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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 16:46

EPR versus Eolien offshore, parlons gros sous.

25 Juillet 2017

L'EPR de Flamanville, qui est le prototype d'une série que EDF espère longue, est conçu pour fournir une puissance nominale de 1 650 MW.
Son coût de fabrication est actuellement estimé à 10,5 Milliards d'euros.

Il est censé entrer en production en 2019 pour remplacer les deux réacteurs de Fessenheim, les plus anciens, arrivés au terme de leurs bons et loyaux (jusqu'à présent) services.

Avec un facteur de charge de 90%, sa production annuelle sera de:
1 650 MW  x  8 760 heures x  0,90  =  13  TWh par an.
(Le facteur de charge de 0,9 résulte de la nécessité d'arrêter le réacteur pour remplacer le combustible, et pour les périodes de maintenance programmée ou non).

La durée de vie de ce type de réacteur est prévue pour 60 ans.

Dans le principe, l'EPR (European Pressurized water Reactor) est un REP  (Réacteur à Eau sous Pression) comme tout ceux qui constituent le parc actuel.
Il s'agit donc d'une technologie largement éprouvée depuis quarante ans. Il est un peu plus puissant ( 1 650 MW au lieu de 1 450 ) que les plus récents des réacteurs en fonction, mais il est surtout particulièrement conçu pour intégrer les fonctions de sécurité au plus haut niveau connu grâce au retour d'expérience cumulé depuis quatre décennies, en France et ailleurs dans le monde, y compris Fukushima.
Acceptons-en l'augure…
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Le coût du prototype de l'EPR de Flamanville, qui dépasse les dix milliards d'euros, est jugé exorbitant par les opposants au nucléaire, qui exigent son abandon immédiat au motif que l'électricité renouvelable coûte beaucoup moins cher.

Voyons ce qu'il en est réellement en examinant de plus près le coût de l'éolien offshore posé, sur un projet concret.
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Le projet de parc éolien offshore de la baie de Saint-Brieuc se compose de 62 éoliennes de 8 MW, soit une puissance installée de 496 MW, pour un investissement initialement estimé à  2,5 Milliards, hors raccordements au réseau.

Il s'agit aujourd'hui d'un projet, et on sait ce qu'il en est des estimations de coût des projets (Voir l'EPR), surtout lorsqu'il s'agit du premier du genre en France dans une technologie qui peut réserver des surprises, car l'offshore n'a que peu de rapport avec l'onshore, si ce n'est que tous deux brassent du vent.

Notons tout de même que le coût de 5 millions d'euros par MW correspond aux standards connus du marché pour une technologie offshore "posée".
(L'offshore flottant serait beaucoup plus cher).

Pour un facteur de charge de 35%, qui correspond aux standards constatés sur les parcs offshore existants, la production annuelle sera donc en moyenne de:
496 MW x 8760 heures x 0,35  =  1,5 TWh par an.

Il faudra donc plus de huit parcs comme celui-ci, soit 537 éoliennes, pour égaler la production d'un seul EPR, et donc un coût de construction de 21,7 Milliards, hors raccordement au réseau.

La durée de vie des éoliennes offshore est estimée à 25 ans, terme au-delà duquel les installations devront être démontées et remplacées.
Pour produire pendant une durée à peu près équivalente à celle de l'EPR, il faudra donc remettre au pot 21,7 Milliards (Au coût d'aujourd'hui), soit plus de 43 Milliards au total.
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10,5 Milliards d'un côté, 43 Milliards de l'autre, tout commentaire est inutile.
Sinon pour remarquer que les accusations portées contre le coût du prototype de l'EPR, qui serait un gouffre financier, ne reposent sur aucun fondement.
(Nous parlons plus loin des véritables inconvénients de l'EPR, et de l'électronucléaire en général).
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Mais il ne faut pas s'arrêter aux coûts de construction, qui ne représentent évidemment qu'une partie des dépenses.
Il faut ajouter les autres coûts tels que coûts financiers, coûts de raccordement au réseau, coûts d'exploitation, coût de la maintenance, coût des appros, coûts salariaux, coûts du foncier, redevances, taxes, impôts,  provisions, etc, etc.
Et bien entendu les coûts induits par l'impact sur l'environnement, et l'éventuelle adaptation du réseau au mode de production.
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Il faut rappeler que l'éolien est un système de production intermittente, qui nécessite d'être adossé à des installations de compensation de cette intermittence, car le réseau ne saurait s'accommoder d'une fourniture sporadique d'énergie.

