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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 11:52

 

8 Mars 2017

En 2 014, la consommation française d'énergie finale, corrigée des variations saisonnières, s'est élevée à 1 900 TWh.
Une partie de cette énergie provient de ressources purement nationales, et qui sont (déjà) des énergies renouvelables:
- Le bois énergie pour 114 TWh
- Les déchets pour 65 TWh
- L'électricité hydraulique pour 57 TWh
- L'électricité éolienne et solaire pour 33 TWh
Pour un total de 269 TWh, soit 14% environ de l'énergie finale.
Encore faut-il préciser que, sur ces 14% d'énergies renouvelables, 9% sont issus d'une production historique ( Hydroélectrique et bois énergie) qui ne doit rien à la stratégie de transition.

[Source:
Commissariat Général au Développement durable,
SOeS/ Service de l'Observation et des Statistiques.
www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr
Paris 2015/ COP 21
"Bilan énergétique de la France pour 2014"]

La France dépend donc de l'étranger pour 86% de ses besoins en énergie finale, sous forme de produits pétroliers, Gaz naturel, Charbon, minerai d'Uranium, et un peu de biocarburants.
(Sans le minerai d'Uranium, qui provient de l'étranger, pas d'électricité nucléaire).

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Ces importations massives d'énergie se traduisent par une facture annuelle qui atteint 55 Milliards, directement indexés sur les cours du pétrole et du gaz naturel.
Alors, stop ou encore ?
Ce bilan rapide, et peu flatteur, nous place quasiment à l'année zéro de la transition énergétique, tant pour la production d'énergie renouvelable, que pour l'indépendance énergétique.
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Cette énergie finale est ainsi répartie par secteurs:

- Résidentiel:            538 TWh
- Tertiaire:                249   " "
- Transports:                560  " "
- Industrie:                275   " "
- Sidérurgie:                  60   " "
- Agriculture, pêche:          56   " "
- Usages non énergétiques*:    162  " "
            Total:        1 900 TWh

*Chimie, solvants, détergents, huiles, bitume, engrais, plastiques,…
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Les secteurs Résidentiel-Tertiaire et Transports sont de très loin les gros consommateurs, c’est donc eux qui auront principalement à supporter le poids de la transition énergétique.
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Ici, il faudrait dissiper une ambigüité:
Lorsqu'il est question de transition énergétique, on évoque généralement l'électricité, ce qui est extraordinairement réducteur, puisque cette électricité ne représente "que" 24,7% de l'énergie finale consommée.
Celle qui reste dans l'ombre, 1 430 TWh, est parfois un peu "oubliée" , peut-être à cause de l'odeur du pétrole et du Gaz naturel, et de la poussière de charbon…
Cette énorme quantité d'énergie, dont on ne parle jamais, allez savoir pourquoi, est utilisée dans les secteurs de l'industrie, des transports, de l'agriculture, et du résidentiel-tertiaire, autant dire partout.

Elle se compose essentiellement d'énergies fossiles:
- pétrole et produits pétroliers:    850 TWh
- Gaz naturel:            370   " "
- Charbon:                  60   " "
Et d'un peu de renouvelables thermiques:
- EnRt:                150   " "
  ( Bois énergie, Biocarburants
    Biogaz)
            Total:        1 430 TWh
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Analyser la consommation énergétique d'aujourd'hui, c'est bien, mais ce qui nous intéresse, c'est l'évolution de cette consommation d'ici 2 050, dans un peu plus d'une génération.
Pour faire des prévisions, nous ne disposons que d'une donnée à peu près fiable, c'est l'accroissement de la population.
De 1970 à 2010, la population française a cru selon un taux moyen de 0,6%/an. (De 52 Mhab à 66 Mhab).
Ce taux a tendance à décroître, on peut l'estimer à 0,5%/an pour les trente prochaines années, ce qui porterait la population à 78 Millions d'habitants en 2050, soit + 19%.
La tendance récente à l'accroissement des flux migratoires n'est pas de nature à faire baisser ce gradient démographique.
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Pour le reste, personne ne connait  l'avenir des trois prochaines décennies. Toute prospective économique et/ou géopolitique est une œuvre de fiction, quelle que soit la réputation de son auteur.
Il faut donc s'aventurer sur des hypothèses conservatives, car le pire n'est jamais sûr.
L'hypothèse la plus simple, pour ne pas dire la plus simpliste, repose sur deux suppositions:
- La demande énergétique aura tendance à croître au rythme de l'accroissement de la population et de la demande de plus de confort.
- L'effet de l'augmentation de la population sera compensé par les gains d'efficacité énergétique.
D'ici à 2050, 19% d'accroissement de la demande seraient donc compensés par une augmentation de 19% de l'efficacité énergétique.
Ce qui nous conduit à adopter le principe d'une consommation stable pour l'énergie finale, soit toujours 1 900 TWh en 2050.
C'est une hypothèse qui en vaut une autre, elle ne prétend pas représenter la réalité, elle n'est qu'une base de réflexion.
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Mais au fait, Quelles sont les estimations officielles ?

