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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 16:29

 

29 Octobre 2016
Au sein du microcosme nucléaire, il traîne depuis des années un contentieux au sujet de l'intégrité de l'acier qui compose un certain nombre de pièces forgées du circuit primaire de certains des réacteurs REP en exploitation.
Il s'agit de la cuve , de son couvercle, du pressuriseur, des fonds primaires des générateurs de vapeur, des plaques de soutien des tubes échangeurs de chaleur des mêmes.
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L'affaire a débuté avec l'arrêté ministériel du 10 Nov 1999, qui impose à l'exploitant (EDF) d'établir pour chaque réacteur, et de tenir à jour, des "Dossiers de Référence Réglementaires" (DRR) relatifs aux composants du Circuit Primaire Principal ( CPP), permettant de suivre en exploitation l'évolution des matériaux utilisés.
Les DRR doivent être en particulier réactualisés lors de chaque visite décennale.
Dix ans plus tard, en 2010/2011, il a été engagé un programme "Matériaux 60 ans"  dans l'objectif d'une prolongation à 60 ans de la durée d'exploitation des réacteurs.
Ce programme impose entre autres de vérifier que tous les mécanismes de vieillissement sont bien identifiés et que, là où des lacunes dans la connaissance des processus auront été découvertes, il soit mis en place un programme d'acquisition des données nécessaires.
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Ce cadre réglementaire exigeant justifie le branle-bas que l'on peut observer à propos des couvercles de cuves et autres fonds de marmites concernés par l'arrêté ministériel.
Le personnel est désormais prié de regarder de très près ces objets suspectés de pouvoir leur sauter au nez si une faiblesse quelconque était passée inaperçue.
C'est dans ce contexte que furent découvertes les "anomalies" de taux de Carbone d'abord sur le couvercle de Flamanville, puis un peu partout dès lors que l'alerte était donnée (46 générateurs de vapeur sont tout de même concernés, concernant 18 réacteurs!).
Et nous n'avons encore parlé ni des pressuriseurs, ni des cuves elles-mêmes…
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L'acier utilisé pour forger ces pièces est d'un type parfaitement défini, sur lequel ont été effectués tous les essais de qualification dans les conditions d'usage en exploitation, et particulièrement la bonne tenue dans le temps sous irradiation, et lors de variations de température.
Parmi tous les éléments présents en petites quantités dans cet acier, le Carbone joue un rôle spécial puisque son taux est directement lié aux variations de la frontière ductile-fragile, paramètre essentiel pour la résistance aux variations de températures.
Il est essentiel que l'acier constituant les pièces forgées soit conforme à la spécification de départ (16 Mn Ni Mo 5, types A ou B), et que la composition soit homogène dans toutes les parties de la pièce.
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On sait que lors du forgeage de grosses pièces, comme c'est le cas ici, le taux de Carbone augmente dans certaines parties au cours du refroidissement du lingot. Ce phénomène (Ségrégations) étant connu, des mesures sont mises en œuvre pour éliminer ces parties lors de l'usinage.
Malgré ces précautions, qui figurent dans le cahier des charges du fabricant, il semble que certaines pièces en exploitation n'aient pas bénéficié de la meilleure attention. Ces pièces sont susceptibles de présenter des zones de concentrations anormales de Carbone, modifiant in situ les caractéristiques mécaniques et thermiques de l'acier par rapport à la spécification.
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Ces anomalies ne sont pas à priori génératrices d'un risque de rupture, mais elles créent une zone à l'intérieur de laquelle les caractéristiques de l'acier sont différentes de celles de l'acier conforme aux spécifications.
Il est donc nécessaire de procéder à une analyse métallurgique pour déterminer l'importance de l'écart des spécifications, et les conséquences possibles de cet écart sur la tenue de la pièce, au besoin en procédant à des essais sur des pièces représentatives.
L'affaire est exposée de manière exhaustive dans la note d'information de l'IRSN du 18 Octobre 2016, que l'on peut trouver ici:
IRSN NI Centrales-EDF-Anomalies-Générateurs-Vapeur 20161018
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Le communiqué se veut rassurant dans la mesure où cette transparence est en soi la garantie du sérieux du travail de l'IRSN et de l'ASN.
Ou bien l'inverse, car certains pourront y voir une opération d'ouverture de parapluie, laissant présager la crainte d'une averse prochaine…
Mais par contre, ces informations ne sont pas de nature à rassurer les populations quant à la rigueur des procédés industriels mis en œuvre, pas plus que les contrôles à postériori, qui auraient dû normalement détecter ces anomalies avant la mise en exploitation.
Les anti-nucléaires ne manqueront pas d'exploiter ce nouveau pataquès pour exiger l'arrêt de cette technologie, et en premier lieu le renoncement à la décision de prolonger jusqu'à soixante ans la durée d'exploitation des installations existantes.
Et qui pourra leur en vouloir ?

 

 

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