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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 11:23

LINKY pollueur, vrai ou faux ?

Le nouveau compteur poursuit sa pénétration des foyers, malgré la résistance que tente de lui opposer une minorité de « malgré nous » regroupés en cohortes sous des bannières variées.
La diversité de ces bannières contrarie l’efficacité du combat, et suggère même des motivations peu fondées.
Amalgamer la violation de la vie privée avec des agressions contre les personnes EHS, des perturbations des réseaux domestiques, des troubles de réception des programmes radio et télé, et des tentatives d’abus de facturation de l’électricité, constitue un tableau revendicatif impressionnant, mais très dispersé et donc peu efficace jusqu’à présent contre un « ennemi » insaisissable.
Tout çà parce qu’on a voulu faire travailler ensemble des gens qui ne parlent pas la même langue.
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Les réseaux de production  et de distribution de l’énergie électrique sont du domaine de l’Electrotechnique, alors que les CPL sont du domaine des Télécommunications.
Ces deux mondes sont séparés, ont des cultures différentes, des technologies différentes, des applications différentes, des institutions internationales différentes, des normes et des réglementations différentes.
Le diagramme suivant montre la difficulté d’obtenir une coopération efficace sur le sujet des CPL, ne serait-ce que pour constituer des équipes et définir des bases de coopération.

 

 

 

 

 

 

 

LINKY pollueur, vrai ou faux ?

Les ramifications complexes de cette structure de coopération permettent de comprendre la difficulté de faire converger des domaines aussi différents vers une application par ailleurs contestée par une partie des intéressés.
Car en effet, certains experts, notamment des radio télécoms, estiment que la volonté d’étendre la technologie CPL à des applications haut débit n’est pas pertinente et ne peut qu’engendrer du désordre.
Il y aurait donc lieu, selon eux, d’appliquer le principe de précaution, qui veut dire en l’occurrence s’abstenir.
D’ailleurs la pratique de terrain montre qu’il est pratiquement impossible d’établir une réglementation concernant une application sur un réseau qui n’est pas lui-même configuré pour les télécommunications.
A l’impossible nul n’est tenu…
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Le désordre au sein des réseaux CPL, on connaît. Mais cela se passe au sein des réseaux domestiques, où les conflits se règlent par la « bricole » transmise grâce aux forums du net, et parfois devant les tribunaux, qui évidemment sont désarmés eu égard à l’absence de textes et de retour d’expériences.
L’installation d’un réseau domestique CPL est libre de toute démarche ou autorisation. Il suffit d’acheter n’importe où le matériel présumé conforme dès lors qu’il est estampillé CE.
(Penser qu’un produit estampillé CE est automatiquement conforme aux normes, lorsqu’elles existent, est un raccourci intellectuel audacieux).
La mise en œuvre d’un réseau domestique est effectuée par les moyens du bord, sans aucun contrôle.
Le réseau électrique domestique est régi par la norme NFC 15 100 qui est orientée sécurité des biens et des personnes, et pas du tout communications numériques, surtout hautes fréquences.
Le matériel CPL lui-même est de qualité très variable; le respect des normes  y est approximatif, l’interopérabilité y est une notion exotique, et telle paire d’adaptateurs CPL vendue pour assurer (On vous l’assure) un débit de 1 200 Mbps, plafonne au dixième de cette valeur sans provoquer de protestation majeure, puisque « C’est la faute du réseau »…
Quand aux troubles éventuels à des tiers, qui pourraient résulter de ces installations CPL « sauvages », ils sont classés dans la rubrique « Troubles de voisinage » et reçoivent, ou pas, des traitements peu satisfaisants eu égard à l’absence de normes suffisamment sévères.
Seuls les utilisateurs professionnels des transmissions radio, ainsi que les radio amateurs, ont pu obtenir une prise en compte « acceptable » de leurs problèmes, encore faut-il que les solutions préconisées (Exclusions de fréquences) soient effectivement appliquées, ce qui est loin d’être toujours le cas…
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L’arrivée des CPL du LINKY est perçue comme un élément perturbateur dès lors qu’ils sont imposés et que leur utilité n’est pas directement comprise  par le client .
On peut y voir un défaut de communication de EDF, mais aussi de toute la profession.
Les premiers compteurs Linky utilisaient la technologie G1 pour les CPL. Cette technologie a été remplacée par la G3 pour le déploiement à grande échelle.
G3 est une technologie à large bande à porteuses multiples.
On ne peut évidemment pas reprocher à EDF d’utiliser la technologie la plus moderne, alors que les clients l’utilisent déjà dans leur installation domestique multimédia (Home Plug ).
La bande « utile » de G3 s’étend environ de 36 KHz à 90 KHz, donc dans la bande allouée par le CENELEC aux distributeurs d’électricité.
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On constate ici une première zone de flou.
Les CPL reçus et/ou générés par EDF et le compteur Linky pénètrent à l’intérieur du logement car il n’existe aucun filtre.
Il y a certes un affaiblissement dans le compteur, puis lors de la traversée du baco, de 10 à 20 dB, mais l’amplitude demeure assez importante pour qu’on en tienne compte.
On peut alors se demander ce que des signaux CPL de la bande A viennent faire à l’intérieur d’un réseau domestique, puisqu’ils sont en principe réservés à la zone « Outdoor ».
Il existe donc une zone de « Non droit » dont il faudra bien définir un jour le statut juridique.
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Un réseau c’est comme un repas de famille; si tout le monde parle en même temps il n’y a plus d’échange possible.
Le premier principe de base est donc la fixation d’une règle d’accès au réseau.
Le réseau domestique CPL doit donc lui aussi suivre une semblable règle sous peine de dérèglements certains.
Toutes les applications domotiques utilisant la même bande de fréquence doivent donc également utiliser le même protocole de communication, incluant évidemment le même procédé d’accès au réseau.
Les applications haut débit multimédia utilisent la bande de 1,6 à 30 MHz, en cours d’extension à 100 MHz.
Les applications domotiques bas débit travaillent sur des fréquences beaucoup plus basses fixées par le CENELEC:
Sous bande A: 9 KHz à 95 KHz  réservée aux distributeurs d’énergie électrique (télé relevé)
Sous bande B: 95 à 125 KHz  réservé aux applications domestiques.
Les CPL du compteur LINKY travaillent dans la bande de 36 à 90 KHz, donc très proche de la bande utilisée par les applications bas débit domestiques (Commandes de volets roulants, d’éclairage, de radiateurs de chauffage, etc…).
Il faut donc s’attendre à des choses bizarres de ce côté car de nombreux matériels bon marché ne sont pas toujours équipés de filtres suffisamment sélectifs.
Par ailleurs il existe de nombreux appareils « Non CPL » munis de touches « sensitives » ou « à effleurement » dont les entrées à haute impédance sont très sensibles au champ électrique.
Ce genre de dispositif est évidemment vulnérable aux ondes émises par les CPL.
(Même si le champ émis est dans les normes).