La Loi de transition énergétique pour la croissance verte s'est traduite dans un PPE ( Programmation Pluriannuelle de l'Energie) qui fixe des objectifs pour 2018  et 2023, et prévoit une remise à jour tous les cinq ans.
L'hypothèse de départ, sur laquelle est bâti ce PPE, postule que la consommation finale d'énergie en 2050 sera inférieure de 50% à la consommation actuelle.
Soit 950 TWh au lieu de 1 900 TWh aujourd'hui.

[Extrait de
PPE/ Volet relatif à la MDE (Maîtrise de la Demande Energétique)

"Les orientations et actions en matière de maîtrise de la demande énergétique présentées ci-après sont cohérentes avec :
………
-les objectifs de réduction de la consommation finale d’énergie de 20% à l’horizon 2030 par rapport à 2012 et de 50% à l’horizon 2050 "………]
Fin de citation.

Cette projection, extraordinairement optimiste, a été validée malgré l'accroissement prévu de 19% de la population, la demande croissante de confort et d'équipement des ménages, et la probabilité d'une reprise économique qui augmenterait la demande d'énergie.

Bien sûr, une mise au régime aussi draconienne permet de présenter un plan de transition énergétique relativement facile à mettre en œuvre. Par contre il faudra nous expliquer comment s'y prendre pour l'appliquer.
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Quel que soit l'objectif quantitatif visé pour 2050, la France est Condamnée  à une quadruple peine:

- Mettre en œuvre un programme d'amélioration de l'efficacité énergétique dans tous les domaines, afin de maintenir la consommation à son niveau actuel, voire même la réduire drastiquement si elle doit être divisée par deux.

- Renoncer à l'électronucléaire, au profit de sources renouvelables.
( Ce n'est pas écrit dans le PPE, mais cela nous semble évident).

- Renoncer aux énergies fossiles également au profit des renouvelables.

- Ramener sur le territoire national une grande partie de la production d'énergie, aujourd'hui limitée à 14%.
En effet, on n'imagine pas une transition énergétique qui consisterait simplement à changer de fournisseurs pour remplacer les produits fossiles et le nucléaire par des produits soi-disant "verts" fabriqués ailleurs que chez nous !!!
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Concernant la première peine, l'efficacité énergétique, elle peut être déclinée selon deux thèmes:
- Chasser le gaspi.
- Améliorer le rendement de transformation des applications.
Deux secteurs sont particulièrement visés.

- Le premier concerne les transports, qui consomment 560 TWh aujourd'hui, essentiellement en produits pétroliers utilisés dans des moteurs dont le rendement moyen de dépasse pas 25%.
Il "suffirait" d'électrifier tout çà pour retrouver un rendement de 80%, et donc d'économiser 330 TWh.
C'est vrai sur le papier, mais la réalité est un peu différente.
En effet, il faut la fabriquer cette électricité, la transporter, la stocker, ce qui ramène le rendement global au mieux à 60% , ce qui nous laisse une économie potentielle de 330 TWh tout de même.
Mais cela suppose d'électrifier tout ce qui roule, y compris les camions de 38 tonnes !
Et bien entendu d'augmenter la production d'électricité de la valeur nécessaire pour faire rouler tout le monde, et peut-être davantage car, en 2050, le nombre des véhicules aura augmenté.

- Le deuxième secteur est le résidentiel-tertiaire, principalement sous forme de chaleur pour la climatisation des bâtiments, et dans les utilisations de l'électricité dite "spécifique", le tout pour le montant respectable de 787 TWh en 2015.
Un travail efficace et continu sur d'une part l'efficacité thermique des bâtiments, et d'autre part sur l'amélioration des rendements des appareils électriques, laisse espérer une économie de 2 à 300 TWh.

