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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 15:24

Cher, très cher éolien offshore…

7 Août 2017

Le coût de construction d'un parc éolien offshore posé* s'établit autour de 5 millions d'euros le MW installé.

C'est le coût négocié pour des grosses éoliennes de 8 MW, tel qu'il est constaté pour les projets actuels de 50 à 100 machines.
(Notamment dans le projet de parc offshore de Saint-Brieuc, qui comporte 62 machines de 8 MW pour un montant de 2,5 Milliards d'euros).
Ce parc doit commencer à produire en 2019.

*Par opposition à l'éolien flottant, beaucoup plus cher.

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Ce coût est exorbitant, tout le monde en conviendra.
40 Millions d'euros pour une seule éolienne qui produira 24,5 GWh d'électricité annuellement, cela nous conduirait à débourser plus de 21 Milliards d'euros pour obtenir une production d'énergie égale à celle d'un seul réacteur EPR !!!
Soit exactement deux fois le coût de ce réacteur, lui-même déjà considéré comme une folle dépense injustifiée.
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Ce capital éolien de 2,5 Milliards investi à Saint-Brieuc devra être remboursé sur une durée de l'ordre de vingt ans, ce qui fera peser sur chaque MWh produit une charge d'environ 83,3 euros (hors intérêts) durant cette période, soit jusqu'en 2040 !
(La durée des éoliennes offshore construites actuellement est estimée à 20-25 ans).

Même si, entre temps, le coût de construction des installations diminue, ces 2,5 Milliards là devront être remboursés.

Lorsque ce coût de construction sera amorti, au bout de vingt à vingt-cinq  ans, il faudra songer à démanteler les installations car elles seront en fin de vie, et donc reconstruire un nouveau parc.

Alors que l'EPR continuera de produire, pendant encore 20 à 30 ans, et à un coût réduit puisque l'investissement sera amorti
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Ce coût de construction éolien ne représente qu'une partie des dépenses qu'il faut engager pour produire de l'électricité.
En effet, pour connaître le coût de production, il faut ajouter "quelques" autres menues dépenses:
- Coût financier ( Intérêt des emprunts).
- Coût de raccordement au réseau.
- Coût d'exploitation (OPEX, Operational Expenditure).
- Charges salariales.
- Coût de la maintenance.
- Impôts et taxes locales.
- Redevances d'occupation des zones littorales.
- Etc, etc.

Pour l'éolien offshore, les coûts de production évoqués couramment sont de l'ordre de 150 à 200 euro par MWh.

A ce coût brut de production, il faudrait normalement ajouter le coût des installations de compensation de l'intermittence, qui sont considérables:
Centrales thermiques à gaz, Stations de pompage-turbinage, centrales hydrauliques de barrages, centrales d'électrolyse et piles à Hydrogène, stockage sur batteries, etc….
Aujourd'hui ce coût est prix en charge par la collectivité, c'est-à-dire que l'argent est pris dans la poche du consommateur, vous et moi.
(Voir la rubrique CSPE de la facture d'électricité).
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Au fait, quel est le coût de production de l'électricité aujourd'hui ?

Actuellement en France plus de 75% de la consommation finale d'électricité est fournie par les centrales nucléaires.
Le coût de production de cette électricité est de 54,5 euros/MWh, selon la réévaluation de la Cour des comptes, tenant compte des dépenses engagées pour renforcer la sécurité suite à la catastrophe de Fukushima.
Les coûts initiaux de construction étant amortis depuis longtemps, les 54,5 euros représentent essentiellement l'OPEX et la grosse maintenance.

Ici il faut noter que les coûts du démantèlement, du stockage des déchets radioactifs, et des éventuelles indemnisations suite à un accident nucléaire ne sont pas compris dans les 54,5 euros…
Même si ce coût annoncé est discutable, c'est lui qui sert de base à la fixation du tarif règlementé de l'électricité.
(C'est ce coût qui sert au calcul du montant de votre facture).

Par ailleurs, 10% de notre consommation d'énergie électrique provient de l'hydraulique, dont le coût de production est de 22 à 30 euros/MWh, qui sont essentiellement des coûts d'exploitation car les installations hydrauliques sont également amorties depuis longtemps.

Environ 10% de la production électrique restante sont fournis par les centrales thermiques, dont le coût de production est de 70 à 120 euros/MWh, et qui ne fonctionnent que pour assurer les pointes de consommation.
Le reste est fourni par les renouvelables, éolien terrestre et solaire PV.

