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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 11:48

Fessenheim circus, dernière représentation avant clôture de la saison.

8 Avril 2017

Certains ont pu penser que les dernières réunions au sujet du site de Fessenheim auraient pour objet de faire le point sur l’état de la sécurité du site, dans le cadre des nouvelles exigences post-Fukushima, afin de  décider de l’arrêt ou de la prolongation de l’exploitation.
Pas du tout.
En fait cette analyse a déjà été réalisée, et la prolongation de la durée d’exploitation a été donnée par les autorités compétentes officiellement investies de ce genre de décisions.
Mais alors, quel était le but de cette assemblée plénière ?
Il s’agissait en fait de procéder à l’adoption d’un nouveau paradigme.
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Jusqu’à présent le problème de la durée d’exploitation d’une installation nucléaire de production d’électricité ne s’était guère posé concrètement, sauf pour quelques petites installations basées sur des technologies abandonnées, ou destinées aux études, n’ayant jamais contribué de manière importante au mix électrique.
Dans une INB, Installation Nucléaire de Base, on peut tout remplacer, sauf la cuve et l’enceinte de confinement, ce dernier point étant discutable.
Une INB peut donc être remise à neuf à tout moment, elle ne vieillit pas, sauf la cuve.
(L’enceinte de confinement peut toujours être reconditionnée d’une manière ou d’une autre).
C’est donc la cuve qui est le maillon faible.

Cette cuve s’use incontestablement, sous l’effet des contraintes thermiques et mécaniques d’une part, des modifications de structure de l’acier sous l’effet de la fluence (Bombardement neutronique) qui fragilise les structures cristallines du métal d’autre part, et enfin des attaques chimiques par les produits de composition du liquide de refroidissement, qui agissent au niveau des passages de couvercle et de fond de cuve, et sous le revêtement intérieur en progressant dans les micro fissures.
Toutes ces causes d’usure sont connues, instrumentalisées, mesurées, et l’état général de chaque cuve est périodiquement contrôlé (Visites décennales, ou plus fréquentes si nécessaire) afin de déterminer si telle cuve peut encore assurer son service, et avec quel degré de sécurité.
Et surtout dans quelle mesure elle serait capable de résister à un accident majeur entraînant une fusion partielle du cœur sous l’effet d’un APRP, Accident de Perte de Réfrigérant Primaire.
Qui est le cauchemar de l’électronucléaire.
Ces inspections décennales ont été réalisées en temps utile à Fessenheim, et respectivement en 2011 et en 2013 la prolongation de dix ans a été accordée pour les réacteurs 1 et 2 , incluant les nouvelles prescriptions de l’ASN post Fukushima.
Ces autorisation de prolongation contenaient un volet restrictif concernant le renforcement du radier pour augmenter la résistance à un écoulement de corium suite au percement d’une cuve.
Ces travaux ont été réalisés et approuvés par l’ASN.
Il n’existe donc aucune restriction de la part de l’ASN à la prolongation de dix ans de la durée d’exploitation.
En clair, aucune raison technique d’arrêter les réacteurs.

Pour les arrêter, EDF devra même demander une dérogation à l’arrêté de prolongation de dix ans !!!
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Et c’est là que l’on découvre le nouveau paradigme.
L’expression de la fiabilité d’une installation, quelle qu’elle soit, est une probabilité de panne.
Les ingénieurs savent évaluer la probabilité que tel type de panne se produise sur tel élément pour telle et telle raison et au cours de telle durée de fonctionnement.
Chaque élément d’un système est ainsi affecté d’une fonction probabiliste qui exprime son taux de défaillance par unité de temps, tel qu’il a pu être évalué par les ingénieurs qui l’ont conçu, en fonction du cahier des charges et des conditions environnementales prévues dans les conditions d’intégration de l’élément au système.
La combinaison des probabilités de panne de tout les éléments qui composent une installation, permet de calculer la probabilité de panne de l’installation elle-même.
On dispose ainsi de la fonction de probabilité d’une rupture de cuve suite à un APRP non maîtrisé, qui s’exprime par année réacteur.
Ce qui permet d’avoir une indication raisonnable du niveau de sureté d’une installation.
Les ingénieurs n’affirment pas qu’une centrale est sure à 100%, cela n’aurait d’ailleurs aucun sens. Il disent simplement que la probabilité d’accident est inférieure à telle valeur, et qu’ils considèrent cette valeur comme satisfaisante.
Ce langage, familier dans le monde de la technologie, est parfaitement incompréhensible du monde Politique, et du Public en général.
Dire que la probabilité de rupture de « cette » cuve en particulier est égale à 0,7 x 10 Exp(-7) par année réacteur est tout simplement du chinois.

