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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 09:52

Comment sortir du nucléaire ?

5 Février 2017
Petit sondage:
A la question "Faut-il sortir du nucléaire ? ", la réponse est oui.
A la question "Peut-on sortir rapidement du nucléaire ?" la réponse est non.
La première question, posée aux citoyens responsables, traduit leur crainte de se voir un jour confrontés à un accident majeur dont la probabilité n'est pas nulle, comme l'ont démontré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima.
Et, comme dit la sagesse populaire, plus un pneu est usé, plus il a des chances de crever.
Osons imaginer un instant l'état du pays et des populations si un seul de nos 58 réacteurs venait à "perdre les pédales" et à nous offrir un feu d'artifice incontrôlable et dévastateur…
Vous réalisez la Loire, le Rhin, ou le Rhône, souillés irrémédiablement par des rejets comparables à ceux de Fukushima dans le Pacifique ?
La seconde question est posée aux industriels énergéticiens.
Leur mission est de fournir au Pays l'énergie électrique dont il a besoin "hic et nunc".
Aujourd'hui, ils n'ont tout simplement pas les moyens de remplir leur mission sans l'électronucléaire.
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Voilà à peu près l'état du "dialogue" qui sous tend la transition énergétique.
Il est urgent de sortir de cette guerre de tranchées si l'on veut éviter d'enfoncer le pays dans une situation énergétique sans issue autre que la dépendance problématique aux fournitures extérieures.
Les couplets lyriques des Gouvernements successifs sur la stratégie de transition énergétique n'ont pas apporté d'éclaircissement sur l'avenir du nucléaire, tout simplement parce que ce problème les dépasse complètement.
Nos hommes politiques sont hélas plus habiles à gérer les problèmes de menus dans les cantines, à préparer les prochaines élections, ou à échanger des boules puantes.
Il a fallu un général pour lancer le programme nucléaire, en faudra-t-il un autre pour l'arrêter ?
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Pourtant, dans le domaine de la stratégie électro nucléaire, l'Etat a toutes les cartes en mains, puisqu'il est à la fois le régulateur de par la Loi, et l'industriel de par son actionnariat à 85,6% dans EDF, qui est l'opérateur historique à travers RTE, ENEDIS et EDF-EN.
A condition toutefois de ne pas s'égarer dans les arcanes de sa double mission.
En tant qu'Etat, il se doit de définir une stratégie de transition énergétique en accord avec ses engagements internationaux, et en tant qu'industriel il doit à la fois remplir sa mission de service public, c'est-à dire fournir de l'électricité sans interruption, tout en veillant à la bonne gestion de l'entreprise dont il est l'actionnaire quasi unique et le pourvoyeur de fonds à travers les recapitalisations.
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Ce rôle d'équilibriste apparaît par exemple dans l'affaire du scénario de la fermeture de Fessenheim (Ou plutôt du psychodrame).
L'Etat-Etat exige la fermeture d'un outil industriel, qui lui appartient à 85,6% et qui est opérationnel, productif et rentable, au motif que lui, Etat-Etat, a décidé de la fermer au nom de sa stratégie de transition.
Et l'Etat-Industriel, en bon gestionnaire de son affaire, exige de l'Etat-Etat des indemnités de compensation des pertes de production.
Et de plus, dans le respect de sa mission de service public, l'Etat-industriel remplace deux vieux réacteurs par un réacteur tout neuf qui lui permettra de continuer à fournir l'électricité que réclame le pays.
Tant que ce "montage" farfelu perdurera, toute sortie du nucléaire sera exclue.
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Lorsqu'une personne décide de changer de vêtements, quelle qu'en soit la raison, elle commence par s'en procurer de nouveaux avant de jeter ses vieilles fripes, il n'est jamais agréable de se retrouver tout nu.
Cette évidence vaut également pour l'outil de production d'électricité.
En l'occurrence, le nouveau vêtement électrique doit être conforme à la nouvelle mode, c'est-à-dire propre, renouvelable et décarboné ou à carbone recyclable.
