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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 11:45

 

29 Janvier 2017
Comme c'est habituellement l'usage, le Président a été élu pour mettre en œuvre son programme électoral qui comportait, entre autres, un volet sur la politique énergétique.
Dans ce volet figuraient notamment les grandes lignes de la stratégie électronucléaire:
- Plafonnement de la puissance électronucléaire à 63,2 Gigawatts.
- Réduction de la part de l'électronucléaire à 50% du mix électrique à        l'horizon 2025.
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La fin du quinquennat approchant à grands pas, et l'électronucléaire étant un sujet brûlant, le Président a senti la nécessité de se rappeler à notre bon souvenir en apportant la preuve de son intérêt permanent pour sa stratégie énergétique, et surtout de son respect des promesses électorales, enfin presque.
Or, le démarrage prochain du réacteur EPR de Flamanville, désormais probable pour fin 2018, va porter la puissance électronucléaire à 64,8 GW, démentant du même coup l'engagement du Président de la plafonner à 63,2 GW.
Il fallait donc réagir avant le grand départ, au moins sur ce coup-là.
Comme les opposants au nucléaire réclament depuis longtemps la fermeture de Fessenheim, il a choisi de renouveler son intention de fermer ce site, et donc de faire d'une pierre deux coups.
( Nous parlons bien d'intention, et non de décision sèche de fermeture immédiate, ne rêvons pas ).
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Il faut dire que la centrale de Fessenheim est, depuis des années, la cible préférée des anti nucléaires, dont les arguments ne manquent pas de bon sens:
1- Avec la centrale du Bugey, Fessenheim représente la première génération de réacteurs REP, mis en service en 1977, pour une durée d'exploitation prévue de 40 ans "au moins".
Cette durée indicative est atteinte aujourd'hui, et une mise à la retraite pourrait être envisagée, même si les analyses de sureté montrent que ces réacteurs ne présentent aucun risque avéré.
2- La centrale est construite au-dessus de la grande nappe phréatique d'Alsace, qui est vitale pour toute la région. Sa contamination serait catastrophique, c'est la plus grande réserve d'eau souterraine d'Europe.
( La nappe n'est qu'à quelques mètres sous le radier…).
3- En cas d'APRP ( Accident par Perte de Réfrigérant Primaire) entraînant le percement de la cuve par le corium ( Amalgame fondu de combustible et de structures métalliques internes) à très haute température, le radier (barrière en béton séparant la cuve du sous-sol) serait transpercé en quelques heures et le corium se répandrait dans la nappe phréatique.
Le radier de Fessenheim avait au départ une épaisseur de 1,5 m, qui a été portée à 2,15 m sur ordre de l'ASN suite à la catastrophe de Fukushima.
Rappelons que le radier de la centrale de Fukushima, qui avait une épaisseur supérieure à 3 m, n'a pas résisté au corium, entraînant les dégâts que l'on sait .
4- La centrale est située 9 m en contrebas du Grand canal d'Alsace, ce qui la place en première ligne en cas d'inondation ou de rupture de digue, donc très vulnérable.
5- Elle est d'autre part située dans une zone sismique, à risque modéré certes, mais à risque tout de même.
6- La localisation géographique, au bord du Rhin et en amont de la vallée, permet d'imaginer les dégâts qui seraient causés dans cette région par un accident majeur qui contaminerait le fleuve.
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Un seul de ces arguments aurait dû suffire à prendre une décision de fermeture, et surtout à ne jamais la placer à cet endroit !
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Bien sûr, cette centrale produit toujours ses 13 TWh par an, ce qui représente plus de 1 Milliard d'euros chaque année à 80 euros/MWh (Marché Epex Spot).
Elle emploie environ 800 salariés et 250 prestataires, ce qui induit aux alentours une activité économique intéressant 4 à 5000 personnes, voire plus.
Il est évident qu'on ne raye pas d'un trait de plume une telle source d'énergie, d'activité économique et d'emplois, surtout dans le contexte actuel.
Sauf bien sûr si l'ASN la déclare non conforme aux nouvelles normes de sureté, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à aujourd'hui.
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Un autre argument est souvent avancé pour justifier la fermeture: la production française d'électricité serait excédentaire, la preuve étant donnée par son bilan d'échanges frontaliers positif. La fermeture de la centrale n'aurait donc aucune conséquence sur notre nos besoins en énergie électrique.
Cet argument ne tient pas debout; il repose sur la confusion, fréquente pour les non techniciens, entre énergie et puissance.
La distribution d'énergie électrique repose sur le principe de l'adaptation de l'offre à la demande.
La puissance installée du parc de production électrique doit donc être suffisante pour répondre à la demande de puissance des consommateurs.
(On sera peut-être un jour obligés d'inverser ce principe, c'est-à-dire obliger le consommateur à s'adapter à l'offre, mais non n'en sommes pas encore là).
En France, cette demande est très variable en fonction des années, de la saison, de la météo, et de l'heure.
