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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:53

 

18 Janvier 2012

La transition énergétique est l’un des objectifs phares du quinquennat du nouveau Président, ce que l’on admet aisément si l’on en juge par le soin mis à sa préparation. En effet, pas loin de huit mois auront été nécessaires pour définir les modalités et désigner les heureux participants aux différents comités.

Si tout va bien, les débats pourront commencer ce mois-ci, pour aboutir à une Loi de Programmation dans six mois.

Sans préjuger du contenu de cette future Loi, on en connaît déjà les grandes lignes, fixées par la feuille de route préalable rendue publique lors du discours d’ouverture de Septembre 2012.

Sans surprise on y retrouve les quatre sujets essentiels:

Les énergies renouvelables.

Les économies d’énergie.

L’énergie Nucléaire.

Les financements.

Sujets déjà amplement rebattus et sur lesquels tout a été dit ou presque.

Nous nous intéressons ici à la ligne directrice concernant le Nucléaire:

«  La part du Nucléaire dans le mix électrique devra être réduite à 50% en 2025 ».

L’effort à fournir pour atteindre un tel objectif dépend évidemment du montant de l’énergie électrique qui sera consommée en 2025.

Le point clé est donc l’évolution de la consommation électrique des quinze prochaines années. Ce paramètre sera le socle sur lequel sera édifiée la stratégie.

Le fil rouge étant un package constitué par la réduction à 50% de la part du Nucléaire en 2025, et le respect des engagements du grenelle sur la réduction des émissions de CO2, tout en restant dans une enveloppe financière qui sera préalablement à définir ( On peut penser à une sorte de Grand Emprunt de grande ambition).

Aujourd’hui la consommation d’énergie électrique est, bon an mal an, d’environ 500 TWh.

Il est très facile d’établir sur le papier un programme énergétique en accord avec les objectifs fixés:

Il « suffit » par exemple de postuler une réduction de la demande de 2% par an ( Plan A).

Cela impliquerait un très gros effort sur la sobriété énergétique dans tous les domaines d’utilisation de l’électricité, et donc un coût très élevé, grâce à quoi la consommation électrique serait réduite à 385 TWh en 2025. Les 115 TWh économisés permettraient de mettre sur pied un programme de réduction de la production nucléaire portant sur 19 réacteurs de 900 MW dans un premier temps.

Parallèlement à cet effort de sobriété, le programme de croissance des énergies renouvelables porterait leur part de 60 à 120 TWh. Ces 60 TWh supplémentaires permettraient l’arrêt de 10 autres réacteurs, ce qui réduirait à 200 TWh la production nucléaire, soit 52% du total, ce qui correspond à l’objectif stratégique fixé.

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (Le monde du yaka).

Mais hélas nous ne vivons pas dans ce monde là, et toute projection dans l’avenir doit être confrontée aux dures réalités de l’existence:

Une réduction de la demande de 2% l’an n’est qu’un vœux pieux dont la réalisation serait compromise par de nombreux obstacles, le premier d’entre eux étant le manque de financement. La tendance actuelle étant une croissance de 2% l’an, l’effort à fournir sera double ( 4% l’an) et d’autant plus insupportable qu’il viendra s’ajouter à l’effort de développement des énergies renouvelables.

Un doublement de la production des énergies renouvelables en 13 ans paraît un challenge raisonnable. Mais dans la production électrique actuelle, seulement 10 TWh sont issus de ces énergies, le reste étant de l’hydraulique dont on ne peut pas attendre une croissance importante. Il faudrait donc passer de 10 à 70 TWh de renouvelables pour atteindre l’objectif, soit un effort sept fois plus important que le simple doublement, avec des besoins de financements dans le même rapport.

A ces obstacles concrets incontournables, il faudra ajouter les pesanteurs créées par les oppositions traditionnelles au changement, particulièrement en provenance du secteur nucléaire.

Toute stratégie militaire comprend un plan A et un plan B.

Nous venons d’esquisser un plan A, qui est très ambitieux et comporte de nombreux risques d’échec. Voyons quel pourrait être un plan B.

Tout plan B suppose que les hypothèses de départ se sont révélées fausses. En l’occurrence la consommation d’énergie électrique continue de croître sur un rythme de 2% l’an.

Cette consommation serait donc de 650 TWh en 2025.

La production actuelle du nucléaire représenterait alors 50% de ce montant, après arrêt de quelques réacteurs anciens.

325 TWh resteraient à la charges des autres énergies, incluant environ 60 TWh d’hydraulique difficilement extensible comme nous l’avons vu plus haut.

265 TWh devraient donc être fournis pour partie par les énergies renouvelables et pour partie par les fossiles.

Le challenge serait d’en fournir l’essentiel à partir d’énergies renouvelables afin de recourir le moins possible aux fossiles.

Aujourd’hui les fossiles participent pour environ 40 TWh à la production électrique. Dans l’esprit des engagements du grenelle, il serait bon de ne pas dépasser ce chiffre sous peine de remettre en question le principe de la transition énergétique.

Pour pouvoir appliquer le plan B, les énergies renouvelables devraient donc fournir 225 TWh en 2025 (Au lieu des 120 Twh de l’hypothèse A).

L’effort à fournir serait alors deux fois plus important, faute de quoi il sera nécessaire de construire de nouvelles centrales thermiques ou de pousser les feux du nucléaire.

Tout autre hypothèse de travail se situerait entre celles que nous venons de voir.