Donc, en épargnant 200 TWh sur les transports, et 200 TWh sur le résidentiel-tertiaire, il serait possible de maintenir la consommation finale à 1 900 TWh en 2050.
Mais avec un effort considérable, qui implique des investissements très lourds dans les transports et le bâtiment.

Par contre l'objectif du PPE, diviser par deux la consommation en 2050, nous semble impossible à atteindre, nous n'avons pas découvert la recette.
Mais nous restons ouverts à toutes propositions…
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Concernant la seconde peine, le retrait du nucléaire, la situation est au point mort.
Il est bien question d'arrêter un réacteur, peut-être deux, mais seulement lorsque le prototype de la nouvelle série  (EPR) entrera en production.
Pour la stratégie globale de l'électronucléaire, c'est donc le silence radio.
Nous n'en dirons donc rien de plus.
Nous nous bornerons à rappeler que la réduction de la production électronucléaire ne pourrait être mise en œuvre que proportionnellement à la disponibilité d'une énergie électrique renouvelable de remplacement également produite chez nous.
En effet, nous ne pouvons pas compter sur les importations d'électricité, qui sont limitées par la capacité maximale des lignes d'échanges transfrontaliers, et surtout par le prix exorbitant du MWh acheté dans ces conditions.
Il faut ici rappeler que la puissance du parc nucléaire est nécessaire pour faire face aux pics de la demande. Il existe un projet (Smart Grid) de régulation de cette demande pour supprimer les pics, et ceci grâce au nouveau compteur Linky.
Lorsque cette application sera opérationnelle (vers 2025), il sera possible de reconsidérer la possibilité d'arrêter une dizaine de réacteurs.

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La troisième peine, l'abandon des énergies fossiles, est elle aussi conditionnée par la disponibilité d'une énergie de remplacement.
Biogaz, Biocarburants, Hydrogène ?
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Tout cela nous mène à la quatrième peine, le rapatriement de la production d'énergie.
A ce stade de la réflexion, nous devons introduire la notion d'indépendance énergétique.
Aujourd'hui nous dépendons des importations pour 86% de nos approvisionnements énergétiques:
- Tous les produits énergétiques fossiles (Charbon, Pétrole, Gaz naturel).
- La totalité du minerai d'Uranium, avec en plus les compromis politiques indispensables.
- Bois énergie et biocarburants, pour une faible part.
(Oui, nous avons beaucoup de bois, mais…).


Il est évident qu'avant d'établir un plan pluriannuel pour une transition énergétique, il faut d'abord décider si l'on continue à importer 86% de notre énergie, ou si l'on en profite pour acquérir un peu d'indépendance vis-à-vis de nos fournisseurs, tout en réduisant la dette publique.
Aujourd'hui nous ne connaissons pas la position du Gouvernement actuel, ni celle des candidats à la Présidence, qui sont davantage préoccupés par la bataille de boules puantes.
Pauvre France…
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De ce bilan succinct, nous pouvons dresser un tableau des actions entreprises par les gouvernements successifs pour "booster" la transition énergétique dont on nous rebat les oreilles depuis dix ans, car enfin, c'est au pied du mur qu'on voit le maçon.

- La production d'énergie obtenue à partir de sources renouvelables, et dont l'exploitation est récente, en rapport avec la stratégie de lutte contre le CO2 fossile, s'élève à 5% de la consommation d'énergie finale.
Il s'agit d'un peu d'électricité électricité éolienne et solaire, et de Biogaz.
C'est évidemment mieux que rien, mais cela permet de mesurer l'ampleur de l'effort qu'il reste à fournir pour transformer l'essai en succès.

- Notre littoral est vanté pour son étendue et ses régimes de vents favorables à l'éolien offshore.
Pourtant, à ce jour, il n'existe encore aucune éolienne offshore sur notre plateau continental métropolitain, alors que la technologie existe depuis dix ans voire plus, et qu'elle est exploitée avec succès par nos voisins
Pourquoi ?

- Il est de notoriété publique que les énergies éoliennes et solaire ne peuvent être exploitées à grande échelle que si elles sont adossées à des installations de stockage d'énergie électrique.
Il n'existe, à ce jour, aucun projet de développement de telles installations en France.
Pourquoi ?