Il faut donc choisir parmi l'éolien, le solaire, l'hydraulique, les centrales à biogaz, la géothermie, les biocombustibles.
Et bien sûr, le nouveau costume doit être taillé aux mesures du précédent, en l'occurrence il s'agit d'une taille XXL de 500 TWh.
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Il y a donc un malentendu de fond qu'il serait souhaitable de dissiper pour espérer un jour voir clair sur la possibilité d'une transition énergétique.
La première bataille à mener n'est donc pas pour le retrait du nucléaire, mais bien plutôt pour le développement du nouveau costume qui pourrait rendre possible le remplacement du nucléaire à moyen terme.
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Sur le terrain, il y a incontestablement une activité, soutenue par des aides de l'Etat relativement importantes, dans deux domaines clés:
Les économies d'énergie, et le développement des moyens de production à partir de sources renouvelables.
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Le premier domaine mobilise d'une part les industriels fabricants de matériels consommateurs d'énergie (Electrique ou pas), et d'autre part le secteur du bâtiment pour ce qui concerne l'isolation thermique et l'efficacité énergétique en général, et bien entendu l'industrie des transports.
L'établissement de nouvelles normes, leur mise en application, le remplacement des matériels ou des processus anciens par des nouveaux, sont des opérations coûteuses dont les résultats ne se feront sentir qu'au bout de plusieurs décennies notamment dans le bâtiment, particulièrement en retard sur le programme de rénovation thermique.
Même si les améliorations apportées à l'efficacité énergétique sont indéniables, l'impact sur la consommation d'électricité dépendra de plusieurs facteurs:
Par exemple l'optimisation du chauffage des bâtiments pourra conduire accessoirement au remplacement de l'électricité par le Gaz naturel, ce qui reviendra à émettre davantage de CO2 puisque l'électricité actuelle (et future) est non émettrice. On aura donc une baisse de consommation électrique, mais au prix d'un accroissement des émissions de CO2 !
Autre exemple, la voiture électrique. Son développement réduira les émissions de CO2 mais augmentera significativement le besoin d'électricité.
De même, là où on remplacera un chauffage au fuel par une pompe à chaleur, grosse consommatrice d'électricité !
On voit donc que la campagne pour l'efficacité énergétique n'ira pas forcément dans le sens d'une réduction de consommation d'électricité.
Les 500 TWh d'aujourd'hui risquent fort de se transformer en 700 TWh dans deux ou trois décennies, ne serait-ce que par l'effet de l'accroissement de la population, du nombre des ménages, du développement des pompes à chaleur, et l'électrification des transports.
Le nier serait s'exposer à de graves déconvenues.
S'imaginer qu'il "suffira" de changer nos habitudes de vie est une autre illusion, fort répandue hélas, qui conduirait au même résultat.
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Le second domaine, développement de la production d'électricité "verte", est plombé par l'existence de l'électronucléaire.
En effet, la France est déjà productrice d'une électricité à plus de 90 % décarbonée.
75% d'électronucléaire.
10% d'hydraulique.
 7%  Eolien + Solaire + Bioénergies (Centrales au Biogaz et Biomasse)
Le thermique fossile n'intervient que pour compléter le mix et suppléer aux éventuels déficits d'eau, de vent ou de Soleil, et compenser l'intermittence.
Les objectifs internationaux de réduction des émissions de CO2 sont donc déjà atteints très au-delà des exigences, du moins pour l'électricité.
Ce qui explique le peu d'empressement de l'Etat à aller gaspiller les sous qu'il n'a pas, pour fabriquer une électricité dont il n'a pas besoin aujourd'hui.
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C'est ainsi que l'on constate que le développement des installations de production électrique à base d'énergies nouvelles revêt l'aspect d'un certain désordre, en tous cas sans stratégie claire et structurée.
Un coup on va dans le photovoltaïque car on y voit un effet d'aubaine, pour laisser tomber lorsqu'il est question de s'affronter au marché.