Le public n’est pas sensibilisé par des chiffres, mais par des faits.
Des catastrophes comme Tchernobyl et Fukushima sont mille fois plus significatives que les taux de panne calculé par des ordinateurs.
D’autant plus que, dans les deux cas cités, les causes des catastrophes étaient des erreurs (des fautes) humaines, dont il n’est tenu aucun compte dans les calculs de taux de défaillance, ce qui enlèvent à ceux-ci une grande part de leur crédibilité.

Le paramètre qui peut motiver la fermeture d’une installation n’est alors plus un mauvais MTTF ( Mean Time To Failure) , mais bien plutôt une opinion publique majoritairement défavorable.
La décision devient alors Politique.
La dernière réunion sur Fessenheim avait pour but d’officialiser ce changement de paradigme.
Sachant que cette nouvelle Doxa vaudra également pour tous les autres réacteurs, le moment venu.
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L’avantage (ou l’inconvénient ) d’une décision Politique, est qu’elle englobe tous les aspects du problème.
En l’occurrence les aspects non seulement techniques, mais aussi économiques, humains, financiers, environnementaux, et bien sûr de politique politicienne, qui n’est jamais bien loin.
Au lieu de se jouer à guichets fermés, le cirque de Fessenheim devient donc un spectacle ouvert, une sorte de répétition générale qui servira d’exemple pour les autres fermetures.
Car si l’on veut réduire la part du nucléaire à 50%, il va bien falloir fermer d’autres centrales, beaucoup d’autres.
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Dès lors que le Politique se donne les moyens de décider la fermeture d’une centrale, même si elle est déclarée bonne pour le service par l’ASN, il devient nécessaire de définir les conditions dans lesquelles une telle décision peut être prise, et par qui.
Il serait évidemment désastreux d’instrumentaliser de telles décisions à des fins de politique politicienne.
Mais alors, sur quels critères se baser pour décider la fermeture de tel ou tel site ?
Et surtout dans le cadre de quelle stratégie ?
S’il s’agit d’une stratégie à long terme (C’est évident pour une stratégie nucléaire) elle ne doit pas être soumise aux fluctuations des orientations gouvernementales rythmées par les élections présidentielles et les changements de majorité.
Elle doit donc être soumise au référendum.
Il n’est évidemment pas question de cela aujourd’hui.
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Le Gouvernement actuel, conscient des conséquences qu’entraînerait l’ouverture de la boîte de Pandore, a choisi de ne pas choisir.
D’ailleurs, qui prendrait au sérieux une décision aussi lourde de conséquences, qui serait prise par un Gouvernement qui aura disparu dans deux mois ?
Il a donc été décidé d’entériner les décisions en cours prises par les industriels:
La fermeture de Fessenheim n’entrera dans sa phase de mise en œuvre qu’à deux conditions:
- Que la phase de certification de Flamanville 3 soit terminée, c’est-à-dire environ six mois avant la mise en production ( Fin 2018 ?).
- Que les autres 56 réacteurs du parc soient en état de fonctionnement au moment de l’arrêt de Fessenheim.
Il s’agissait également de confirmer l’indemnisation de EDF ( 446 Millions) et deux ou trois bricoles comme la prolongation du délai pour le redémarrage du réacteur N°2 de Palluel, qui est arrêté suite à des péripéties de maintenance.
En somme, une réunion bien ordinaire, au cours de laquelle le Gouvernement a été informé du travail des Industriels…Et prié de s’occuper d’autre chose, et laisser travailler les grandes personnes.
La nouvelle Doxa aura bien du mal à s’imposer….
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