Le maximum, dans le contexte actuel, est de l'ordre de 100 GW, le minimum de l'ordre de 50 GW.
La puissance installée doit donc être capable de répondre à des pics de 100 GW pouvant durer plusieurs heures.
Le mix électrique actuel est donc prévu pour cela, et il est même parfois nécessaire de faire appel aux importations, lorsque l'éolien et le solaire ne fournissent pas ce qu'on en attend.
Lors des autres périodes, où la demande de puissance est faible, la production excédentaire est vendue à l'export pour rentabiliser les installations.
Ce qui explique le bilan positif des échanges.
(Tout cela est clairement montré sur le site éco2mix de RTE, en temps réel et en historique. Il n'y a donc pas de contestation possible, sauf de mauvaise foi).
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Cette explication succincte montre que la fermeture du site de Fessenheim doit être compensée par une autre source d'électricité de même puissance, sous peine de mettre le réseau en difficulté au moment des pics de consommation.
Cette autre source peut être à base de centrales thermiques nucléaires ou à flamme, ou d'énergies renouvelables, à condition que leur intermittence soit compensée par une installation de stockage d'électricité.
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Les parcs solaires et éoliens existants ne peuvent pas être envisagés pour compenser la fermeture de Fessenheim, puisqu'ils sont déjà comptabilisés  dans les moyens de production actuels.
Il ne peut donc s'agir que de nouveaux parcs; on pense par exemple aux parcs éoliens offshore de la côte atlantique.
Malheureusement ils n'entreront en production qu'après 2020 au mieux, et il n'est prévu aucune installation de stockage pour compenser, au moins en partie, l'intermittence de leur production.
( Il existe bien quelques projets de STEP marines, mais qui sont restés dans les tiroirs, où ils prennent tranquillement la poussière…).
Il ne reste donc que deux solutions de remplacement à court terme, si l'on veut fermer Fessenheim le plus vite possible:
Soit construire trois ou quatre centrales à Gaz, qui pourraient être opérationnelles dans un délai de deux ans.
Soit attendre la mise en service de l'EPR de Flamanville, qui pourrait intervenir fin 2018 selon EDF.
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Le chantier de l'EPR touchant à son achèvement, et aucune décision politique ou technique négative de sureté (ASN) n'ayant été prise à son encontre, EDF propose évidemment de remplacer Fessenheim par ce réacteur.
Sans surprise, la négociation du 24 Janvier a donc porté sur le remplacement de Fessenheim par l'EPR.
Mais n'oublions pas que Fessenheim est d'abord un outil de production d'électricité en état de marche, jusqu'à la preuve du contraire.
L'Etat, demandeur de la fermeture d'un outil opérationnel, doit donc verser des indemnités pour compenser la perte de production, le reclassement du personnel licencié, dédommager les actionnaires, et financer le démarrage des travaux de démantèlement.
On parle d'une indemnité de 450 Millions d'euros auxquels viendront s'ajouter des compensations pour perte de production ultérieure
( Fonction de la durée de prolongation d'exploitation initialement accordée par l'ASN).
Selon l'accord signé, la mise à l'arrêt de la centrale ne pourra intervenir qu'après la mise en production de l'EPR, pas avant fin 2018.
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Cet épisode ne doit surtout pas être considéré comme l'amorce d'un retrait du nucléaire.
L'EPR de Flamanville est un prototype, son frère de Taishan 1 devrait démarrer en 2017, Taishan 2 quelques mois plus tard, en Chine, et 6 autres sont en négociation avec l'Inde.
Le programme de deux réacteurs EPR à Hinkley Point a été approuvé par Th. May, tout va bien merci.
EDF travaille sur le palier suivant, EPR NM ( Nouveau Modèle) pour 2030, avec des modifications pour réduire le coût de construction à 5 Mds, et intégrant le retour d'expérience des prototypes.
L'arrêt de l'électronucléaire n'est donc pas vraiment à l'ordre du jour chez  EDF, du moins actuellement.
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Il faut dire par ailleurs que, selon les coûts actuels, un parc éolien offshore fournissant la même puissance moyenne que Fessenheim coûterait plus de 20 Milliards, auxquels il faudrait ajouter les installations de stockage de compensation de l'intermittence.
[ 850 éoliennes de 6 MW avec un facteur de charge de 35%, au prix de 4 Millions d'euros le MW en offshore, raccordements compris.
Ref: IFP Energies Nouvelles/Panorama 2016/ Eolien offshore ].
Ce coût étant bien sûr à revoir à la hausse si la technologie flottante doit être utilisée.
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L'accord du 24 Janvier est donc un non-évènement, qui ne fait que reprendre des décisions datant du début du quinquennat.
Le sort futur de l'électronucléaire en général demeure une énigme que d'aucuns tentent de déchiffrer, mais sans plus de crédibilité que les horoscopes de notre amie Madame Irma.
Jusqu'à présent, les divers candidats à la présidence de la République n'ont pas été très bavards sur ce sujet.
On les comprend…
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