C’est cet « entre-deux » qui devra être levé à l’issu des débats qui s’engagent, avec une question essentielle: Quelle croissance pouvons-nous soutenir pour les énergies renouvelables ?

Sans sombrer dans un pessimisme exagéré, on peut avoir un doute sur la possibilité de fournir 225 TWh avec les énergies renouvelables en 2025.

Logiquement il faudrait donc prévoir un plan B’ qui serait mis en œuvre en cas de défaillance des renouvelables, en ouvrant la possibilité de recourir à une production supplémentaire à partir des fossiles ou du nucléaire.

Ce plan B’ risque fort d’être l’Arlésienne des débats, peu visible mais essentiel au déroulement de la dramaturgie. Le choix entre fossiles ou nucléaire étant d’ores et déjà tranché par les choix du Président de poursuivre l’EPR , d’arrêter « seulement » Fessenheim, et de garder ASTRID bien au chaud.

L’objectif des débats se bornera donc à distribuer les rôles d’une pièce déjà écrite et à préparer un plan de communication suffisamment vague pour ménager les susceptibilités de qui vous savez et séduire le peuple.

A moins qu’il ne soit fait appel au référendum pour approuver les choix finaux ?

On peut rêver…

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commentaires

sasqat 24/01/2013 11:49

j'ai regardé la "petite étude pour le plan C"
c'est une projection simpliste avec calcul par règle de 3 qui élude de nombreux problèmes et dont les hypothèses sont nettement discutables.

Valentin 23/01/2013 20:15

Une petite étude pour le plan C :

http://energeia.voila.net/renouv/electri_renouv_france_2025.htm

Nucléaire réduit à 46% + 44% de renouvelable + 10% de fossiles (un peu moins qu'aujourd'hui), avec une répartition saisonnière conforme.

Le Manifeste Négawatt (scénario) de 2012 est aussi à relire.

doc zaius 19/01/2013 16:43

Bonjour Sasqat,
J’ai forcé un peu le trait à propos de la croissance de la consommation électrique. Dans son Bilan prévisionnel / Edition 2011, RTE établit des prévisions selon plusieurs scénarios, l’écart entre
les deux extrêmes étant de 85 TWh en 2025, ce qui donne une idée du caractère incertain de ce type de prévisions dans le contexte qui nous attend.
La croissance maximale retenue par RTE est donc 1% par an.
Cela dit, RTE n’est pas la Bible, ses estimations correspondent à des valeurs de paramètres qui ne sont pas gravées dans le marbre.
Il subsiste de nombreuses incertitudes sur des phénomènes influents:
La tarification progressive de l’électricité.
Le démarrage éventuel de la voiture électrique.
Les mesures incitatives en faveur du photovoltaïque et du solaire en général.
Les mêmes types de mesures en faveur de l’isolation thermique des logements.
Le développement de l’autoproduction.
Le développement de la géothermodynamique.
La dynamique de construction des logements neufs.
La règlementation sur la sobriété énergétique.
Le développement des énergies à carbone recyclable comme solutions alternatives à l’électricité.
Le développement des réseaux de chauffage collectif à partir de la valorisation des déchets à carbone recyclable.
Développement des utilisations du bois énergie.
Développement des solutions de stockage de l’énergie.
La tarification du gaz naturel.
Etc…
Toute choses qui peuvent avoir une très forte influence sur la consommation électrique sur le réseau, et dont l’évolution dépendra de facteurs encore inconnus, notamment la situation économique, la
volonté politique des gouvernements, les capacités d’investissement des ménages.
Alors, tout ce qu’on peut avancer c’est que la croissance sera entre +2% et -2%, tant mieux si elle reste dans des limites plus étroites.
Merci en tous cas d’apporter ces remarques utiles.

sasqat 19/01/2013 14:02

une petite correction : c'est 650TWh (et non MWh)

aujourd'hui, la problématique tient plus dans la capacité du réseau à supporter les pics de consommation en hivers que dans la production annuelle en TWh qui est fortement excédentaire.
l'analyse faite à ce sujet dans le bilan 2012 est extremement instructif.

sasqat 19/01/2013 10:50

Bonjour,

Le site RTE est une source de données majeur.
J'invite vos lecteurs à suivre avec attention leurs publications
outre les données jour par jour de la production, on y trouve des bilans et des analyses très interessantes
par exemple
http://www.rte-france.com/uploads/Mediatheque_docs/vie_systeme/annuelles/bilan_previsionnel/bilan_complet_2012.pdf
ou http://www.rte-france.com/uploads/Mediatheque_docs/vie_systeme/annuelles/Bilan_electrique/RTE_bilan_electrique_2011.pdf

Sur ces bases, la croissance de la consommation électrique Francaise est bien en decà de 2%
En 2012, la consommation avoisine les 488TWh soit sur 10 ans une progression de 8,2%.
En fait, depuis 2005, il n'y a pas d'évolution notable de la consommation (autre que liée aux conditions climatiques)
Certes, il faut prendre en compte la conjoncture économique qui incite ni les particuliers ni les entreprises à consommer

le bilan prévisionnel de 2012 fournit des données projetées à l'horizon 2017 faisant état d'une faible augmentation de la consommation.
Dès lors, les 650MWh en 2025 ne semblent pas réalistes

Toutefois, personne ne sait vraiment prédire l'avenir et les scénarios/simulations ne sont guère que des potentialités