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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:39

 

20 Février 2013

A en croire les média et les cassandres de service, les nuages ne cessent de s’accumuler sur notre horizon énergétique, voire même sur notre horizon tout court.

De la menace de cuisson à petit feu à cause de l’excès de CO2 jusqu’à la quasi certitude de l’holocauste nucléaire, en passant par l’épuisement des réserves d’énergies fossiles et l’excommunication des gaz de schiste, les média nous décrivent un avenir des plus angoissants.

Les prochaines décennies seront donc énergétiquement parcimonieuses.

La morale civique nous impose désormais un devoir de retenue dans nos comportements énergivores.

Et pour les récalcitrants ou ceux qui n’auraient pas saisi la nature de la menace, les gouvernements concoctent des pièges tarifaires de nature à décourager les velléités de débordements.

Les français dépensent chaque année 30 Mtep d’énergie uniquement pour se chauffer, soit environ 350 TWh toutes énergies confondues, électricité, gaz, fuel, bois, géothermie, héliothermie.

La consommation moyenne de chauffage est donc de 10 MWh /an par foyer ( #35 Millions de logements/ foyers).

Comme toutes les moyennes, celle-ci cache de très grandes disparités, depuis quelques centaines de KWh pour un modeste studio bien isolé jusqu’à 50 MWh et plus pour une grande maison ancienne très énergivore (passoire thermique).

La règlementation thermique RT 2012 traite le problème des logements neufs pour lesquels le respect des critères BBC devient obligatoire cette année.

Par ailleurs, les normes thermiques déjà en vigueur ont eu des résultats positifs; environ 10 millions de logements récents possèdent des performances énergétiques proches des normes actuelles.

Il reste donc grosso modo un parc de 25 millions de logements concernés par les incitations/exhortations à la sobriété énergétique.

S’agissant d’abord du chauffage, la première démarche est bien sûr l’isolation thermique des bâtiments et le remplacement des vieilles chaudières et/ou des appareils à bois vétustes par des matériels labellisés.

La dépense moyenne peut être estimée à 20 000 euros par logement ( entre 5000 et plus de 50 000 euros selon l’importance des travaux).

Il s’agit donc d’engager une dépense globale d’investissement de l’ordre de 500 Milliards d’euros, bien sûr sur plusieurs années ( dix, vingt ans ?).

On déclare ici et là que l’épargne française est très abondante. Des chiffres impressionnants circulent (On parle de plusieurs milliers de Milliards d’euros), auxquels d’ailleurs le Gouvernement s’intéresse de près car il souhaiterait y puiser pour rembourser sa dette.

Avec tant d’argent dans les bas de laine on peut donc penser que le financement des travaux de rénovation énergétique sera une simple formalité.

Mais, c’est oublier que la richesse est la chose du monde la moins bien partagée. Si certains possèdent un bas de laine pléthorique, d’autres plus nombreux ne possèdent qu’une modeste chaussette percée. Et, comme dit l’autre, il y a beaucoup plus de pauvres que de riches…

Par ailleurs, n’oublions pas non plus que, si le français épargne, c’est justement parce qu’il n’aime pas dépenser en aveugle!

Ou plus exactement qu’il n’accepte de dépenser (d’investir) que s’il perçoit la possibilité d’un retour sur investissement.

« I want my money back » disait Dame Tatcher, témoignant de la même préoccupation chez nos voisins d’outre manche.

C’est ainsi que l’on a pu constater que le succès des installations photovoltaïques domestiques n’est dû qu’à la perspective de réaliser un bon placement, et non pas à un subit prurit écologique.

(Savoir si le dit placement fut bon, ceci est une autre histoire).

La décision d’investir dans la rénovation énergétique d’un logement sera ainsi d’abord pesée par rapport à l’intérêt financier escompté à moyen-long terme.

On peut estimer/espérer que l’investissement global de 500 Milliards d’euros permettra de diviser par deux la consommation globale pour le chauffage, soit d’économiser 175 TWh par an.

En comptant un prix moyen de 60 Euros / Mwh, l’économie réalisée serait de l’ordre de 10 Milliards d’euros par an.

A ce tarif le retour sur investissement prendrait donc 50 ans, voire plus si l’on tient compte des intérêts légitimement attendus d’un placement financier !

Il n’est pas sûr que le français moyen se précipite sur cet investissement, il faudra le convaincre avec d’autres arguments pour qu’il entreprenne les travaux.

Et d’autres arguments, il y en a:

D’abord la « menace » d’une flambée des prix de l’énergie, ce qui hélas n’est pas une menace fantôme.

A 60 euros le MWh on peut encore assurer, mais à 200 ou 300 euros même les plus rétifs jetteront l’éponge.

