a eu des informations alarmantes sur la dangerosité de ces nouvelles marmites.

Il a suivi dans les journaux et sur la toile les péripéties de Fukushima, les tromperies sur le nuage de Tchernobyl, les gabegies dans la gestion de Fukushima, les lacunes dans la gestion de NOS centrales, le problème de la sous-traitance, d’absence de récupérateurs de corium, la présence de radiers maigrichons sous certains réacteurs anciens, et bien entendu les péripéties d’un démantèlement qui s’avère une entreprise pharaonique et extrêmement dangereuse pour les générations futures.

S’il est d’âge mûr il a souvenance de Superphénix et s’interroge sur ASTRID, et sur ITER qui vont lui coûter un bras.

Ce faisant, il n’a plus qu’une confiance vacillante dans les déclarations des industriels ou du Gouvernement, et commence à craindre la mainmise de lobbies très puissants qui pourraient inciter à outrepasser les règles de sureté, au nom de la sacro-sainte rentabilité financière.

S’il a regardé la télé avant-hier soir, il a assisté à une magistrale présentation sur la catastrophe annoncée à propos du démantèlement et du stockage des déchets radioactifs, où on lui a subliminalement démontré que des centrales en fonctionnement sont finalement moins dangereuses qu’arrêtées, et que par conséquent il vaut mieux prolonger les vieilles cuves jusqu’à au moins soixante ans.

Même si on lui a toujours enseigné que c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe, il se méfie de cette soupe-là car il a gardé en mémoire les images des explosions des couvercles de quelques marmites nucléaires sous l’effet du feu de Zirconium. Tchernobyl et Fukushima ont beaucoup oeuvré pour cette publicité.

Au passage il a saisi que les fameuses « enceintes de confinement » ne confinent pas grand-chose en cas de perte de contrôle du refroidissement d’une cuve, et pire encore, que leur construction laisse parfois à désirer…

On l’a longtemps rassuré en lui affirmant que les cuves des réacteurs ne pouvaient pas se briser, alors que Tchernobyl et Fukushima sont la preuve du contraire.

Mais il a également compris que si l’on arrête le nucléaire il faudra le remplacer par des centrales thermiques, qu’on lui a par ailleurs présentées comme grandes émettrices de CO2 et autres polluants, ou par une forêt d’éoliennes envers lesquelles il ne développe aucun préjugé, à condition toutefois qu’elles ne soient pas installées près de chez lui.

C’est avec ce flux d’informations disparates et contradictoires que le citoyen doit se faire une idée afin d’adhérer à tel mouvement d’opinion plutôt qu’à tel autre.

S’il n’a pas réglé l’affaire à la hussarde en invoquant le principe de précaution, qui présente l’avantage indéniable de se dispenser de réflexion, il faut bien admettre que notre homme a des raisons d’être perplexe et que, faute de voir clair dans le flux d’informations dispensées ici et là, il soit tenté de construire son opinion sur des paramètres globalement contingents mais individuellement primordiaux comme l’éloignement de la plus proche centrale du lieu de sa résidence, et le sens des vents dominants, tant est grande la force du principe de NIMBA ( Not In My Backyard).

Il se peut aussi, à contrario, que l’attrait de la manne financière déversée par l’industriel radioactif aux alentours de ses installations n’emporte la décision des riverains, plus motivés par la pluie des euros qu’épouvantés par les flots de milli sieverts qui ont le tort d’être invisibles, sournois et parfaitement incompréhensibles du commun des mortels.

Il apparait ainsi que l’opinion du citoyen sur le sujet atomique est essentiellement assise sur un fond de méfiance diffuse, teintée d’intérêts personnels plus ou moins bien compris, et sur l’air du temps soufflé par les médias, quand ce n’est pas par quelques gourous plus ou moins politisés.

Le citoyen curieux (il y en a) a compris que la sureté nucléaire ne vaut que par les hommes chargés de l’appliquer, ce qui n’est pas non plus fait pour le rassurer.

Le grand débat national devra donc insister par une communication claire et convaincante sur le nucléaire civil, présenter les vrais enjeux de ce choix (ou de ce non choix), et surtout tout mettre en œuvre pour restaurer une certaine confiance non seulement dans la technologie, mais surtout dans les hommes à qui sont confiés nos destins et ceux de nos descendants.

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