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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:50
 
17 Mars 2012
Notre société moderne est un organisme vivant complexe dont le métabolisme exige un apport énergétique régulier.
Le pétrole irrigue ses artères, le Méthane emplit ses poumons, et son estomac ingère du charbon.
Notre survie dépend donc au premier degré de l’apport régulier de ces denrées.
Lorsqu’aucune des ces sources d’énergie n’existe sur son territoire, l’organisme souffre du syndrome de la dépendance énergétique, se caractérisant par des hémorragies importantes de fluide monétaire, une forte dépendance du métabolisme aux variations climatiques des marchés ( appelée fièvre d’OPEP), et un état de manque portant à la recherche compulsive de fournisseurs, parfois au mépris de toute considération éthique, les dealers d’énergie ne sont pas toujours fréquentables.
Certains organismes, désireux de rompre avec cette addiction, ont recours à un traitement de substitution, sorte de méthadone énergétique, appelée énergie nucléaire. La cure n’est pas toujours bénéfique, les effets secondaires étant parfois très mal supportés par l’organisme, le remède peut tuer le malade.
Il existe bien une médecine naturelle qui propose au malade un changement radical de régime. Il s’agit essentiellement d’adopter la vie au grand air, profiter du Soleil et du vent qui sont gratuits, et mener une vie plus calme, moins frénétique.
Mais on connait les difficultés de faire accepter au malade la nécessité d’une cure de désintoxication. Le chemin est long, et les rechutes sont fréquentes.
Le pétrole irriguera donc encore longtemps les artères de nos sociétés.
Autrefois, cette précieuse denrée était disponible à un prix dérisoire. On pouvait se la procurer facilement sur les souks du Moyen Orient en quantités quasi illimitées, pour un prix extrêmement modique, quelques centimes le litre, nettement moins cher que l’eau minérale ou la livre de pois chiches chez l’épicier du coin.
Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Et puis le monde a changé. Les clients sont devenus plus nombreux et se sont disputé la marchandise, les marchands du souk sont devenus plus exigeants, et comme toujours dans ce cas, les prix ont augmenté.
Oh, ils sont encore abordables. On peut se procurer sur le souk un litre de pétrole de bon aloi pour quelques dizaines de centimes d’euro. Mais pour des clients qui déboursaient seulement quelques centimes autrefois, un demi euro c’est trop !
Bref, aujourd’hui le litre de Brent est à 0,593 Euro, ce qui commence à faire monter la fièvre de notre organisme économique.
Le consommateur final, vous et moi, se satisferait pleinement d’un prix aussi léger, hélas le prix à la pompe n’a que de lointains rapports avec le cours du Brent.
Entre le prix coté à la bourse et le prix payé à la pompe un certain nombre d’intermédiaires interviennent et, grâce à un peu de travail et de nombreuses incantations, nous fournissent le prix à la pompe.
La formule magique utilisée par les thaumaturges pour établir le prix final est la suivante:
P = [ (Pp x Cp) + Pr + Pd + Pt ] x Ctva
Dans laquelle:
Pp est le prix actuel en dollar du litre de Brent sur le marché international.
Cp est le coefficient de parité Euro/Dollar.
Pr est le coût au litre du raffinage.
Pd est le coût de la distribution.
Pt est le montant au litre de la taxe prélevée par l’Etat ( TICPE).
Ctva est le coefficient multiplicateur de la TVA.
Cela nous donne:
Diesel Super
Pp = 0,777 $ 0,777 $ (123.55 $ le baril de 159 L)
Cp = 1/1,31 1/1,31
Pr = 0,081 e* 0,034 e*
Pd = 0,095 e* 0,105 e*
Pt = 0,438 e 0,612 e
Ctva= 1,196 1,196
P = 1,450 e 1,613 e
* Source UFIP ( Union Française des Industries Pétrolières) pour 2011.
On constate une taxation par l’Etat de respectivement 86,8% et 118%.
Ce taux d’imposition usuraire équivaut à une double peine. L’usager paye une première fois le produit qu’il achète, au prix du marché, puis doit verser au Trésor une somme quasiment équivalente.
Certes d’autres produits supportent également la double peine, comme l’alcool et le tabac, mais leur consommation reste très limitée comparativement aux carburants.
