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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 16:20

 

8 Janvier 2012

Il y a encore peu, à peine une ou deux décennies, la politique énergétique de la France était bien assise et ne posait aucun problème métaphysique de choix. Le Général avait décidé que l’électricité serait Nucléaire et Hydraulique, ce qu’elle est aujourd’hui à 85%, le reste étant confié au trio fossile Charbon, Pétrole et Gaz naturel, lesquels étaient abondamment disponibles à des prix très attractifs sur les marchés internationaux.

( Nous avions même en métropole le gaz de Lacq, et encore quelques houillères, notre avenir énergétique semblait alors assuré de Dunkerque à Tamanrasset, disait-il ).

Il existait une petite activité pour exploiter l’énergie Solaire ou Eolienne, valoriser les déchets, mais pas de quoi inquiéter les grands du pétrole et de l’atome.

Quand au bois, il était réservé au chauffage des heureux possesseurs de pavillons et autres fermettes reconverties.

Et puis les temps ont changé.

Coup sur coup sont intervenus plusieurs évènements perturbateurs dont la synergie place les responsables politiques en situation d’avoir à reconsidérer leur politique énergétique, ou périr d’asphyxie:

Il y a eu d’abord les soubresauts du prix du pétrole, annonciateurs d’une envolée durable dont nous subissons les effets à la pompe et au bilan des échanges extérieurs. Cette envolée nous rappela durement à la réalité, et la notion d’indépendance énergétique cessa d’être un sujet abstrait pour calendes grecques, pour devenir une exigence de moyen terme.

Cette préoccupation monta d’un cran lorsque l’on réalisa que l’envolée des cours étaient due non pas seulement à de vulgaires spéculations financières, mais bien à une prochaine raréfaction de la denrée à cause de l’épuisement prochain des réserves dites conventionnelles, et surtout de l’appétit croissant des pays émergents pour le pétrole miraculeux .

En clair, les prix des énergies fossiles allaient continuer durablement leur ascension, entraînant de gros soucis financiers pour les usagers dépourvus de ressources propres, dont nous sommes ( Le gaz de Lacq n’était déjà plus qu’un vieux souvenir, et Hassi Messaoud et Tamanrasset se trouvaient désormais en terre étrangère).

Il devenait évident que nous allions devoir affronter un gros problème énergétique, mais l’échéance nous paraissait encore lointaine et le Nucléaire semblait nous garantir contre le pire.

A peu près à la même époque survint l’affaire du réchauffement climatique, attribué majoritairement aux émissions anthropiques de CO2 liées à l’usage des combustibles fossiles. La maîtrise de ces émissions devint le nouveau crédo désormais inscrit dans tous les programmes énergétiques des pays dits développés.

Nous avons donc dû reprendre notre copie et mettre en œuvre des programmes pour, soit réduire notre consommation de combustibles fossiles, soit faire disparaître sous le tapis le CO2 émis par nos cheminées et échappements (le fameux scénario de capture et séquestration du Carbone).

C’est alors que certains firent remarquer finement qu’il n’y avait pas le feu au lac, puisque les combustibles responsables du CO2 étaient censés être épuisés sous peu. Il suffisait donc d’attendre, le problème disparaîtrait de lui-même.

Beaucoup partagèrent cette opinion, certains y croient encore, ce qui explique peut-être en partie le manque d’enthousiasme ambiant dans la mise en œuvre des moyens d’actions.

Mais il fallut vite déchanter.

Si les réserves de combustibles conventionnels sont bien en voie d’épuisement, il est apparu possible d’aller chercher en profondeur d’autres ressources permettant de prolonger l’agonie de nos sociétés malades du pétrole et du gaz. Certes les prix sont plus élevés, mais le sursis est de plusieurs dizaines d’années, particulièrement en gaz naturel et en gaz de schiste.

La bonne nouvelle, c’est que la pénurie est repoussée à une date ultérieure, indéterminée certes, mais qu’on nous assure lointaine.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne faut plus compter sur cette pénurie pour voir disparaître le problème du CO2.

Heureusement, grâce à la découverte de nouveaux gisements de gaz extraordinaires (nous dit-on), nous allons pouvoir réduire notre consommation de pétrole au profit du gaz, lequel possède la propriété de brûler en émettant deux fois moins de CO2 que le pétrole !