Cette contrainte, pourtant évidente quand on se donne la peine de regarder les courbes de production des parcs existants, a longtemps été très sous estimée, voire même glissée sous le tapis afin de ne pas nuire à la promotion de cette technologie.
C'est également vrai pour le solaire.

Bien que reconnue aujourd'hui, cette nécessaire compensation de l'intermittence n'est toujours pas prise en compte dans les évaluations de coût d'une projet éolien (ou solaire).  
Elle est chargée sur les dépenses de consommation des clients, sous forme de taxes pour le développement des énergies durables.  
Ce jeu de bonneteau qui consiste à glisser sous le tapis des dépenses gênantes afin de les faire payer par quelqu'un d'autre, ne saurait durer bien longtemps. Il faudra bien un jour pratiquer la vérité des coûts.

Cette vérité commence d'ailleurs à sortir du puits, si l'on en juge par les déboires financiers constatés en Allemagne, en Scandinavie, et au Québec.
(Nous en reparlerons dans un autre article).

La vérité des coûts viendra également de l'obligation, pour un fournisseur d'énergie, d'apporter des garanties de capacité à ses clients. Pour les énergies intermittentes, ces garanties devront être achetées à d'autres fournisseurs qui ne feront évidemment pas de cadeaux.
(D'autant plus qu'ils auront à justifier l'origine de leur propre production, qui devra évidemment être décarbonée ou à carbone recyclable).

Le système de compensation de l'intermittence peut être constitué de divers moyens:
Unités de production thermique au gaz naturel, unités de stockage par stations de pompage-turbinage, stockage réversible par électrolyse et pile à Hydrogène, ou stockage sur batteries.
De plus, il sera nécessaire de réorganiser (C'est déjà en cours) le réseau européen d'électricité, afin de pouvoir échanger de grosses quantités d'énergie entre d'une part les zones de production éolienne ou solaire et les zones de stockage hydraulique, et d'autre part les zones consommation, souvent très éloignées des premières.
Tout cela aura un coût très élevé, qui viendra s'ajouter au coût intrinsèque des nouvelles technologies de production.
Les 43 Milliards de notre appareil de production éolien équivalent à un EPR risquent de se transformer rapidement en 50 ou 60 Milliards lorsque l'on y aura ajouté les installations permettant de gérer son intermittence pour pouvoir l'intégrer au réseau.
La différence sera payée par le consommateur, c'est-à-dire par vous et moi.
Lequel consommateur prendra alors conscience du véritable coût des énergies intermittentes.
Mais comme dit l'autre, quand on aime on ne compte pas…
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L'EPR , en tant qu'installation de production de base, assure une production continue, sauf durant les arrêts programmés pour maintenance et remplacement du combustible.
Il ne nécessite aucun système de compensation de quoi que ce soit, pas plus qu'un aménagement spécial du réseau de distribution européen, ou un quelconque dispositif de stockage.
De plus, et c'est essentiel, il est prévu pour fonctionner 60 ans, c'est-à-dire largement deux fois plus qu'une l'éolienne offshore, ce qui constitue un avantage économique certain.

Par contre, alors que l'éolien exploite un vent gratuit, l'EPR devra fabriquer son combustible à partir de minerai d'Uranium obtenu à l'étranger, ce qui crée une dépendance qui doit être négociée au prix d'accommodements politiques parfois discutables.
(Il est vrai qu'il existe de nombreux sites d'extraction dans des contrées "civilisées", avec lesquelles il est possible de négocier sans vendre son âme au diable).
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Le véritable débat n'est pas sur le coût de ceci ou de cela, mais bien plutôt sur les risques que nous sommes prêts à assumer ou à faire porter sur les générations futures.

