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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 12:08

Quel prix pour le livre numérique ?

 

Situation du livre papier.

 

Avant toute chose il est important d’éviter la confusion entre les notions de « prix unique du livre » et « prix du livre ».

Le prix de cession éditeur est le prix décidé par l’éditeur , qui comprend son prix de revient et sa marge commerciale ( ne perdons pas de vue que l’édition est un commerce). Dans le prix de revient sont inclus l’acquisition des droits, le marketing, la fabrication, l’impression, la distribution, la rémunération de l’auteur.

A ce prix de cession il convient d’ajouter la marge du distributeur et du libraire, et bien sûr la TVA, pour avoir le prix de vente.

La loi sur le prix unique du livre impose que ce prix de vente soit le même quelque soit le lieu de vente et le circuit commercial utilisé. Ceci pour un ouvrage donné bien entendu. Des ouvrages différents auront des prix de ventes différents, mais uniques. Cette loi a pour objectif de garantir la survie des petites librairies . Les seuls rabais tolérés ne doivent pas dépasser 5 %.

Le respect de la règle du prix unique du livre est dû pour une période de deux années. Au-delà le prix d’un ouvrage donné devient libre et il peut être soldé. C’est généralement à cette échéance qu’il est réédité en livre de poche si l’éditeur le juge utile, ce qui lui confère une seconde vie.

Ainsi par exemple un livre vendu 20 € en primo-édition grand format se retrouve deux ans plus tard soldé à un prix très inférieur, et éventuellement disponible en format poche à 6 ou 7 €.

Ces mêmes ouvrages ont une troisième vie en occasion et peuvent alors être acquis pour quelques euros.

 

La notion de prix du livre papier est donc extrêmement vague , selon que l’on parle d’une primo-édition grand format ou de la seconde ou de la troisième vie du livre.

 

 

Où peut se placer le prix du livre numérique ?

 

 

Nous avons vu que le prix d’un livre papier est très variable, le prix d’un même titre peut évoluer entre plus de vingt euros et moins de deux euros selon que l’on considère la version primo-édition grand format ou la version livre de poche d’occasion.

 

Le livre numérique a ceci de particulier qu’il n’existe pas de version de luxe, ni de livre d’occasion, ni de version « de poche ». Il existe un fichier unique qui ne permet pas de décliner l’ouvrage en plusieurs versions. La politique de prix devra donc s’appliquer sur un objet non diversifié.

Pour concurrencer le livre papier en édition de poche, vendu 5 à 6 euros neuf et 2 euros d’occasion, la version numérique du même ouvrage ne doit évidemment pas être vendue plus de 5 euros pour présenter un intérêt réel autre que le simple effet de mode.

Le marché des nouveautés est différent. Une primo-édition grand format papier vendue 20 euros demeure sans concurrence pendant le délai légal de deux ans. Pendant cette période la version numérique peut être vendue par exemple entre 10 et15 euros , la décote étant justifiée par l’obligation d’accepter certaines contraintes:

- Nécessité d’une tablette de lecture ( Dans un foyer il faut autant de tablettes de lecture qu’il y a de lecteurs).

- Impossibilité de « faire circuler » l’ouvrage aux amis par manque de compatibilité entre les tablettes, et parce que tout le monde n’a pas une tablette de lecture.

- Impossibilité de revendre l’ouvrage en occasion.

- Impossibilité d’offrir l’ouvrage en cadeau .

- Impossibilité d’échanger l’ouvrage dans une bourse d’échange.

Ces inconvénients sont facilement acceptés si le prix ne dépasse pas 4 ou 5 euros , mais à 15 euros le lecteur y regardera à deux fois avant d’acquérir un fichier dont l’usage est si restrictif, sachant qu’il peut avoir la version papier pour quatre euros de plus ( en effet les ouvrages dont le prix unique est affiché à 20 € sont vendus la plupart du temps avec le rabais de 5%, soit 19 €).

Pour faire accepter un prix élevé de la version numérique il faut lui apporter des fonctionnalités supplémentaires spécifiques de la technologie numérique.

Ces fonctionnalités ne sont pas proposées aujourd’hui.

De plus le livre papier est perçu comme un objet culturel durable et de nombreux lecteurs, surtout en France, seront réticents à abandonner l’objet concret pour choisir la dématérialisation.

Une tablette de lecture peut contenir plusieurs dizaines de titres. Ceci est souvent présenté comme un avantage considérable. Mais en fait on ne lit en général qu’un livre à la fois, on a donc rarement besoin d’emporter une bibliothèque avec soi.

 

 

Il apparaît ainsi que le livre numérique n’est pas d’un très grand intérêt pour le lecteur disposé à acheter l’ouvrage. La version numérique n’apporte pas d’avantages particuliers si elle n’est que la duplication du livre papier pour un prix quasiment identique. Au contraire, elle n’apporte que des contraintes.Il en est tout autrement pour les bibliothèques de prêt. Dans ce cas l’accès à une bibliothèque numérique offre un choix d’ouvrages beaucoup plus vaste , sans commune mesure avec la bibliothèque papier.

Ces contraintes ne seront acceptées que si le prix d’un téléchargement est inférieur au prix d’un livre de poche papier.

 

 

Reste à savoir si le modèle économique du livre numérique sera compatible avec cette application.

 

Nous venons de présenter le problème du livre papier face à sa version numérique. Mais tous les livres numériques ne seront pas nécessairement une duplication numérique d’un livre papier déjà existant.

On peut s’attendre à un développement du marché vers une forme d’édition numérique « libre » , c’est-à-dire indépendante des grandes maisons d’édition et prenant ses distances avec le livre papier.

Ce segment de l’édition numérique vivra sa vie propre par l’intermédiaire du réseau internet sans interférer avec le monde du livre papier . Cette activité pourra cohabiter avec l’édition numérique de duplication du livre papier alimentée par les éditeurs classiques. Les politiques de prix seront différentes .

Les distributeurs de livres numériques « libres » endosseront alors les habits de l’éditeur en proposant des services équivalents adaptés à ce nouveau monde.

 

 

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