D’une pierre deux coups: la pénurie est momentanément oubliée et les émissions de CO2 sont divisées par deux.

Un petit bémol tout de même: ce gaz pléthorique est en grande partie extrait de schistes situés à grande profondeur ( 2 à 3 000 m) par des procédés très contestés ( fracturation hydraulique).

Si l’horizon paraît s’éclaircir quelque peu grâce à ces nouvelles ressources de gaz, il subsiste donc néanmoins une forte incertitude quant à l’acceptation par les populations des conditions d’exploitation.

Comme si ce problème ne suffisait pas, il est venu se rajouter un autre évènement perturbateur constitué par la catastrophe de Fukushima. Le précédent drame de Tchernobyl aurait pu à la rigueur passer pour très exceptionnel, étant donné son caractère unique ( si l’on omet toutefois de parler des autres quasi catastrophes comme Three Mile Island). Mais Fukushima est venu rappeler que les prévisions probabilistes sont davantage un art divinatoire qu’une science, et qu’un évènement très exceptionnel peut très bien se révéler assez commun pour peu que l’on prenne le recul suffisant.

La France, fière de son parc nucléaire lui garantissant une électricité propre sans CO2, se retrouve au premier rang d’une nouvelle guerre dont l’enjeu dépasse la seule préoccupation d’indépendance énergétique.

Les populations veulent de l’électricité propre, oui, mais pas au prix d’un risque inacceptable de santé publique.

L’opinion publique est partagée, et un seul accident nucléaire même bénin sur son sol, suffirait à la faire basculer vers l’exigence du retrait pur et simple.

( Souvenons-nous que la centrale du Blayais est passée à deux doigts de l’accident majeur lors d’une inondation due à une erreur d’appréciation du risque, et qu’il a fallu attendre Fukushima pour que nos devins prévisionnistes admettent que la cuve d’un réacteur pouvait se percer ! La science divinatoire prévisionniste est décidément bien faillible).

Il résulte de ces petites contrariétés que nos sources d’énergie traditionnelles ne sont plus en odeur de sainteté, et qu’il nous faut prendre parti en faveur d’une ( ou de plusieurs) solutions de rechange, avec l’objectif d’un renouvellement du mix énergétique d’ici la fin du siècle.

C’est du moins l’engagement solennel pris par les principales nations développées dans le cadre du protocole de Kyoto.

Les seules solutions de rechange envisageables aujourd’hui ( de quoi demain sera-t-il fait ?) sont de deux sortes:

Des sources renouvelables et propres ( au sens de dépourvues d’émissions polluantes et sans déchets ) appelées ENR:

L’Hydraulique.

Le Solaire.

L’Eolien.

La Géothermie.

Des sources combustibles thermiques renouvelables à émissions de Carbone recyclable, appelées ENRt:

Le bois énergie.

Les déchets.

Les biocarburants.

Abondance de biens ne nuit pas.

Ces sept groupes principaux se subdivisent en divers sous-groupes ayant chacun leur spécificité:

L’Hydraulique comprend la grande hydraulique, la petite hydraulique, l’énergie marémotrice, l’énergie houlomotrice, l’énergie hydrolienne des courants marins, la thermodynamique marine.

Le Solaire comprend les centrales thermodynamiques à concentration, les centrales photovoltaïques, les panneaux hybrides.

L’Eolien se subdivise en éolien terrestre ( petit éolien et grand éolien) , éolien maritime ( Offshore) .

La Géothermie ( géothermodynamique) qui exploite la chaleur du sol, comprend la géothermie de surface avec pompe à chaleur, la géothermie profonde.

Le bois énergie peut être utilisé directement pour produire de la chaleur, ou transformé pour produire du gaz et/ou de l’électricité.

Les déchets peuvent provenir d’effluents animaux, ou de déchets ménagers, ou de stations d’épuration ( méthanisation).

Les biocarburants sont de diverses sortes et peuvent être obtenus à partir de nombreux produits végétaux ou animaux, depuis la graisse d’andouille jusqu’aux algues marines en passant par le maïs et la betterave .

