Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 18:17

27 Septembre 2016
Ce titre en forme de provocation voudrait souligner la mauvaise qualité de la communication, non pas du compteur, mais de son promoteur EDF.
__________

Pour faire accepter le remplacement des anciens compteurs par le LINKY, couvert d’opprobre avant même d’être installé, EDF a cru bon d’adopter une stratégie de marchand de lessive, jugeant sans doute que le niveau intellectuel du consommateur moyen ne lui permet pas de comprendre les motivations profondes de cette opération.
__________

La « promotion » du nouveau produit a donc été axée sur des promesses d’avantages immédiats, et en premier lieu évidemment une probable baisse des factures d’électricité.
___________

Linky est donc le père Noël que vous attendiez, votre facture va fondre comme neige au Soleil.
Par quel miracle ?
C’est simple, car Linky lave plus blanc.
« Avec lui la ménagère accède à un véritable tableau de bord et devient gestionnaire avisée de l’énergie du foyer. Plus de gaspillage, plus de chaleur perdue, les KWh ne s’envolent plus par les fenêtres, finies les factures angoissantes ».
Hélas, que de déconvenues attendent les « heureux » bénéficiaires de la boîte verte.
Car tout cela, sans être totalement faux, n’est vrai que sous certaines conditions.
Et surtout, l’intérêt du LINKY se trouve ailleurs, comme nous l’allons montrer.
______________

L’argumentaire principal des promoteurs du LINKY est que l’abonné aura désormais la possibilité de mieux connaître son profil de consommation et donc de mieux répartir celle-ci sur les tranches horaires afin de réduire significativement la puissance maximale appelée, et de pouvoir ainsi souscrire un abonnement inférieur, moins onéreux.
Ce n’est pas faux, mais encore faut-il préciser que pour arriver à ce résultat il faudra préalablement installer un gestionnaire d’énergie qui prendra en charge la programmation des différents appareils gros consommateurs, car le Linky ne sait pas faire cela tout seul.
Et de plus, le dépliant publicitaire oublie de dire que l’on peut déjà faire la même chose avec n’importe quel compteur, y compris les vieux trucs électromécaniques, ceux avec la roue qui tourne. Cela s’appelle la Domotique, et cela existe depuis vingt ans. Parmi les abonnés, ceux qui sont sensibles aux problèmes de l’énergie l’ont déjà adoptée depuis longtemps.
Il faut donc chercher ailleurs des arguments plus convaincants pour faire accepter ce nouveau compteur.
Et pourquoi ne pas dire simplement la vérité ?
____________________

En réalité, l’objectif premier du LINKY n’est pas de réduire aujourd’hui la facture du client, mais de faire en sorte qu’il puisse encore demain disposer d’une électricité de bonne qualité et en quantité suffisante pour ses besoins.
Et cela n’ira pas de soi, car il y a des vérités sous-jacentes qu’il ne faut plus cacher.
A force d’occuper le devant de la scène médiatique et de mobiliser les forces politiques dans des meetings internationaux triomphants et onéreux, sans résultat concret, la transition énergétique a fini par acquérir le statut de projet politique, sorte de programme électoral qu’il est de bon ton d’évoquer dans un programme de gouvernement, mais auquel plus personne ne croit vraiment.
Grosse erreur de jugement.
La transition énergétique n’est pas une alternative politique, elle est une obligation vitale, un passage obligé sous peine de revenir au moyen-âge énergétique.
Les énergéticiens en ont heureusement bien conscience et l’ont depuis longtemps intégrée dans leurs plans de développement.
Les hommes politiques passent, les ingénieurs restent…
___________________

Le retrait des énergies fossiles et du nucléaire sale, pour leur remplacement par des énergies propres et durables sera une opération extrêmement coûteuse, et qui peut mettre en péril l’équilibre énergétique du pays si l’opération n’est pas conduite dans le bon ordre.
Les énergies nouvelles produisant essentiellement de l’électricité, celle-ci verra inéluctablement sa participation augmenter dans le mix énergétique, avec une part croissante de sporadicité qu’il faudra absolument maîtriser.
L’intermittence du solaire et de l’éolien impose de développer de grandes capacités de stockage, y compris domestiques, ce qui nécessitera des investissements importants.
Affirmer le contraire relève de l’imposture politique et d’une tentative d’anesthésie de l’opinion.
Outre le colossal changement de portage industriel exigé pour la mise en œuvre de la transition, il est devenu indispensable de changer également le concept du modèle de production et de distribution de l’énergie électrique.
D’illimitée, l’énergie va devenir parcimonieuse.
De centralisée, la production va devenir décentralisée.
De chasse gardée de EDF, elle va dépendre d’une constellation de producteurs non inféodés.
De continue, elle va devenir en partie intermittente.
De libre d’emploi, elle devra être placée en liberté surveillée.