Depuis 2011, les fournisseurs d'électricité alternatifs bénéficient de l'ARENH ( Accès Régulé à l'Elecricité Nucléaire Historique) pour des volumes définis par le régulateur ( la CRE, Commission de Régulation de l'Energie).
Aujourd'hui ce volume est d'environ 100 TWh, au total.
Ce tarif est aujourd'hui de 42 euros/MWh, donc inférieur au coût de production.
Il permet aux fournisseurs alternatifs de se développer en pratiquant des tarifs "compétitifs".
Tout ceci est bien entendu discutable.

Ceci vaut pour les contrats "à terme".
Il existe également la possibilité de s'approvisionner sur le marché Spot, beaucoup plus volatil, avec des prix très fluctuants (Marché "Day ahead" géré par Epex-spot France).

Globalement, le faible coût de l'électricité hydraulique compense plus ou moins le coût élevé des centrales thermiques, en sorte que le coût de production moyen se situe autour de 55 à 60 euros le MWh.

Ce coût représente en moyenne le tiers  de la facture d'électricité du consommateur qui bénéficie de la tranche inférieure à 36 KVA.
La facture se décompose ainsi:
- Le prix de vente HT , incluant la marge éventuelle du fournisseur d'électricité.
- L'abonnement.
- La TCFE, Taxe sur la Consommation Finale d'Electricité.
- La CTA, Contribution Tarifaire d'Acheminement électricité, qui couvre les coûts des gestionnaires du réseau ( RTE, ENEDIS, et les ELD ).
- La CSPE , Contribution au Service Public de l'Electricité, qui finance les charges du service public de l'énergie, notamment le soutien au développement des énergies renouvelables: 22,5 euros/MWh.
- La TVA à 5,5% sur l'abonnement.
- La TVA à 20% sur la consommation.

Il faut retenir qu'aujourd'hui le coût de production de l'électricité est d'environ 55 euro/MWh.
A mettre en face des coûts de production éolien offshore, compris entre 150 et 200 euros/MWh !!
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Un fournisseur d'électricité peut donc trouver sur le marché de gros un produit dont le coût se situe dans une fourchette de 42 euros/MWh (Contrat ARENH)  jusqu'à 80 euros/MWh s'il doit acheter son électricité sur le marché Epex-spot  Day ahead, s'il lui manque des MWh pour fournir ses clients. Le prix moyen se situant autour de 55 euros grâce aux contrats "à terme".

Face à ces prix de marché, l'électricité éolienne offshore est donc complètement hors du coup, puisque le simple amortissement du coût de construction atteint déjà 83 euro/MWh hors intérêts, le prix de revient "tout compris" étant de l'ordre de 150 à 200 euro/MWh*, soit trois fois le prix de marché de gros !!!

Ce fournisseur n'a donc à priori aucune raison d'acheter de l'électricité à 150 ou 200 euros le MWh, puisqu'il peut s'en procurer sur le marché pour 50 euros !

Pourquoi un épicier irait-il acheter à Rungis des fraises à 10 euros le Kg s'il peut trouver les mêmes à 3 euros ?
Rappelons, pour ceux qui en douteraient encore, qu'un  MWh sortant à 54 euros d'une centrale nucléaire, est identique à un MWh sortant à 180 euros d'une éolienne offshore.
Ce qui n'est pas toujours le cas des fraises…
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Aujourd'hui l'éolien offshore ne peut donc tout simplement pas être mis sur le marché sans le secours d'une très confortable subvention, qui prend la forme d'un prix d'achat "de complaisance", très supérieur au prix du marché.
Dans notre cas, le prix d'achat serait entre 150 et 200 euro/MWh.
(On parle même de 220 euros/MWh pour Saint-Brieuc).

Ce prix d'achat de complaisance s'accompagne d'une obligation d'achat par EDF et les ELD ( Entreprises Locales de Distribution) .
(Sans cette obligation d'achat, personne n'en voudrait évidemment…).

Les malheureux fournisseurs qui sont obligés d'acheter cette électricité de luxe sont EDF et les ELD (Entreprises Locales de Distribution).

Mais rassurons-nous, ils sont dédommagés par l'Etat qui leur rembourse le surcoût.
Et qui paye tout çà ? Vous et moi comme d'habitude (Voir CSPE).
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Ces libéralités sont supportables par la collectivité tant que la part de l'éolien offshore reste modeste.
En France aujourd'hui cette part est nulle comme chacun sait.
Lorsque le parc de Saint-Brieuc sera productif, il fournira 0,3% de la production électrique française, pas de quoi bouleverser nos habitudes.

Mais Saint-Brieuc n'est qu'un démonstrateur, le précurseur d'une longue série de machines appelées à "décorer" nos côtes.
Si ces projets grandioses se réalisent, la situation deviendra intenable, le montant global des subventions atteignant des sommes astronomiques.
Une danseuse, çà va, mais un corps de ballet, c'est ruineux.

