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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 18:29
 
15 Avril 2013
Depuis déjà une bonne décennie les responsables politiques affichent une stratégie énergétique prônant la sobriété.
Dans ce but l’opinion publique est maintenue sous la menace d’un faisceau de calamités et l’usager subit une stratégie de culpabilisation visant à lui imposer un comportement énergétiquement vertueux.
La fibre écologique est sollicitée par un appel à lutter contre le réchauffement climatique et la pollution de l’environnement. Tous nos gestes sont désormais évalués en terme de CO2 émis.
La fibre Nationale est sensibilisée par les exhortations en faveur de l’indépendance énergétique, discours déjà entendu il y a un demi siècle de la part d’un certain Général pour justifier le choix du nucléaire.
Le sentiment de peur est entretenu par la menace d’un prochain épuisement des réserves pétrolières.
Le consommateur se voit prévenu d’une perspective de hausse constante du prix de l’énergie et des taxes associées, et le citoyen vit dans la crainte savamment attisée d’une tarification progressive assortie d’un bonus malus, voir même de quotas.
On aurait pu penser que, dans un environnement aussi oppressant, la consommation d’énergie aurait marqué un certain recul.
Le graphique suivant montre qu’il n’en est rien.
 evolution-conso-energie-finale-par-secteur
Depuis dix ans la consommation finale est restée stable autour de 160 Mtep, et la consommation du secteur résidentiel-tertiaire a même augmenté de 8%.
Certes il y a eu des progrès dans divers domaines comme la consommation des véhicules, l’isolation des bâtiments, l’amélioration des rendements des appareils, les techniques nouvelles comme les éclairages basse consommation, et bien sûr l’arrivée des énergies nouvelles …
Mais ces progrès ont été masqués par la croissance de la demande liée à l’augmentation de la population d’une part, et au déploiement du secteur audio visuel, informatique, et au développement de l’économie numérique et des communications d’autre part.
L’examen du graphique montre que la crise de 2008 s’est traduite par l’amorce d’une baisse importante de consommation, correspondant à une chute de l’activité économique. Ce moyen de faire baisser la consommation n’est évidemment pas à conseiller, faut-il le préciser ?
Face à un tel état des lieux, une stratégie énergétique réaliste doit donc s’appuyer sur l’hypothèse d’une consommation durablement stable, tout au moins tant que les consommateurs n’apporteront pas la preuve qu’ils sont capables globalement de réduire leur demande.
Cette confrontation de la fiction d’une sobriété énergétique planifiée avec la réalité du terrain est une leçon d’économie pratique dont il faut tenir compte avant de décider des grandes options de l’avenir.
Ce pragmatisme incontournable implique notamment qu’il ne sera possible de réduire le recours aux énergies traditionnelles qu’à la condition que les énergies nouvelles soient prêtes à prendre le relais.
A moins que les consommateurs n’apportent la preuve qu’ils sont capables de réduire fortement leur demande, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent.
Le projet de mise en œuvre de mesures coercitives, telles que la tarification progressive de l’énergie avec bonus-malus, est très impopulaire et comporte un volet social difficilement gérable, surtout en période de récession économique. De plus il n’est applicable qu’aux énergies de réseaux, ce qui dispense les transports, gros consommateurs, et les autres énergies comme le bois et le fuel domestique.
Il est donc vraisemblable que la première phase de la stratégie de transition énergétique (Horizon 2020-2025) sera définie dans une perspective de stabilité de la demande, voire même d’une certaine augmentation.
Elle reposera sur deux axes principaux:
Renforcement des mesures incitatives, voire coercitives, en faveur des économies d’énergie, afin de compenser au moins l’augmentation naturelle de la demande qui résultera de l’accroissement de la population et d’une éventuelle reprise économique.
Relance du programme de développement des énergies renouvelables, en évitant d’en faire une activité subventionnée, ce qui ne serait pas supportable sur le long terme.
Au cours de cette première phase il sera procédé à une modernisation des installations de production conventionnelles, comme la généralisation de la cogénération.
La structure du réseau de distribution sera adaptée d’une part pour permettre l’interfaçage avec les installations de production des énergies nouvelles, caractérisées par la dissémination et l’intermittence, et d’autre part pour mettre en œuvre le réseau intelligent (Smart Grid) permettant un meilleur contrôle des pics de consommation.
Par ailleurs des technologies nouvelles seront utilisées pour le transport de l’énergie électrique, comme l’utilisation du courant continu, afin de réduire les pertes en ligne.
Le programme nucléaire reste la grande inconnue de cette stratégie.
Sa poursuite ou son abandon restent très dépendants du climat politique et de l’opinion qui demeure sous le choc de la catastrophe de Fukushima.
Le nucléaire fournit environ 12,5% de l’électricité mondiale.
La France est un cas particulier avec près de 80% des besoins électriques couverts par 59 réacteurs.
Un telle prépondérance ne se raye pas d’un trait de plume.
Une stratégie de retrait ne serait applicable que sur un durée suffisamment longue pour laisser aux énergies de remplacement le temps de prendre la relève. Ce basculement s’effectuerait progressivement et ne serait probablement pas achevé avant 2030.
On peut espérer une décision à l’issu du grand débat national, au moins sur le principe du maintient ou du retrait. Il ne serait pas sain que le pays demeure dans l’incertitude sur les grands choix énergétiques.

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