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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 12:14

19 Septembre 2013

Le véhicule électrique figure dans la liste des trente-quatre plans de Monsieur Montebourg et il faut s’en réjouir.

Il y figure à plus d’un titre puisque pas moins de huit des trente-quatre plans y sont directement ou non consacrés:

- La voiture pour tous consommant moins de deux litres aux cent kms.

- Les bornes électriques de rechargement.

- L’autonomie et la puissance des batteries.

- Les véhicules à pilotage automatique.

- Les logiciels et systèmes embarqués.

- Les réseaux électriques intelligents.

- Les objets connectés.

- Les services sans contact.

Ce gouvernement marque ainsi clairement son intention de soutenir ce secteur, ce qui confirme un engagement écologique en cohérence avec l’abandon programmé des produits pétroliers et du gaz naturel, exigence essentielle de la transition énergétique.

(Dans un futur identifiable les transports terrestres utiliseront l’énergie électrique en synergie avec les biocarburants).

Les mérites de la voiture électrique sont multiples:

D’abord elle constitue une solution radicale au problème de la pollution de l’air de nos cités par les gaz d’échappement. Certes, ce remède ne deviendra vraiment efficace que lorsque seront écartés de nos villes les véhicules thermiques polluants, ainsi que les appareils de chauffage utilisant du fuel ou du gaz naturel.

Dans une période intermédiaire la coexistence sera assurée grâce à l’application drastique de normes antipollution et/ou des limitations du droit de circulation.

Le chauffage au bois, bien que renouvelable, devra lui aussi être dépollué.

Tout cela prendra du temps, et le bénéfice écologique de la voiture électrique sera différé d’autant.

Mais le mouvement est lancé, et c’est essentiel.

Par ailleurs, la propulsion électrique est un des éléments de la conquête de l’indépendance énergétique, puisqu’elle réduit la consommation primaire de carburants fossiles.

Il va de soi que cet argumentaire ne vaut que si l’électricité n’est pas produite par des centrales thermiques au fuel ou au Gaz ( nous ne parlons même pas du charbon ou du lignite si cher à nos amis d’outre-Rhin, ni du Gaz de schiste encore plus diabolique) !

Cette électricité ne saurait donc provenir à terme que de centrales nucléaires et/ou de parcs d’énergie renouvelable, le choix entre les deux solutions dépendra de l’opinion, pour autant qu’on lui pose la question…

Il est des évidences qu’il n’est pas inutile de marteler.

Actuellement, en France, la production des énergies nouvelles est très modeste, rouler électrique c’est donc plébisciter le nucléaire, ou bien faire fi du CO2 en encourageant l’électricité thermique fossile !

Décidément, adopter un comportement écologique est un exercice difficile, où il est encore une fois démontré que mettre la charrue avant les bœufs n’est pas la meilleure méthode pour obtenir l’efficacité environnementale.

On peut en effet se demander s’il est vraiment raisonnable de développer un marché de la voiture électrique avant de disposer d’une source propre et durable pour recharger les batteries !

Heureusement les énergies renouvelables ne sont pas oubliées par Monsieur Montebourg, qui leur consacre trois plans sur trente-quatre:

- Les énergies renouvelables (sans plus de précision).

- Les industries du bois.

- La chimie verte et les biocarburants.

On aurait apprécié un ou deux plans particuliers pour l’éolien et le solaire, et un autre pour le stockage de l’énergie électrique, mais il faudra se contenter du plan générique sur les énergies renouvelables, on comprend qu’il est délicat d’anticiper sur le programme de la transition énergétique, repoussé après les élections du printemps 2013, comme chacun sait.

Il nous reste à espérer que l’électricité renouvelable sera disponible en quantité avant que nous ne soyons contraints de construire trois ou quatre réacteurs nucléaires pour recharger les batteries de nos chères bagnoles…

Mais ne nous égarons pas.

Le véhicule électrique présente encore d’autres avantages:

L’électrification du parc roulant contribuera directement à la réduction des émissions de CO2, aux conditions précédentes, est-il besoin de le rappeler.

Enfin, les batteries du parc des véhicules électriques pourront constituer une réserve tampon d’énergie dont le stock pourra être sollicité à travers le réseau intelligent, après consultation et accord du fournisseur occasionnel bien entendu.

(Lequel réseau intelligent constitue justement l’un des 34 plans sélectionnés).

Deux millions de véhicules électriques pourraient fournir pendant une heure une puissance équivalente à celle de onze réacteurs nucléaires, à raison de 5 kWh par véhicule (une misère), ce qui pourrait constituer un appoint appréciable en période de pointe de consommation.

Cette possibilité est considérée sérieusement comme élément constitutif d’une structure de compensation de l’intermittence des renouvelables, avec le pompage turbinage et le stockage de l’Hydrogène.