Le paradigme ancien imposait d’adapter la production à la demande, eu égard à la disponibilité illimitée des énergies fossiles.
Dans le nouveau paradigme, c’est la demande qui devra s’adapter à l’offre.
L’abonné verra son statut de consommateur remplacé par celui d’acteur et éventuellement de producteur décentralisé.
Affirmer que tous ces bouleversements pourront se réaliser sans y mettre le prix, et un prix très élevé, est un mensonge coupable qui cherche à entretenir l’illusion d’une énergie bon marché, mensonge qui ne peut que préparer des réveils difficiles.
Si toutes ces vérités ne sont pas admises comme incontournables, il est impossible de comprendre la finalité de certaines opérations comme la mise en place de compteurs communicants.
_____________________

Le réseau intelligent (« Smart Grid ») dont il est question ici et là n’est pas un gadget destiné à camoufler une quelconque « arnaque », ni une obscure manœuvre inquisitrice, dont le but caché serait la mise en place d’un outil d’espionnage au service d’un « Big Brother », scénario conforme à la meilleure tradition des théories du complot.
Il est simplement la seule méthode permettant de gérer le futur réseau de distribution de l’énergie de manière à assurer une transition sans black-out.
Car vous l’ignorez peut-être, mais notre principal problème aujourd’hui, c’est de conjurer le risque de black-out.
______________________

Le Black-out électrique, qu’est-ce encore que ce fantasme ?

Le pays n’est pas en guerre, nos centrales nucléaires tournent rond (trop pour certains), plusieurs centaines de barrages nous abreuvent d’électricité hydraulique, de nombreuse unités de production avec turbines à cycles combinés sont construites, le pétrole et le gaz coulent à flots, et l’énergie renouvelable se porte bien, du moins dans la presse spécialisée.
Comment peut-on parler de risque de black-out ?
Le problème est simple, si l’on se donne la peine de comprendre.
Aujourd’hui nous produisons beaucoup d’énergie électrique, mais nous l’utilisons mal.
_______________________

Nous consommons bon an mal an 500 TWh d’énergie primaire électrique.
500 000 000 000 000 Wattheures.
Cette énorme quantité, difficilement concevable, correspond d’une part à l’énergie électrique utilisée dans les secteurs résidentiel-tertiaire, les transports, l’industrie hors production d’énergie, l’agriculture, et d’autre part l’énergie électrique utilisée dans le secteur énergétique lui-même (Centrales, raffineries, distribution, transformation, pertes en lignes, etc.).
Ce qui représente une puissance moyenne de 57 Gigawatt (GW).
( 250 millions d’Ampères en 230 V par exemple).
_______________

Cette puissance soutirée n’est pas constante; au gré du consommateur, elle dépend du moment de la journée, de la saison, de la météo, et varie continuellement entre des valeurs dont les extrêmes dépendent des conditions extérieures et de l’activité économique du pays.
Elle évolue selon des rythmes horaires, journaliers, saisonniers, annuels, entre environ 30 GW et 90 GW , avec des pointes hivernales qui dépassent parfois les 100 Gigawatts.
Le record a été de 102 GW en 2012. Le black-out ne fut évité que de justesse.
____________________

Jusqu’à présent, et encore aujourd’hui, c’est la production qui doit s’adapter à cette demande variable sous peine de déclencher le fameux « Black-out », qui nous a été épargné jusqu’à présent, mais qui n’est pas passé bien loin à une ou deux reprises.
EDF doit donc faire face à une demande de puissance qui peut évoluer entre 30 et 90 Gigawatts.
__________________

Pour faire face à ces pics de demande de puissance, le pays doit disposer des moyens de production adéquats en réserve, en plus des moyens assurant la production de base.
Ainsi, selon le niveau de la puissance demandée à un moment donné, le gestionnaire peut faire intervenir différents échelons de moyens:
- les moyens de production de base, dont la production peut être continue aussi longtemps que le besoin existe. Il s’agit en l’occurrence du parc nucléaire opérationnel, et du parc de centrales thermiques sollicitées jusqu’à mobilisation totale.
Ces installations sont assurées de recevoir le combustible nécessaire grâce aux réserves opérationnelles stratégiques d’énergie imposées par les accords internationaux.
(Ces réserves physiques correspondent à trois mois de consommation).
Le parc français peut ainsi assurer en continu une puissance électrique d’environ 80 Gigawatts, dont 53 Gigawatts de nucléaire et 27 Gigawatt de thermique.
- Lorsque la puissance demandée dépasse cette valeur, il faut faire intervenir les moyens de production constitués des stocks de réserve des barrages hydrauliques et/ou des STEP, dont la participation est évidemment limitée en durée puisque ce stock est épuisable rapidement.
Cette phase est limitée dans la durée par la valeur du stock, elle intervient sur une base de quelques heures à hauteur d’un apport de puissance d’une dizaine de GW maximum.
- Le troisième échelon est constitué des énergies intermittentes dont la disponibilités en puissance n’est jamais assurée puisqu’elle dépend des conditions météo et de l’ensoleillement.
Lorsque ces énergies sont en partie adossées à des installations de stockage, celles-ci interviennent au même titre que l’énergie de stock des barrages ou des STEP, c’est-à-dire pour une faible durée.
(Aujourd’hui il n’existe encore pratiquement aucune ressource de stockage spécifique pour le parc renouvelable installé en solaire et éolien).
- Le quatrième échelon est constitué des importations d’énergie électrique. La puissance correspondante dépend des disponibilités du marché Européen, et des capacités d’échanges des connexions transfrontalières.
(Ces capacités d’échange sont de l’ordre de 8 GW).
- Si, malgré la mobilisation de tous ces moyens, la demande reste supérieure à l’offre, on fait intervenir le cinquième échelon, l’effacement programmé.
Un certains nombre de gros consommateurs adhèrent au programme d’effacement, moyennant des compensations tarifaires évidemment, et sont appelés avec préavis dans les situations critiques. On imagine sans peine le prix du MWh « effacé ».
- En dernier lieu il faut recourir au délestage partiel, qui est toujours le dernier recours évidemment.
Aujourd’hui le concours de tous ces moyens permet d’offrir au réseau une puissance maximale d’environ 100 Gigawatt qui peut être soutenue une heure ou deux, pas davantage.
____________________

