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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 18:51

9 Novembre 2011

Comme il fallait s’y attendre, le problème de l’énergie s’invite dans la campagne présidentielle.

Et, comme à l’accoutumée, le débat s’est établi au niveau passionnel sur le point de décider ou non de l’abandon du nucléaire. Il y a ceux qui ont la tête près du bonnet, et qui prônent un abandon rapide et définitif de toute activité à caractère nucléaire, sans autre forme de procès; une posture dogmatique qui n’admet aucune nuance. Et il a ceux qui voudraient bien pouvoir se passer de l’atome, mais qui comprennent intuitivement ou non qu’un changement de portage aussi considérable ne peut raisonnablement se faire que sur la durée, position que l‘on traduit sommairement par «wait and see » .

La raison et le dogme étant par nature inconciliables, ceux-là ne sont pas prêts à trouver un terrain d’entente…Sauf en présence d’un incendie électoraliste les contraignant à simuler un accord de circonstance assorti d’une sorte de dessous de table constitué de concessions sur quelques circonscriptions en 2012.

Face à cette querelle sans issue, il y a ceux qui campent sur leur portefeuille nucléaire et entendent bien le faire fructifier. Leurs arguments massue sont l’indépendance énergétique, avec comme corollaires la maîtrise des coûts, une moindre pression sur la balance du commerce extérieur, une absence de rejets de gaz à effet de serre, et une solution à l’épuisement des ressources fossiles.

Certes, les dangers des réacteurs actuels ne sont pas niés, mais les nucléaristes proposent des programmes de sécurisation des installations existantes, et surtout rappellent que le programme de développement de la génération IV porte sur des réacteurs différents beaucoup plus sûrs et dont les déchets seront moins préoccupants, par exemple les réacteurs à sels fondus. Ils oublient bien sûr de préciser qu’ils n’ont nullement l’intention d’y recourir, n’ayant pas pour habitude de changer de cheval au milieu du gué.

Flamanville for ever….

Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur ces tendances , aussi respectables l’une que l’autre, le vrai problème n’est pas là.

La vraie question est de savoir non pas ce que l’on souhaiterait faire, mais ce que l’on pourra faire à partir de la situation actuelle et de l’évolution prévisible des besoins énergétiques et de la situation économique du Pays.

Pour tâcher de faire la part des choses entre les nucléaristes convaincus et les gourous du retour à la nature, les parlementaires ont engagé une réflexion de fond qui se veut dépassionnée et avec une vision à long terme tenant compte de l’évolution réelle des besoins et de la conjoncture économique.

Dans le cadre de cette démarche, l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques a auditionné des experts à l'Assemblée nationale le 3 novembre 2011 afin de mesurer les perspectives d'évolution à moyen et long terme de la consommation électrique en France, et en général de la consommation énergétique.

En effet, si l’on ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs, une réflexion sur les choix énergétiques doit débuter par une analyse des besoins futurs de la société du XXIè siècle.

Selon les études de EDF/RTE ( dont les données sont à la base de l’analyse ) la consommation d’électricité croitra de 0,6% par an au moins jusqu’en 2030. Cette croissance sera tirée par l’augmentation des applications électriques, les besoins des véhicules électriques, la consommation des TIC ( Ordinateurs, internet, serveurs, etc…) et du basculement vers l’électricité de certaines applications aujourd’hui consommatrices de fuel. Ceci balançant à peu près les baisses prévues grâce aux économies d’énergie programmées.

Face à cette évaluation qui se veut réaliste, les tenants des énergies nouvelles fondent leurs projets énergétiques sur des besoins notablement inférieurs, calculés sur la base d’économies d’énergie drastiques, une véritable purge .

Dans l’hypothèse d’un débat public sur la Politique énergétique de la France, il y aura donc deux scénarios face à face: L‘un, établi à partir des données de EDF/RTE, et l’autre émanant peu ou prou de l’association NEGAWATT.

Le premier est relativement conservatif, tout en intégrant des économies d’énergie significatives. Il n’est pas compatible avec l’abandon du nucléaire au profit des énergies nouvelles ( Solaire et Eolien ). Celles-ci sont supposées se développer au rythme normal du marché.

