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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 19:03

Cher, très cher éolien offshore…

31 Janvier 2017
La France, forte de son électricité nucléaire et hydraulique qui lui garantit déjà le précieux fluide décarboné à 85%, n'est pas pressée de dépenser ses sous pour faire tourner en mer des moulins à vent qui ne lui apporteront que des soucis et des querelles de voisinage.
Mais on peut difficilement à la fois se targuer d'être le flambeau de la transition énergétique, et se vanter de posséder un littoral offrant le meilleur potentiel éolien, tout en restant les deux pieds dans le même sabot.
Il fallait donc bien à notre tour planter quelques poteaux en mer sous peine de passer pour des charlots, surtout après les proclamations des COP 21 et de la fiesta de Marrakech.
L'Etat avait donc émis en 2012 un appel d'offres pour la construction de quelques parcs éoliens offshore à implanter sur le plateau continental de la côte atlantique.
Le fait que, cinq ans plus tard, il n'y a encore aucune éolienne offshore opérationnelle en France est un indice du peu d'enthousiasme suscité par  cette technologie.
Mais çà, on le savait déjà.
Se réveiller en 2012 alors que nos voisins et concurrents avaient déjà largement cinq ans d'avance, et se retrouver en 2017 avec toujours aucune éolienne sur notre littoral, et prétendre vouloir développer une filière éolienne offshore française innovante et compétitive, voilà qui démontre un bel optimisme, doublé d'une grande ignorance des mécanismes industriels.
Le succès, si succès il y a, n'en sera que plus méritoire.
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Voyons un peu ce qu'il en est de cet appel d'offres de 2012, en examinant le cas du projet de parc de Saint-Nazaire.
(Ce parc fait partie d'un ensemble de trois projets pour respectivement Fécamp, Courseulles-sur-mer, et Saint-Nazaire).
Pour ces trois parcs, le maître d'œuvre retenu a été EDF-EN, qui mènera le consortium EMF ( Eolien Maritime France) comprenant trois compagnies:
- Enbridge Inc, US, Société canadienne qui acquiert 50% des parts de EMF ( çà commence bien !).
- Nass & Wind off shore, Société Française (Lorient) d'ingénierie et conseil.
- General Electric, qui a racheté en 2015 les activités énergie de Alstom.

