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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 20:21

26 Mai 2011

Pour le démographe, la mort est une affaire de statistiques. Une seule certitude, au-delà de cent-vingt ans la probabilité de mourir est égale à l’unité. A la naissance nous disposons d’un capital variable qui nous confère une longévité probable que les démographes savent estimer.

Entre zéro et cent-vingt ans, divers évènements jalonnent notre existence, qui affectent notre longévité probable, et que les spécialistes appellent « facteurs de risques », accidents, maladies, facteurs héréditaires, alimentation, mauvaises pratiques, exposition à des dangers, etc…

Une partie de notre existence se passe à essayer de minimiser le plus possible ces fameux facteurs de risques, sachant qu’il y a un équilibre à trouver pour jouir de la vie sans brûler la chandelle par les deux bouts.

La prévention des risques est devenue une préoccupation nationale à laquelle les autorités accordent une grande importance, eu égard à l’augmentation des dangers auxquels la société moderne nous expose.

Ces temps-ci, il est un facteur de risque qui tient le devant de la scène, c’est la radioactivité.

Certains ont découvert récemment que nous sommes en permanence baignés par un flot de radiations ionisantes dites « naturelles » , considérées comme inoffensives, ce qui est un raccourci osé.

Certes l’Homme a vécu de tout temps avec ces radiations, il est devenu ce qu’il est malgré elles, c’est donc qu’elles sont bien tolérées. C’est un raisonnement un peu spécieux, car qui peut dire ce que l’Homme serait devenu sans ces radiations ?

Toujours est-il que le niveau de ces radiations naturelles est considéré comme une norme parfaitement acceptable.

Sa valeur moyenne, en France, est égale à 2,4 milli sievert ( mSv ) par an , avec une assez grande variabilité selon les régions, jusqu’à 20 mSv/an.

Persistant dans le même raisonnement ( abusif ) qui postule l’innocuité des radiations naturelles, la communauté scientifique en a déduit que les faibles doses de radiation sont inoffensives, même si elles ne sont pas naturelles.

A la décharge des spécialistes, il faut reconnaître qu’il est très difficile de caractériser un cancer radio induit, sinon par des études épidémiologiques très longues ( un cancer se déclare souvent des dizaines d’années après l’exposition ), encore faut-il avoir envie de chercher…

Mais tout cela est en train de changer. La science progresse, et dispose maintenant de résultats d’études épidémiologiques longues. La prévention des risques d’exposition à la radioactivité ( Radioprotection ) fait l’objet de conventions internationales, les effets des radiations ionisantes sont de mieux en mieux connus, et l’on sort d’un domaine approximatif pour entrer dans une science précise et bien documentée.

L’un des premiers résultats mis en avant par les études récentes est la remise en question de la notion de faibles doses inoffensives.

Ce changement de paradigme entraîne la nécessité de revoir les bases de l’évaluation des risques et de la radioprotection.

Le concept de seuils, dont les valeur étaient souvent tirées d’un chapeau, est remplacé par la stratégie ALARA ( As Low As Reasonnably Achievable ), aussi faible que raisonnablement possible.

Reconnaissons que ce n’est pas encore parfait, on remplace un seuil dont la valeur est discutable, par un « raisonnablement possible », tout aussi discutable.

Mais c’est un pas important dans la prise en compte du risque représenté par l’exposition aux faibles doses, autrefois noyé dans le bruit de fond des radiations naturelles.

Désormais la radioactivité technologiquement renforcée ( RNTR ) devient un facteur de risque de santé publique, qui doit être considéré avec autant de sérieux que l’amiante, l’Ozone, le Mercure, le Plomb, les nanoparticules, les oxydes d’Azote, les nitrates, les métaux lourds, l’automobile, et autres pollutions faisant l’objet de surveillance et de règlementations.

Les sources de pollution radioactive technologiquement renforcée sont nombreuses, et souvent négligées car leur niveau pris séparément est souvent inférieur à des fameux seuils fixés arbitrairement.

Mais l’effet des petites doses est cumulatif, et globalement l’exposition peut atteindre des niveaux étonnants.

Chacun d’entre nous est exposé aux radiations ionisantes d’une multitude d’éléments présents dans l’air, dans l’eau de consommation, dans les aliments, légumes, œufs, viandes, poissons, fruits de mer, vins, dans les bâtiments, dehors, sur certaines plages, et ceci en parfaite méconnaissance des risques.

Sait-on par exemple qu’un cure de 21 jours en certaines stations thermales équivaut à une dose efficace de plus de 2 mSv, soit pratiquement le doublement de la dose moyenne «normalisée »  ?

Sait-on que certaines eaux minérales sont assez fortement radioactives jusqu’à entraîner des doses supérieures à 1 mSv/an si elles sont consommées exclusivement ?

Sait-on que, en certaines régions, des bâtiments présentent une radioactivité supérieure à 1000 Bq/m3 ?

On pourrait ainsi remplir des pages d’exemples édifiants.

Aujourd’hui en France, les normes en vigueur sont toujours définies par des seuils ( il faut bien donner des chiffres ):

La CRIIRAD nous donne par exemple le critère statistique suivant:

Une exposition de 6 mSv/an est susceptible de causer 24 décès par cancer dans une population de 100 000 personnes. Ce qui fait quand même 1 440 décès sur la population française.

Bien sûr les statisticiens feront remarquer que les maladies cardiovasculaires tuent 180 000 personnes par an, et le cancer 147 000, ce qui relativise sérieusement le risque radioactif.

Les mauvaises langues ne manqueront pas de mettre en doute les chiffres de la CRIIRAD, arguant que si l’on ne sait pas caractériser un cancer radio induit, alors on ne sait pas non plus donner son facteur de mortalité.

Et elles n’auront pas tout à fait tort.

Les prochaines années nous réservent de belles discussions sur ce sujet….

 

 

 

 

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