Le second est révolutionnaire car, au contraire du précédent, il ne se dissocie pas de l’abandon du nucléaire. Il prône le remplacement de l’atome par les énergies Solaire et Eolienne, ce qui suppose de considérables économies d’énergie et des investissements colossaux dans le changement de portage énergétique.

Les deux scénarios sont à ce point différents qu’un compromis paraît difficile à trouver.

Mais, y aura-t-il un débat public ?

Il se confirme donc que le problème des choix énergétiques sera au centre de la campagne présidentielle.

Nous n’en voulons pour preuve que le récent conflit qui oppose le PS et EELV, conflit qui porte non pas sur la dette publique, ni sur la politique de rigueur, mais bien sur la question de l’abandon ou de la poursuite du nucléaire.

En guise d’entremets, les médias se font le relais d’annonces implicitement alarmistes concernant une éventuelle pénurie d’électricité cet hiver, conséquence possible de l’arrêt de réacteurs nucléaires allemands.

Outre que cette occurrence est fortement probable et donc qu’un homme prévenu en vaut deux, ce petit rappel discret en période de discussions sur les choix énergétiques est de nature à faire tomber les indécis dans le « bon » camp le moment venu.

Certains mauvais esprits n’hésitent pas à «leur» prêter l’intention de nous faire le coup de la panne cet hiver pour convaincre les incrédules du réel risque de pénurie.

Le coup de la panne, certainement pas, mais de nécessaires arbitrages, probablement….

 

 

 

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commentaires

doc zaius 13/11/2011 10:43


Bonjour,
Le scénario que je décris est bien un scénario catastrophe, mais hélas sommes-nous sûrs d’y échapper ?
Je pense que la simple sobriété ne peut suffire à réduire drastiquement la consommation d’énergie, si elle n’est pas accompagnée de mesures techniques qui requièrent des investissements: voiture
hybride, constructions neuves aux normes BBC, isolation des bâtiments existants, remplacement des chaudières, et bien entendu développement des énergies solaires.
L’habitat et le tertiaire consomment 65% de l’électricité. On ne peut faire payer une taxe carbone sur cette consommation puisqu’elle est d’origine essentiellement nucléaire. L’essentiel des
économies en énergie électrique est pourtant à trouver là.
Une solution pourrait être l’attribution de quotas d’énergie, le surplus étant taxé lourdement. Ce serait la meilleure incitation à condition de trouver une formule qui ne pénalise pas les plus
défavorisés comme d’habitude.
Les grands chantiers d’énergies nouvelles ( fermes éoliennes ou solaires ) souffrent de plusieurs handicaps:
Le prix de revient du KWh est deux à trois fois supérieur au prix public actuel; quel entrepreneur serait assez fou pour se lancer dans l’aventure ? Il faut donc d’abord que les usagers acceptent
de voir doubler les tarifs EDF, ce dont je doute, même de la part des écolos…
Resterait ensuite à convaincre ces mêmes usagers d’accepter d’avoir des éoliennes ou des centrales solaires près de chez eux, ce dont je doute également, même et surtout de la part des écolos (
NIMBA).
En gros, voici donc le genre de contribution que les français devraient accepter pour que le changement soit possible:
- Instauration de quotas énergétiques avec pénalités de dépassement.
- Taxe carbone.
- Doublement du prix public du KWh.
- Augmentation significative de la TIPP.
- Participation obligatoire au grand emprunt, au prorata des ressources des contribuables.
Bien sûr on pourrait aussi taxer lourdement les tabacs et les alcools, et le cannabis lorsqu’il sera légalisé, mais le tout mis ensemble risquerait de faire sauter le couvercle de la marmite.
Quand aux économies sur les dépenses publiques, on peut toujours rêver. On ne peut déjà pas modérer les dépenses locales d’une commune comme Clohars ( Médiathèque, ZAC, giratoires, circulation
douce, études multiples pour la station d’épuration, fontaine de la place de la mairie, ralentisseurs, etc…) alors j’imagine qu’à l’échelon du Pays il n’y faut même pas penser…
Au fait, j’aimerais bien connaître la réaction des agences de notation à l’annonce par la France de l’abandon du nucléaire .
Mais ceci est une autre histoire.


