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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 16:52

14 Mars 2011


On croyait avoir tourné une page. La planète avait pris acte que l’ère des énergies fossiles était sur le point de se clore, pour deux impératives raisons: D’une part les réserves étaient annoncées comme quasiment épuisées, et d’autre part le réchauffement climatique alarmant imposait de réduire drastiquement les émissions de CO2.


Une aube nouvelle se levait sur un monde plus propre, moins énergivore, converti aux sources propres et renouvelables. Nos enfants se voyaient instruits dans la haine du dioxyde de carbone et le culte du solaire et de l’éolien. Nos industriels se voyaient fermement incités à développer telle filière photovoltaïque, nos champs étaient promis à se couvrir de modernes moulins à vent, et le mazout de nos chaudières remplacé par des granulés de bois. Même les déchets biologiques étaient appelés à participer à la fête écologique, tant l’enthousiasme était partagé. Et bien sûr nos autos rouleraient désormais au KWh et non plus à l’essence.


Et puis les dures réalités de l’existence sont venues tempérer quelque peu ces bonnes résolutions. On a « découvert » que le système socio-économique planétaire est une très très grosse machine qui ne se manœuvre pas aisément.


« Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille, qu’à un Chef d’Etat français de changer l’économie chinoise ».


( Pardon pour cet emprunt irrespectueux).


Notre planète est un système à la fois ouvert et fermé. Ouvert au sens thermodynamique du terme, puisqu’il reçoit la formidable énergie du Soleil, qui le fait vivre, et la renvoie vers l’espace après usage. Mais il est par ailleurs fermé, au sens de l’espace vital et des ressources disponibles.


Le caractère ouvert du système induit une perpétuelle recherche d’équilibre thermodynamique. Ce principe, enseigné dans les écoles, s’est brutalement rappelé à notre bon souvenir à travers le réchauffement climatique. De cette affaire nous avons tiré deux enseignements:


D’abord nous avons pris conscience que notre globe est une machine thermique, et que nous avons une part de responsabilité dans la marche de cette chaudière.


Secondement il nous est apparu évident que la chaudière est une installation collective. Elle ne peut être conduite qu’avec le concours de tous . Les actions locales sont sans effet.


Quant au  caractère fermé de notre système, il apparait dans les limites de notre espace vital et des ressources disponibles. Nous vivons dans un bocal dont les parois ne sont pas extensibles. Ce bocal contient une quantité limitée de ressources potentielles, cette limitation impose une borne thermodynamique à l’extension de la biosphère.


cette borne n’est pas encore atteinte, bien que certains soient d’un avis contraire.


Si elle est encore éloignée, il n’en demeure pas moins que c’est, en grande partie, grâce à une recomposition de cette biosphère au profit de plus en plus exclusif de l’espèce humaine. Les atteintes à la biodiversité sont de plus en plus manifestes, notre espèce ne peut plus développer


son espace vital qu’au détriment des autres espèces.


En effet , le système planétaire est un système dynamique. Il ne connait pas la stabilité. La biosphère, en tant qu’organisme vivant, ne peut que se développer ou mourir, selon l’énergie qu’elle reçoit.


Ce développement peut s’accomplir selon différents rythmes. De même qu’un végétal se développe plus ou moins vite selon les arrosages et l’engraissement, la biosphère dans son ensemble croît selon les apports énergétiques.


Jusqu’à une époque récente, la biosphère ne recevait que l’énergie du Soleil, grâce à laquelle son développement fut lent mais régulier.


Depuis la découverte des énergies fossiles, le développement s’est accéléré comme chacun sait. Cet « engrais » fortement carboné a perturbé gravement le cycle naturel jusqu’à l’apparition d’un phénomène d’emballement, bien connu des thermodynamiciens.


On peut désormais parler d’explosion de la biosphère humaine, tant les facteurs de croissance sont devenus excessifs. Chacun les a en tête, l’explosion démographique, la consommation énergétique frénétique, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, les atteintes à la biodiversité, etc….


La chaudière s’est emballée.


Le remède paraît évident: couper l’arrivée du carburant.


Hélas, les choses ne sont pas aussi simples.


La biosphère humaine n’est pas homogène. Il n’y a pas UNE Humanité, mais DES Humanités, dont les conditions de vie sont très éloignées, et le plus souvent antagonistes. Certaines doivent leur prospérité à la misère des autres, les parts du gâteau sont loin d’être égales. Les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres. De quel droit les uns, les nantis, chercheraient-ils à imposer aux autres, les laissés pour compte, des restrictions qu’eux-mêmes refusent de s’appliquer ?


Bref, c’est l’impasse.


Les courbes de consommation d’énergie continuent de grimper vers des sommets vertigineux, et aucun «Deus ex machina» ne vient apporter la solution du troisième acte.


On a pu croire un moment que l’épuisement naturel des énergies fossiles allait mettre tout le monde d’accord. Plus d’engrais, plus de croissance, plus de CO2, plus de pollution. Le problème disparaissait de lui-même. Certes, d’autres problèmes seraient survenus, mais bon, chaque chose en son temps.


Mais c’était sans compter avec l’acharnement des pourvoyeurs d’énergie. Vous pensiez que la cuve était vide ? Que nenni, ils ont dégoté d’immenses stocks de derrière les fagots.


Ce sont les désormais fameux gaz de schistes.


La mèche lente, que l’on croyait en passe de s’éteindre, vient de se rallumer et nous sommes ramenés au cas précédent, il faut tout reprendre à zéro.


Nous voici donc confrontés avec le cortège habituel des nuisances accompagnant  ce genre de prospection: Destruction des paysages, pollution des nappes phréatiques, troubles de voisinage, atteintes à la faune et à la flore, pollution atmosphérique.


Et bien entendu, revoilà notre dioxyde de carbone qui reprend du poil de la bête. Et il paraît qu’il y en a partout et en grandes quantités.


Notre société va donc se voir confrontée à la nécessité de faire des choix.


Plusieurs grandes options devront être considérées:


- Programme de réduction drastique de consommation d’énergie.


Non pas seulement des incantations ou des exhortations, mais des mesures à caractère incitatif et/ou règlementaire. Par exemple des mesures tarifaires et/ou des quotas, des coupures ou des restrictions organisées, voire même taxation des gaspillages.


- Programme ambitieux de développement des énergies nouvelles.


- Maintien ou non du programme nucléaire.


- Taxe carbone.


- Décision sur les gaz de schistes.


- Politique claire et pérenne sur le mix énergétique.


En France, ces choix conditionneront les orientations politiques de la prochaine élection présidentielle.



 


 


 

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