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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:51

18 Novembre 2011

Les deux décennies écoulées ont été marquées par l’émergence d’une conscience écologique et, corollairement, par la montée en force des organisations de défense de l’environnement, avec lesquelles la puissance publique doit désormais compter.

L’un des vecteurs essentiels de l’action écologique est la lutte contre le changement climatique. La mise en évidence du phénomène, la recherche des causes, et la proposition de solutions, ont été formalisées à travers les travaux du GIEC.

Ces travaux ont mis en évidence ( entre autres) l’influence directe des émissions anthropiques de CO2 sur le réchauffement climatique. Malgré la persistance d’un mouvement de contestation, ces conclusions ont été admises et un programme planétaire de lutte contre ces émissions a été mis sur pied.

Le CO2 anthropique est essentiellement lié à l’utilisation des énergies fossiles carbonées. Le programme de lutte est donc orienté en priorité vers la réduction de consommation de ces énergies, l’objectif à atteindre étant la limitation du réchauffement de la planète à 2 °C à la fin de ce siècle.

Pour atteindre cet objectif , il faut mettre en œuvre une stratégie à plusieurs volets:

- Modération de la consommation d’énergies fossiles, le but étant d’étaler sur plusieurs siècles l’utilisation des réserves.

( Il est évident que ces réserves seront consommées en totalité; mais le gradient du taux de CO2 sera d’autant plus faible que les émissions seront étalées sur une plus longue durée )

- Développement des énergies nouvelles propres, renouvelables, et décarbonées ( Eolien et Solaire, avec un apport de géothermie et d’hydraulique ).

- Développement des processus de capture et séquestration du carbone, pour piéger une partie du CO2 émis.

Cette stratégie n’a de sens que si elle est appliquée à l’échelle de la planète. Elle doit donc tenir compte des besoins nouveaux des pays émergents, et de la pression démographique, deux causes évidentes d’un fort accroissement de la demande mondiale, malgré les mesures de modération dont la mise en place ne peut être qu’étalée dans le temps.

La mobilisation générale contre les émissions de CO2 conduit donc d’une part à une recherche de l’efficacité énergétique, et d’autre part à un basculement des applications vers l’électricité, lorsque c’est possible bien entendu. En effet les sources d’énergies nouvelles produisent essentiellement de l’électricité ( Eolien, solaire photovoltaïque et thermique). C’est donc vers l’électricité qu’il faudra se tourner, et délaisser fuel, charbon, et gaz naturel.

La demande d’électricité est donc appelée à croître considérablement, afin de réduire les émissions de CO2, et de s’adapter à la nouvelle énergie disponible.

C’est en tous cas le crédo qui nous a été proposé pour les prochaines décennies.

La voiture électrique est un exemple de cette démarche logique.

La consommation actuelle d’énergie en France est de l’ordre de 2 000 TWh, toutes énergies confondues, dont 400 TWh électriques.

Même avec une modération de nos besoins, cette consommation va demeurer importante, sauf à envisager une décroissance, qui n’est souhaitée par personne, de quelque bord politique qu’il soit.

Le basculement vers l’électricité de certaines applications aujourd’hui basées sur les énergies fossiles, ne peut qu’augmenter la demande, qui pourrait passer de 400 à 800 TWh en 2050, même si la demande énergétique globale reste stable.

Cette demande sera satisfaite en principe pour partie par le réseau public, et pour partie par l’autoproduction des particuliers ou collectivités. Faute de chiffre précis, on peut considérer un partage 50/50 comme raisonnable.

Le réseau public aurait donc à fournir 400 TWh comme aujourd’hui.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf qu’aujourd’hui 75% de cette électricité est fournie par le nucléaire, et qu’il est fortement question de sortir du nucléaire.

Dans cette hypothèse, EDF devrait installer de quoi produire environ 300 TWh avec de l’éolien ou du solaire.

Le reste ( 400 TWh ) étant produit par des installations privées à base de photovoltaïque, de Solaire thermique, de petit éolien.

Une grosse éolienne de 5 MW peut produire en moyenne annuellement

5 GWh en France. Il en faudrait donc 60 000 pour obtenir 300 TWh.

Même en répartissant l’effort entre les différentes sources ( Eolien, solaire, autre ) ceci donne une petite idée du challenge.

Rappelons que le parc éolien français a produit en 2010 une énergie de

6,5 TWh, pour environ 4 000 éoliennes et une puissance installée de

6 400 MW. Il s’agit donc de « petites » machines, qu’il faudra remplacer par des monstres de 5 MW , et en implanter plusieurs dizaines de milliers.

La réalisation d’un tel programme nécessitera plusieurs dizaines d’années et un fort consensus de la population, qui est très loin d‘être acquis.

Un programme de sortie du nucléaire un peu trop rapide conduirait donc inéluctablement EDF à construire des centrale électriques thermiques ( à gaz probablement) , sous peine de mettre la France en panne.

Inutile de préciser que ces centrales émettront abondamment du CO2, en parfaite contradiction avec les principes de base initiaux.

Les prescripteurs écologiques ont donc en mains les données du problème, et devront établir leurs exigences sur les bases du choix entre l’atome ou le CO2.

L’Allemagne a choisi le CO2, et brûle du lignite dans ses centrales. Un programme de capture et séquestration du carbone est par ailleurs en développement, utilisant la technologie Oxyfuel produisant un CO2 pur injecté dans le sol. La première centrale de ce type est prévue pour 2020, avec une puissance de 1000 MW.

En attendant, les centrales de technologie actuelle au lignite ou au gaz produiront de grande quantités de CO2 tant que les procédés d’enfouissement de ce gaz ne seront pas industriellement disponibles, et acceptés par les populations.

Notons que l’Allemagne possède actuellement 17 réacteurs nucléaires produisant 130 TWh électriques, représentant 27% de ses besoins électriques (480 TWh).

Dans ce même pays les énergies renouvelables ont fait l’objet d’un développement volontariste. Aujourd’hui elles fournissent 16% les besoins électriques, et 30% sont visés pour 2020, soit environ 140 TWh.

L’effort à fournir par la France est beaucoup plus considérable, notre parc est de 59 réacteurs produisant 75 % des besoins électriques, soit 300 TWh.

En cas de sortie du nucléaire, on voit mal comme la France pourrait échapper au schéma allemand , c’est-à-dire remplacer les réacteurs actuels par des centrales thermiques. Sauf que ces centrales fonctionneront au gaz qu’il nous faudra acheter puisque nous n’avons aucune ressource interne, contrairement aux allemands.

Nous seront donc doublement pénalisés:

D’une part notre effort de remplacement du nucléaire sera triple de celui de l’Allemagne ( 75% des besoins à remplacer au lieu de 27% ).

D’autre part il nous faudra importer la totalité de l’énergie fossile nécessaire au fonctionnement de ces nouvelles centrales, alors que l’Allemagne dispose de réserves de lignite qu’elle ne se prive pas d’utiliser.

Il semble donc acquis qu’une sortie du nucléaire, même progressive, n’est possible qu’en assurant la période transitoire vers les énergies renouvelables par un retour aux énergies fossiles carbonées. L’Allemagne est en train d’en faire la démonstration, sans pour autant d’ailleurs être assurée du succès.

En son temps, notre bon Roi Henri s’est tiré d’un mauvais pas en sachant opportunément renoncer à son crédo, « Paris vaut bien une messe… ».

Nos amis écologistes sauront-ils faire preuve d’autant de discernement, ou de malignité ?

En attendant, vous reprendrez bien un peu de CO2 ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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