Bernard Vignes 13/11/2011 08:21


Non le scénario Negawatt ne serait pas réalisé car celui-ci repose, d'abord, sur la production de négawatts, les watts qui ne sont pas produits.
Et ce dans le domaine de la sobriété et de l'efficacité.

Si la sobriété ne nécessite pas d'investissements, ce n'est pas le cas de l'efficacité énergétique, par exemple dans l'isolation des bâtiments ou la baisse de consommation en carburant des
voitures.

Le scénario que vous décrivez est un scénario catastrophe avec une stabilisation, voire une augmentation des gaz à effet de serre, des risques accrus par de vieilles centrales nucléaires en bout de
course (qui nécessiteront quand même pas mal de capitaux pour survivre), l'arrêt des subventions aux énergies renouvelables.

Il faut absolument, quoiqu'il en coûte, mettre en place une taxe carbone génératrice de ressources et d'économie, réduire drastiquement certaines dépenses inutiles et lancer la transformation
écologique de l'économie finançée par un recours à l'emprunt des particuliers (il y a là des ressources inexploitées).

Quant à sortir du nucléaire en moins de 30-35 ans, çà me parait irréaliste


doc zaius 12/11/2011 19:42


Bonjour,
Quelle que soit l’option considérée, on en revient toujours au problème de fond, qui est de planifier les besoins énergétiques futurs.
Une fois ces besoins (ces quotas ?) fixés, il devient possible d’étudier la meilleure façon de les satisfaire, à partir de la situation actuelle et en intégrant toutes les contraintes telles que la
sortie ou non du nucléaire, les émissions de gaz à effet de serre, les approvisionnements en énergies fossiles, en minerais radioactifs, l’indépendance énergétique, le développement des énergies
nouvelles, et bien sûr l’impact financier.
Aujourd’hui il n’y a pas d’accord sur les besoins énergétiques futurs, il n’est donc pas possible d’établir un programme énergétique, il serait basé sur quoi ?
Entre ceux qui se basent sur une croissance des besoins de 0,6% par an, et ceux qui décrètent une décroissance de 10% par an, il va bien falloir se mettre d’accord sous peine de faire n’importe
quoi tous azimuts.
La majorité actuelle soutient le programme nucléaire, et rien ne laisse penser à une remise en question. Dans l’état actuel de nos finances, il paraît difficile de soutenir en plus les filières
énergies nouvelles, cela au moins est clair.
Il appartiendra à la future majorité, si elle est différente, de fixer d’autres orientations si elle le décide.
Les déclarations du candidat du PS sont plus qu’ambigües, c’est le moins que l’on puisse dire. Que l’énergie nucléaire soit ramenée à 50% de la consommation électrique en 2050 n’a de signification
que si l’on précise 50% de quoi . On nage dans le flou.
Le plus vraisemblable est que, dans la panade financière actuelle, il n’y ait plus d’argent pour investir les sommes colossales requises pour le développement du nucléaire de génération IV. Ce
programme s’éteindrait donc de lui-même faute de munitions.
Les quelques kopeks qu’il nous resteraient pourraient être consacrés à gérer le marasme, construire quelques centrales à gaz ( s’il nous reste de quoi acheter du gaz…), bidouiller les vieilles
centrales électronucléaires pour les prolonger de vingt ans, et confier à l’industrie privée le soin de faire son possible avec les énergies nouvelles.
Le programme de décroissance énergétique prôné par Négawatt serait alors réalisé, mais par tout à fait de la manière


Bernard Vignes 12/11/2011 07:46


Et si le programme de Hollande était le bon : sortir du tout nucléaire en visant 50% d'origine nucléaire contre 75% actuellement.

Déjà un effort considérable qui nécessiterait beaucoup de volonté et d'investissements.

Et la possibilité en 2025 de faire le point: si çà marche, on doit pouvoir continuer et arriver à sortir du nucléaire vers 2040.

Si çà ne marche pas on peut continuer à décroitre doucement et il est nécessaire de repartir sur de nouvelles tranches de nucléaire au compte goutte.

Reste le problème de l'EPR