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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 19:44

Géopolitique des énergies renouvelables.

20 Mai 2017
La mobilisation énergétique tous azimuts, à laquelle nous sommes vivement priés de nous associer, avait à l’origine une triple motivation:
D’une part, faire face à la pénurie d’énergie fossile dont la survenue était annoncée pour la fin du présent siècle, voir même avant pour le pétrole.
D’autre part, lutter contre le réchauffement climatique causé par les émissions de CO2 liées à la combustion de ces mêmes énergies fossiles.
Enfin, profiter de cet aggiornamento pour acquérir un haut niveau d’indépendance énergétique.
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La réalisation de ces objectifs impliquait logiquement deux actions:
D’une part développer les technologies permettant de remplacer les sources fossiles d’énergie par d’autres sources, à caractère évidemment renouvelable, décarbonées ou à carbone recyclable.
D’autre part se donner les moyens d’avoir le contrôle de la production d’énergie à partir de ces sources, sous peine d’avoir à renoncer à cette indépendance énergétique tant convoitée.
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Le premier volet peut être considéré comme abouti. Les technologies pour obtenir de l’énergie sans faire appel à la biomasse fossile sont développées. On sait aujourd’hui obtenir de l’électricité, du gaz, des combustibles, à partir du rayonnement solaire direct et indirect, et de l’énergie interne du globe.

Le second volet par contre n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante, faute de stratégie claire sur l’électronucléaire.
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Aujourd’hui nous produisons déjà notre électricité à partir du nucléaire, qui n’émet aucun gaz à effet de serre et satisfait ainsi les conditions de la transition.
Le reste de notre énergie est utilisé dans des applications qui n’utilisent pas l’électricité:
- Chaleur basse température, pour le chauffage des bâtiments, des serres, des locaux d’élevage.
- Chaleur haute température, pour la cuisson, l’agroalimentaire, les fours industriels, les processus chimiques divers, les raffineries, la métallurgie, etc.
- Les moteurs thermiques, dans les transports et les engins de chantiers.

Ces applications utilisent aujourd’hui des produits pétroliers et du Gaz naturel.
Dans l’état, elles devront donc plus tard utiliser des biocombustibles ou du biogaz.
Sauf certaines d’entre elles, dont une partie sera convertie à l’électricité, particulièrement dans les transports.
Dans cette configuration, nous n’avons pas besoin d’électricité éolienne ou solaire, puisque nous avons déjà tout ce qu’il faut avec le nucléaire.
Par contre il nous faudra des biocombustibles et du biogaz.
Dans une configuration où l’électronucléaire serait abandonné, il faudrait alors faire appel à l’éolien et au solaire pour produire notre électricité.

On constate une fois de plus qu’avant d’établir une stratégie de développement de l’éolien et du solaire, il faut d’abord statuer sur l’électronucléaire.
Ce qui n’est pas fait aujourd’hui.
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On sait fabriquer maintenant, en quantités déjà appréciables, de l’électricité, du gaz et des combustibles renouvelables pour nos autos.
Mais le développement de ce nouveau secteur énergétique se heurte à deux types de problèmes:
D’une part le déploiement des moyens de production nécessaires suscite des conflits d’usages des sols et/ou des côtes maritimes.
( Sur l’air de « Dix éoliennes, ça va, 10 000 éoliennes, bonjour les dégâts »).
D’autre part cette production sur le territoire national conduit à des coûts de revient incompatibles avec les attentes du marché, lequel est toujours référencé sur les fossiles ou l’électronucléaire, dont l’usage n’est pas (encore) prohibé.