On encourage des PME à innover dans des panneaux PV de hautes performances, et on laisse tomber dès que les chinois haussent un sourcil.
On vante le potentiel éolien du littoral français, mais on est incapables de planter une seul éolienne à cause des recours des anti-éolien et des écologistes, ce qui semblent d'ailleurs arranger tout le monde.
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Mais malgré cela, la production électrique à partir des énergies renouvelables, raccordée au réseau, est significative:
58,7 TWh pour l'Hydraulique
21    TWh pour l'éolien
7,9   TWh pour les bio énergies
7,4   TWh pour le solaire  
Pour un total de 95 TWh , soit 18% de la production électrique ( Bilan RTE 2015).
Dont l'essentiel, l'Hydraulique, ne doit rien à la récente transition énergétique.
La transition énergétique implique le remplacement de la production nucléaire et fossile par du renouvelable:
416,8 TWh de nucléaire
34,1 TWh de thermique fossiles.
Dans l'hypothèse d'une consommation stable.
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Il faut donc fabriquer un supplément de 450 TWh de renouvelable.
C'est aussi simple que cela.
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Comment faire ?
On pourrait peut-être commencer par prendre conscience des enjeux réels, et cesser de se considérer comme des leaders alors que nous sommes à la remorque de nos voisins européens et à la merci de la concurrence des chinois.
Ensuite, prendre la mesure de la tâche qui nous attend.
Pour remplacer l'électronucléaire et les fossiles, il nous faut trouver quelque part une production annuelle de 450 TWh à partir de sources renouvelables, et construire les installations de compensation de l'intermittence de ces sources.
Cette production doit être répartie entre Eolien, Solaire, Hydraulique, et Biomasse.
Les parts respectives dépendront évidemment des choix stratégiques, qui ne sont pas déterminés aujourd'hui, et pour cause.
Faisons donc une hypothèse:
Eolien          30%        135 TWh
Solaire         30%        135 TWh
Hydraulique 20%          90 TWh
Biomasse    20%          90 TWh
Rappelons qu'il s'agit d'une production qui viendra s'ajouter à la production déjà existante. Il s'agit donc d'installations nouvelles entièrement à construire.
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135 TWh d'éolien,
cela signifie au choix, 35 000 éoliennes terrestres de 2 MW, ou 7 300 éoliennes offshore de 6 MW.
Dans le projet de parcs offshore de la côte atlantique, les éoliennes sont espacées de 1 Km, et disposées sur plusieurs rangées elles-mêmes distantes de 1,3 Km.
Selon ce standard, 7 300 éoliennes, disposées sur trois rangées, occuperaient donc un espace de près de 2 500 Km de longueur,  ce qui est évidemment inconcevable !!!
Oublions donc les 7 300 machines offshore et soyons plus réalistes.
Entre les côtes atlantique et méditerranéenne, on devrait pouvoir squatter environ 500 Km (!), ce qui permettrait d'installer grosso modo 2 000 grosses éoliennes flottantes d'une dizaine de MW, soit 20 000 MW installés, pour une production annuelle de 60 TWh.
Le reste, 75 TWh, devra être produit par des éoliennes terrestres, soit environ 20 000 machines de 2 MW, qui viendront s'ajouter aux éoliennes         déjà existantes.
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135 TWh de solaire, cela nécessite 100 000 ha , en prenant pour référence la récente ferme solaire de Cestas ( 350 GWh, 260 ha).
90 TWh d'Hydraulique, cela signifie ajouter une fois et demi la capacité hydraulique du parc actuel .
90 TWh de biomasse, cela signifie 20 centrales thermiques au Biogaz, ou à la Biomasse.

A ces installations, il faudra bien sûr ajouter les moyens de stockage d'énergie nécessaires à la compensation partielle de l'intermittence de la production. Compter au moins 200 TWh de stockage.
Y a plus qu'à ….
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Au fur et à mesure que ces nouvelles installations entreront en production, les réacteurs nucléaires pourront être fermés et leur démantèlement entrepris.