Pour encourager les hésitants, L’Etat décide des mesures d’incitation fiscale, comme le crédit d’impôt, et/ou la TVA à taux réduit.

(Largesses très provisoires puisque les sommes concernées sont immédiatement reprises par l’Etat sous forme d’autres impôts, mais les français aiment bien ce tour de passe-passe, ils ont l’impression

d’être gagnants, au moins pendant un instant, le temps que l’argent met pour passer de la main droite à la main gauche).

Ensuite, des mesures financières comme le crédit à taux zéro.

Puis des mesures contraignantes, comme la tarification progressive de l’énergie ( Bonus malus).

Et encore l’augmentation des tarifs publics de l’énergie, grâce notamment à une indexation plus serrée des prix du gaz sur ceux du pétrole.

Et l’augmentation des taxes comme la CSPE et la TICPE.

Et pourquoi pas, en dernier ressort, des quotas ?

Donc un tir groupé de mesures globalement très persuasives.

Ces mesures autoritaires sécrètent leurs propres limites, établies aux frontières de la précarité énergétique déjà existante, et qu’elles ne feront qu’aggraver.

Personne n’ayant encore trouvé la recette pour tondre un œuf, et la conjoncture économique étant ce qu’elle est, de nombreuses personnes seront dans l’incapacité de suivre ce programme d’investissement ambitieux, et une bonne partie des 500 Milliards devra être puisée dans l’épargne des plus favorisés pour être redistribuée en direction des « énergétiquement précaires ».

Des grincements de dents en perspective…car la fourmi n’est pas prêteuse, la fable nous le rappelle.

L’efficacité des mesures d’incitation tarifaires sera proportionnelle à l’augmentation de ces tarifs, et particulièrement celui du gaz, qui est appelé à devenir la source privilégiée, le fuel étant trop fortement émetteur de CO2 et l’électricité étant condamnée par la RT 2012, au moins pour le chauffage.

« notre » gaz de schiste étant condamné, et le gaz provenant de la méthanisation des déchets n’étant pas encore majoritaire, nous resterons longtemps dépendants des marchés extérieurs pour nos approvisionnements.

Une façon définitive d’échapper à la conjoncture énergétique serait évidemment l’autosuffisance.

C’est le rêve de la maison à énergie positive.

L’idée est relativement simple: construire une maison parfaitement isolée et intelligemment structurée pour récupérer la chaleur naturelle du sol , qui garantit une température intérieure de 12 à 15 °C, et prélever l’énergie solaire rayonnée par des panneaux hybrides, qui fournissent sur l’année une énergie largement supérieure aux besoins.

Mais cette énergie est intermittente et il est nécessaire de faire appel à un système de stockage pour pallier les baisses de production saisonnières.

Aujourd’hui le seul système de stockage possible est le réseau de distribution.

Ce système ne peut fonctionner que si le réseau de distribution est conçu pour absorber les excédents de production, par pompage-turbinage par exemple.

Ce type de maisons est l’objectif du Grenelle de l’Environnement pour 2025, pour les habitations neuves évidemment.

Pour les logements existants dont les occupants désirent échapper aux sanctions financières de la tarification progressive (qui touchera l’électricité et le gaz de réseau), il reste toujours la possibilité de se chauffer au bois qui, pour le moment, n’est pas concerné par cette tarification, et dont le prix n’est pas indexé sur le cours du pétrole !

Et en plus, c’est l’énergie la moins chère ( Aujourd’hui), et elle n’émet que du CO2 recyclable !

Cela tombe bien, l’Etat cherche justement à développer la filière bois énergie, tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Tout au moins pour les heureux propriétaires d’une maison, qui peuvent choisir librement leur source d’énergie.

Les autres mettrons des pull-over, en attendant de toucher la subvention de rénovation énergétique.

Précédemment nous évoquions le retour à la bouse de vache et aux déchets pour produire du gaz, aujourd’hui nous ajoutons le retour au bois de nos forêts pour compléter le panel énergétique du parfait écologiste du vingt-et-unième siècle.

Tout çà pour çà , aurait dit ma Grand’mère, la petite excursion au paradis de l’énergie gratuite n’aura donc duré que cent-cinquante ans, nous voilà revenus au cul des vaches et dans les bois comme au bon vieux temps, le paysan reprend la place qu’il n’aurait jamais du quitter.

