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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 19:26

28 Avril 2016
Tout le monde convient que l'avenir énergétique de la France dépend de sa politique électronucléaire.
Or, à ce sujet, les intentions de ce gouvernement demeurent obscures.
Certes il existe bien une déclaration, plusieurs fois réitérée, mais dont l'exégèse s'apparente au décryptage d'un quatrain de Nostradamus.
" En 2025, la production électronucléaire ne dépassera pas 50% de la production électrique nationale".
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De nombreux sages ont tenté d'interpréter cette phrase sibylline mais, en l'absence d'une clé de décodage, le message demeure hermétique.
On sent bien qu'il manque une donnée pour que les mots prennent tout leur sens, mais laquelle, et qui la détient ?
Or, la prophétie date déjà d'un certain nombre d'années, et l'échéance approche sans que l'on puisse entrevoir les voies qui conduiront à sa réalisation.
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Les augures en sont donc réduits à proférer des conjectures dont les fondements relèvent plus de la divination que de la bonne politique.
Il est vrai qu'entre les deux l'espace est parfois bien mince…
Ce qui suit n'est donc qu'un exercice d'imagination, en attendant l'entrée du metteur en scène qui remettra tout cela dans le bon ordre, n'en doutons pas. Mais il ne faudra pas être pressés, les messies savent se faire attendre…

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Les plus férus dans la chose statistique n'excluent pas un accident de niveau 7+ sur l'échelle INES, qui serait de nature à bouleverser le train-train nucléaire et initier un changement radical de politique énergétique. Il est vrai que lorsque l'on s'enquiert des diverses causes possibles d'accident nucléaire, et de la manière dont les risques sont pris en compte, on ne peut que s'étonner qu'un tel accident n'ait pas déjà eu lieu.
(Il s'en est fallu de très peu à au moins une reprise, à la centrale du Blayais).
On peut penser que, dans une telle conjecture, un vaste programme de démantèlement serait entrepris.
Mais une catastrophe ne fait pas une politique, excluons donc ce cas extrême, on ne saurait imaginer qu'un homme politique songe à instrumentaliser la catastrophe.
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Il existe encore quelques économistes enthousiastes qui estiment que, la crise étant derrière nous, les affaires vont reprendre et la consommation d'électricité suivra, avec un taux de croissance de 4,5% par an, ce qui porterait la demande d'énergie électrique à près de 800 TWh en 2025, ramenant la production nucléaire aux fameux 50% sans avoir à arrêter un seul réacteur.
L'hypothèse n'est pas sotte.
D'abord l'éventualité d'une reprise de l'économie française n'est pas à rejeter à priori. Si, au lieu de fermer des entreprises ou de les délocaliser, on recommence à en créer, si au lieu de licencier à tour de bras on se met à créer de vrais emplois, tous les secteurs de l'économie en bénéficieront et la demande d'énergie croîtra en conséquence.
Par ailleurs la croissance de la population et l'évolution des structures familiales (Davantage de familles monoparentales ) créent une augmentation naturelle du nombre des ménages, chacun d'eux étant raccordé à ERDF et donc participant à la consommation nationale.
Beaucoup de ces ménages souhaitent améliorer leur confort et donc leur équipement ménager, source de nouvelles consommation d'énergie.
De plus, le développement des nouvelles applications comme la voiture électrique et les pompes à chaleur, n'ira pas dans le sens de la réduction de la demande de KWh.
Enfin, la consommation actuelle d'énergie électrique ne représente qu'une partie de la consommation finale d'énergie. De nombreux secteurs utilisent les énergies fossiles pour créer de la chaleur ou de la force motrice. Dans l'éventualité d'une "vraie" taxe carbone, beaucoup de processus seraient modifiés pour utiliser plutôt de l'électricité, participant ainsi substantiellement à l'augmentation de la demande.
Un certains nombre d'analystes considèrent ce scénario comme possible, raisonnablement optimiste.
Il reste quand même que, si la demande électrique passe de 500 à 800 TWh, il faudra bien trouver quelque part les 300 TWh nécessaires à cette croissance.
Une telle énergie ne sortira pas d'un chapeau, même présidentiel.
La prophétie des 50% est muette sur ce point, nous n'avons fait que déplacer le problème.
Il se peut également qu'une partie de l'énergie soit produite par des particuliers pour de l'autoconsommation ou de l'injection dans le réseau.
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Après avoir renvoyé dos à dos les catastrophistes et les économistes enthousiastes, il nous reste à considérer une hypothèse que d'aucuns trouveront très audacieuse:
Et si le Gouvernement décidait de fermer une vingtaine de vieux réacteurs d'ici 2025, comme çà, juste pour honorer une promesse ?
La production électronucléaire serait ramenée à 250 TWh, soit 50% d'une consommation demeurée stable à 500 TWh.
Arrêter un réacteur, mais c'est très simple: Il suffit de laisser tomber les barres de contrôle, ce qui prend une fraction de seconde. Certes, la chaleur résiduelle doit être évacuée, ce qui peut prendre quelques semaines, mais c'est une opération de routine, qui peut s'effectuer dans le même temps sur vingt réacteurs.
Le problème n'est pas là.
Le problème est de savoir où l'on va trouver les 150 TWh qui vont faire défaut, et qu'il faut donc impérativement remplacer si l'on veut éviter de mettre le pays en panne.
Or aujourd'hui il n'existe aucun programme dans ce sens, bien au contraire.
En effet il est vaguement question d'arrêter Fessenheim, et peut être deux ou trois autres vieilles chaudières, mais rien n'est moins sûr, eu égard aux atermoiements du château, qui repousse sans cesse l'échéance avec des prétextes peu sérieux.
D'autre part la construction du nouveau réacteur de Flamanville est confirmée et attendue comme le messie pour remplacer les deux réacteurs de Fessenheim.
Enfin il n'a échappé à personne qu'il n'existe aucun programme de construction de moyens de production renouvelables capables de fournir 150 TWh en 2025, en plus de ce qui existe déjà bien entendu.
Ce dernier scénario n'est donc pas plus crédible que les deux autres.
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La prophétie des 50% demeure donc hermétique.
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Mais, ne dit-on pas que l'oracle de Delphes prononçait ses prédictions dans un état second, proche de la transe hallucinogène, obtenu sous l'effet de vapeurs toxiques ?
Peut-être nous faudra-t-il nous tourner vers quelques substances illicites pour retrouver l'état second qui nous permettrait de comprendre enfin la prophétie des 50% …

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