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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 10:22

 

7 Janvier 2017
Contrairement à une certaine légende urbaine, EDF n’a pas décidé de dépenser cinq milliards uniquement pour le plaisir d’espionner les habitudes, avouables ou non, de ses clients.
Dans l’article précédent nous avons tenté de montrer qu’il y a le feu au lac, et que faute de se bouger le…nous nous exposons à subir d’importantes perturbations du réseau électrique dans un avenir proche.
 La menace qui pèse sur la production électronucléaire, la croissance de la part des énergies intermittentes, le développement de la voiture électrique,  et l’obligation de réduire les émissions de CO2, constituent un faisceau de contraintes dont le cumul sera insupportable si l’on ne remplace pas le système d’adaptation de l’offre à la demande par son contraire, le système d’adaptation de la demande à l’offre.
C’est la Maîtrise de la Demande Electrique.
Nous sommes donc dans l’obligation de nous donner les moyens de réussir ce challenge, et plus vite nous commencerons, moins nous aurons à supporter les inconvénients d’un réseau devenu incontrôlable.
Ce changement de paradigme ne se fera pas sans susciter de nombreuses oppositions, sincères ou mal intentionnées.
Il faudra procéder par étapes, la technologie devra s’adapter, les usages aussi, et les usagers de même, qu’il faudra convaincre de la nécessité d’accepter certaines contraintes pour que leurs enfants aient le droit de vivre dans un monde sans nucléaire et sans pétrole.
Dix à vingt ans seront nécessaires pour finaliser le programme.
Autant s’y mettre tout de suite.
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Le « tout de suite » en question est le compteur Linky, qui constitue l’interface de communication entre le gestionnaire de réseau et le client.
Le remplacement des compteurs représente un investissement annoncé de cinq milliards d’euros, soit 140 euros par abonné.
Cette folle dépense sera amortie sur vingt ans, période à l’issue de laquelle de nouveaux compteurs plus perfectionnés seront probablement posés.
La charge supportée sera donc de sept (7) euros par an et par abonné, soit 59 centimes par mois, ou encore la moitié du prix d’un petit pain au chocolat.
Puisque le prix du petit pain au chocolat est devenu la référence.
Chacun jugera, en son âme et conscience, s’il est raisonnable de dépenser une somme aussi « considérable » pour préserver un avenir énergétique propre pour ses enfants.
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Plus sérieusement, la contrepartie de cet investissement de cinq milliards se trouve dans l’économie qu’il permettra de réaliser lors du développement des outils de production à partir des énergies renouvelables.
Aujourd’hui, nous devons entretenir un outil de production capable de délivrer une puissance crête de l’ordre de 100 GW pour faire face aux pics de la demande, alors que notre consommation moyenne n’est que de 55 GW.
( Pour une énergie de 480 TWh annuels).
Si nous ne changeons rien à ces habitudes désordonnées de consommation, demain il nous faudra toujours 100 GW pour fonctionner (Et même bien davantage si l’on tient compte des voitures électriques et de la croissance naturelle du secteur).
Sans nucléaire, et avec seulement des moulins à vent et des panneaux solaires, il sera hors de question d’obtenir 100 GW.
Il nous faut donc maîtriser notre consommation pour ramener les pics de puissance demandée à une valeur plus raisonnable, de l’ordre de 70 GW.
C’est la mission dont le compteur Linky est chargé.
Et on y gagne quoi ?
Une économie de puissance de 30 GW représente l’équivalent de 18 réacteurs du type EPR de Flamanville.
Oui, vous avez bien lu 18.
Pour un coût global d’au moins 100 Milliards.
La comparaison avec le coût du Linky se passe de commentaire…
(Et nous avons vu précédemment que l’équivalent en éolien offshore est encore plus cher…).
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L’objectif du compteur « intelligent » est multiple:
- Il doit fournir au client son profil de consommation, afin de lui permettre de l’optimiser pour d’une part réduire sa puissance crête et profiter au mieux des avantages tarifaires liés à certaines tranches horaires, et d’autre part éventuellement souscrire un abonnement plus avantageux correspondant à la puissance dont il réellement besoin.
- Il doit lui permettre, moyennant avantage tarifaire, d’adhérer au programme d’effacement programmé mis en œuvre lors des périodes de déficit de puissance réseau pour cause d’absence de vent ou de soleil.
- Il doit, à terme, gérer le poste de charge de batterie de VE dans le but de répartir dans le temps les périodes de charge, tout en garantissant le maintien du service au client.
A terme plus lointain, les batteries de VE connectées aux bornes de charge interactives pourront être intégrées dans un système global de stockage d’énergie électrique.
- Il doit intégrer les installations de production particulières dans la gestion du « réglage système » afin d’éviter les perturbations de tension et/ou de fréquence causées par des injection de puissance incontrôlées.
- Etc…
Toutes ces applications ne pourront être activées que si l’installation de l’abonné est aménagée pour les accueillir, notamment au niveau de la domotique.
Les délestages ciblés ne seront possibles que si l’installation client est partitionnée en zones qui seront activées ou non par un gestionnaire local d’énergie qui recevra ses informations du compteur Linky.
De même pour le lissage des consommations, le gestionnaire local d’énergie s’en chargera à partir des infos du compteur sur les avantages tarifaires évolutifs.
La gestion de charge de batterie se sera possible que s’il existe un poste de charge dédié raccordé au gestionnaire local d’énergie, lui-même connecté au compteur.
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Une installation standard ne bénéficiant d’aucun réseau domotique, ni d’aucun gestionnaire local d’énergie, n’aura accès qu’à un « service minimum », lequel peut alors être perçu comme intrusif, une sorte de « gendarme » dont le rôle essentiel serait de sanctionner les dépassements de vitesse, ici les dépassement de la puissance souscrite.
(Ce rôle était précédemment tenu par le disjoncteur BACO, qui « autorisait » des dépassement de puissance assez larges).
Les installations « standard » étant aujourd’hui la majorité, EDF propose une application minimale dans laquelle le compteur Linky intervient pour proposer au client un délestage ciblé.
Le client (ayant souscrit à de programme) reçoit la veille un avis de réduction de puissance crête, moyennant évidemment un avantage tarifaire. Il doit alors faire en sorte que cette puissance ne soit pas dépassée, le compteur ayant été réglé à distance sur la valeur de courant convenue. A lui de réduire ses appels de puissance, par exemple en évitant de faire fonctionner ensemble plusieurs appareils gros consommateurs.
Cette application minimaliste est en cours d’expérimentation à Lorient, dans un groupe de 900 abonnés équipés du compteur Linky (Projet Smart Grid SOLENN).
Elle a pour but de tester les comportements des usagers dans cette démarche qui se veut participative, en les incitant à s’intéresser à leur profil de consommation, et en leur montrant qu’il peuvent l’aménager pour réduire leurs appels de puissance sans nuire à leurs besoins.
(Lorient a été choisie parce que la Bretagne est en situation d’urgence électrique, la production de cette région ne couvre que 13% de ses besoins).
D’autres projets analogues sont en cours, qui permettront de démontrer l’utilité du nouveau compteur, et l’importance de l’implication des usagers dans la gestion de leur énergie électrique.
Il ne fait aucun doute que la démarche d’implication des clients dans la gestion de leur consommation sera longue et nécessitera beaucoup de pédagogie.
La pédagogie seule ne suffira pas, si elle n’est pas renforcée par de réelles incitations tarifaires.
Egalement il n’est pas absurde d’envisager de faire appel à l’Education Nationale pour sensibiliser la jeune génération aux problèmes de l’énergie, et la convaincre de l’importance de ses futurs choix.
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