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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 19:22

16 Mars 2016

S’il fallait qualifier le monde moderne dans les aspects qui le démarquent définitivement des temps anciens, le mot « communication » serait à coup sûr le plus approprié.
D’abord statique, de contenu limité et monodirectionnelle pour les média, elle a acquis une dimension universelle et interactive grâce d’une part aux technologies numériques, et d’autre part aux progrès des moyens de transmission de l’information par les ondes électromagnétiques, la fibre optique, les ultrasons, ou tout autre support comme les courants porteurs ou les satellites, la consécration étant apportée par l'Internet.
Cette conquête a permis de réunir les sociétés et les être humains, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui ce progrès s’étend aux objets eux-mêmes qui, d’inertes, deviennent « connectés » et vont acquérir non pas une indépendance, mais une possibilité de comportement plus souple et pourront être intégrés dans un ensemble fonctionnel concerté pour plus d’efficacité.
Un tel progrès apporte des bouleversements qui ne sont pas acceptés spontanément, car il est plus facile de changer la technologie que de faire évoluer les mentalités.
Plus une technologie est compliquée, moins elle est compréhensible. Elle peut être alors perçue comme « magique ».
Dans ce cas deux attitudes sont possibles:
- Soit l’acceptation sans réserve obtenue par la séduction et l’effet de mode. La publicité sait comment utiliser ces comportements.
- Soit le rejet de principe de toute nouveauté qui, faute d’être comprise (souvent mal comprise), est suspectée de contenir des menaces cachées.
Une nouvelle technologie peut également ne pas être perçue comme magique, mais susciter quand même des réserves pour plusieurs raisons:
- Soit la crainte d’avoir à assimiler une technique nouvelle génératrice de complications inutiles pour un bénéfice non évident.
- Soit la crainte d’avoir à subir une atteinte à la liberté et/ou une violation de l’intimité.
- Soit la crainte d’avoir à subir des nuisances nouvelles qui accompagneraient la mise en œuvre de cette nouvelle technologie.
- Soit encore une méfiance envers une possible augmentation de coût pour un service dont l’intérêt n’est pas bien perçu.
Il y a donc de nombreuses raisons de refus d’adhésion à toute innovation technologique.
Ces raisons ne sont pas toutes à rejeter.
L’Histoire nous a appris que tout nouvel outil possède deux utilisations: Il peut servir à faire le bien ou le mal.
Une arme peut servir à défendre le faible, ou à l’asservir.
Il en va de même évidemment pour tout progrès technologique.
Le laser, qui nous permet de lire les DVD, et qui a tant d’applications industrielles, peut être utiliser pour détruire à distance.
Internet, dont les apports sont immenses, est également générateur d'escroqueries et de fanatisme.
Les satellites, dont l’utilité n’est plus à démontrer, peuvent également permettre de tuer à distance.
Même le courant électrique domestique, sans lequel notre civilisation s’effondrerait, devient nocif dans certaines conditions et pour certaines personnes ( Rayonnement des lignes THT, ou des transformateurs moyenne tension, effet des champs magnétiques intenses).
Le GPS, dont certains ne peuvent plus se passer, permet aussi le traçage des individus.
Il est impossible de citer une seule innovation technologique qui échappe à la règle.
Il appartient à l’espèce humaine de savoir faire la balance entre les effets bénéfiques et les effets nocifs.
Cette nécessité de gérer le mal qui accompagne le bien a débuté avec l'invention de la massue, qui permet de chasser, mais aussi de tuer son ennemi désigné.
La médecine est depuis toujours confrontée à la nécessité du choix. Un médicament est à la fois utile pour une maladie, mais possède des effets secondaires qui peuvent être nocifs. L’AMM n'est délivrée qu'après un inventaire bénéfice/risques.
Le tri entre le bon et le mauvais usage n’est pas spontané pour certains. C’est pourquoi la société s’efforce de le prendre en compte à travers des organismes si possibles impartiaux.
Pour les problèmes de communication il existe la CNIL .
Le compteur communicant, nouvelle espèce technologique, fait appel à des moyens qui n’échappent pas à la « malédiction » du bien et du mal.
Oui, il apporte du progrès, il est même la clé de la gestion de l’énergie électrique renouvelable. A ce titre il pourra difficilement être contourné.
Mais Oui, il apporte également des risques liés à une « intrusion » supplémentaire dans la vie des individus, avec les possibilités de nuisances habituelles apportées par les applications communicantes (Téléphone portable, GPS, Internet, RFID, commerce dématérialisé, clés numériques, etc, etc…).
Le déploiement du compteur communicant, Linky en France, est actuellement l’objet d’une polémique, surprenante au premier abord, eu égard à la relative indifférence qui a accompagné dans le passé le déploiement d’autres technologies similaires.
On peut citer par exemple le téléphone cellulaire, le GPS, le réseau internet, la domotique, les réseaux sociaux, Facebook, le paiement par carte bleue, le four à micro-ondes, le paiement sans contact, les achats sur le Net, la cuisinière à induction, le multiplexage automobile, la banque en ligne, le télé relevé des compteurs, la WiFi, etc, etc…
Toutes ces technologies utilisent largement le numérique, les échanges d’informations cryptées ou non, les ondes électromagnétiques de fréquences et de puissances variées, les courants porteurs, et certaines sont basées sur les échanges librement consentis de données personnelles et autorisent même le « traçage » des individus sans que cela soulève le moindre problème.
Aucune d’entre elles n’a jamais donné lieu à un mouvement populaire massif de refus et d’interdiction, si l’on excepte bien sûr les opposants professionnels.
A part une faible cohorte de misonéistes, toutes ces technologies ont été plébiscitées par les sociétés qui en sont même devenues esclaves consentantes.
(L’annonce officielle des dangers du téléphone portable utilisé collé à l’oreille pendant des heures, n’a pas été suivie d’une mise au rebut massive des smart phones, même pour les enfants).
La raison en est simple: les usagers en ont immédiatement perçu l’intérêt et l’utilité pour eux-mêmes, et les ont adoptées, faisant passer au second plan les inconvénients pourtant bien réels pour certains .
Aucune association n’a jamais exigé l’interdiction de l’automobile, pourtant source de plusieurs centaines de milliers de morts et de dix fois plus d’infirmes depuis son introduction.
Mais alors, pourquoi cette mobilisation contre le compteur communicant, qui utilise une technologie de communication éprouvée, déjà largement utilisée depuis des années ?
C’est simple à comprendre:
Autant l’usager est prêt à faire la queue toute la nuit pour acquérir le dernier Smart Phone car il en perçoit l’intérêt pour lui (Même si cette perception est fausse ou trompeuse), autant il rejette le fameux compteur, car il estime n’en avoir aucun besoin personnel.
Il est alors prêt à entendre toutes sortes d’arguments le confortant dans sa décision de rejet.
Que la plupart de ces arguments soient stupides, mensongers, partiaux, hors sujet, importe peu, pourvu qu’ils renforcent sa conviction.
Face à une telle attitude, les explications rationnelles sont sans portée. Même si les « arguments » présentés par les opposants ne sont même pas dignes d’être commentés, Ils ne sont pas sans efficacité auprès de personnes disposées à accepter un « prêt à penser » et pas du tout disposées à s’investir dans une réflexion sur la validité de la bouillie intellectuelle qu’on leur propose en guise d’argumentation.
Sur le fonctionnement du compteur communicant, tout a été dit, et expliqué abondamment dans des documents accessibles sur le Net. Inutile donc d’y revenir, ce n’est pas là que les opposants vont chercher leurs « arguments ».
Ce compteur communicant, indispensable au déploiement des énergies renouvelables, est soutenu par une initiative européenne.
La situation de cette affaire est exposée entre autres dans le rapport de la Commission Européenne du 17/06/2014 Ref SWD(2014)188-189 final.
Il y est rappelé en préambule:
« En conformité avec les dispositions du troisième paquet climat-énergie,