Et là la comparaison est sans appel.

Le risque nucléaire, qui a longtemps été une éventualité théorique, a cessé d'être un risque pour devenir une triste réalité depuis le ratage de Three mile island, et les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.

Le gros inconvénient de l'EPR, et de l'électronucléaire en général, est lié à l'usage de produits hautement radioactifs et à la production de déchets non moins toxiques, et pour des milliers d'années pour certains.

Le traitement et la neutralisation de ces déchets n'ont pas encore trouvé de solution satisfaisante, le problème est donc reporté sur nos descendants, ce qui devrait suffire à condamner cette technologie dans les plus brefs délais.

Même si, comme on vient de le montrer, l'électronucléaire n'est pas plus cher que l'éolien offshore ( il serait même plutôt nettement moins cher ), il présente par ailleurs de tels risques de contaminations graves et durables, que son maintien comme technologie stratégique du futur ne saurait être adopté sans être préalablement approuvé par un référendum populaire.
Dont il ne sera jamais question bien entendu…

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Le choix de l'éolien offshore nous garantit contre les risques majeurs, mais comporte des inconvénients qu'il ne faut pas sous-estimer:

Pour produire 100 TWh ( 20% de notre consommation finale d'électricité) en éolien offshore il faudrait 4 133 machines de 8 MW, ce qui représente près de 1 400 Km de parc éolien avec des machines disposées sur trois rangs !!

On peut raisonnablement douter de la compatibilité d'une telle invasion avec les différents usages du littoral tels que la navigation, la pêche, l'aquaculture, la plaisance, ou le tourisme et la protection de l'environnement en général.

Cet encombrement de l'espace marin pose un problème de fond dès lors que l'on considère des niveaux de production importants, représentants une part significative de la consommation (Nous avons pris 20% pour notre calcul, mais le besoin peut être supérieur).

Sans oublier bien entendu les installations indispensables de compensation de l'intermittence.

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Ce n'est donc pas sur le coût des installations de production qu'il faut attaquer l'électronucléaire, mais bien plutôt sur les risques de cette technologie:
- Les récents évènements ont montré que le pire est possible, ce qui était nié encore avant Tchernobyl.
Et ce dont certains doutent encore malgré Fukushima…
- La France n'a pas de réserves d'Uranium suffisantes pour les besoins d'une production significative. Elle ne peut donc revendiquer l'indépendance énergétique pour la production électronucléaire, qui représente aujourd'hui près de 90% de la production électrique.
- Les récents évènements ont montré que la probabilité d'un accident nucléaire ultime sur un réacteur n'est pas nulle. La France possède 58 réacteurs en activité, ce qui multiplie la probabilité d'autant.
- Les dégâts causés par un accident ultime pourraient être d'une ampleur telle qu'une partie importante du territoire serait durablement rendue inhabitable, avec des conséquences humaines ingérables sans le secours d'autres pays, et un impact économique générateur d'une crise dont le pays se remettrait difficilement.
- La gestion et l'enfouissement des déchets nucléaires n'a toujours pas reçu de solution satisfaisante. Le principe du stockage réversible se heurte à des difficultés d'implémentation et de pérennité des installations, et surtout du manque de moyen d'assurer la transmission des informations aux générations futures sur des centaines, voire des milliers d'années.

On tente parfois de cacher cette "misère" potentielle derrière un vaste programme de recherches sensé nous apporter LES solutions:
Qu'il s'agisse de la surgénération, d'autres procédés de réacteurs, ou de la fusion, la fuite en avant qui nous est proposée ne rassure personne quant à l'innocuité de ces nouvelles machines qui paraissent si difficile à dompter.
Le remède risque d'être pire que le mal.
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Face aux risques considérables de l'atome, la transition énergétique est peut-être la chance qui nous est offerte.
A nous de la saisir, elle ne passera pas deux fois…
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Mieux vaut payer cher une transition énergétique qui nous assurera un avenir serein, que persister dans une fuite en avant dont la facture sera présentée à nos descendants.
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