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Aujourd’hui, 73%  de notre consommation d’énergie finale provient des produits pétroliers et du Gaz naturel, importés en totalité.
( Sur 160 Mtep d’énergie finale, l’électronucléaire et l’hydraulique  fournissent 43 Mtep, le reste provient des fossiles).
La transition énergétique implique donc de remplacer 117 Mtep d’énergie fossile par l’équivalent provenant de l’éolien, du solaire, de la biomasse, de l’hydraulique, de la géothermie.
En cas de décision de retrait du nucléaire, il faudrait évidemment ajouter 38 Mtep aux 117 Mtep ci-dessus.
( Les 5 Mtep d’hydraulique existant sont bien sûr conservés).
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Pour obtenir cette « nouvelle » énergie, nous avons le choix entre deux solutions:
- Soit la fabriquer nous-mêmes, nous en fabriquons déjà un peu (Environ 2 Mtep), suffisamment pour prendre conscience des problèmes énormes que cela posera.
- Soit faire comme avec les fossiles, c’est-à-dire tout acheter à l’étranger, en supposant que nous trouverons des fournisseurs, à des prix convenables.
Mais dans ce cas, adieu l’indépendance énergétique…
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Notre système économique libéral mondialisé nous a conduits à renoncer à fabriquer un produit dès lors qu’il est possible de se le procurer à moindre coût à l’extérieur, quelles que soient les méthodes mises en œuvre pour obtenir des coûts aussi bas.
Or les produits énergétiques renouvelables sont des produits fabriqués, ou cultivés, comme les autres.
La stratégie de transition énergétique n’inclut aucun programme de changement de notre système économique.
Les biocarburants peuvent donc très bien être importés, de même que l’électricité, qui peut aujourd’hui circuler sur de très longues distances grâce à la technologie HVDC sur des câbles sous-marins.
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Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord  et l’Afrique saharienne sont des zones favorisées par le Soleil et le vent, au moins sur l’Atlantique, et la place n’y manque pas pour étaler des fermes éoliennes et solaires.
La tentation est grande de délocaliser notre production d’électricité dans ces régions.
La chose est très sérieusement envisagée dans le cadre de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) et du PSM (Plan Solaire Méditerranéen).
Le consortium MEDGRID, et la « Desertec Industrial Initiative » , assurent d’une part la coordination des efforts de plus de vingt compagnies ou organisations en vue de promouvoir le développement d’un réseau d’interconnexion méditerranéen à l’horizon 2020-2025, et d’autre part la promotion des initiatives de développement des moyens de production d’énergies renouvelables dans les pays de la zone MENA ( Moyen-Orient Nord Afrique).
Il s’agit d’une initiative controversée.
Certains y voient une sorte d’ écocolonialisme, d’autres au contraire y voient la chance d’établir des liens de coopération susceptibles de favoriser le retour à la stabilité politique de ces régions.
D’autres enfin regrettent ce choix de l’abandon de l’indépendance énergétique.

Selon que le Gouvernement choisira la voie des approvisionnements extérieurs, ou la voie de la production nationale, ou une voie intermédiaire, les programmes de développement de la production d’énergies renouvelables sur le sol français seront très différents.
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Reste le problème du stockage de l’électricité, toujours non résolu chez nous.
Et là les regards se portent non plus au Sud mais au Nord, où la Norvège dispose d’une géographie très favorable à la construction de retenues hydrauliques qui pourraient servir de stockage d’électricité pour les pays européens.
Il existe également dans ces régions un gros programme de développement d’un réseau de connexions entre les pays concernés, Royaume uni, pays scandinaves, Allem    agne, Pays-bas, France.
C’est tout le réseau Européen unifié qui serait concerné.
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Fabriquer l’électricité en Afrique du Nord, la stocker en Norvège, voilà qui peut paraître compliqué, mais la technologie actuelle permet ces échanges.
Poussé à l’extrême, ce processus réduirait l’effort français dans la transition énergétique à la construction de ce fameux réseau d’interconnexion avec d’une part l’Afrique du Nord à travers l’Espagne, l’Italie, la Sicile, et d’autre part avec la Norvège via le Royaume uni.
Ce qui nous ferait perdre plusieurs échelons sur le baromètre de l’indépendance énergétique.

Peut-être le moment est-il venu pour les ménages français de s’intéresser sérieusement à s’équiper en moyens autonomes de production d’électricité:
Chaudière à bois à Cogénération, panneaux solaires, stockage d’énergie, production éolienne en collectivité, etc.
Les décennies prochaines nous réservent bien des surprises…
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