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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:32
22 Juin 2012
La centrale nucléaire de Fessenheim est appelée à occuper le devant de la scène lorsque le programme énergétique de la France viendra à l’ordre du jour, ce qui ne saurait tarder.
L’affaire est désormais connue, inutile de refaire l’histoire.
Je voudrais parler de l’importance particulière de l’eau comme facteur de risque à Fessenheim.
La centrale est implantée au bord du grand canal d’Alsace.
Le schéma ci-dessous est une coupe transversale de la vallée.
Les-crues-du-Rhin_1.png
 
Le grand canal d’Alsace a été construit pour pallier les caprices du Rhin « naturel » dont les nombreux méandres fantaisistes rendaient la navigation très problématique.
Des travaux d’endiguement ont contribué à maintenir le fleuve dans un lit mineur en temps normal, lit bordé par des digues submersibles.
En période de crues, un lit majeur a été défini par des digues insubmersibles qui protègent en dernier ressort les habitations et les installations industrielles.
 
Les-crues-du-Rhin_3.png 
 
 
L’eau du fleuve est partagée entre le Rhin naturel d’une part, et le canal d’Alsace d’autre part, ce partage étant réalisé au niveau du barrage de Kembs situé en amont, grâce à cinq portes monumentales télécommandées. Le canal d’Alsace reçoit un débit régulier nécessaire pour la navigation et pour le fonctionnement des usines hydroélectriques classiques et nucléaire. Le débit max dans le canal est de 1 400 m3/s.
Le reste est envoyé dans le Rhin naturel.
La centrale nucléaire se contente d’utiliser l’eau du canal pour refroidir le circuit secondaire des réacteurs, l’eau utilisée est rejetée dans le canal.
(En effet, les deux réacteurs produisent à eux deux 5 400 MW thermiques, dont le tiers est transformé en électricité, le reste est évacué par les radiateurs et sert à chauffer l’eau du canal. Il y a tout de même 3 600 MW thermiques à évacuer, ce qui demande un débit d’eau colossal, équivalent à celui d’un fleuve moyen).
Le débit moyen du Rhin est de 1050 m3/s, mais il peut monter jusqu’à 5000 m3/s lors des crues de Juin/Juillet ( crue des cerises). Le fleuve occupe alors son lit majeur.
Les crues du fleuve sont gérées par un organisme Franco-Allemand qui s’appuie sur plusieurs échelons:
- D’abord la gestion prévisionnelle des niveaux du grand canal et de la retenue de Kembs afin de constituer des réserves de capacité.
- Ensuite l’occupation du lit majeur.
- Puis l’intervention des « barrages agricoles », côté allemand .
- Enfin l’ennoyage des polders.
( Les polders sont des grands bassins de rétention aménagés tout au long du cours du fleuve et qui sont remplis selon les besoins pour absorber le surplus d’eau. Ils fonctionnent à l’envers de leurs homologues néerlandais).
Ce dispositif complexe permet de contenir les crues du fleuve, même à l’occasion des crues centennales avec un débit de 5000 m3/s.
Inutile de préciser que la centrale nucléaire est située au-dessus du niveau des plus hautes eaux centennales, ainsi que les autres centrales.
Bien sûr, on peut toujours s’interroger sur les conséquences du réchauffement climatique sur le régime des crues du Rhin, et sur la capacité des moyens de contrôle à gérer des surcotes imprévues.
La centrale de Fessenheim se trouve donc théoriquement protégée contre tout risque d’inondation due aux crues du Rhin, dans la mesure où elles ne dépassent pas le maximum syndical fixé par les ingénieurs.
On peut se demander pourquoi les bâtiments de la centrale ont été installés au pied du Grand canal. Il y a à ce choix étrange plusieurs raisons:
- La première raison tient à la fiabilité de la source d’eau dont le débit est contrôlé par les portes du barrage de Kembs en amont, et à la protection vis-à-vis des crues maximales ( Protection réalisée par les digues du canal puisque la centrale se trouve rive gauche et que le danger vient de la rive droite).
- La deuxième raison tient à la nécessité d’avoir accès à l’eau directement, avec une dénivelée la plus faible possible. En effet, la puissance requise pour pomper l’eau augmente avec la dénivelée, et peut atteindre plusieurs mégawatts par mètre pour des débits de 50 m3/s.
Le choix de l’emplacement actuel permet de « limiter » la puissance des pompes à 6 Mégawatts !
- La troisième raison est liée au poids des installations. Il serait hasardeux de monter des bâtiments de réacteurs sur des structures artificielles en hauteur. Le poids énorme de ces structures entrainerait des risques de tassement de terrain préjudiciable à la sécurité. C’est pourquoi on se « limite » à un radier en béton posé sur le sol naturel éventuellement stabilisé.
Pour toutes ces raisons, la centrale se trouve au pied du canal , à environ 8 mètres en dessous du niveau des eaux.
Le schéma ci-dessous donne une vue transversale d’ensemble.
Coupe-grand-canal-d-Alsace.png
 