 A l'origine, il était prévu d'utiliser des machines de 6 MW qui devaient être fournies par GE, qui les aurait fabriquées à Saint Nazaire et à Cherbourg (Eolienne Haliade).
Mais l'industrie de l'éolien offshore européen étant déjà bien avancée, et en pleine réorganisation, on ne sait plus très bien aujourd'hui qui va faire quoi en matière de machines.
Surtout depuis l'accord Siemens-Gamesa qui constitue un pôle européen offshore déjà très avancé  et puissant.
De plus, la technologie a évolué, on parle maintenant de machines de 9 MW, et surtout flottantes pour les implanter loin des côtes.
L'existence des usines du Havre et de Saint-Nazaire pourrait même être remise en question.
Il n'est pas impossible, compte tenu du retard considérable pris par la France dans ce domaine, que le développement d'une filière éolienne offshore française ne soit sérieusement compromis.
Mais ne noircissons pas le tableau.
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Le projet original de l'appel d'offres prévoyait donc d'installer, au large de Saint Nazaire, 80 éoliennes de 6 MW  fixées au fond marin par un poteau en acier enfoncé profondément. Les câbles de raccordement étant enfouis dans le sol à une profondeur de un mètre.
L'ensemble devait occuper une superficie de 78 Km2, à 12 Km de la côte.
Le montant contractuel indiqué des travaux était de 2 Milliards d'euros.
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2 Milliards d'euros, pour une puissance installée de 480 MW, cela fait 4,16 Milliards par MW installé, ce qui correspond aux chiffres connus pour ce type de travaux.
En effet, le coût en offshore est plus de deux fois supérieur à la technologie terrestre, pour des raisons assez évidentes.
La technologie flottante, s'il faut en venir là, sera encore plus coûteuse, pour des raisons tout aussi évidentes.
Le facteur de charge d'une éolienne offshore est en moyenne de 35%.
(Valeur habituellement constatée sur des parcs analogues déjà en service sur les littoraux européens).
La puissance moyenne effective sera donc non pas de 480 MW, mais de 168 MW "seulement".
Ce qui porte le coût à 11,9 Millions d'euros par Mégawatt effectif.  
Ce parc de 80 machines produira annuellement une énergie de:
480 MW  x  8760 Heures  x 0,35   =  1,5  TWh.
(Sous condition d'un facteur de charge de 0,35)
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Profitons-en au passage pour faire une petite comparaison avec l'EPR, dont le coût de 10,5 Milliards est considéré comme scandaleux, bien qu'il ne s'agisse que d'un prototype.
Ce réacteur produira annuellement 13 TWh, pendant 60 ans.
Pour produire la même quantité d'énergie avec un parc éolien offshore du même type que celui dont nous parlons, il faudrait donc 785 éoliennes d'un coût de 17,3 Milliards d'euro.
Les chiffres se passent de commentaires, d'autant plus que ce parc aura une durée de vie de 25 ans, et devra donc alors faire l'objet d'une refonte complète .
En tous cas ces montants mettent fin à la querelle sur le point précis du montant de l'investissement de départ.
Comme dit l'autre, "y a pas photo".
D'autant plus que, dans le cas de l'éolien, la gestion de l'intermittence doit être, au moins partiellement, compensée par des installations de stockage d'énergie électrique, dont le coût doit être évidemment ajouté aux montants ci-dessus.
En l'occurrence il s'agirait d'une ou plusieurs stations marines de pompage-turbinage qui devraient être installées sur la côte à proximité du parc de production.
( Compter quelques milliards supplémentaires et beaucoup de conflits avec les riverains…).
On comprend mieux pourquoi l'Etat n'est pas pressé d'ouvrir cette boîte de Pandore…
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Mais, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos 80 éoliennes.
Les 1,5 TWh annuels coûteront donc 2 Milliards.
Mais ceci n'est encore rien.
L'Etat s'est engagé ( C'est l'Etat, actionnaire de EDF à 85,6%, qui a lancé l'appel d'offre) à ce que EDF achète l'électricité produite au prix "subventionné" de 130 euro le MWh pendant 10 ans.
C'était 220 euros au départ, mais ce montant délirant a été ramené à une valeur plus conforme à "l'état de l'art" européen, qui est plutôt autour de 100 euros/MWh, récent appel d'offres du Danemark.
Au bout de ces dix ans, le prix sera renégocié en fonction du retour d'expérience.
Ce surcoût sera évidemment abondé par l'Etat, c'est-à-dire vous et moi, par le truchement de la CSPE, petite ligne qui figure au bas de votre facture.
Ainsi il ne sera même pas nécessaire d'augmenter le tarif du KWh.
(Rappelons pour fixer les idées que le prix de marché Epex-Spot est autour de 80 Euro/MWh, et que l'électricité nucléaire est achetée 60 Euros le MWh).
Les 1,5 millions de MWh produits annuellement par le parc éolien nous coûterons donc un petit supplément annuel d'environ 100 millions d'euro.
Il est prévu de construire 6 parcs éoliens semblables, pour le moment.
La note annuelle facturée sur la CSPE s'élèvera donc à 600 Millions.
Ce qui ne fait jamais que 17 euros/an  en moyenne pour chacun des 35 millions d'abonnés.
C'est la magie des grands nombres.
L'ennui, c'est qui faudra beaucoup, beaucoup de parcs éoliens semblables pour fabriquer les quelques centaines de TWh dont nous avons besoin annuellement.
 Mais, quand on aime, on ne compte pas…
Le vent étant gratuit et "renouvelable", contrairement à l'Uranium, il n'y a pas de coût de combustible en éolien.
Par contre en offshore les coûts de maintenance et d'intervention sont exorbitants.
Faute d'expérience, ce poste de dépense est une inconnue. Il sera nécessaire de disposer à terre d'ateliers de montage et de réparations, avec le personnel adéquat, et des installations portuaires dédiées ainsi qu'une flotte de navires spécialisés capables d'intervenir en haute mer, avec les équipages correspondants ayant reçu la formation adéquate.
Et qui la leur donnera ?
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Last, but not least, de nombreux recours non encore résolus entravent le démarrage des travaux.
Et il ne s'agit "que" de 80 éoliennes plantées à 12 Km de la côte.
Il en faudra 8 000 pour produire seulement 30% de l'électricité que nous consommons chaque année.
Que de chemin il nous reste à parcourir pour pouvoir envisager un retrait du nucléaire…
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La vigueur des recours contre ces éoliennes offshore jette un sérieux doute sur la possibilité même de développer cette filière, eu égard au nombre de machines qu'il faudrait implanter pour obtenir l'énergie nécessaire, c'est-à-dire 100 à 150 TWh, soit 4 à 5000 machines.
Il faudrait, à tout le moins, utiliser la technologie flottante, qui n'existe pas encore aujourd'hui, et dont le coût sera nettement plus élevé.
Décidément, la transition énergétique ne sera pas une affaire de tout repos.
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