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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 15:58

 

30 Janvier 2013

Il a donc été décidé que le démantèlement d’une tranche nucléaire doit démarrer immédiatement après l’arrêt définitif de la production.

Cela bien sûr rend obsolète l’option du sarcophage, considérée comme cadeau empoisonné aux générations futures. On s’interrogera quand même sur la nature du « cadeau » constitué par les stocks de déchets HALV ( Haute Activité Longue Vie) enfouis dans des sites dispersés dans le monde et dont l’identification et la protection ne sont garantis qu’approximativement.

En fonctionnement le combustible nucléaire est le siège de réactions de fission sous l’effet du rayonnement neutronique contrôlé par le dispositif ralentisseur constitué des barres plus ou moins enfoncées dans la cuve, et de l’eau primaire elle-même convenablement dosée en acide borique (pour faire simple).

Les produits de fission, qui sont eux-mêmes radioactifs, s’échappent et sont transportés par l’eau du circuit primaire et vont polluer sous forme d’oxydes les moindres recoins de tout le matériel qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte de confinement, et même un peu ailleurs, le tout pendant toute la durée d’exploitation, soit quarante ans ou plus.

D’autre part les matériaux du réacteur qui sont soumis au flux neutronique contiennent en très faible concentration des nucléides susceptibles d’être activés par les neutrons et de constituer des sources de radioactivité. C’est le cas en particulier de la cuve et de la tuyauterie adjacente.

Lorsque le réacteur est arrêté, et le combustible résiduel enlevé, toute cette pollution radioactive subsiste et doit être éliminée avant de pouvoir considérer le site comme neutralisé.

C’est la tâche essentielle du démantèlement, qui commence donc par une grande lessive un peu spéciale.

Après vidange du système il faut nettoyer la cuve, les générateurs de vapeur, les pompes, toute la tuyauterie, tous les dispositifs de contrôle et de réglage, les auxiliaires d’injection de sécurité, la régulation de pression, les grappes de ralentisseur, les gaines de combustible, les supports divers, les câblages, la piscine, et l’enceinte de confinement en béton.

Cette liste, non exhaustive, donne une petite idée de l’ampleur des travaux.

Ces produits de fission se déposent partout sous forme de dépôt d’oxydes de quelques microns d’épaisseur, et selon le matériau une pénétration dans le matériau sous une épaisseur variable de quelque microns (dans le métal) jusqu’à plusieurs décimètres dans un béton fissuré.

Il faut donc procéder à un grand récurage pour éliminer toute cette pollution. Les polluants récupérés sont ensuite traités selon leur appartenance et stockés sur des sites souterrains où ils sont priés de se faire oublier pendant quelques siècles voire davantage.

On parlait autrefois d’ « enfouissement » des déchets. Ce terme à connotation péjorative ( on enfouit des ordures pour les cacher) a été remplacé par le terme de « stockage géologique » qui signifie exactement la même chose mais en plus sémantiquement acceptable. Et puis ce terme de stockage, trop lié à la notion d’abandon et d’oubli, a été à son tour remplacé par le terme moderne d’ « entreposage de longue durée », associé à la notion de réversibilité.

Voici donc les déchets radioactifs dûment placés sous contrôle, assurés d’un suivi conforme à une procédure de longue durée et susceptibles d’être réintroduits dans une chaîne de retraitement.

Mais quelle est précisément cette durée et quelle est cette chaîne de retraitement ?

Pour ce qui concerne la durée, la réponse est « on n’en sait rien ».

Il est admis qu’une génération peut créer et résoudre un problème à l’échelle de cinquante ans. Il est admis également qu’un stockage de longue durée ne peut être raisonnablement assuré que sur une échelle de trois siècles. Au-delà il est impossible de prévoir l’évolution des régimes sociaux et politiques, de se prémunir contre les pertes de maîtrise des capacités technologiques, ni contre les accidents géomorphologiques, ni de garantir la bonne transmission de la traçabilité.

Or les déchets classés HAVL ( Haute Activité à Vie Longue) demeurent dangereux très au-delà de quelques siècles.

L’entreposage de longue durée n’est donc qu’une étape transitoire qui ne résoudra en aucune façon le problème à long terme.

Pour ce qui concerne l’éventuelle chaîne de retraitement censée transformer les déchets HAVL en produits FAVL ( Faible Activité à Vie Longue), des pistes sont proposées, qui reposent sur le développement de réacteurs de quatrième et cinquième génération, lesquels ne sont pas assurés de voir le jour.

Le problème des déchets nucléaires demeure donc entier. Les « solutions » proposées aujourd’hui consistent à refiler la patate chaude aux générations futures.

Tout cela est-il bien moral ?

 

 

 

 

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