Il est évident qu’une rupture de la digue entraînerait une catastrophe nucléaire majeure avec fusion des cœurs, percement du radier et contamination de la nappe phréatique.
Parmi les causes de ruptures de la digue on de doit pas oublier un accident de navigation par un des nombreux navires qui transitent par les écluses de Fessenheim, à hauteur de la centrale. On ne doit pas écarter non plus la possibilité d’une explosion sur un navire, accident ou sabotage.
Mais cette digue , de par ses dimensions imposantes ( voir schéma) , semble à l’abri d’une rupture fortuite. Elle est l’objet d’une surveillance constante pour la détection des éventuelles fuites, et l’entretien du revêtement d’étanchéité en béton.
Cependant il faut tenir compte de la nature sismique de la région, siège de fréquents tremblements de terre de magnitudes modestes . On ne peut écarter le risque d’un séisme majeur, dont la date et la magnitude sont bien sûr inconnues. Il en a été tenu compte dans la conception de l’ouvrage , en prenant comme référence la magnitude la plus forte jamais enregistrée.
Hélas cette référence n’est pas fiable car elle n’est qu’une évaluation à partir d’indices fragiles.
Les partisans de la fermeture du site utilisent ce danger comme principal argument, non sans quelques raisons.
Le risque sismique ne concerne pas seulement la digue. Le danger principal concerne les bâtiments des réacteurs, les bâtiments des pompes, les bâtiments de contrôle, les équipements d’assistance, les équipements d’alimentation électrique, les piscines à combustibles, les pompes de secours, les accès aux sources auxiliaires de refroidissement.
Tout ce petit monde , interconnecté par des câbles, des tuyaux, etc , subirait de gros dégâts susceptibles de conduire à une catastrophe nucléaire majeure.
Mais hélas une autre donnée vient compliquer le problème.
Le schéma ci-dessous montre que la centrale est installée sur la nappe aquifère d’Alsace.
Nappe-phreatique-d-Alsace-1.png
 
Cette nappe est la plus grande réserve d’eau douce d’Europe. Les relevés de l’APRONA ci-dessous montrent que l’eau n’est qu’à quelques mètres de profondeur.
Profondeur-nappe-d-alsace-a-Fessenheim.png
 
On imagine sans peine l’ampleur des dégâts causés par un corium pénétrant dans la nappe après avoir traversé le radier de béton. Un accident qui créerait une situation de crise sans précédent.
Et ceci alors que la digue pourrait rester intacte.
Les opposants au maintien de la centrale en fonctionnement ne manquent donc pas d’arguments fondés pour exiger son arrêt.
Trois évènements externes ont donc été identifiés comme pouvant chacun entraîner une catastrophe majeure:
- Une rupture de la digue.
- Une inondation due à une crue de surcote.
- Un séisme.
A ces évènements externes viennent s’ajouter bien sûr les cause internes possibles d’accident nucléaire, inhérentes au système nucléaire lui-même.
A chacune de ces causes prises séparément on peut opposer la liste des mesures de sécurité préventives et curatives prévues.
Mais le cumul de toutes ces causes conduit à une probabilité d’accident majeur préoccupante.
La préoccupation est renforcée par le constat de certaines anomalies susceptibles d’aggraver les conséquences d’un éventuel accident:
- Implantation de la centrale à un niveau très inférieur au niveau de l’eau du canal.
- Epaisseur du radier notoirement trop faible ( 1,5 m ). Les autres centrales ont des radiers de 3m d’épaisseur.
- Absence de dispositif d’étalement et de récupération du corium. Ce dispositif est prévu sur les futurs EPR.
- Absence de solution de secours pour le refroidissement en cas de défaillance du circuit principal ou d’obstruction des grilles de captation.
- Trop grande proximité de la nappe phréatique.
- Protection insuffisante des bâtiments stratégiques contre les inondations (seule une digue de 1 m entoure la zone stratégique).
L’accumulation de ces défauts et de ces facteurs de risques laisse penser que la centrale est une bombe à retardement, et qui le restera malgré les quelques travaux d’aménagement prévus par EDF.
C’est une lourde responsabilité qui sera engagée par l’autorité qui prendra la décision de poursuivre l’exploitation de ce site, en laissant peser sur la région, les populations et l’environnement, une menace aussi bien identifiée.

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