Sous réserve des résultats d’une évaluation économique à long terme des coûts et des avantages, les Etats membres sont tenus de préparer un calendrier (Sur une période de dix ans maximum en ce qui concerne l’électricité) pour le déploiement de systèmes de mesure intelligents ».

[La nécessité du compteur communicant n’a donc pas germé dans la cervelle malade d’un ingénieur de EDF, mais correspond à un consensus établi par les énergéticiens au sein des instances européennes ].

« En ce qui concerne l’électricité, l’objectif est d’équiper au moins 80% des consommateurs d’ici 2020 si la mise en place des compteurs intelligents donne lieu à une évaluation favorable »

[ Il s’agit de l’évaluation économique ci-dessus, désignée ACA ci-après]

« la directive relative à l’efficacité énergétique soutient le développement de services énergétiques fondés sur des données provenant de compteurs intelligents ainsi que le développement d’effacement de consommation et d’une tarification dynamique »

[L’objectif technique est ainsi précisé, il s’agit de pallier les fluctuations de demande de puissance électrique en incitant les consommateurs à négocier un programme d’effacement de consommation, en proposant des avantages tarifaires ].

« La directive respecte et promeut le droit des personnes à la protection des données à caractère personnel …..Article 8 de la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne »

On ne parle donc pas d’un projet local fantaisiste, mais d’une initiative européenne dont la mise en œuvre est déjà bien engagée.

A la date de parution du rapport, près de 45 millions de compteurs intelligents ont déjà été installés dans trois Etats membres ( Finlande, Italie et Suède).
A la même date, la situation des ACA (Analyse Coûts Avantages) est la suivante:
- ACA positifs dans 16 Etats membres ( sur 27):
Autriche, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Royaume Uni, Suède.
- ACA négatif dans 7 Etats membres:
Allemagne, Belgique, Lettonie, Lituanie, Portugal, République Tchèque, Slovaquie.
- ACA non encore disponibles pour 4 Etats membres:
Bulgarie, Chypre, Hongrie, Slovénie.
Le rejet de l’Allemagne doit être nuancé: Ce pays a décidé que seuls seront équipés les plus gros consommateurs (plus de 6000 KWh par an), ce qui n’est pas absurde.
La Suède est déjà équipée à 99%, et l’Italie à 90%.
Une grosse majorité des Etats membres a donc déjà donné un avis positif et la plupart ont déjà commencé le déploiement.
Voir en particulier:
[https://ec.europa.eu/energy/en/topics/markets-and-consumers/smart-grids-and-meters]
Et
[http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2015/568318/EPRS_BRI%282015%29568318_EN.pdf]

L’ACA est une concession aux analystes économiques pour qui tout projet doit être justifié par une rentabilité financière, si possible à court ou moyen terme.
Le long terme intéresse assez peu les financiers qui recherchent une rentabilité court terme.
Or le véritable intérêt du compteur communicant n'apparaîtra qu'en 2025-2030 lorsque la part des renouvelables dans le mix électrique deviendra prépondérante.
En permettant de lisser la demande de puissance sur le réseau, le compteur communicant permettra de sortir plus vite du nucléaire puisque les fluctuations des énergies intermittentes deviendront moins gênantes, et plus faciles à compenser.
Mais allez donc expliquer cela à des financiers ou des analystes qui ne s’intéressent qu’aux dépenses immédiates sans prendre en compte les avantages à long terme.
Comme dit le philosophe:
« Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt ».
Tôt ou tard il sera bien obligé de la regarder, la Lune.

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