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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 19:48

30 Juin 2011

Nous voici donc en période de veillée d’armes pour ce qui concerne notre avenir énergétique.

Le gouvernement actuel a confirmé sa décision de poursuivre le développement du nucléaire.

L’opposition soutient au contraire la stratégie du retrait progressif de l’atome civil.

De l’issue des prochaines élections présidentielles dépendra donc notre futur énergétique.

Il est donc utile de commencer à regarder de près à quoi pourrait ressembler une France sans électricité nucléaire, sachant que par ailleurs majorité et opposition sont engagées à réduire les émissions de CO2, donc à ne pas augmenter la proportion d’énergies fossiles carbonées dans le mix énergétique français.

L’énergie électrique participe annuellement pour environ 400 TWh. C’est donc une masse énergétique considérable qui devra être remplacée par autre chose, avec une échéance à vingt ou trente années.

Les experts prévoient que ce besoin énergétique va continuer à croître légèrement malgré les politiques d’économies mises en œuvre. Cette croissance sera alimentée par l’augmentation de la population, par l’accroissement de la surface des logements, par le développement des matériels domestiques, et par les besoins des véhicules électriques.

Pour assurer la succession du nucléaire, il y a deux outsider: l’éolien et le solaire. Les autres énergies renouvelables susceptibles de fournir de l’électricité sont considérées comme énergies d’appoint, l’hydraulique n’ayant que peu de potentiel de croissance. La géothermie et le bois énergie sont plutôt spécifiques du chauffage et ont plutôt vocation à remplacer le fuel et le gaz naturel dans ces applications.

Nous allons nous intéresser au solaire, et plus précisément aux centrales solaires, étant entendu que le solaire individuel ou collectif sur les toits est un secteur complémentaire important, mais qui ne pose pas de problème d’emprise foncière.

Il existe deux types de centrales solaires: Les centrales thermiques à concentration, et les centrales photovoltaïques.

On fait souvent à ces installations le reproche d’une emprise foncière considérable. Voyons ce qu’il en est:

Une centrale thermique à concentration comprend des petits miroirs qui concentrent les rayons solaires sur une cuve qui sert de chaudière. Cette cuve contient un fluide dont la température s’élève à plusieurs centaines de degrés et génère de la vapeur qui actionne une turbine, laquelle entraîne un alternateur . Le procédé est connu et appliqué depuis plusieurs décennies avec succès.

Prenons pour exemple la centrale Gemasolar inaugurée récemment près de Séville. Elle fournira 110 GWh par an, son emprise sur le territoire est de 185 hectares. Elle a coûté 171 millions d’euros.

Si nous transposons cette application dans le Sud de la France par exemple, la production sera inférieure, de l’ordre de 90 GWh/an à cause du déficit d’ensoleillement.

Pour produire 100 TWh/an, il faudrait donc 1 100 centrales identiques, ce qui est un nombre impressionnant, mais non absurde car l’emprise foncière ne serait que de 200 000 hectares environ ( La France occupe 55 millions d’hectares ).

Pour évaluer l’acceptabilité d’une telle emprise foncière, il faut la comparer à celle du réseau routier. En France, la densité du réseau routier est de 1,77 km/km2 ( toutes voies confondues ), ce qui représente 2,7 % de la surface totale du territoire en comptant une largeur moyenne de 15 mètres ( chaussée + bas-côtés).

Les 1100 centrales solaires occuperaient environ 0,36% du territoire, ce qui est comparativement minime compte tenu de l’enjeu.

Un nombre comparable de centrales photovoltaïques à panneaux hybrides permettraient de fournir une énergie équivalente pour une emprise foncière du même ordre.

Les 50% restant seraient en charge du photovoltaïque en toitures sans emprise foncière, et de l’éolien .

La substitution du nucléaire est donc techniquement possible, avec une emprise foncière du même ordre que celle du réseau routier.

Aujourd’hui les esprits ne sont évidemment pas préparés à accepter ce qui peut apparaître comme un envahissement du territoire, même si cet envahissement ne dépasse pas un à deux pourcent.

Un long travail d’information sera nécessaire pour convaincre la population, les instances locales et les associations de défense de l’environnement, du bien fondé de la démarche.

Un autre obstacle sera le coût des installations, qui nécessitera une augmentation des tarifs publics. Même si ce coût est appelé à baisser dans l’avenir grâce à l’effet d’échelle, les investissements des premières années seront difficilement rentables et devront être en partie supportés par l’Etat, donc en fin de compte par le contribuable.

Il faut s’attendre, dans la prochaine décennie, à devoir faire face à de profonds bouleversements du paysage énergétique, et du paysage tout court. En cas de retrait du nucléaire, la tentation sera donc grande de remplacer cette énergie par du gaz naturel, encore abondant même hors gaz de schiste. Cette solution de facilité aurait évidemment un impact négatif sur le programme de lutte contre le CO2, à moins de mettre sur pied un programme sérieux de capture et séquestration du carbone pour compenser l’accroissement des émissions.

Le prochain gouvernement portera donc une lourde responsabilité dans la réussite ou l’échec de notre mutation énergétique. Il ne sera pas simple de remplacer la monoculture de l’uranium par un mix de différentes sources faisant appel à des technologies variées en pleine évolution, et de plus à caractère intermittent, le tout dans un contexte de libéralisation du marché.

De plus, faute d’un accord d’union nationale sur un programme énergétique, il faudra s’attendre à des changements d’orientation au rythme des élections présidentielles. Ce manque de visibilité à long terme ne sera pas de nature à encourager les investissements dans des secteurs dont la pérennité ne serait pas assurée.

Un long chemin semé d’épines….

 

 

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