A une dernière condition toutefois, qui est la mise en place du réseau intelligent, dont le rôle sera de lisser la demande de puissance afin d'éviter les fluctuations d'une demande anarchique qui oblige à conserver une puissance très supérieure à ce qui devrait être raisonnablement nécessaire.
On pourrait dès aujourd'hui fermer une dizaine de réacteurs si le réseau intelligent était opérationnel, et si nous disposions des capacités de stockage d'électricité suffisantes pour compenser l'intermittence des renouvelables déjà existantes.
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Une tâche d'une telle ampleur ne pourra être accomplie que sur une durée d'au moins trois décennies, à condition d'être soutenue par la volonté sans faille d'une structure indépendante des changements de couleur des gouvernements successifs, et de disposer de budgets à la hauteur des enjeux.
Ces investissements seront évidemment financés par le contribuable à travers le tarif du KWh qui pourra devenir progressif, et la CSPE qui a été créée pour cela.
Des investissements privés interviendront éventuellement plus tard lorsque la rentabilité sera démontrée, mais le KWh sera toujours payé par le consommateur.
(En matière d'énergie électrique, le consommateur est également le contribuable, on n'échappe pas à son destin…).
A terme, un budget annuel de 40 à 50 Milliards pourrait être nécessaire, ce qui conduirait à charger le KWh d'une surtaxe de 8 à 10 centimes, ce qui porterait son prix à un niveau comparable à celui de nos voisins allemands (Vous savez, ceux qui ont beaucoup investi dans les renouvelables, et qu'on nous cite en exemple…).

 A titre de comparaison, 1 litre de supercarburant  supporte une surtaxe de 60 centimes. Le rendement moyen d'un moteur thermique étant de 20%, l'énergie "utile" obtenue est de 10 KWh x 0,2 = 2 KWh par litre.  
Ce qui porte la surtaxe à 30 centimes par KWh utile .
Ce qui relativise quelque peu la surtaxe qui pourrait être appliquée à l'électricité.

D'importants obstacles devront être franchis, qui introduiront au mieux des délais supplémentaires de procédure, et au pire des annulations de projets:
- Autorisations d'implantations des milliers, voire des dizaines de milliers d'éoliennes, à terre et/ou en mer.
- Acquisition des 100 000 ha de foncier pour installer les fermes solaires.
- Identification et réquisition des sites propices aux installations hydrauliques devant plus que doubler la production actuelle à terme.
- Acquisition de l'espace littoral propre à l'établissement de STEP marines à proximité des parcs éoliens offshore.
L'acceptation par les populations de ce qui sera perçu comme un envahissement, sera la clé de la réussite:
PDMJ (Pas Dans Mon Jardin), protection de la biodiversité, nuisances visuelles, destruction de faune sauvage, troubles de jouissance, destruction de terres agricoles, d'espèces protégés, etc.
Sans parler des problèmes du transports et de l'enfouissement des déchets actifs provenant des démantèlements.
Nombreuses seront les raisons de susciter des oppositions, qui pourront à la longue vider les projets de leur substance et faire fuir les investisseurs.
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En contrepartie, ces travaux et ces investissements induiront une activité économique génératrice d'emplois sur plusieurs décennies, et donneront à l'industrie française un second souffle susceptible d'arrêter son déclin.
A condition toutefois que ces travaux ne soient pas sous-traités à des entreprises étrangères, avec des matériels et des machines d'importation, et des bénéfices offshore.
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Donc oui, on peut sortir du nucléaire, mais à condition de construire au préalable des installations de production à base d'énergies renouvelables, et d'une capacité équivalente à la production nucléaire.
Cela peut être fait en trente ans et à travers de nombreuses péripéties, à condition de consentir d'y consacrer un peu d'argent et d'accepter des compromis notamment en matière de protection de l'environnement,  d'aménagement du territoire, et de contrôle de l'utilisation de l'énergie.
Une tâche bien ambitieuse pour un pays dont le premier ministre lui-même déclarait qu'il est en faillite…
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