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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:10

 

11 Juin 2012

« Je vis également Sisyphe, en proie à ses tourments. Il soulevait de ses deux bras un rocher gigantesque. Arc-bouté des pieds et des mains, il poussait ce grand bloc vers le sommet d’une hauteur, mais à peine allait-il le faire basculer, qu’il retombait de tout son poids et le bloc sans pitié roulait de nouveau vers la plaine. Mais lui recommençait, bandant ses muscles. La sueur ruisselait de son corps, et la poussière le nimbait. »
Ce passage d’Homère illustre merveilleusement la situation des écologistes attelés à la tâche gigantesque qui consiste à essayer d’endiguer les assauts des destructeurs de la planète.

Le CO2, le nucléaire, le pétrole, le gaz de schiste, les sables bitumineux, les forages offshore, les nanoparticules, les OGM, les algues vertes, les oxydes d’Azote, le Radon, les additifs alimentaires, les nitrates, les marées noires, le phosphogypse, les micro ondes, les métaux lourds, les méga décharges, la déforestation, la surpêche, le nuage brun d’Asie, les pesticides, etc.

Il faut avoir la foi chevillée à l’âme pour repousser la tentation de baisser les bras devant une tâche aussi démesurée; tirons notre chapeau.

Ces derniers temps, un coin de ciel bleu était venu apporter un peu d’espoir à nos modernes «Sisyphe » . L’Agence internationale de l’énergie confirmait que la production pétrolière avait atteint son maximum en 2010, et commençait à décroître.

Les courbes laissaient prévoir une pénurie avant 2020.

Fini donc l’ère de l’huile puante, voici venue le triomphe des énergies nouvelles propres et décarbonnées, ce combat là au moins semblait gagné.

Hélas, c’était sans compter avec la malignité des hommes. La perspective de pénurie, aidée par quelques soubresauts géopolitiques, a porté le prix du précieux baril à des hauteurs dignes de considération.

Ce qui n’était pas possible avec un baril à 20 Dollars devient très juteux à 100 pour les pourvoyeurs de l’huile.

La perspective d’un prix du baril durablement élevé a provoqué une nouvelle ruée vers l’or noir, mettant à portée des marchés des réserves nouvelles reportant la pénurie aux calendes grecques.

Non seulement le pétrole refait surface, mais en plus les nouveaux procédés d’exploitation imposent à la planète des atteintes environnementales inacceptables.

La guerre doit donc reprendre de plus belle, avec l’objectif de laisser ce nouveau pétrole là où il est, c’est-à-dire sous le plancher océanique et sous la croute continentale.

Mais cette ambition sera-t-elle à la mesure des moyens que le mouvement écologiste peut mobiliser ?

Bien sûr ce mouvement peut s’appuyer sur un grand élan de sympathie dans la population, mais la sympathie n’implique pas forcément l’engagement sur le terrain, les résultats des dernières élections l’ont bien montré.

Et puis notre société n’est-elle pas fondamentalement schizophrène ?

Avides de biens de consommation, nous voulons bien consommer écologique, mais à condition que cela soit rentable. Or l’écologie n’est pas une démarche commerciale, c’est un comportement de survie qui doit garantir à nos descendants des conditions de vie décentes.

Cela implique des sacrifices que peu d’entre nous sont disposés à accepter.

Face à cette mobilisation dépourvue de puissance politique, il y a l’insatiable demande de la planète qui aspire à un progrès devenu inséparable de l’énergie.

Allons, il faudra encore pousser le rocher en espérant qu’un jour il franchira la crête…

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