On peut ainsi dénombrer une vingtaine de filières dont il est difficile de dire aujourd’hui lesquelles émergeront dans le futur mix énergétique et lesquelles auront moins de succès.

Toutes ces filières sont soit en cours d’expérimentation ( énergie de la houle et des courants marins, algocarburants, etc..), soit en cours d’exploitation à petite échelle (centrales solaires thermodynamiques, centrales marémotrices), soit déjà exploitées à une échelle significative, comme l’Hydraulique, le Solaire photovoltaïque, l’Eolien, le bois énergie, la géothermie, les biocarburants, la méthanisation.

La situation paraît donc favorable, les technologies existent et elles sont pour la plupart validées. Il « suffit » donc de leur donner l’essor nécessaire pour atteindre les objectifs du nouveau mix énergétique.

Mais alors, où est le problème ?

En France, le mix énergétique traditionnel, inchangé depuis plusieurs décennies, repose sur deux filières principales:

Le raffinage du pétrole, utilisant des technologies matures bien maîtrisées et dont les coûts sont optimisés depuis longtemps. De plus, les produits pétroliers sont de plus en plus raffinés sur les lieux de production, donc hors métropole.

La filière nucléaire, basée sur l’exploitation de « vieilles » centrales dont les coûts de construction sont amortis depuis longtemps également, ce qui permet d’obtenir un faible coût de production.

Le charbon et le gaz sont des produits primaires intégralement importés et utilisés également dans des installations thermiques de technologie bien maîtrisée.

Le basculement vers les énergies nouvelles implique de renoncer à cet outil industriel, qui est opérationnel, productif, rentable, pour lequel il existe un savoir-faire et une expérience précieux, au profit d’un autre outil industriel qui reste entièrement à développer et à porter au stade de la maturation, et pour lequel l’expérience et le savoir-faire font défaut.

C’est un véritable saut dans l’inconnu, qui comporte de nombreux risques technologiques et financiers, et des implications sociétales susceptibles d’influer sur les orientations techniques, voire de compromettre les résultats.

Le passage d’un monde dans l’autre ne pourra donc s’opérer que progressivement et dans la durée, en ménageant des étapes qui permettront de faire le point et de modifier éventuellement les orientations initiales à la lumière de l’expérience acquise. Plusieurs décennies seront nécessaires pour trouver la bonne voie.

Un programme aussi vaste, qui engage l’avenir économique sur le long terme, ne peut pas être laissé à l’initiative de la seule entreprise privée. Les états sont donc amenés à prendre l’initiative, avec les industriels, des grandes orientations et de la définition des programmes pluriannuels.

Ces orientations ne peuvent être décidées à l’échelon national. Elles doivent être intégrées dans un programme régional, Européen pour ce qui concerne la France, à l’intérieur d’un pôle énergétique basé sur un réseau interconnecté.

Le basculement progressif implique la coexistence des deux types d’énergie pendant plusieurs décennies.

Pour que cette coexistence soit possible économiquement entre d’une part une énergie traditionnelle dont les outils de production sont amortis et les coûts optimisés, et d’autre part des énergies nouvelles dont les technologies ne sont pas matures et donc à fortiori les coûts non optimisés, ces dernières bénéficient d’aides financières sous forme de tarifs d’achat préférentiels, dont les modalités sont adaptées à chaque type d’énergie.

Tout cela va coûter énormément d’argent et se traduira par une envolée du prix de l’énergie, que le consommateur final devra supporter sous diverses formes: augmentation des tarifs publics, tarification progressive, prélèvements fiscaux, taxation ( dont la CSPE est un exemple).

De plus, il est évident que le basculement vers les énergies renouvelables ne pourra être efficace que si, dans le même temps un vaste programme d’économies d’énergie est entrepris, avec l’objectif d’infléchir la courbe de croissance de la consommation.

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une sorte de « Plan Marshall » pour nous permettre de supporter le sevrage des énergies fossiles.

A la seule différence que cette fois, c’est nous-mêmes qui devront financer ce plan, l’Oncle Sam ayant cette fois d’autres chats à fouetter !

( A moins que l’oncle Omar ne soit mieux disposé, ce qui serait surprenant eu égard à l’objectif du plan qui est le sevrage du pétrole !).

On peut se demander si la situation économique actuelle permet de réaliser un programme aussi ambitieux.

