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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 19:07

2 Mai 2011


L’analyse de la nocivité des radiations ionisantes impose de considérer plusieurs catégories de circonstances. On ne peut en effet utiliser les mêmes outils d’analyse pour traiter du problème des liquidateurs de Tchernobyl , et pour mesurer le risque lié à l’exposition au radon dans un logement.


Trois niveaux ont été définis pour l’étude de la relation dose/effets:


Le premier niveau est appelé déterministe.


C’est le niveau d’exposition qui entraine des dégâts sûrs, irréversibles, et fatals à court ou moyen terme.


Les noms de Three mile Island, Tchernobyl, Fukushima, viennent immédiatement à l’esprit comme exemples d’irradiations massives entraînant un nombre important de décès et de dégâts importants.


La population, dans sa grande majorité, échappe heureusement à ce risque extrême, mais se trouve cependant confrontée à un risque plus insidieux, qui est l’exposition permanente à des doses réduites de ces mêmes radiations.


Les études épidémiologiques montrent, dans un certain nombre de cas bien renseignés, une relation de cause à effet indiscutable entre l’exposition à des doses significatives mais non massives, et des désordres organiques tels que cancers, leucémies, désordres génétiques, mutations, affaiblissement des défenses immunitaires, etc…


Ces cas constituent le deuxième groupe, associé à des effets « semi-stochastique ».


C’est le cas par exemple de l’exposition au radon associée au tabagisme, qui induit de nombreux cancers du poumon; le cas également des travailleurs des mines d’Uranium, de sel, de phosphate; ou bien des expositions trop prolongées au Soleil, de l’usage abusif des cabines de bronzage, etc…


L’ensemble de ces cas d’expositions significatives mais « non massives » entraîne des dégâts de santé publique qui, jusqu’à présent, sont supérieurs en nombre de plusieurs ordres de grandeurs à ceux des accidents de réacteurs nucléaires.


Le troisième groupe concerne les cas d’exposition permanente à des «petites» doses, sans que la relation dose/effets soit parfaitement établie. Les effets sont alors purement stochastiques, ce qui signifie qu’il y a des effets, mais que ceux-ci se manifestent de manière probabiliste au sein d’une population nombreuse.


En clair, on peut affirmer que X% de la population de Bretagne sera atteinte d’un cancer du poumon lié au radon, mais on ne sait pas dire qui sera atteint.


Ce troisième groupe est représenté par environ 80% de la population. Les 20% restant sont les travailleurs susceptibles d’être exposés à des radiations( y compris solaires), soit directement, soit à travers des produits qu’ils utilisent sans toujours savoir qu’ils sont radioactifs. Il faut y ajouter les fumeurs qui augmentent les effets du radon, et les forcenés de la bronzette qui abusent des UV artificiels.


Ces 80% de la population, qui pensent en toute bonne foi être à l’abri des radiations nucléaires, reçoivent en moyenne une dose annuelle de 2,4 milliSievert. Cette dose est une moyenne, elle peut être très supérieure pour certaines catégories de personnes selon la région de résidence, les habitudes alimentaires, etc…


L’évaluation des risques encourus par cette troisième catégorie d’individus est très approximative car la connaissance des relations dose/effets est encore très discutée.


Trois hypothèses sont proposées, la vérité étant probablement un mélange des trois:


La première hypothèse, la plus ancienne, consiste à admettre un effet de seuil. Pour les doses inférieures à ce seuil, il n’existerait aucun effet.


Dans ce cadre on a défini des seuils d’exposition d’une manière assez arbitraire. On parle de doses annuelles admissibles, sans bien préciser le sens donné au terme « admissible ». On indique des doses différentes selon que l’individu est un quidam ou bien un travailleur exposé, ce qui est parfaitement absurde. Pourquoi un travailleur est-il censé supporter une dose supérieure à celle considérée comme maximale pour un quidam ?


On a introduit la notion de « débit de dose » pour faire une différence entre une dose reçue en une courte période et la même dose étalée sur une durée plus grande.


Tout ceci n’est pas très satisfaisant, mais c’est la norme actuellement appliquée.


La seconde hypothèse résulte des progrès des études épidémiologiques réalisées ces dernières décennies, et des expérimentations animales lorsque l’expérience humaine n’est pas disponible.


Cette hypothèse considère qu’il n’y pas d’effet de seuil. La relation dose/effets serait du type linéaire sans seuil.


ce qui évidemment change tout puisque la notion de dose admissible perd son sens. Les doses les plus faibles sont susceptibles de déclencher des effets chez certains individus.


La stratégie de gestion du risque nucléaire doit donc être changée. Il ne suffit plus que l’exposition d’un individu soit inférieure à la dose règlementaire, il faut gérer cette exposition selon le concept ALARA ( As Low As Reasonably Achievable), c’est-à-dire prendre les mesures nécessaires pour que l’exposition soit aussi faible que ce que permet raisonnablement la technologie dans le cas considéré.


Ce qui n’a pas grand sens, dans la mesure où l’on peut toujours réduire les doses reçues, en y mettant le prix.


Ce concept, plus conforme à la réalité, n’est pas facile à mettre en œuvre. Il paraît impossible de se passer de valeurs numériques à respecter dans le cadre d’une règlementation.


La troisième hypothèse ne rejette pas complètement les deux autres, elle les complète en y ajoutant un facteur qui tient compte d’observations déjà anciennes.


On sait, depuis Mithridate, que l’on peut s’immuniser contre un poison en en absorbant des petites doses pour habituer l’organisme à développer des défenses spécifiques.


Au XIXè siècle, Harndt et Schulz ont reformulé cette constatation à partir de leurs propres expériences:


« pour toute substance, de faibles doses stimulent, des doses modérées inhibent, des doses trop fortes tuent. »


Formulation connue sous le nom de « Loi de Harndt et Schulz ».


Cette « loi » a été rejetée par la science, surtout avec l’arrivée des thèses sur l’homéopathie.


Mais de nombreuses expériences biologiques récentes ont remis en évidence ce phénomène important: Dans de nombreux cas, de très faibles doses ont un effet très supérieur à celui de doses importantes.


Et ce phénomène a également été constaté à propos des effets radio induits.


Il porte le nom d’Hormèse.


L’explication du phénomène n’est pas connue avec certitude. Il semble que de faibles doses provoqueraient une réaction spécifique du système immunitaire, qui préparerait l’organisme à accepter des doses importantes par la suite.


Il existerait, en quelque sorte, une espèce de vaccination contre les radiations nucléaires.


Le champ de l’évaluation des risques épidémiologiques liés à une exposition aux radiations nucléaires est donc encore largement une « terra incognita ».


Gardons-nous donc de porter des jugements définitifs sur des phénomènes qui nous dépassent encore, et en matière de radiations, appliquons la formule prudente recommandée pour le vin:


« Un milliSievert, çà va, deux milliSievert, bonjour les dégâts »…



 


 

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