- L'électrification des transports est l'une des clés qui permettront à la fois de réduire notre consommation d'énergie, et de réduire les émissions de CO2.
Les véhicule électriques existent depuis plus de dix ans.
Or il n'existe encore aucune infrastructure de recharge des batteries digne de ce nom.
Pourquoi ?

- Le Gouvernement s'est engagé à réduire la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025, mais s'apprête à mettre en service un nouveau type de réacteur destiné à remplacer ceux qui vont être arrêtés à cause de leur grand âge.
Que signifie cette manœuvre ?

Ces "anomalies", constatées dans un pays qui se déclare à la pointe de la transition énergétique, sont la preuve que cette transition n'est pas considérée en haut lieu comme très urgente, et qu'il y a lieu de "prendre son temps" et de voir venir.

Une attitude au demeurant compréhensible, au vu des difficultés de la chose énergétique verte:
- Aujourd'hui nous importons 86 % de notre énergie.
Pour les fossiles, il suffit de signer des chèques et les produits nous sont livrés, et utilisables sans grandes difficultés.
Pour l'Uranium c'est un peu plus compliqué, mais nos anciens ont fait le plus gros de l'effort, il suffit de continuer.
Alors, personne n'est pressé de casser un système qui fonctionne, pour le remplace par on ne sait trop quoi, avec des résultats douteux.

- L'éolien, on en a vite fait le tour.
Pour récolter assez d'énergie, il faut implanter des dizaines de milliers de machines qui défigurent le paysage et sont à l'origine de procès interminables.
Quant à l'offshore, n'en parlons même pas, il n'y a que des coups à prendre.

- Le solaire, avec un rendement de 15%, alors que l'on recherche l'efficacité énergétique, ce n'est pas le pied.
Et puis, cette histoire d'intermittence, on n'en sortira jamais.

- Les bornes de recharge des batteries de voitures électriques ?
C'est bon en ville, mais sur la route il faut des bornes de 300 KW dont EDF ne voudra jamais, et çà coûte un bras. De plus, les automobilistes ne voudront jamais payer le vrai prix de la recharge, on leur a tellement répété que c'était quasiment gratuit…On tourne en rond.

- La pile à combustible ?
Pas encore vraiment sortie des laboratoires. Et quels combustibles ?
De l'Hydrogène vert ? Fabriqué par qui ? Distribué par qui ? A quel prix ? Et avec quelle fiscalité ?

- les Biocarburants ?
Avec un pétrole à trois sous, il faudra subventionner les carburants verts, encore des subventions, qui les paiera ?

- Sortir du nucléaire ?
Une plaisanterie. Il faudrait 30 000 éoliennes de 5 MW pour produire la même quantité d'énergie.
Au prix du MW offshore, il y en aurait  pour 500 Milliards…Et pas assez de place pour planter les machines.

- Investir massivement dans les renouvelables ?
De la provocation, pour un Etat au bord de la faillite.
De toutes façons, "on" a expliqué aux usagers que les énergies renouvelables sont moins chères que les autres. Ils n'accepteront jamais de payer le surcoût de la transition.
De quoi décourager les investisseurs, qui désespèrent de pouvoir vendre leur énergie au prix convenable, dans un pays qui pratique un tarif d'électricité parmi les plus bas d'Europe.

Toutes ces remarques sont à peine exagérées, mais dans chacune il y a un fond de vérité.
Alors, le plus urgent n'est-il pas d'attendre ?
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Attendre, oui, mais en préparant le terrain.
Sans investir massivement dans une ou plusieurs technologies, le Gouvernement soutient tous les projets qui peuvent conduire à une acquisition de compétence industrielle pour être prêts, le moment venu, à engager les grands travaux.
Cela concerne les biocarburants de seconde et troisième générations, la filière Hydrogène (Projet GRHYD), la pile à combustible, le stockage d'Hydrogène par injection dans le réseau, les éoliennes offshore, etc.

La stratégie actuelle est surtout basée sur les économies d'énergie dans le secteur résidentiel-tertiaire; celui-ci est l'objet d'une campagne permanente en faveur des travaux de rénovation thermique et de modernisation des installations de chauffage, notamment l'utilisation de pompes à chaleur.
A raison de 500 000 rénovations par an, il faudrait quarante ans pour traiter les vingt millions de bâtiments concernés.

Ce qui devrait laisser le temps de construire quelques fermes solaires et quelques parcs éoliens offshore…Et peut-être de prendre une décision au sujet du nucléaire.

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