Les cassandres affirment que l’engagement de telles dépenses risque de précipiter la déroute financière du pays.

Les optimistes estiment au contraire qu’il y a là une opportunité pour redonner du grain à moudre, recréer un outil industriel en voie de déliquescence, et surtout créer des emplois.

Il ne nous appartient pas de dévoiler l’avenir, nous ne pouvons que formuler des souhaits. Après tout, sauver la planète est une option des plus honorables, même si la survie de l’Humanité n’est pas cotée en bourse.

La promesse d’une vie meilleure pour nos arrières petits-enfants n’est-elle pas une motivation suffisante ?

 

 

 

 

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commentaires

doc zaius 11/01/2013 16:35

Re Sasqat,
En France tous les endroits qui ne sont pas déjà occupés par l’urbanisation, l’agriculture, les infrastructures routières et portuaires, les sites industriels, sont classés ou jalousement défendus
par les associations de protection de l’environnement et de la biodiversité.
En sorte qu’il est désormais impossible d’imaginer une emprise foncière pour des parcs éoliens ou solaires, et à fortiori en offshore littoral, sans déclencher des guerres dont la seule perspective
décourage les initiatives.
Il est clair que si nous voulons vivre autrement que dans une réserve d’indiens, il faut accepter des compromis de part et d’autre:
Pour les uns, admettre qu’il faut d’abord commencer par économiser l’énergie .
Pour les autres, admettre que, même en réduisant nos consommations il faudra installer des parcs éoliens et solaires.
C’est un exemple de ce que je voulais dire en parlant de mentalités à faire évoluer.
Nous n’attendons pas que ces mentalités évoluent en cinq ans, ni même en dix, nous espérons seulement que nos petits enfants seront mieux disposés. En attendant, essayons de ne pas leur laisser un
champ de mines.

sasqat 11/01/2013 15:53

je suis d'accord avec vous.
je n'ai probablement pas été assez clair ou explicite.
Je parle du réservoir (ou du potentiel) d'énergies renouvelables en France et en Europe et je le mets en relief de la démographie
petite surface, forte densité, conditions tempérées

une solution ne peut passer que par une réduction drastique de la consommation globale
A contrario, un pays tel que les USA possède un potentiel important (certains pays africain et le moyen orient aussi)

doc zaius 11/01/2013 10:32

Bonjour Sasqat,
Je ne partage pas votre pessimisme, mais je ne nie pas la difficulté de la tâche:
Le sevrage des énergies fossiles n’est pas un choix, c’est une obligation.
Les seuls choix que nous avons c’est le calendrier ( 2050 ? 2100 ? ) et les types de stratégies à mettre en place pour y arriver.
Je suis d’accord sur notre manque de préparation, surtout en France. Nous vivons une période d’indécision car nous devons décider des investissements dont les résultats ne seront pas immédiats,
nous devons travailler pour les générations futures et pas pour nous, et cela est entièrement nouveau pour nos mentalités.
Pour la première fois nous devons affronter non pas un problème technique, mais un problème moral.
Et dans cette situation nos hommes politiques, et nous-mêmes, sommes déconcertés car nous sommes conditionnés à raisonner à court
terme et sur la base de retours sur investissements rapides. Or ici il nous faut oublier ces notions et redéfinir des comportements.
Mon point de vue est peut-être utopique j’en conviens, mais je ne vois pas d’autre manière d’y arriver.

sasqat 10/01/2013 15:26

je pense que l'Europe et la France en particulier n'est pas bien armée pour passer le cap des énergies nouvelles.
La géographie et la démographie de l'Europe en est une raison majeure
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:World_population_density_1994.png)
La densité de population est très importante et il sera difficile de produire sur une telle surface l'énergie pour autant de monde.
La France a déjà développé l'hydraulique et s'il est envisageable d'ajouter quelques unités de production sur l'atlantique par exemple, cela n'ira guère très loin. L'ensoleillement moyen y est
médiocre. Le vent est limité et beaucoup de sites sont déjà exploités, sauf en mer.
La géothermie de masse prend tout son sens en Islande, mais n'est pas transposable
Le bois et les bio carburants demandent de grandes surfaces (qui sont déjà occupées par l'agriculture)