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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 17:48

6 Septembre 2011
Le nucléaire n’en a pas fini de susciter des polémiques.
On savait depuis longtemps que cette technologie est intrinsèquement  dangereuse, capable de provoquer des catastrophes sans commune mesure avec les risques inhérents aux autres technologies énergétiques.
On découvre maintenant ( on feint de découvrir ) que la gestion de ce risque nucléaire est confiée à des structures corrompues par le poison de la rentabilité financière, et à des hommes confits de suffisance et plus préoccupés de leur carrière que du respect des règles de sécurité .
La dégradation du facteur humain se manifeste à tous les niveaux:
- Lors de la conception, les risques sont minimisés, voire déniés,  des compromis techniques sont tolérés au détriment de la plus élémentaire prudence: pompes de secours en-dessous du niveau de sécurité, hauteur de digue de protection scandaleusement insuffisante, épaisseur de radier ridicule, absence (!) de protection de la nappe phréatique, déni du risque de chute d’aéronef, déni du risque terroriste, insuffisance des moyens autonomes de refroidissement en cas d’arrêt d’urgence, dispositifs de sécurité trop interdépendants, trop grande vulnérabilité aux inondations, etc…
- Lors de la réalisation, un grand laisser-aller se manifeste dans le choix des personnels pas toujours qualifiés, souvent issus de la sous-traitance, dans le recours à des procédés où l’économie prend le pas sur la sécurité, et dans le contrôle des réalisations souvent superficiel ( Il faut attendre une hypothétique inspection de l’ASN pour découvrir des défauts majeurs, et encore sont-ils fréquemment contestés). Même des structures aussi élémentaires que du béton ne sont pas exemptes de défauts majeurs.
- Lors de l’exploitation, le recours massif à la sous-traitance n’est pas une garantie de sécurité, il a été démontré que l’exploitant ignore souvent le nombre de niveaux de sous-traitance, quand ce n’est pas le sous-traitant lui-même !!
- Les procédures d’autocontrôle sont insuffisantes, voire même inexistantes, puisqu’il faut souvent attendre une inspection décennale de l’ASN pour découvrir des défauts majeurs !
- La réactivité aux injonctions de l’ASN n’est pas à la hauteur du risque encouru. Il faut parfois attendre des mois avant qu’une modification demandée par l’organisme d’inspection soit mise en œuvre.
- Une autorité de contrôle qui semble avoir autant de pouvoir sur la gestion du risque nucléaire que la cour des comptes sur le budget de l’Etat…
- Les critères retenus pour la prolongation de l’exploitation d’un réacteur au-delà de sa durée de vie prévue sont trop vagues pour apporter une garantie de sécurité suffisante, et les décisions paraissent plus de complaisance que de rigueur technique.
- La récente catastrophe du Japon ( dont les pires dégâts sont encore à venir ) a démontré l’inexistence d’une stratégie et des moyens de lutte contre un tel évènement, quelle qu’en soit l’origine. Les centrales nucléaires françaises sont dans la même situation.



A cette liste effrayante il faut bien sûr ajouter d’autres problèmes tout aussi graves tels que:
- Le stockage des déchets.
- Leur traitement.
- Le coût et les moyens du démantèlement.
- Le risque de dissémination.
- Le caractère non renouvelable de la source d’énergie dans les réacteurs de troisième génération ( EPR) , rendant quasiment incontournable l’évolution vers la quatrième génération ( surgénérateurs) intrinsèquement encore plus dangereuse.
Ce réquisitoire ( non exhaustif) ne relève que les anomalies dûment répertoriées dans les rapports officiels.

Faute d’une remise à plat complète de la structure et des méthodes de ce secteur énergétique, accompagnée d’une prise de conscience des autorités responsables, et de la création d’une autorité de contrôle réellement indépendante et dotée de moyens décisionnels, il parait difficile d’accorder sa confiance aux structures actuelles en charge du nucléaire civil.
Les arguments en faveur de la poursuite et du développement du nucléaire civil de générations trois et quatre, sans parler d’ITER, sont nombreux et se veulent rassurants, y compris pour la prolongation de la durée d’exploitation des vieilles centrales.
Malheureusement, ils sont émis par ceux-là même dont les décisions ont conduit à la situation actuelle, c’est dire si leur crédibilité est mince.
Même si par ailleurs on a conscience de l’occurrence probable d’une crise énergétique majeure avant la fin du siècle, qui serait retardée grâce au nucléaire, l’honnêteté intellectuelle nous impose un devoir de réflexion sur notre responsabilité dans l’avenir environnemental que nous laisserons aux générations futures.
Le débat n’est pas clos.
Il appartient aux responsables politiques de nourrir leur réflexion auprès d’hommes de valeur dans les domaines de l’Ethique et des Sciences de l’Homme, et de se garder des mirages que font miroiter les gourous de l’économie, de la finance, et du business de l’énergie.
Certes, le retrait, même progressif, du nucléaire, pour un basculement vers les énergies décarbonées et renouvelables, est un saut dans l’inconnu. Et ce saut doit être effectué sans filet puisqu’en cas d’échec  le recours aux énergies fossiles sera rendu très problématique à cause de l’épuisement des réserves. On comprend donc les réticences des responsables politiques, qui craignent de jeter le bébé avec l’eau du bain. D’autant plus que leurs hésitations sont confortées par les puissances des lobbies énergétiques qui veulent préserver leurs rentes de situation.
Le changement de portage énergétique nécessitera donc bien plus qu’un mouvement d’opinion. Seul un changement profond de société pourra offrir un cadre propice à une vie moins vorace en énergie et plus respectueuse de l’environnement. Et ce cadre ne sera efficace que s’il est géré au niveau planétaire, ce qui nous conduit bien au-delà d’une simple problème d’implantation d’éoliennes ou de panneaux solaires.
Il s’agit, ni plus ni moins, du gouvernement de la planète.

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