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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 10:57

25 Janvier 2017
Ces derniers jours, six réacteurs nucléaires étaient encore maintenus à l'arrêt par l'ASN.
Le moment est donc favorable à une mise au point sur la capacité du mix électrique à répondre à la demande dans ces circonstances difficiles.
Le tableau ci-dessous présente la situation de la production électrique au 19 Janvier à 8h 45.
( C'est actuellement la tranche horaire critique, autant que la tranche de 19h. Elle correspond au démarrage des activités PMI/PME et tertiaire ).
 

RTE, La menace du délestage.

Quelques constatations concernant la puissance effective:
- Le nucléaire et les fossiles sont aux taquets, pas de réserve.
  L'arrêt de six réacteurs  entraîne un déficit de 7 GW.
  Les centrales au charbon sont en voie de disparition, et la fermeture des dernières centrales au fuel est programmée, leur utilisation quelques heures par mois n'est plus rentable.
- L'hydraulique est également au max, compte tenu de la production des centrales au fil de l'eau et d'éclusées, qui dépend du débit des cours d'eau du moment.
- Les STEP n'ont pas la capacité suffisante pour soutenir le pic de demande sur une longue durée.
- L'éolien et le solaire font ce qu'ils peuvent compte tenu des conditions météo du moment et de l'heure matinale.
- Il a donc fallu importer près de 5 GW pour satisfaire la demande.
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Dans la situation actuelle, il serait hors de question de supporter un pic de consommation de 102 GW comme en Février 2012.
Lorsque l'éolien et le solaire sont faibles, la production plafonne à 89 GW avec 6 réacteurs arrêtés.
Nous dépendons alors des importations pour échapper au blackout si la consommation dépasse ce seuil; la fermeture programmée des dernières centrales au fuel  aggravera le problème.
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Cependant la situation du 19 Janvier, bien que critique, a pu être gérée sans catastrophe et sans délestages.
D'aucuns pourraient dont en déduire que l'on peut sans problème réduire de 10% nos capacités électronucléaires, c'est-à-dire arrêter définitivement cinq ou six réacteurs.
Ce n'est pas aussi simple:
D'une part, le pic de consommation de 94 GW n'est pas exceptionnel et peut être dépassé dans certaines circonstances, notamment un hiver un peu plus rude car la puissance demandée augmente de 2,4 GW par degré de froid.
Et l'hiver n'est pas terminé.
Souvenons-nous du pic de 102 GW de Février 2012.
D'autre part, dans la situation du 19 Janvier courant, les réacteurs en service furent sollicité à 100%. Or en temps "normal" , et pour des raisons de maintenance ou de remplacement du combustible, une partie du parc est indisponible, de l'ordre de 5%, ce qui entraîne un déficit supplémentaire de puissance de l'ordre de 3 GW.
Par ailleurs, EDF a lancé un programme de fermeture des dernières centrales à charbon et à fuel. En partie pour réduire les émissions de CO2, et en partie parce qu'elles ne sont plus rentables. Il va donc en résulter un déficit de puissance de 6 GW supplémentaires.
La puissance disponible hors importations sera alors de 80 GW.
Les capacités d'échanges transfrontaliers étant limités à 8 GW , il serait alors impossible de satisfaire même une demande de 94 GW comme avant-hier.
Enfin, le déploiement des véhicules électriques et des pompes à chaleur va entraîner une augmentation de la demande électrique, qui ne peut que surcharger un peu plus le réseau.
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Oui, il faut sortir du nucléaire, mais pas à la hussarde, sauf à plonger le pays dans le chaos, ce que personne ne souhaite, du moins on peut l'espérer.
Mais, pour préparer le basculement vers les renouvelables intermittentes il faut mettre en place un certain nombre d'aménagements à l'échelon européen.
Rappelons-en les principales étapes:
- Réaliser l'intégration du grand réseau électrique Européen, pour la mutualisation des capacités de production.
- Augmenter les capacités d'échanges transfrontaliers très au-delà des valeurs actuelles, afin d'atteindre les débits nécessaires pour compenser l'intermittence des nouvelles énergies par des échanges d'un pays à un autre.
Par exemple, un déficit d'éolien en France peut être compensé par un excédent de solaire en Espagne, à condition que les "tuyaux" existent pour transporter l'énergie.
Aujourd'hui les échanges aux frontières françaises sont limités à quelques GW,  il en faudrait 20 ou trente à chaque frontière.
Chaque région de l'Europe aura sa spécialité, par exemple solaire en Espagne, hydraulique en Norvège, éolien sur les littoraux.
L'énergie électrique doit donc pouvoir circuler sans obstacle.
- Le solaire et l'éolien exigent des capacités de stockage très importantes pour compenser en partie l'intermittence.
Ces capacités n'existent pas aujourd'hui sur le territoire français.
Il faut ici rappeler que nos centrales de lacs ou d'éclusées, et nos centrales au fil de l'eau, ne sont pas des installations de stockage, mais des outils de production d'électricité  (60 TWh en moyenne annuelle).
Si on les détourne de leur fonction, il faudra trouver ailleurs les 60 TWh.
Notons qu'une centrale de lac peut être associée à une station de pompage, dans une certaine mesure.
Certaines sont en cours d'aménagement dans ce sens.
Nous ne possédons que 7 "vraies" stations de pompage, pour une puissance totale de 5 GW,  disponibles sur une durée très limitée.
Il faut donc que quelqu'un en Europe se dévoue pour prendre en charge ce problème de stockage, sans lequel il sera impossible de maîtriser les production éolienne et solaire.
On pense évidemment à la Suisse, mais aussi à la Norvège avec laquelle les échanges pourraient s'effectuer grâce à des liaisons sous-marines en courant continu.
D'autre part, de nombreuses stations de pompage-turbinage devront être construites en zones littorales à proximité des parcs éoliens offshore projetés.
Il n'en existe aucune aujourd'hui.
- Enfin, l'un des objectifs principaux restent la maîtrise de la demande électrique. Ceci est programmé et sera réalisé grâce à l'installation des compteurs intelligents (Smart grid).
Tout cela ne se réalise pas en quelques semaines, des grands travaux sont nécessaires, c'est-à-dire du temps et de l'argent.  
On peut estimer que plusieurs décennies seront nécessaires pour réaliser ces grands travaux d'aménagement du territoire.
Il est certain qu'une décision ferme sur une politique de retrait (Ou non) du nucléaire donnerait au Pays une vision claire de ce qu'il faut faire pour accompagner une transition énergétique enfin engagée.
Or aujourd'hui nous ne disposons que d'intentions absconces dont l'interprétation n'est pas plus aisée que pour les prophéties de Nostradamus:

 "La puissance du parc nucléaire ne dépassera pas
  sa valeur actuelle de 63,2 GW.
  La part du nucléaire dans le mix électrique
  sera réduite à 50% à l'horizon 2025".

Aucun exégète n'a encore été capable d'interpréter ce quatrain de manière à en tirer quelque information opérationnelle.
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Le battage actuel autour de la possible fermeture de Fessenheim ne préjuge en rien d'une éventuelle décision de retrait du nucléaire.
C'est une promesse de campagne, et comme telle "On" aimerait au moins faire semblant de la tenir avant la fin du quinquennat.
Pour des raisons un peu compliquées, trop longues à exposer ici, cette centrale doit être fermée, on le sait depuis longtemps.
EDF attend le démarrage de l'EPR de Flamanville pour acter la fermeture de Fessenheim et solder les contentieux qu'il y a autour.
Malheureusement (?)  Flamanville piétine et l'EPR ne pourra démarrer qu'en 2018, ce qui retarde d'autant la fermeture de Fessenheim.
Mais, au Château, on voudrait bien que la fermeture intervienne avant, question de respect d'une promesse de campagne.
La difficulté provient en fait du flou qui baigne l'industrie de l'électronucléaire.
L'Etat peut exiger la fermeture d'un site industriel, quel qu'il soit, lorsque ce site est déclaré dangereux par les instances d'expertise, en l'occurrence pour le nucléaire, l'ASN. Cette fermeture serait d'ailleurs automatique sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'Etat.
Mais l'ASN n'a pas déclaré la centrale de Fessenheim dangereuse.
(L'ASN est  une autorité indépendante).
Dans ce cas, cette demande de fermeture doit être justifiée par d'autres arguments juridiquement recevables.
Mais lesquels ?
(De même, on n'imagine pas l'Etat exigeant la fermeture des usines de PSA au simple motif que ses voitures polluent !).
L'électronucléaire, dans son principe, n'ayant jamais fait l'objet d'une condamnation juridique pour dangerosité, et l'ASN n'ayant émis contre Fessenheim aucune charge particulière justifiant la fermeture, l'Etat ne peut donc pas exiger la fermeture de cette centrale sans, dans le même temps, exiger la fermeture des autres centrales.
L'affaire doit donc se régler à l'amiable autour d'un compromis.
EDF peut, pour diverses raisons, accepter de fermer Fessenheim, mais à condition de recevoir des indemnités correspondant à la perte de production, aux dédommagements des actionnaires, au reclassement du personnel, et au coût de la mise à l'arrêt , ce qui est tout à fait normal.
La réunion d'hier avait pour but de trouver un "arrangement" acceptable par les parties.
EDF s'engage à fermer Fessenheim, L'Etat s'engage à verser 450 millions d'euros d'ici 2021 à titre de dédommagement, ainsi qu'une part variable fonction du manque à gagner d'ici 2041 (?).
Il est fort probable que la date de fermeture annoncée sera alignée sur la date de mise en service de l'EPR de Flamanville, laquelle est incertaine comme l'on sait (On parle de 2018).
Etant bien entendu que cet épisode ne doit en aucune façon être considéré comme le début d'une politique de retrait du nucléaire.
Il s'agit donc d'une fermeture Politique.
Peut-être également d'un message subliminal à destination des opposants au nucléaire.
Sortir du nucléaire, oui, mais cela coûtera un demi Milliard par site, sans compter les coûts du démantèlement.
A bon entendeurs….
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Aujourd'hui nous avons du courant et le délestage n'est qu'une menace.
Mais si l'imbroglio nucléaire ne trouve pas une solution ferme, quelle qu'elle soit, le délestage pourrait devenir une réalité.
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