La TICPE ( Ancienne TIPP) descend en droite ligne de la TIP créée en 1928 soi-disant pour compenser les baisses de l’impôt sur le sel. Rebaptisée TICPE en 2011 , elle se donne une nouvelle jeunesse en s’ouvrant la possibilité de s’appliquer à toutes les sources d’énergie et non plus seulement aux produits pétroliers.
La TICPE rapporte environ 25 Milliards par an, ce qui est considérable.
Les facteurs qui influent sur le prix des carburants sont ceux qui figurent dans l’équation magique:
- Le prix du pétrole.
L’évolution du prix du baril de Brent ne laisse aucun doute sur la solide tendance haussière de cette denrée.
Depuis 26 $ en 2003 jusqu’à 125 $ aujourd’hui, la croissance est régulière, si l’on excepte les soubresauts bien compréhensibles de la crise de 2008. Ces soubresauts nous rappellent l’extrême sensibilité du prix aux conditions extérieures. Cours Brent 2002 2012
La tendance de fond haussière est due à un ensemble de facteurs dont les effets se cumulent, essentiellement l’augmentation de la demande en face d’une offre non extensible qui tend plutôt à fléchir, et l’accroissement des dépenses de recherche et de prospection pour trouver des nouveaux gisements, notamment en off shore profond.
A cette tendance de fond de caractère technique, il faut ajouter l’influence des conditions extérieures, indépendantes de notre volonté comme dirait la SNCF.
Jusqu’où le prix du baril pourrait-il monter ?
Le prix montera jusqu’au moment où les acheteurs jetteront l’éponge.
Heureusement l’économie s’adapte insensiblement à cette situation. D’abord des mesures techniques pour améliorer l’efficacité énergétique, ensuite un basculement vers d’autres sources d’énergie comme le gaz, voire même le charbon ou le nucléaire, et bien sûr les énergies renouvelables.
Les transports demeurent le secteur le plus vulnérable car la conversion à une autre source d’énergie est très difficile.
Il est aujourd’hui impossible de faire des prévisions de prix, sinon estimer à 50% la probabilité d’atteindre 200 $ le baril au cours de la prochaine décennie.
Toutes choses égales par ailleurs, les prix des carburants passeraient alors à 1,88e pour le Diesel et 1,97e pour le super.
- La parité Euro/Dollar.
Les arcanes du monde économico-financier nous sont impénétrables. En dix ans la parité est passée ce 0,8 à 1,3.
Ce paramètre est insaisissable.
- Le raffinage et la distribution.
Ces paramètres évolueront peu, et leur influence est minime.
- La TICPE.
C’est la rente pétrolière de l’Etat.
On connait la situation financière de l’Etat français. Jamais il ne renoncera à cette rente, sinon à la marge.
Nous assisterons probablement à un geste sur cette taxe, mais qui sera aussitôt compensé par l’accroissement d’un autre prélèvement dans un autre secteur de l’économie.
Ce geste pourrait être le retour provisoire à la TICPE flottante mais la marge est très faible.
En toute logique financière, l’augmentation du prix des carburants se traduira par une baisse de la consommation. La TICPE étant assise sur le volume, la rente pétrolière va baisser. Cette baisse sera en partie compensée par la TVA qui, elle, est assise sur le chiffre d’affaire.
Un bilan que Bercy examinera à la loupe avant de lâcher un peu de lest.
Certains à Bercy prônent au contraire une politique de rigueur et demandent une AUGMENTATION de la TICPE.
- La TVA.
Bercy compte sur la TVA pour compenser la baisse de la rente TICPE, baisse consécutive à un recul de la consommation.
Il ne faut donc pas espérer de miracle…
L’augmentation du prix du pétrole se traduit donc par une augmentation automatique du prix des carburants, et une augmentation non moins automatique de la part de TVA perçue, sauf si le gouvernement décide une compensation par la TICPE flottante.
Cette augmentation automatique de l’impôt perçu est évidemment une bénédiction pour Bercy, qui sera très réticent à bricoler l’équation en faveur de l’usager, sauf si celui-ci montre les dents et exhibe un pouvoir de nuisance dissuasif.
On peut compter sur les transporteurs, les taxis, les ambulanciers, les agriculteurs, pour faire entendre leurs revendications…
 
 

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