 

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commentaires

mercisasqat 22/02/2013 12:58

merci,
j'avais lu l'équivalent (en plus compliqué ...) mais pour une région froide (Canada il me semble)
La courbe page 225 semble confirmer mes dires (cf. courbe 4 - z=delta soit un peu plus de 3 mètres pour le sol argileux; on obtient une jolie sinusoide)

par contre, je pense qu'il y a une erreur dans la conclusion:
la profondeur de pénétration étant plus importante pour l'argile, les 4,6 m (3/2*3) sont pour l'argile (inversion des termes)

(mais je peux me tromper ... ;-) )

doc zaius 22/02/2013 09:49

Bonjour,
Pour ce qui concerne la température du sol en profondeur, des données intéressantes sont disponibles ici:
http://www.cder.dz/download/Art14-2_4.pdf
C’est plutôt technique mais cela me paraît une base solide.
Cordialement.

sasqat 21/02/2013 17:35

merci pour la réponse au 1)

pour le 3) oui pour une vraie cave (voire une carrière)

on trouve quelques articles traitant de ce sujet.
A la fin de l'hiver, dans des zones froides type H1, la température tombe à des températures bien inférieures à 14 °C à 3 mètres (profondeur classique pour un sous-sol). évidement cela dépend de la
durée du froid et de son intensité.
Il ne faut pas oublier qu'un sous-sol est chauffé par la dalle du rez-de-chaussé ce qui explique les 12 degrés mesurés.
d'après la littérature, c'est au-delà de 6 à 7 mètres de profondeur que la température cesse d'osciller et est égale à la moyenne des températures de surface

doc zaius 21/02/2013 15:50

Bonjour,
Il n’existe pas de chiffres précis concernant la consommation moyenne nationale d’énergie pour le chauffage, mais il existe certaines enquêtes régionales relativement détaillées.
Par exemple celle de L’IAU ( Institut d’Aménagement et d’Urbanisme) de 2010, en collaboration avec le CSTB et l’Université de Paris, donne de nombreuses indications pour l’Ile-de-France, en
particulier la conso moyenne en chauffage en énergie finale: 170 KWh /m2/an.
Avec une moyenne de 80 m2 on obtient 13,6 MWh/an.
L’Ile-de-France étant située dans la Nord, on peut approximer pour les autres régions, ou rechercher d’autre enquêtes.
La valeur de 10 MWh/an que j’ai indiquée provient d’une part d’infos sur la consommation nationale d’énergie de chauffage, 350 TWh, et d’autre part du nombre total de logement, environ 35
Millions.
On ne doit pas être loin du compte.
Les doubles vitrages sont insuffisants, maintenant on utilise du triple vitrage. De plus ils doivent comporter des couches de traitement pour soit réfléchir l’énergie , soit pour la laisser passer,
selon l’emplacement du vitrage par rapport à l’éclairement.
Pour la température du sous-sol, elle dépend bien sûr de la profondeur, mais aussi de la nature du sol et de la température moyenne de surface qui est une variable régionale. C’est pourquoi on
trouve des chiffres variés, mais les anciens savent que dans une cave ( une vraie) la température se maintient dans des limites faibles autour de 12 à 14 °C en plaine.
En 1973, EDF a réalisé l’étude d’une maison construite pour exploiter l’énergie naturelle du sous-sol (stockage naturel de l’énergie solaire).
L’intérieur, bien isolé, se maintenait à 12-13 °C même par grand froid.

cordialement

sasqat 21/02/2013 10:01

un très bon article

1) avez vous des sources documentaires à partager concernant les consommations d'énergie pour le chauffage individuel ?

2) J'ai fait quelques simulations simples de pertes thermiques en fonction de "niveaux" d'isolation. En effet, des logements mal isolés consomment 3 à 4 fois plus qu'un logement moderne à surface
égale.
Nous le savons tous mais il est utile de le rappeler, les simples vitrages sont des gouffres à énergie. Dans un logement mal isolé, cela représente jusqu'à 50% des pertes!
retour sur investissement autour de 10 ans

=> à mon sens, le remplacement de ces vitrages devrait être imposé.

Evidemment, l'aspect financement pose un problème majeur comme vous le soulignez.
Or le cout de rénovation tient pour beaucoup dans le cout de la main d'oeuvre

Il me semble que la stratégie de l'état via les crédits d'impôt n'est pas la bonne.

Pour ma part, il me semble plus judicieux de détaxer complètement les produits d'isolation (ie 0% de TVA) pour la rénovation, sans condition de travaux faits par des professionnels.
+ un crédit d'impot sur la main d'oeuvre si le particulier fait appel à un professionnel (pour limiter le travail au noir)
+ un crédit "rénovation" à taux très faible (1%)

Le particulier aurait alors la possibilité à cout réduit (s'il le fait lui même par exemple) d'améliorer son isolation.

3) vous parlez de température du sol et de 12° à 15°
=> je ne crois pas que ce soit juste. La température du sol à 3 mètres de profondeur n'est pas constante et égale à 14° comme le veut la pensée populaire mais fonction de l'évolution des
températures extérieures.

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