D'autant plus que ce modèle d'économie subventionnée s'applique également au photovoltaïque, à la voiture électrique, et bientôt aux biocarburants de seconde et troisième générations.

Nous courons à la ruine…
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Cette impasse (Car il s'agit bien d'une impasse) commence à poser problème aux Etats dont la production offshore devient significative, et qui voient d'un mauvais œil débarquer cette électricité à plus de 150 euro/MWh, alors que les prix de marché sont au tiers de cette valeur.

Continuer à subventionner à tour de bras, c'est la ruine assurée.
La ruine du consommateur évidemment, pas celle des investisseurs…

En effet, grâce à la combinaison de l'obligation d'achat et de l'application du tarif de complaisance, l'augmentation de la part de l'éolien offshore induira mécaniquement une augmentation de la facture d'électricité qui pourra aller jusqu'au doublement ou au triplement.

Quelques projets de parcs éoliens offshore ont déjà été bloqués pour cette raison.
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Les spécialistes de l'éolien offshore (Siemens, Iberdrola, GE, Vestas, Eon, …) pensent pouvoir descendre le coût de construction à 80 euro/MWh d'ici 2025, mais sous diverses conditions dont la réalisation n'est pas garantie, notamment sur les puissances installées annuellement.
80 euro/MWh, c'est encore deux à trois fois le cours Epex-Spot !

Par ailleurs, il apparaît que l'extension de l'éolien offshore ne pourra être "toléré" que dans la version "flottante" qui permet d'éloigner les parcs de la côte.
Mais cette technologie est beaucoup plus coûteuse que la version "posée", pour des raisons évidentes.
Le coût du MWh sera donc impacté à la hausse, ce qui laisse un doute sur la baisse des prix annoncée.
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On peut même se demander dans ces conditions s'il est raisonnable de persister dans la volonté de développer l'éolien offshore dans la technologie actuelle, qui conduit à des coûts de production trois ou quatre fois supérieurs aux prix du marché.
Et on n'imagine même pas ce qu'il en sera s'il faut passer à la technique flottante dont le coût est très supérieur.

Il n'est pas impossible que l'éolien offshore trouve ses limites non seulement dans le coût de l'énergie produite, mais aussi dans l'acceptabilité des implantations au regard des autres utilisations du littoral.

Mais il est également possible que le consommateur accepte de bonne grâce de payer son électricité trois fois plus cher, on peut rêver…

L'autre obstacle est l'occupation du plateau continental:

Rappelons que, pour produire en éolien offshore 20% de l'énergie électrique finale consommée en France, il faudrait occuper 1 400 Km de littoral avec des machines de 8 MW disposées sur trois rangs !!!
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Même si le problème de l'encombrement du plateau continental trouve une solution (Mais laquelle ?), il restera le problème du coût de production des parcs construits actuellement et dans les prochaines années.
Les consommateurs accepteront-ils de voir tripler ou quadrupler le prix de l'électricité ?
(Car ces mêmes consommateurs devront également payer pour les installations de compensation de l'intermittence).

Bien sûr des petits malins suggèreront de faire payer le surcoût de l'éolien offshore par les consommateurs de produits pétroliers et de gaz naturel fossiles.
Mais, comme il  s'agit des mêmes consommateurs, on ne sort pas de l'impasse.

Que l'argent soit pris dans notre poche droite ou dans notre poche gauche, il nous faudra payer…

Que le vent se révèle plus cher que le pétrole, qui s'en serait douté ?
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Cette analyse des coûts permet de comprendre le peu d'empressement de l'énergéticien historique, et surtout de son actionnaire principal qui est l'Etat français (83%), à se précipiter dans le développement de l'éolien offshore où il n'y a que des coups à prendre et des sommes extravagantes à dépenser.

Pour le moment l'activité des énergies renouvelables électriques est encore faible, et son surcoût peut être absorbé par la CSPE sans trop de protestations.

Mais lorsque fleuriront les centaines de grosses éoliennes le long de notre littoral, l'addition sera dure à avaler.

Il est probable que, comme ce fut le cas pour le photovoltaïque, il faudra attendre les éoliennes chinoises pour faire baisser les coûts de production.
Et oublier nos rêves industriels…
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Nous verrons un autre jour que le solaire photovoltaïque est nettement moins cher, mais reste encore notablement supérieur au prix du marché, car en France l'énergie solaire reçue n'est pas à son optimum.
D'où l'intérêt de conclure des accords de développement solaire avec les pays du Maghreb.
Mais ceci est une autre histoire…
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