La voiture, quel que soit sa technologie, est inséparable de la structure dans laquelle elle doit évoluer, et en particulier du réseau de ravitaillement en carburant, fut-il électrique. L’absence de réseau de recharge rapide des batteries suffisamment dense et normalisé constitue un obstacle au développement du marché du tout électrique hors de la cité. Les constructeurs ont donc misé sur l’hybride pour toucher la clientèle la plus large possible. Après quelques erreurs de positionnement la solution la mieux adaptée à la situation actuelle semble être un châssis électrique avec un prolongateur d’autonomie thermique. La batterie possède une capacité convenable de l’ordre de 15 kWh, qui reste d’un poids raisonnable tout en autorisant une autonomie électrique de 50 à 80 km. Le prolongateur d’autonomie intervient au-delà pour recharger la batterie, Il ne participe pas directement à la propulsion du véhicule.

C’est cette solution qui donne aujourd’hui le meilleur compromis coût-prestations-commodité d’emploi. Elle peut constituer un moyen crédible de développer le marché en étant autre chose qu’une seconde voiture ou une simple citadine, en attendant les futurs progrès des batteries et du réseau de rechargement ( > 2030 ?).

On peut penser qu’elle constitue une bonne base de départ pour obtenir la consommation inférieure à deux litres aux cent kms, objet d’un plan particulier.

Les perspectives semblent donc favorables pour exploiter la synergie entre l’électricité et les biocarburants.

Il n’en demeure pas moins que, même si l’autonomie et les performances s’améliorent, la voiture électrique restera longtemps plus chère que son homologue à moteur thermique, et ceci pour plusieurs raisons:

Aujourd’hui l’acheteur d’un tel véhicule bénéficie d’une aide financière de 7 000 euros, plafonnée à 30% du prix TTC augmenté du prix de la batterie si elle est en location.

Cette largesse est possible pour un marché de quelques milliers de véhicules par an, mais deviendra intenable si la demande dépasse cent mille unités annuellement (C’est l’objectif visé), elle devra alors être sérieusement amputée et l’acheteur devra payer le vrai prix.

Tout produit industriel nouveau de grande consommation passe par une phase d’apprentissage avant d’atteindre le régime de production qui le place à égalité de productivité avec la concurrence déjà installée. La voiture électrique ne propose pas un service différent de son homologue thermique, sur ce point elle est plutôt en retrait. Elle aura donc à se battre sur un marché déjà occupé par des produits bien maîtrisés et donc au prix de revient plus favorable, et offrant de meilleures performances.

Le problème de la batterie vient aggraver la situation.

Sur un véhicule thermique il y a également une batterie, mais sa technologie bien rodée et sa faible capacité en font un produit dont le remplacement est fort peu onéreux ( son prix est comparable à celui d’un pneu).

Il en va différemment sur un véhicule électrique. La batterie est un organe très onéreux dont le remplacement sera une lourde dépense. Aujourd’hui le coût est de l’ordre de 500 euro le kWh, soit 7 500 euros pour 15 kWh. Evidemment ce coût diminuera fortement en phase de production de volume, mais quand ? Et de combien ? Les prévisions restent vagues en raison de l’incertitude sur la croissance du marché et sur l’évolution de la technologie des batteries, on parle de 200 euro en 2020.

Certains constructeurs proposent une garantie de 5 ans ou 100 000 km sur la batterie Lithium-ion. Ce sont précisément les conditions auxquelles on songe à revendre le véhicule. C’est donc l’acheteur de la voiture en occasion qui devra supporter le coût d’un changement de batterie, la cote risque d’en être sérieusement affectée.

On peut discuter de l’opportunité de parler de voitures électriques d’occasion alors que le marché du neuf ne fait que démarrer. Mais l’usager avisé choisit un véhicule neuf aussi en fonction de sa valeur de reprise ou de revente.

D’autant plus qu’en cinq ans la technologie du véhicule électrique aura évolué, avec un impact négatif supplémentaire sur la cote des occasions.

Oui mais, diront les inconditionnels, on économisera sur le carburant.

C’est vrai si l’on considère la recharge de la batterie au domicile et au prix du courant domestique distribué au tarif règlementé. Mais qui peut préjuger du prix qu’il en coûtera à l’usage des bornes de rechargement en ville, gérées par des entreprises privées, et du surcoût de la taxe sur les produits énergétiques (aujourd’hui la TICPE sur les produits pétroliers) qui ne manquera pas d’être appliquée, sans oublier la taxation progressive de l’énergie, qui tiendra compte de la consommation de recharge des batteries à domicile.

Le véhicule électrique est une solution technologique et écologique performante, à condition d’être utilisé au sein d’une structure bien maîtrisée à la fois au plan technique, notamment de l’origine de l’énergie et de l’interface avec le réseau intelligent, et au plan économique pour la politique d’incitation, la gestion tarifaire de l’énergie électrique dédiée, et la règlementation de l’interface avec le réseau.

Toutes choses qui, aujourd’hui, n’ont encore reçu aucun début de commencement d’éclaircissement.

Du pain sur la planche pour les huit plans précités…

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