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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:12

 

12 Décembre 2012

On sait que la France doit faire appel à l’étranger pour se procurer de quoi produire 80% de l’énergie primaire dont elle a besoin. Les autres 20% sont fournis par l’hydraulique et la biomasse, avec une faible contribution d’énergies nouvelles.

Ces importations portent sur le Gaz naturel, les produits pétroliers, un peu de charbon, et de l’Uranium.

L’Uranium sert à faire de l’électricité, son prix impacte assez peu le prix de revient du KWh en sorte qu’il ne fait pas la une des médias, sinon pour d’autres raisons…Le prix de l’électricité en France dépend donc assez peu du coût de l’énergie sur les marchés mondiaux, ce qui permet à l’Etat de fixer un tarif public relativement à l’abri des tumultes extérieurs.

Le charbon est encore utilisé dans quelques centrales EDF et dans l’industrie, à raison de 18 millions de tonnes par an. On en trouve également dans le chauffage ( 0,5 millions de tonnes). Il est en forte diminution et ne constitue plus une denrée stratégique, tout au moins pour la France.

Les produits pétroliers sont par contre un domaine sensible, le prix des produits finaux dépend du prix du baril, lequel suit des fluctuations directement indexées sur les évènements géopolitiques incontrôlables. L’usager domestique est accoutumé à subir ces hauts et ces bas. Aucun gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, n’a le pouvoir d’influer sur le cours de la précieuse denrée. Par contre, il lui est toujours possible de moduler les taxes afin d’atténuer le yo-yo des prix du fuel domestique et des carburants, c’est à peu près le seul levier disponible entre les mains de l’Etat, mais c’est aussi une ressource financière bienvenue pour le budget.

Reste le Gaz Naturel .

L’usager, habitué du tarif public de l’électricité, exige de bénéficier du même traitement avec le gaz.

Mais ce qui est possible avec le nucléaire ( ou avec l’éolien et le solaire) ne l’est pas avec le gaz, qu’il faut acheter en totalité sur les marchés mondiaux.

Les approvisionnements de la France en gaz naturel s’effectuent sur la base d’un cours établi à la bourse du gaz. Ce gaz est ensuite acheminé, puis stocké avant d’être distribué à travers un réseau complexe. Il y a donc des coûts d’exploitation, des coûts financiers pour rembourser les emprunts, des coûts commerciaux pour gérer les 11 Millions de clients nationaux. Le prix de vente final comprend tous ces coûts, plus la TVA.

Le prix d’achat du gaz est une part importante du coût final ( environ 50%). Lorsque ce prix varie, cette variation doit normalement se répercuter sur le prix de vente final, comme c’est le cas avec les poireaux ou le pétrole.

Pour la France, la bourse du gaz est tenue par Powernext SA, qui gère les PEG ( Point d’Echange du Gaz) , et qui établit les cotations à court terme « Powernext Gas Spot » et les cotations à terme «  Powernext Gas Futures » sur trois mois, trois trimestres, ou trois saisons gazières.

Aujourd’hui, à 9h30, la cote à terme trimestriel s’établissait à environ 26 euros le MWh.

Le prix public HT de ce même gaz est de 48 euros/Mwh ( GDF Suez), soit 57 euros/Mwh TTC réglés par l’usager.

Le coût d’approvisionnement représente presque 50% du prix de vente, qui doit donc supporter les fluctuations du cours avec un coefficient de 0,5.

Pour atténuer malgré tout les effets des fluctuations des cours sur le prix public du gaz, la CRE ( Commission de Régulation de l’Energie) a établi une équation qui indexe les fluctuations du prix public sur celles du marché du gaz, mais aussi sur celles des produits pétroliers, et bien entendu sur la parité Euro/Dollar pour tenir compte des transactions en Dollar.

Voici cette équation:

EY = 0,01079 * (EFD) + 0,01568 * (EFL) + 0,06077 * ( EBRENT)

+ 0,25887 * ( EGN) + 1,90944 * ( EU/USD)

EY est l’évolution du coût d’approvisionnement en Gaz Naturel.

( Valeur administrative, retenue comme référence pour fixer le tarif public)

FD est l’évolution de la cotation du fuel domestique.

FL est l’évolution de la cotation du fuel lourd.

BRENT est l’évolution de la cotation du brent.

GN est l’évolution de la cotation réelle du Gaz Naturel

EU/USD est la parité Euro/USDollar

Dans cette équation l’impact de la variation du cours Powernext du gaz sur le prix public a été minimisée, le coefficient est de 0,26 alors qu’il est de 0,5 dans la réalité.

On peut alors présenter un « pseudo tarif public » comme pour l’électricité, sauf que pour le gaz ce tarif repose sur une équation arbitraire, qui est une cote mal taillée dont le but est d’éviter des fluctuations trop importantes du prix public, tout en ménageant les intérêts du fournisseur de gaz qui ne doit pas y être de sa poche.

Lorsque l’équation donne un prix qui dépasse le tarif public d’un certain seuil, on a deux solutions:

Soit on augmente le tarif public pour se rapprocher du vrai prix souhaitable, mais avec l’assurance d’une « bronca » des associations de consommateurs,

Soit on modifie l’équation pour retrouver un résultat plus politiquement correct, mais avec l’assurance des protestations des fournisseurs de gaz qui doivent alors réduire leurs marges pour respecter ces prix artificiellement bas.

Le présent gouvernement est précisément dans cette situation, le prix public du gaz est trop bas par rapport à son prix d’achat sur le marché.

Il est probable que les deux leviers seront actionnés. Une modification de l’équation diabolique, et une « légère » augmentation du tarif public.

Il existe bien une troisième voie, qui est l’amélioration de la rentabilité du fournisseur. Entre un coût d’achat de 26 euros et un prix de vente HT de 48 euros, il y a du grain à moudre, mais au prix de la suppression de quelques milliers d’emplois, ce que personne ne souhaite aujourd’hui.

Reste une possible baisse de TVA, mais compensée par quoi ?

L’équation retenue pour fixer le prix du gaz est contestable, les paramètres pourraient être différents, de même que les coefficients.

Il n’en demeure pas moins que ce n’est pas cette équation (sortie d’un chapeau) qui fixe les cotations de Powernext, et qu’il faudra bien un jour accepter de payer l’énergie à son vrai prix…

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