Aujourd’hui, alors que la transition énergétique n’est pas encore vraiment commencée, nous sommes déjà dans une situation critique puisque ce seuil de 100 GW a été dépassé plusieurs fois depuis 2010.
Or la situation va s’aggraver dans un futur à moyen terme:
D’une part, la consommation d’électricité va augmenter pour diverses raisons:
- Accroissement de la population.
- Augmentation du nombre des ménages.
- Augmentation du niveau de confort, et donc du parc électrique des ménages.
- accroissement du nombre des matériels liés aux applications audiovisuelles, informatiques et de communication.
- Développement de la demande de climatisation et de pompes à chaleur.
- Déploiement de l’application charge de batteries des véhicules électriques.
- On peut également espérer une reprise de l’activité économique, qui ira de pair avec une augmentation de la demande d’énergie.
Les gains en efficacité énergétique, notamment sur le chauffage des bâtiments, ne suffira pas à compenser les hausses de consommation.

Dans le même temps, la mise en œuvre de la transition énergétique se traduira par une réduction des moyens de production à base d’énergies fossiles ou nucléaire, et leur « remplacement » par des moyens à base d’énergies renouvelables essentiellement intermittentes.
On imagine mal de compenser l’intermittence des renouvelables par de nouvelles centrales à combustibles fossiles !!!
Par ailleurs, arrêter deux centrales nucléaires revient à se priver d’une puissance de 2 GW .
Qui est volontaire pour s’inscrire au programme d’effacement-Délestage ?
La réponse à la demande de puissance de pointe deviendra donc de plus en plus aléatoire, jusqu’à une situation de blocage si rien n’est fait pour y porter remède.
__________________

Ce diagnostic est celui des meilleurs experts du secteur gestionnaire du réseaux électrique.
On peut apporter deux types de réponses à ce problème:
- Une réponse politique, de court terme, qui consiste à nier l’évidence et à considérer que les menaces de black-out sont des fariboles émanant de techniciens irresponsables toujours prompts à réclamer des crédits supplémentaires.
- Ou bien une réponse de stratèges responsables habitués à se colleter non pas avec des illusions électorales, mais avec les réalités du terrain.

Heureusement, c’est la deuxième solution qui a été retenue, et qui consiste à réorganiser le réseau de distribution électrique pour mieux en contrôler la gestion, avec en point de mire l’intégration des nouvelles énergies et des nouvelles applications tout en écartant le risque de black-out.
Reconnaissons aux responsables politiques le mérite de s’être ralliés à cette solution de bon sens.
___________________

Le schéma suivant présente l’organisation générique de ce que sera un futur réseau décentralisé.

Compteur LINKY, pas assez communicant ?

Ce réseau intègre les moyens de production centralisés et locaux, de consommation, et de stockage, y compris des particuliers qui sont appelés à y jouer un rôle important.
L’organe clé permettant de raccorder tous les utilisateurs au réseau intelligent est le compteur LINKY.
Les principales fonctions sont rappelées ci-dessous.

Compteur LINKY, pas assez communicant ?

Le rôle de ce nouveau compteur va bien au-delà du simple comptage de la consommation, avec coupure au-delà de la puissance souscrite.
Il est la première brique du réseau intelligent, dont l’existence est conditionnée par le succès du remplacement des anciens compteurs.
__________________

Ramener le rôle du LINKY à sa fonction d’enregistrement en continu de la consommation des abonnés et à la surveillance stricte de la puissance soutirée, est extraordinairement réducteur.
Certes, aujourd’hui le remplacement d’un compteur Bleu par un LINKY sans autre forme de procès peut déconcerter un abonné non averti.
L’intérêt de ce nouveau compteur apparaîtra au cours de la prochaine décennie, et d’ici 2020 auront lieu quelques expérimentations du concept « Smart Grid ». Le grand public ne sera vraiment concerné qu’à partir de 2020 dans le meilleur des cas, ne serait-ce qu’à cause du délai nécessaire à l’installation de 35 millions de compteurs.
En attendant il est toujours possible de suivre les expérimentations en cours, notamment le démonstrateur « GreenLys » que l’on trouvera ici:
http://greenlys.fr/discover-the-greenlys-projects-reference-sheets/
__________________

Partager cet article

Repost 0

commentaires