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Nous avons donc d’une part les applications domestiques bas débit utilisant un type de protocole et d’accès au réseau.
Une deuxième groupe d’applications, à haut débit multimédia, qui utilisent un autre type de protocole et d’accès au réseau, mais à des fréquences très élevées.
Là-dessus viennent se greffer les signaux CPL G3 de EDF, qui ne tiennent pas vraiment compte de ce qui se passe dans l’habitation, notamment en ce qui concerne l’accès au réseau, puisque en principe les gammes de fréquences sont différentes.
Ce bazar peut cependant fonctionner, à condition que chacun reste chez soi, c’est-à-dire respecte soigneusement la bande de fréquence allouée.
Et c’est là que le bât blesse.
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Dans les temps anciens EDF utilisait déjà des signaux CPL, mais de manière très discrète.
Il s’agissait d’envoyer deux ou trois fois par jour, à tout le monde, de très courts signaux pour télécommander la commutation de mode Jour/nuit.
La fréquence utilisée, 175 Hz, ne provoquait aucun trouble, d’autant plus que les applications domotiques étaient alors anecdotiques.
Avec le nouveau compteur, les choses sont très différentes:
D’une part, le nombre des messages qui circuleront sur un tronçon du réseau BT EDF sera très élevé car le gestionnaire devra s’adresser à chaque client séparément, et plusieurs fois par jour sinon par heure. Le trafic sera donc beaucoup plus important, quasiment semi-permanent.
D’autre part, la communication se fera dans une bande de fréquence proche de celle du réseau domestique bas débit, et avec une modulation à large bande à porteuses multiples.
De plus, en cas d’affaiblissement du signal si la ligne est trop longue, un ou plusieurs compteurs pourront être utilisés comme répéteurs.
Ces signaux CPL du compteur, n’étant pas intégrés (Synchronisés) dans le réseau domestique, seront nécessairement perturbateurs car leur niveau sera relativement élevé en phase d’émission vers le concentrateur situé à proximité du transfo BT, c’est-à-dire à une distance qui peut dépasser un km.
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Les réseaux électriques domestiques utilisés pour constituer un réseau de communications CPL , sans précautions particulières, sont vulnérables et la multiplication des applications mettra cette vulnérabilité en évidence.
L’arrivée du compteur Linky n’est que le révélateur de cette vulnérabilité potentielle, dont il faut maintenant rechercher les causes et trouver des solutions, sachant que EDF est logiquement le seul utilisateur légitime du réseau de distribution électrique, et qu’à ce titre il doit bénéficier d’un droit de priorité pour mettre en œuvre les applications du programme « Smart Grid ».
Tout en respectant les normes et les réglementations existantes.
Le retour d’expérience est aujourd’hui insuffisant pour quantifier statistiquement les rejets de la greffe Linky fondés sur une réelle incompatibilité technologique.
(Laquelle doit être évidemment établie après une analyse technique des cas).
Néanmoins dès à présent on doit constater qu’il existe une suspicion d’incompatibilité avec certaines configurations de réseaux domestiques déjà existantes.
Il est probable que chacune des parties y a sa part de responsabilité, même si elle est involontaire.
Faire du Linky le bouc émissaire à priori n’est pas une attitude constructive.
L’analyse doit être globale et donc remettre en cause tous les éléments:
- Le réseau électrique de distribution d’énergie lui-même, tel qu’il découle de l’application de la norme NFC 15 100 , qu’il sera peut-être nécessaire d’aménager.
- Les bandes de fréquences et leur allocation, en harmonie avec la compatibilité électromagnétique, éventuellement sévérisée.
- Le cahier des charges des couches basses de l’architecture du réseau, notamment la couche PHY.
- les protocoles de communication, notamment les protocoles d’accès au réseau, la protection des données, les corrections d’erreurs, les stratégies de streaming, etc…
- les matériels assurant la réalisation des couches basses de la communication, dont le fonctionnement doit être conforme à un cahier des charges incluant les perturbations du réseau.
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La période actuelle doit être vue comme un round d’observation.
Les réseaux électriques domestiques ne sont absolument pas conçus pour être utilisés en réseau de communications.
Et encore moins lorsqu’il s’agit d’y implémenter un réseau partagé entre différents types de protocoles et dans des gammes de fréquences de quelques KHz jusqu’à plus de 100 MHz !
Il n’est donc pas anormal de constater quelques dysfonctionnements dans la période de mise en place.
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