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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 18:08

27 Février 2011


L’émergence d’une nouvelle technologie, concrétisée par une gamme de produits de consommation de masse  utilisables dans le monde entier, s’accompagne toujours d’une mainmise de la Chine sur le nouveau marché .


Cette « malédiction » n’épargne pas le photovoltaïque.


Essayons d’en comprendre un des mécanismes.


Pour quatre sociétés chinoises importantes dans le photovoltaïque, le ratio moyen est de 1 employé pour 110 000 W produits.


( Sociétés Suntech, Solarfun, Yingli Solar, et Trina Solar, données  obtenues sur le site « énergies-renouvelables.com » )


Les panneaux PV se négocient autour de 1,5 euros le Watt ( c’est une moyenne entre les différents types et sur différentes places).


Donc à un employé correspond un chiffre d’affaire de 165 000 euros/an.


Le salaire minimum chinois tourne autour de 130 euros/mois. Le salaire moyen , qui englobe toutes les catégories ( ouvriers, cadres, dirigeants, chercheurs, ingénieurs, commerciaux,…) peut être évalué à 500 euros (estimation large), soit trois fois le salaire min officiel, plus les charges.


Donc, pour 165 000 euros de CA, il y a 6 000 euros de salaire, soit 3,6%. Ou encore 5,4 centimes d’euros par Watt produit.


Si nous remplaçons des employés chinois par des européens, le salaire moyen n’est plus 500 euros/mois, mais 5 000 ( salaire chargé ).


Il faudrait alors vendre les mêmes panneaux 2 euros le Watt, et non plus 1,5, soit un écart de 33%.


C’est impossible sur le même marché, et  avec le même produit.


Comment résoudre cette quadrature du cercle ?


Plusieurs méthodes sont envisagées, parfois en combinaisons:


- Réduire les salaires européens.


Impossible. A la rigueur essayer de freiner les augmentations ( le rêve de Monsieur Trichet), mais personne n’imagine sérieusement aligner les européens sur le standard de vie chinois.


- Faire brûler un cierge pour obtenir que les ouvrier chinois se révoltent et exigent des salaires décents et une couverture sociale digne de ce nom. Méthode peu efficace. On constate bien que les salaires chinois augmentent, du moins en théorie; mais l’écart reste tellement grand que le handicap subsistera encore longtemps.


- Faire aussi bien que les chinois, avec deux fois moins de personnel. On peut effectivement gagner 30%, c’est ce que font les Allemands. Développer l’automatisation, travailler sur la rentabilité. On peut compenser une partie du handicap.


- Imposer des taxes sur les  produits issus de pays qui ne respectent pas nos règles sociales. Méthode efficace seulement si elle est appliquée à l’échelle mondiale.


- Fabriquer des produits de meilleure qualité que les produits chinois. On y pense, mais c’est encore plus cher , et les chinois auraient vite fait de rattraper leur retard. Leur technicité est très bonne et leurs ingénieurs ne sont pas manchots.


Et puis, à courir toujours après des produits nouveaux et des technologies de pointe, on finit par oublier que le business se fait avec des produits lambda.


- Garder nos frontières par des normes spécifiques dissuasives. cela n’a pas de sens dans un contexte de marché mondialisé.


- Conserver la R§D en Europe et délocaliser la production. C’est en général la solution choisie, au détriment de l’emploi européen.


- Acheter des entreprises chinoises, pas très bon pour l’emploi en Europe.


- Augmenter nos productions en recherchant des marchés à l’export. C’est-ce que font les Allemands, mais ils sont bien les seuls .


Ce problème, créé par le différentiel de coût de main d’œuvre, n’a jamais été résolu de manière satisfaisante.  Après le « made in Japan » nous avons eu droit au « made in Korea », et maintenant nous subissons le « made in popular republic of China ».


Sommes-nous condamnés à remplacer nos importations de pétrole par des importations de panneaux solaires ?


En France, les instances concernées ( voir rapport Charpin) se bornent à prendre acte de la situation: L’affaire photovoltaïque commence à nous coûter cher en déficit de la balance à l’export, et le tarif préférentiel d’achat par EDF crée un péril financier à cause des milliards d’euros en jeu. La décision est donc de freiner la consommation en modulant la grille des tarifs et en contrôlant les grands projets par un système d’appels d’offres. Pas très glorieux.


En clair la France constate son impossibilité industrielle à faire face à ce nouveau marché et décide d’en limiter le développement en attendant des jours meilleurs (!).


Les instances constatent également que le faible ( ? ) montant du tarif public de l’électricité en France constitue un frein au développement de la filière PV industrielle, et qu’il faut probablement chercher des marchés ailleurs.


La filière intégrée est représentée par un seul industriel français qui est Photowatt, avec une production modeste de l’ordre de 100 MW, c’est-à-dire le dixième de la production d’un grand acteur chinois.


Avec des salaires français et une production aussi faible, il est hors de question de concurrencer les chinois sur le même marché.


La société Photowatt éprouve actuellement de grandes difficultés et a présenté un plan de réduction des effectifs en début d’année, s’avouant dans l’incapacité de suivre les baisses de prix imposées par les fournisseurs asiatiques, CQFD.


Bien sûr, le moratoire a précipité sa perte mais le fond du problème demeure, comment lutter contre des concurrents dont les salaires et les lois sociales sont différentes des nôtres ?


Faute d’une solution Européenne à ce problème, nos entreprises devront se résoudre soit à délocaliser, soit à disparaître.


Le photovoltaïque n’est bien entendu pas le seul domaine concerné….



 


 


 


 


 


 


 

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